LUCANIENS PROPRES
on en a vu se repaître d'insectes, par quelque aberration de régime. Les larves sont construites sur le môme plan que celles des Scarabéieas, avec môme nombre d'articles aux antennes et aux palpes, une tôtc écailleuse privée d'yeux, des anneaux blanchâtres et gonflés, des antennes à coude bien marqué; trois segments thoraciqueset neuf segments abdominaux, le neuvième divise en deux portions, dont la dernière forme un sac peu développé, de teinte ardoisée par les excréments qui s'y trouvent. Elles vivent dans les arbres vermoulus et se changent en nymphe dans une coque grossière formée de débris agglutinés.
Les différences sexuelles sont souvent profondes, et les mâles seuls donnent les caractères complets du genre et de l'espèce, altérés souvent par atrophie dans les femelles. Elles ne portent pas sur les antennes, mais consistent surtout dans le développement des mandibules, qui deviennent, dans certains genres, énormes chez les mâles, au point de perdre tout à fait la fonction habituelle -, en outre, la tête et son armure, le corselet, les pattes, peuvent offrir des distinctions.
Nous ajouterons aux caractères principaux, déjà énumérés, les suivants : Labre généralement soudé; mâchoire à deux lobes, l'interne assez souvent, l'externe très-rarement en forme de crochet corné; menton grand, corné, presque toujours entier, la languette sans paraglosses, le plus souvent située à la face interne du menton. Élytres recouvrant en entier l'abdomen; écusson très-variable de grandeur et de forme et pouvant manquer. Abdomen montrant en dessous cinq segments subégaux; hanches transversales. Tarses de cinq articles, simples ainsi que leurs crochets, entre lesquels est un appendice terminé par deux soies.
LesLucaniens se divisent naturellement en deux sections, les Lucaniens propres et les Passâtes.
Skction I". — LUCANIENS Pl^OPRES.
Cette section correspond au genre Lucanu de Linnœus. C'est dans cette section que les mandibules, dépourvues de dent molaire à leur base, acquièrent souvent chez les mâles seuls de très-grandes dimensions, qui amènent nécessairement une tête plus développée, et le plus souvent le corselet n'est pas contigu aux élytres et laisse à découvert le commencement de l'anneau du mésothorax. L'écusson est placé entre les élytres. Lelabre est presque constamment soudé au chaperon, et le lobe externe des mâchoires est inerme et pénicillé; le menton est entier.
Les femelles creusent avec leurs mandibules les troncs ou les souches pourries des arbres pour y déposer leurs o'ufs. Il en sort des larves qui vivent plusieurs années. Leur corps est plus gros que celui des larves des Passâtes, et la tête, coriace et rougeâtre, égale en largeur les premiers segments Ihoraciques. Ceux-ci portent trois paires de pattes égales et
392 COLÉOPTÈRES.— LCCANIENS.
développées, et ont l'anus longitudinal et terminé latéralement par deux lèvres ou bourrelets. D'après M. Brullé, les vaisseaux de Malpighi sont insérés au-dessus de la rangée des c.iecums postérieurs dans ces larves, et non derrière, comme dans les larves de Scarabéiens.
PnoLlDOTUS, Mac Leay. — Antennes médiocres, à massue à peine pectinée et de trois articles. Mandibules très-longues chez les mâles, arquées à l'extrémité avec la pointe très-aiguë, mullidentées au côté interne ; plus courtes que la tête chez les femelles. Pattes longues, les antérieures notablement plus longues que les autres, à jambes crénelées en dehors.
Les Pholidoles, comprenant deux espèces propres au Brésil et à la Colombie, sont d'assez grande taille et ornés de couleurs vives plus ou moins métalliques, à corps couvert d'écaillés ; les femelles, plus petites que les mâles, moins écailleuses, sont souvent de coloration différente. — Ex : P. Humboldti, Schonh., mâle du Brésil, d'un jaune éclatant, avec les mandibules tomenteuses en dessous (pi. xxiii, fig. 6).
A côté de ce genre se place un curieux genre, otl'rant quatre espèces spéciales au Chili, Chiasognathnfi, Sleph. , dont les longues mandibules des mâles se contournent de façon à rappeler la lettre grecque x-
liAMPIlliWA, Latr. — Antennes médiocres, à massue courte et épaisse formée des trois derniers articles. Mandibules du mâle médiocres, convexes en dehors ; celles de la femelle à peine de la longueur de la tèle ou plus courtes.
Les Lamprimes forment un beau genre, propre à la Nouvelle-Hollande, à la Tasmanie et à l'Ile Waigiou.dont les espèces, avoue Lacordaire, attendent encore une bonne classification. Ce sont des insectes glabres, sauf aux mandibules des mâles, et ornés de couleurs éclatantes, passant du vert doré au bleu plus ou moins pur. — Le type est le L. œnea, de la Nouvelle-Hollande, Fabr., dont nous représentons le mâle, pi. xxni, fig. 5 ; 5 a, sa tète vue de profil.
HJCAHUS, Scopoli. — Tête offrant en avant une saillie intermandibulaire bien marquée, notamment chez les mâles; antennes fortement géniculées, avec massue formée par les quatre, cinq ou six derniers articles. Mandibules de grandeur très-variable, toujours au moins aussi longues que la tète cliez les mâles, saillantes, mais plus courtes que la lète chez les femelles. Mâchoire grêle et pénicillée, avec palpe allongé chez le mâle ; menton large et semicirculaire chez le mâle, trapézoïdal chez la femelle. Jambes antérieures denticulées; tarses avec brosses de poils en dessous.
Les femelles de ce genre sont fouisseuses, atiu d'enterrer les œufs dans les détritus ligneux attaqués par leurs mandibules; aussi les jambes antérieures des mâles, qui ne fouissent pas, sont plus allongées, plus étroites, moins forlemeni dentées extérieurcmenl.
LLCAMS. 393
L'espèce lype du genre Lucamis est le L. f'vrvus, îjrin., de toute l'Kurope, eniicreinent d'un brun marron foncé, remarquable par les énormes mandibules du mâle, presque de la ktngueur du corps, crénelées intérieurement, munies d'une dent aiguë aux. deux tiers de leur longueur, et terminées par une fourche, tandis que la femelle a les mandibules fortes, mais plus courtes que la tète. Aussi Geoffroy les croyait de deux espèces distinctes, et appelait le m51e le (jr and Cerf -volant, qui est son nom vulgaire, et la femelle la grande Biche. (>'est un des plus grands Coléoptères de France; sa taille varie dans des proportions considérables, de oO à 50 miilimèlreS; au point qu'on avait fait une espèce sous le nom de L. Capreolus, Sulzer, pour les petites variétés. Il y a aussi beaucoup de différence dans le développement des mandibules et de la tète des mâles. Tout cela doit tenir, comme d'habitude, à une nutrition très-inégale des larves, selon les lieux de ponte des femelles. I.es auteurs sont peu d'accord sur l'origine du nom de LucanuS'. Nigidius Kigulus, qui, selon Macrobe(Sa<wrn.,lib. II, 12), avait écrit en plusieurs livres une histoire des animaux qui ne nous est pas parvenue, a le premier, d'après Pline (II, 28, 3.'i), donné à la grande espèce de nos pays le nom de Lucanus. Ericiison pense que ce nom vient de lucus, bois sacré ; cet insecte étant des grandes forêts. M. Mulsant suppose que le nom est tiré de l'abondance de cet insecte dans la Lucanie, ou de l'analogie que ses mandibules présentent avec les cornes des bœufs qui faisaient la richesse de cette contrée : le mot Lucanus reviendrait alors à celui de Taurus volans, sous lequel notre Lucanus Cervus est désigné dans les ouvrages de quelques naturalistes antérieurs à I.inn.tus. Geoffroy donna au genre le nom de l'iatycerus, transporté depuis à d'autres insectes de la famille, et Scopoli celui de Lucamis. Les mandibules des gros mâles peuvent serrer la peau avec une grande force, même jusqu'au sang, et piirter un poids considérable. Linn;vus dit qu'un Éléphant qui aurait une force proportionnée A celle d'un Lucane-cerf, ébranlerait une montagne. On a vu quelquefois des Lucanes se battre au moyen de ces mandibules, ou emporter entre elles avec une sorte de méchanceté des insectes dont sans doute la présence les contrariait, l-e poids de ces gigantesques appendices les gêne beaucoup pour voler, en les obligeant, sous peine de bascule, à tenir le corps presque vertical; cela rend leur locomotion aérienne très-lourde et très-pénible, le vol étant d'autant plus aisé que le corps du voilier s'approche plus du parallélisme cà l'horizon. Ils ne volent qu'après le coucher du soleil, et le jour restent acrochés aux feuilles.
D'habitude les mœurs des Lucanes adultes sont douces. Ils vivent de feuilles et surtout des liqueurs qui suintent des crevasses des arbres, et que retient le lobe interne, à poils soyeux, de leurs mâchoires. On peut les nourrir d'eau sucrée, et ils sont trèn-friands de miel, au mnyeu duquel on prétend qu'ils peuvent s'apprivoiser. Svvairtmerdam en avait un, dit-on, qui le suivait comme un chien quand il lui offrait du miel
394 COLÉOPTÈRES. — LUGANIENS.
à la pointe d'un couteau. Un curieux préjugé règne dans certaines parties de l'Allemagne. Ainsi, aux environs de Bamberg^ on accuse le Lucane-cerf de venir prendre dans les maisons des charbons ardents entre ses mandibules, et de les transporter sur les chaumières pour y mettre le feu : aussi le nomme-t-on l'incendiaire, et lepourchasse-t-on dès qu'on l'aperçoit. Les Romains suspendaient ces mandibules au cou des enfanis pour les mettre à l'abri des maladies du jeune âge, et la pharmacopée si complexe du moyen âge les employait sous le nom de cornes de Scarabée, contre les convulsions des enfants.
Les Lucanus Cervus pondent dans des trous que font les femelles avec leurs mandibules, aux troncs cariés des Chênes, où se développent leurs larves, rongeant l'inférieur du bois et des racines. La vie totale de l'insecte est de quatre années. Leurs larves sont blanches, épaisses et dodues, offrant très-exceptionnellement quelques plis transversaux peu marqués aux segments antérieurs. Leur aspect est aussi appétissant que celui de la grosse larve de la Calandre des Palmiers, qui fait les délices des gourmets créoles. Il est très-probable que ce sont ces larves, et aussi celles des grands Capricornes, également grasses et vivant dans les Chênes, qui figuraient, sous le nom de Cossus, sur les tables deLucullus et d'Apicius. Engraissées avec de la farine, elles excitaient la gourmandise savante des fils dégénérés de Cincinnatus, et la coquetterie raffinée des dames de la Rome impériale demandait à cet aliment substantiel un embonpoint qui prolongeait leur beauté. Pline dit expressément: prœgrandesque roborum délicat iores sunt in cibo. Il est impossible de supposer que les chenilles cuirassées et inondées d'un liquide acre et infect de notre Cossus Ligniperda (Lépidoptères) puissent être les vers dont la masse interne, fluide comme une crème savoureuse, excitait les palais blasés des maîtres du monde.
Les larves du L. Cervus se changent en nymphe dans une coque oblongue formée de grossiers fragments de chêne agglutinés. Souvent on trouve l'insecte parfait, hivernant dans cette coque, à la façon de beaucoup de Scarabéiens, et attendant pour sortir la chaleur du mois de juin : c'est ce qui avait fait supposer à tort que celle coque était pour lui une retraite et un abri. Très-commun autrefois, il tend à devenir plus rare en France, car les gros Chênes disparaissent de plus en plus.
Les plus grandes difficultés se présentent pour distinguer les espèces des Lucanus d'Europe, tellement que Jacquelin du Val regarde comme possible que toutes, excepté barbarossa, Fabr., soient des variétés locales de L. Cervus. On voit en effet la massue des antennes varier, et olfrir trois, quatre, cinq feuillets à Ijords mousses et criblés de petits pores. On paraît d'accord pour mettre au nombre des variétés le L. pentaphyllus , Reiche, à cinq feuillets à l'antenne, de toute la France méridionale, et le L. Fahiani, Mulsant, du S. 0. de la France. Le L. barbarossa, Fabr., est une espèce des plus rares, de l'Andalousie, du Portugal et du nord de l'Afrique, de taille moyenne, d'un brun noir,
Dor.cus. 395
à mandibules du mâle arquées, poinlues, avec une faible dent interne et de la longueur de la UMe,— Nous figurons le mâle d'une belle espèce exotique do Java, le L. cinnamomeus, Guér.-Mén., d'un roux-cannelle foncé, pi. xxiii, fig. 3; 3a, tête en dessous; 3 6, mâchoire et palpe ; 3 c, lèvre inférieure et palpe.
Cette belle espèce fait partie maintenant d'un genre démembré des Lucanus, sous le nom de Cladogiiathiis, Rurmeister (mandibules ramifiées). Il se compose de près de soixante espèces des régions chaudes de l'Afrique et de l'Asie orientale, des îles Malaises et des archipels de la Polynésie.
Environ vingt espèces restent dans le genre Lucanus restreint ; elles sont des différentes régions de l'Europe, du Caucase, d'Algérie, du Maroc, d'Asie Mineure, de divers pays de l'Hindousfan et de l'Indo- Chine, des îles Malaises, du Japon, de la Chine, et enfin de l'Amérique septentrionale (L. Elaphus, Fabr.et L. Capreolus, Linn.).
Donc;iI<î», Mac Leay. — Caractères analogues à ceux des Lucanus ; s'en distinguent en ce que le lobe interne des mâchoires est en crochet corné chez les femelles, tandis qu'il reste très-court et pénicillé cliez les mâles.
Le type est le D. parallelepipediis, Linn., que Geoffroy nomme la petite Biche, existant dans toute l'Europe méditerranéenne et le Caucase. Les femelles, d'après M. Ratzeburg, comme celles des Lucanus, déposent leurs ûi'ufs dans un trou pratiqué au moyen des mandibules à un tronc ou à une tige, opération à laquelle les deux sexes travaillent en commun. Les larves vivent plusieurs années dans les parties molles ou gâtées des troncs et des racines des arbres, et l'on en trouve à la fois de très-petites, de moyennes et de très grosses. Leur marche dans le bois serpente dans toutes les directions, et les galeries restent obstruées par un épais cordon de poudre de bois. On les rencontre souvent en grande quantité dans les creux des vieux Chênes où il y a du terreau. Longues d'un peu plus de 3 centimètres, elles ont la tête convexe, luisante et jaunâtre, les pattes jaunes, et, au dernier anneau, une sorte de tumeur ovale de chaque cAté du sillon anal. La nymphe, logée dans une coque de débris ligneux, ofl'rc une petite pointe sur les parties latérales de chaque anneau de l'abdomen. L'adultn éclôt en mai, juin et juillet; reste au repos sur les arbres pendant le jour, et vole le soir. L'individu le plus long ne dépasse guère 2 centimètres. Il est noir, peu brillant et fortement ponctué, et le corps, allongé, assez déprimé, semble subrectanglc. La tête est carrée et aussi large que le corselet dans les deux sexes ; les fortes mandibules du mâle, dont la longueur ne dépasse pas celle de la tête, n'ont (ju'une seule dent, et la tête porte deux tubercules. L'insecte se trouve dans les vieux troncs cariés, surfout de Saules.
Les autres espèces du genre Dorcus n'appartiennent pas à l'Europe.
396 COLÉOPifcRLS. — LUCAiNIENS.
Une est de l'Amérique boréale, une de l'Ile Melville, et environ quarante aupr^'s des régions chaudes de l'Asie, des îles Malaises, Philippines et de l'Australie.
PLATVCERtS, Geotïr. — Mandibules épaisses, im peu plus courtes que la tête chez les mâles, plus courtes encore, mais saillantes, chez les femelles.
E\'. : P. caraboides, Mnn., de toute l'Europe et du Caucase, de 15 à 18 millimètres de long, assez commun dans les bois de certaines localités, se rencontrant aux environs de Paris. Il est d'un bleu brillant, quelquefois verdâtre ou violacé, avec les élytres striées longiludinalement, les pattes ordinairement noires, quelquefois rousses dans une variété femelle. 11 apparaît dans les bois, à l'état adulte, dés le début du printemps, ronge les feuilles naissantes et les bourgeons, sur lesquels il se tient, et se laisse choir au moindre choc. On se le procurera donc aisément en battant les taillis. C'est la Chevrette bleue de Geoffroy. Ce genre n'a que peu d'espèces, d'Europe et d'Amérique.
iUlGIDiL'i», Mac Leay. — Tête presque aussi large que le corselet, carrée; antennes médiocres, à massue de trois articles trigones. Mandibules plus courtes que la tète, même chez les mâles, en tenailles, surmontées dès la base d'une corne verticale recourbée en dedans, plus courtes chez les femelles, et n'ayant qu'un tubercule au lieu d'une corne. Élytres allongées, parallèles, arrondies au bout, offrant dix sillons plus ou moins larges et profonds.
Ces insectes, glabres et noirs, rcssemb'ant d'aspect à des Passalus, de taille moyenne, allongés et parallèles, couverts de gros points varioles, sont des régions chaudes de l'ancien monde et de Madagascar. — Ex. : N. auriculatus, Gory, du Sénégal (pi. xxiii, llg. k; h", fêle en dessous).
C'ERE'('lli'«i>, Mac Leay. — Massue anlennaire de trois articles. Mandibules un peu plus longues que la tète chez les mâles, avec une forte dent les surmontant au milieu, planes et plus courtes que la tète chez les femelles.
Les insectes de ce genre ont le corps oblong, parallèle, peu convexe en dessus. Le type est le C. Tarandus, Panz., ou tenebrioides, Fabr., insecte fort rare, de toute l'Europe, mais des régions montagneuses, des Alpes, notamment à la Grande Chartreuse, paraissant en août; dont la larve vif dans le tronc des Sapins à demi pourris et couchés sur le sol, et se cache profondément à l'intérieur, il y a deux autres espèces» de l'Amérique du Nord.
jlîS.%n;«, Fabr. — Tète inclinée, brusquement rétrècie à la partie antérieure; antennes à massue de trois articles obtus. Mandibules arquées et aiguës, plus courtes que la tête, avec une dent placée au-dessus, manquant chez les femelles.
L'espèce unique, Y/E, scarabœoides, Panz. fpl. xxui, fig, 1; la, tète
l'ASSALES. 397
en dessus), est de petite (aille, et le plus petit des Lucaniens. 11 a laspect des Trox, est d'un brun rougeâtre brillant, ayant sur les élytres des rangées de petites écailles noires redressées, et des soies jaunâtres sur le corps. On l'a trouvé dans toute l'Europe, mais toujours très-rare, dans les troncs cariés des Chênes et des Chûtaigniers. Il a été pris en France près de Strasbourg, dans la Moselle, à IJriage près de Grenoble, etc.
SllîOl»f:\i»RO]%, Hellw. — Tète beaucoup plus étroite que le corselet, portant très-antérieurement chez le mâle une corne relevée, au moins aussi longue qu'elle, et chez la femelle un tubercule corniformc court. Antennes à massue de trois articles brusquement prolongés. Mandibules petites, en pointe aiguc. Élytres régulièrement cylindriques ; pattes courtes.
Le type de ce genre est le -S. cylindricum, Liun., de l'Europe et du Caucase, mais des régions froides, dont le mâle est figuré pi. xxiir, fig. 1. C'est un insecte de longueur à peine moyenne, d'un noir brillant ou quelquelois d'un brun rougeâtre, avec pattes d'un brun foncé. Son nom est dû à son aspect cylindroïde, les bords des élytres étant bien parallèles, et continuant en projection les lignes droites des bords du corselet, surtout chez le mâle, le corselet de la femelle tendant à se rétrécir un peu antérieurement. Le corselet offre antérieurement une troncature oblique dont la périphérie s'avance en rebord sinueux, avec saillie moins prononcée et échancrures moins larges chez la femelle. Le S. cylindricum se trouve en France dans les monlagiies ou les parties septentrionales. On l'a pris au mont Pilât, à la Grande Chartreuse, dans les Hêtres et surtout les Frênes cariés, en Auvergne dans le Châtaignier, en Normandie dans le Pommier à cidre. La larve vit dans les mêmes arbres.
Le genre compte deux autres espèces, une de l'Amérique boréale, l'autre de Californie.
Section IF. — PASSALtS.
Les Passales constituent un groupe de Lucaniens exotiques formé de Coléoptères de grande et de moyetuie taille, abondants surtout dans l'Amérique intertropicale et tempérée, de couleur noire brillante, parfois d'un brun marron, aplatis en dessus, à élytres offrant toujours chacune dix sillons. Ils s'éloignent des Lucaniens propres par les antennes, simplement arquées au lieu d'être coudées, et terminées par trois à six articles formant une massue pectinée plus ou moins velue, et aussi par les pièces buccales. Les mandibules, cornées et assez saillantes, sont égales dans les deux sexes et n'ont jamais le développement insolite de celles des Lucaniens propres ; une dent, mobile par des muscles propres, située en avant de la dent molaire de la b;ise, leur
398 COLÉOPTËKES. — LUCANIENS.
sert à diviser le bois en petits fragments. La tête, très-inégale, offre des saillies plus ou moins, prononcées, et parfois une corné médiane arquée. Le corselet, presque cacré, est séparé des élytres par un pédicule du mésothorax très-apparent et qui porte l'écusson. Les pattes, assez courtes, sont presque toujours égales.
Les Passâtes sont remarquables en ce qu'ils établissent un passage entre les Scarabéiens et les Lucaniens propres. Leur système nerveux paraît intermédiaire sous le rapport de la diffusion des ganglions de la chaîne ventrale. Les larves présentent aussi à la fois des différences et des passages. Leur tète est plus petite et leur corps plus grêle que chez les larves de Lucaniens propres; les antennes n'ont que trois articles et non cinq, comme les précédentes larves et celles des Scarabéiens. Leurs mandibules n'ont pas de dents, sauf à l'extrémité, et les pattes de la troisième paire sont atrophiées et réduites à deux tubercules pointus et munis de quelques épines. Enfin l'anus des larves de Passales est transversal ou horizontal, comme chez les Scarabéiens, et non pas longitudinal ou vertical, ainsi que cela a lieu dans les larves de Lucaniens propres. Le groupe des Passales n'a compris longtemps qu'un seul genre.
PASSAMS, Fabr. (et genres dédoublés).— Antennes robustes, à premier article en massue rentlée ; labre saillant^ en carré transversal, arrondi aux angles et légèrement échancré entre eux. Lobes des mâctioires cornés, en forme de griffes. Dernier article des palpes maxillaires subfusiforme, aussi grand que les deux précédents réunis. Premier article des palpes labiaux gros, court, obconique^ second très-grand, déprimé et arqué, troisième beaucoup plus petit, ovalaire.
Les larves de Passales sont très-communes sous les écorces décomposées et humides, qu'elles fouillent en tous sens et qu'elles divisent avec les fortes mandibules dont elles sont pourvues. Elles fréquentent les sucreries, et on les trouve parfois en quantité sous les tiges de cannes à sucre jetées en tas après être sorties de la presse. Le genre de vie des adultes est pareil, et ils se trouvent aux mômes endroits. Les larves ne s'enterrent pas, elles se font une loge pour la nymphose au milieu des débris où elles ont vécu ; elles s'y changent en nymphe recouverte d'une peau transparente, la tête repliée sous le corselet, les antennes et les pattes collées le long du corps en dessous, l'abdomen légèrement fléchi. Les grosses espèces de Passales ne volent presque jamais, mais on voit fréquemment les petites voltiger à l'entrée de la nuit. Toutes, quand on les prend, font sortir de la bouche et du dessous des ailes une liqueur presque incolore , d'une odeur caustique assez faible, qui les inonde entièrement. Ils sont remarquables, dit Lacordaire pour ceux qu'il a observés vivants en Amérique, par la promptitude avec laquelle ils meurent: le plus vigoureux individu survit à peine trois ou
SCARAliÉitNS. — GÉNÉRALITÉS. 399
quatre heures après avoir été percé d'une épingle. Au contraire, les Lucanes résistent pendant plusieurs jours, et leur vitalité est telle que la tête, séparée du corps, peut encore, après vingt-quatre heures, serrer fortement entre les mandibules le doigt qui l'excite.
Les espèces de Passâtes sont nombreuses et assez difficiles à déterminer, d'après leurs ressemblances de forme et la couleur noire uniforme de leur robe. On peut consulter, à ce sujet, la Monofjraphie des Vassales et des genres qui en ont été séparés, par M. Percheron {in-8°, Paris, 1835, 7 pi.), avec deux suppléments dans le Magas. de zool. de Guér.- Mén. (18/jl, pi. 77-79, et 18ùi, pi. 131-i.o5). Depuis ce travail, un grand nombre d'espèces nouvelles on été décrites. Nous figurons le V. pentaphyllus. Palis. Beauv., des Etats-Unis (pi. xxni, fîg. 7), et les détails du P. interruptus, Linn. (8, tête vue en dessous; Sa, mâchoire et palpe; 8 6, lèvre inférieure et palpes ; 8 c, labre). La première de ces espèces est maintenant du genre Paxillus, Mac Leay ; et la seconde, du Brésil, de la Guyane, de la Colombie, du Pérou, appartient au genre Nelcus, Kaup., car les Passahis américains ont subi un dédoublement en seize genres ; en outre, plusieurs genres de Passâtes ont été établis pour les espèces des régions chaudes de l'Afrique, de l'Asie, de l'Australie et des îles qui eu dépendent, et le groupe compte actuellement plus de cinq cents espèces.
Tribu des SCABABÉIEiIIS.
Le grand législateur de l'histoire naturelle, Linnseus, réunit le premier, sous le nom de Scarabées, un nombre considérable de Coléoptères, et parmi eux les plus grandes espèces de l'ordre présentant des antennes terminées par une massue constituée par des feuillets ou des lamelles. En 1799, C. Duméril distingua dans ce grand groupe les Lamellicornes ou Pétalocères, dans lesquels les articles terminaux des antennes, tout en variant à certains égards, ne cessent jamais d'être mobiles à la façon des feuillets d'un livre, et les Pectinicornes, Serricornes ou Priocèrcs, ayant la massue des antennes constituée, non par des feuille Is mobiles, mais par des dentelures fixes. Ce sont nos deux tribus des Scarabéiens et des Lucaniens. Ce n'est qu'en 1817 que Latreillc adopta la division si naturelle de C. Duméril, sous les noms de Scarabéides et de Lucanides.
Le grand perfectionnement organique des Scarabéiens ne permet de donner aux adultes que les caractères généraux suivants : Antennes insérées en avant et près des yeux sous un rebord de la tête, de sept à onze articles, le premier grand, les derniers élargis en feuillets transverscs et mobiles {massue terminant le stipe ou funicule). Pattes plus ou moins fouisseuses, surtout chez les femelles, principalement les antérieures ; tarses ayant tous cinq articles.
UOO COLÉOPliiRES.— SCARABÉIENS.
Le système nerveux desScarabéiens présente pour toute chaîne ventrale une grosse masse nerveuse concentrée dans le thorax, sans ganglions abdominaux, tandis qu'un nombre plus ou moins grand de ceux-ci reste séparé de la masse unique thoracique dans les Carabiques et la plupart des autres Coléoptères, cette diil'usion descentres nerveux étant un caractère d'infériorité. Tandis que les Carabiens n'ont que des trachées tubuleuses, chez les Scarabéiens un grand nombre de vésicules s'adjoignent aux deux troncs trachéens tubuleux, comme le montre la belle figure de Straus-Durckheim (pi. 7, fig. Zi) dans sa célèbre analomie du Hanneton (Paris, 1828, Considérations générales, etc.). Les trachées vésiculeuses sont un perfectionnement lié à une locomotion aérienne plus aisée, à une chaleur propre plus considérable que chez les Carabiens (Newport), en rapport avec une combustion musculaire plus énergique. Les pattes, au lieu de présenter une suite d'articles cylindroïdes comme chez les Carabiens, où elles ne servent qu'à la course, oftYent des élargissements, des courbures, des dents, des épines en rapport avec des fonctions plus variées. Les pièces buccales, bien que bien moins grandes et moins robustes que chez les Coléoptères carnassiers, et en cela adaptées à une nourriture composée de substances liquides ou molles, ou de végétaux, sont bien plus diversifiées dans leurs modifications et dans leurs parties constitutives. Cette division plus grande du travail physiologique dénote une supériorité organique, et c'est pour cette raison que M. E. Blanchard, dans ses ouvrages et dans le Catalogue des Coléoptères du Muséum d'histoire naturelle, a placé les Scarabéiens au début de Tordre des Coléoptères. Nous avons déjà rappelé pourquoi, ne clierchant dans cet ouvrage qu'à étudier les insectes au point de vue principal de l'entomologie appliquée, nous avons dû souvent sacrifier la philosophie naturelle et suivre surtout l'habitude générale. C'est, je pense, surtout par analogie avec l'ordre adopté pour les Mammifères et les Oiseaux, que la plupart des auteurs commencent l'étude des Coléoptères par les Carnassiers. On peut invoquer aussi des sens et des instincts plus développés pour ceux qui poursuivent des proies vivantes.
La variation considérable des organes dans les Scarabéiens ne nous permet pas de nous étendre en considérations d'ensemble. Le tube alimentaire est plus ou moins allongé et contourné, et l'estomac muni de nombreuses papilles creuses où séjourne le suc gastrique ; les canaux de Malpighi sont plus longs et plus déliés que chez les Carabiques. L'abdomen présente certains caractères importants : il est mun^ de sept stigmates de chaque côté, dont la position nous permettra une division des Scarabéiens en deux groupes. La première paire des stigmates peut sembler manquante, et se cacher dans la fissure qui sépare le métuthorax du premier segment. La largeur de l'abdomen égale le plus souvent celle de la base du corselet, quelquefois la dépasse (genre
Osmodernui), quelquefois est moindre (Coprides). Le plus souvent les
SCARABÉIENS. — fiÉNÉRALlTKS. /lOl
élytres ne recouvrent pas tout l'abdomen, et laissent à découver! le dernier arceau ou pygidium, qui est corné, ainsi que le segment précédent. En dessus, l'abdomen présente huit segments, mais on n'en voit habituellement que six en dessous, car les premiers arceaux sont annihilés par le développement de la poitrine ; les deux derniers, le pénultième surtout, surpassent ordinairement les précédents en grandeur. L'aire de l'abdomen est très-diverse. Elle peut devenir moindre que celle du thorax chez les Onlophages, où le prothorax est très-grand pour l'insertion de très-ibrtes pattes fouisseuses; au contraire, il s'allonge dans les Phyllophages et les Mélilophiles. Les variations s'étendent dans de très-grandes limites dont le maximun se trouve dans le genre Dynasles et le minimun dans le genre Lethrua.
Si les caractères des Scarabéiens adultes offrent les plus grandes différences, l'étude de leurs premiers étals démontre combien celte Iribu est naturelle. Autant la diversification s'opère dans les formes définitives, autant les premiers états se ressemblent ; à une première forme commune succèdent des développements divergents. Les larves sont toutes des vers gonflés, à peau molle, d'un blanc livide ou jaunâtre, cylindroïdes, avec une teinte ardoisée dans la région postérieure où s'accumulent les excréments. Ces larves sont courbées en dedans, conformation qui leur interdit la possibilité de s'étendre en ligne droite, rend difficile et pénible la progression sur une surface unie, et les force, dans le repos, à se tenir sur le côté à la façon des Iules. La tête est écailleuse, presque toujours aveugle, munie d'un labre, de robustes mandibules dentées, de mâchoires avec palpes de quaire articles, d'ime lèvre inférieure charnue, transversale, à palpes de deux articles, d'antennes de cinq articles, plus ou moins coudées à partir du troisième article exclusivement. Les trois anneaux tlioraciques sont plus courts que ceux de l'abdomen et munis de patles à cinq pièces. Les anneaux du thorax et de l'abdomen sont ridés transversalement, au nombre de douze, après la tête, plus en général un mamelon ou appendice anal considérable, avec une paire de stigmates prolhoraciques et huit paires abdominales, les stigmates de la dernière paire très-grands. Le dernier anneau abdominal est très-volumineux, et sa forme habituelle lui a fait donner le nom de soc. Il est en général arrondi et épais et courbé sous le ventre, rempli d'excrémenls souvent visibles par transparence, quelquefois rétréci. Les segments offrent des poils longs et flexibles, ou courts et roides, dirigés en arrière, servant à faciliter la progression. A l'exception des Cétonides, le sac est divisé en deux parties par un sillon transverse. Le corps des larves se termine par un anus à fente transversale.
Les larves des Scarabéiens coprophages vivent, suit des boules d'excréments faites par les parents, soit au milieu du monceau sordide où les œufs ont été déposés, et leur vie est courte. Les autres prolongent au contraire leur existence pendant une ou plusieurs années : hmlôt
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elles rongent sous terre les racines de plantes auxquelles elles arrivent par des galeries souterraines (Mélolonthides); tantôt elles vivent dans les arbres morts, les troncs caverneux, les débris vermoulus dus à divers insectes, le terreau, l'humus môme (Cétonides, Dynastides).
Les larves se métamorphosent en nymphes dans le milieu où elles ont vécu, et en se façonnant des coques aux dépens des substances qui les entourent. Les nymphes sont grosses et massives, et c'est chez elles qu'apparaissent les formes si diversifiées des adultes. Elles ont communément à l'extrémité de l'abdomen deux saillies cornées parallèles ou divergentes, et les fourreaux de leurs ailes inférieures débordent toujours ceux des élytres (Erichson). Après l'éclôsion, les insectes adultes restent un certain temps renfermés dans la coque nymphale, jusqu'à ce que leurs téguments aient acquis assez de dureté pour leur permettre de se frayer un passage, et d'affronter les risques de la vie libre.
Les Scarabéiens adultes ont des mœurs très-diverses et peu susceptibles d'être indiquées dans une formule générale. Beaucoup sont crépusculaires, d'autres se plaisent aux vives ardeurs du soleiL Les uns se nourrissent de substances stercoraires, c'est-à-dire principalement de matières végétales modifiées par la digestion ; d'autres de substances végétales décomposées par l'action de l'air et de l'eau ; beaucoup au contraire rongent diverses parties des végétaux vivants, très-principalement les feuilles ; enfin certains recherchent le miel des fleurs ou divers sucs qui découlent des arbres, à l'instar des Lucaniens. C'est sur ces régimes distincts que deGeer (177/i) s'est fondé pour distribuer en trois familles les Scarabées de Linnœus, en les partageant en Scarabées de terre. Scarabées des arbres, Scarabées des fleurs.
Nous terminerons cette étude générale par la citation d'un passage de M. Mulsant, où cet entomologiste, dans un style imagé, décrit les aspects variés des Lamellicornes (1) qui habitent la France :
« L'inspection de la robe des es^ièces de cette tribu suffit généralement pour révéler leur condition. Les Oryctes et les Rhizotrogues, condamnés à une vie en partie cachée, sont rougeâtres comme la terre qui leur sert d'asile. Les Coprophages, voués aux travaux les plus vils, portent presque tous les couleurs lugubres adoptées parla douleur. Les espèces crépusculaires ou nocturnes ont aussi communément des teintes obscures comme les ombres, ou noires comme les ténèbres. Celles au contraire qui vivent à la lumière, celles surtout pour lesquelles les fleurs ouvrent lous les trésors de leur sein, ont reçu, pour leur faire la cour, un véritable habit de conquête. Les uns portent un corselet revêtu de velours ; les autres ont des élytres garnies d'écaillés colorées; la cuirasse de plusieurs est encadrée dans du jai? ou parée de dessins variés ; celle des autres brille d'une richesse toute métallique. Là c'est le cuivre avec toutes ses nuances; ici l'argent est uni à l'azur le
(1) Mulsant, Lamellicornes do France, 18/j2, p. 25.