ANATOMIE KT PIIYSIOLOC IK. — SYSTEM!-: NERVEUX
pondre. Dans les Orthoptères, insectes à métamorphoses incomplètes, la section de la chaîne ganglionnaire ne met pas un obstacle a]t>solu aux mues successives ou changements de peau d'une larve ou d'une nymphe.
Yersin a obtenu de très-intéressants résultats par les lésions ou piqûres sur les ganglions (1). Il ne laisse pas supposer qu'il ait aperçu des différences entre leurs deux faces, de manière ù isoler la sensibilité et le mouvement, comme M. Faivre dit l'avoir reconnu dans de plus récentes expériences. Selon Yersin, le trouble produit dans les fonctions de relation se manifeste diversement suivant les individus et les sexes, et n'est pas toujours facile à bien caractériser. En général, toute altération de l'un des ganglions de la tète ou du thorax est immédiatement suivie d'un état de torpeur qui dure plus ou moins; à cet état succède fréquemment un tremblement convulsif, pouvant se renouveler plusieurs fois, soit de tout le corps, soit seulement des organes qui reçoivent leurs nerfs du ganglion lésé. Yersin a reconnu ce fait curieux qu'une lésion du cer\cau ou ganglion sus-œsophagien est presque ioujours suivie d'une absence d'équilibre dans les mouvements. L'Insecte^ au lieu de marcher en ligne droite, décrit des cercles en tournant sur lui-même avec une certaine rapidité, et ces cercles s'agrandissent ordinairement au bout de quelques heures. Après un ou deux jours, l'insecte peut quelquefois se mouvoir un moment en ligne droite, puis recommence à décrire des cercles. Il peut tourner de droite à gauche, puis, au bout d'un certain temps, en sens inverse. Les cercles décrits par le même individu quand il marche lentement sont parfois dans un sens contraire à ceux qu'il parcourt en marchant d'un pas rapide. Le sens de la rotation n'est pas en rapport constant avac le point du ganglion piqué; toutefois on observe en général que l'Insecte tourne du côté lésé au côté sain. Cette absence d'équilibration des mouvements se manifeste d'une manière analogue dans la locomotion aérienne. Une Libellule ou une Mouche piquée sur le front, assez profondément pour atteindre le ganglion sus-œsopliagien, ne vole plus qu'en décrivant de.-^ cercles ou une spirale. Le désordre produit dans la locomotion peut encore se manifester en ce qu'au lieu d'aller devant lui, l'animal marche le flanc droit ou le flanc gauche en avant; ou bien encore parce qu'il marche en arrière, l'abdomen le premier. Enfin, le plus souvent, que l'Insecte soit en repos ou en mouvement, l'un des côtés du corps est plus élevé que l'autre, tellement que l'animal est plus ou moins couché sur l'un de ses flancs.
L'altération d'un des ganglions thoraciques est d'abord accompagnée d'une paralysie momentanée d'une partie ou de tous les organes qui en reçoivent des nerfs. Puis la sensibilité et la mobilité volontaire reparaissent soit ensemble, soit l'une de ces facultés seulemenl. Parfois il y
(l) Yersin, Bull, de la Soc. vaudoise des se. nalur., t. V, n" 39.
116 INTRODUCTIOiN.
a absence d'équilibre dans les mouvements et rotation de l'Insecte en décrivant de petits cercles toujours dans le même sens.
La volonté paraît pouvoir être affectée et troublée comme les mouvements. Ainsi, en pratiquant une lésion du ganglion sus-œsophagien d'un Grillon, Yersin a vu l'insecte mordre en marchant à un morceau de pain et paraître le manger avec avidité, en s'y attachant avec force par ses mandibules, sans que les pattes cessassent de se mouvoir; de sorte que l'animal, poussé comme sans le vouloir en avant, était obligé de se tordre sur lui-même et finissait par faire une culbute complète, la tête demeurant fixée au pain et les pattes en agitation. Un Grillon mâle qui a subi la même opération court devant lui en chantant pour appeler sa femelle, s'approche vivement d'elle s'il la rencontre, s'arrête devant clic, puis passe outre, toujours chantant. Il semble entraîné par deux volontés contraires, lune qui le pousse à courir, l'autre qui le retient auprès de Ja femelle qu'il paraît appeler et rechercher. D'une manière générale, toute opération sur les ganglions ou sur les cordons qui les lient produit une diminution manifeste dans l'intelligence et dans l'instinct.
§ IV. — lui^linct et intclli$!;oiiee.
L'étude du système nerveux nous conduit naturellement à présenter quelques notions sur les facultés instinctives et intellectuelles des Insectes, en rapport nécessaire avec la perfection et la complication de l'appareil de l'innervation. Comme le disait Linna'us, avec sa concision élégante, à propos des Insectes : Natura maxime miranda in minimis, et cette phrase célèbre est devenue l'épigraphe de la Société entomologique de France. La grande majorité des actes des Insectes est due à l'instinct, sans éducation préalable, sans préoccupation du résultat qui doit souvent ne se produire qu'après la mort de l'Insecte. L'intelligence des animaux ne s'élève en général jamais bien haut et n'est pas le mobile de la plupart de leurs actes. Ce n'est d'ordinaire ni l'expérience ni le raisonnement qui les dirigent. Ils se comportent à la façon de l'enfant nouveau-né qui a l'instinct de sucer le sein maternel sans savoir qu'il en fera jaillir l'aliment approprié à ses faibles organes digestifs. Chez l'enfant, l'instinct, qui doit bientôt céder sa place à l'intelligence, ne détermine que des actes très-simples; chez beaucoup d'animaux, l'instinct devient le mobile d'actions variées, combinées avec une science profonde. Il est réellement une providence pour ces êtres aveugles guidés par une Intelligence suprême, connaissant l'avenir aussi bien que le présent.
Les phénomènes instinctifs des Insectes comprennent d'abord des actes individuels assurant la conservation de l'espèce. De ce nombre sont les recherches si complexes des aliments, soit de l'Insecte, soit de sa progéniture. Ainsi les Fourmis savent soigner les Pucerons, dont elles sucent les Iranssudalions sucrées, et les transporter de branche en