‹ Traité élémentaire d'entomologie comprenant l'histoire des espèces utiles et de leurs produits des espèces nuisibles et des moyens de les détruire, l'étude des métamorphoses et des moeurs, les procédés de chasse et de conservationChapitre 30 sur 67 · SCARABÉES DE TERRE · texte numérisé non relu

SCARABÉES DE TERRE

plus tendre ; ailleurs c'est Vov avec son poli et son éclat. Et, comme si ce n'était pas assez du don de la beauté, diverses espèces ont reçu le pouvoir de répandre des odeurs plus ou moins agréables. Celle des Osmodernes est assez forte pour trahir leur présence sur les arbres qu'ils fréquentent; celle d'une Trichie n'est sensible, au contraire, qu'à une faible dislance, mais elle est si parfumée, que cette charmante créature semble avoir dérobé aux roses leurs arômes les plus suaves. »

A l'exemple d'Erichson, nous diviserons la tribu des Scarabéiens en deux sections, en joignant au caractère de l'entomologiste allemand quelques autres faits généraux signalés par Lacordaire.

La première section {Laparostictiques) présente les stigmates abdominaux situés sur la membrane qui unit les arceaux supérieurs aux inférieurs, et par suite sont tous cachés sous les élytres. La languette est toujours distincte du menton ; les deux lobes des mâchoires sont libres chez les larves.

Dans la seconde section (Pleurosticliques), les stigmates abdominaux sont placés, les uns sur la membrane d'union des arceaux; les autres, en plus grand nombre, sur la partie relevée des arceaux ventraux euxmêmes, ceux de la septième paire étant généralement visibles quand les élytres sont fermées. La languette est, le plus souvent, cornée en partie et soudée au menton ; les deux lobes des mâchoires sont soudés ensemble chez les larves.

Section V^.— SCARABÉES DE TERRE.

Les Scarabées constructeurs et rouleurs de boules doivent d'abord appeler notre attention. Tous ces Pilulaires, comme on peut les nommer en général, ont les jambes intermédiaires et postérieures grêles et jamais brusquement dilatées: ce senties pattes de la dernière paire qui servent dans les deux sexes à rouler la pilule ; ils ont les jambes arquées et grossissant peu et régulièrement de la base à l'extrémité ; les tarses sont étroits, partout de même largeur. Les pièces buccales sont lamelleuses, tout au plus cornées sur leur tranche externe, et propres seulement à saisir et à diviser des substances molles, semi-liquides; elles sont cachées sous le chaperon. La tête et le corselet sont dépourvus de proéminences notables; les antennes ont huit ou neuf articles, dont le premier est très-grand et dont les trois derniers forment la massue. L'abdomen présente en dessous six segments soudés ensemble.

Ils volent en tenant les élytres fermées, les ailes étant sorties et étalées. La cause obligée de cette sorte de vol est d'abord le mode d'articulation des élytres et du mésothorax. Kn outre, il est d'autres causes, mais autres que chez les Cétoines \ raies, où nous retrouverons un vol analogue. Les Pilulaires n'ont pas, comme celles-ci, les épimèrqs raésothoraciques saillants, et un écusson dont l'agencement spécial gêne

kOk COLÊOPTfeaES, — SCARARÊIENS.

l'écartement des élytres, puisque lécusson manque chez eux ; les élytres ont leurs bords internes imbriqués ou sont soudées ensemble.

Les Pilulaires ont un front tranchant qui leur sert de bûche pour diviser les matières stercoraires, des pattes antérieures larges et robustes pour fouir. Ils savent élaguer les parties les moins nutritives, les pailles non décomposées par la digestion, et façonnent des pelotes, d'abord humides et grossiùres, puis acquérant de la solidité et la forme sphériqueà mesure qu'elles sèchent, consolidées à l'extérieur par des grains terreux, en tournant sur elles-mêmes entre les pattes postérieures des Scarabées. Quand la boule est devenue assez solide, le Pilulaire la fait rouler, eu la tenant entre ses pattes postérieures, bien assujettie entre les forts éperons des jambes, en marchant lui-même à reculons sur les quatre pattes de devant, jusqu'à ce que, parvenu au trou qu'il a creusé d'avance, il l'y précipite. Le plus souvent le mâle et la femelle se prêtent un mutuel secours pour cette dernière opération, l'un tirant avec ses pattes de devant la boule que l'autre pousse avec celles de derrière .

Les Pilulaires ne se rencontrent pas au nord de l'Europe, mais plusieurs espèces existent au sud, et plus encore dans les régions chaudes. Ils marchent mal, à cause de leurs longues pattes arquées, mais volent bien et d'autant mieux que le soleil est plus ardent. Us son-t attirés de tous côtés par l'odeur des déjections animales aussitôt que celles-ci sont déposées. C'est ordinairement à la fin du printemps et vers le milieu de l'été qu'on les voit former leurs pilules, en travaillant avec d'autant plus d'ardeur que la chaleur est plus forte. On trouve souvent sur une même fiente un grand nombre de ces insectes occupés chacun à la formation de sa boule. Peu fermes sur les quatre pattes antérieures, et obligés de marchera reculons, ces insectes sont renversés fréquemment, pour peu que le terrain soit inégal, et se relèvent avec peine. Ces difficultés, loin de les rebuter, semblent redoubler leur ardeur. lis font concourir leurs efforts à un but commun, el, pour l'obtenir, paraissent fort inditïerents au droit de propriété : quand une boule, par la culbute do son possesseur, vient à rouler au loin, uu autre s'en saisit, et le dépossédé, relevé de sa chute, prend la première boule qu'il voit à sa portée, ou s'occupe avec activité à en façonner une nouvelle.

Chaque boule est destinée à contenir un œuf. La femelle le dépose au milieu du berceau et du garde-manger de la larve future. Celle-ci, constituée sur le type général des larves de Scarabéiens, doit vivre en terre, dans le trou où a été projetée la boule et aux dépens de la matière de celle-ci, puis devcuir nymphe dans une coque faite de débris et de terre.

L'examen attentif des travaux des Pilulaires doit convaincre l'iionime le plus infatué de la haute intelligence de son espèce qu'il ne peut en refuser une parcelle à ces chétives et laborieuses créatures. « Souvent,

P!LULA[RES. /|0a

dit M. Mulsant (l), surtout parmi les Scarabées qui conslruisenl une pelote beaucoup plus grosse qu'eux, souvent un ami obligeant vient prêter ses bons offices. Il se place sur le sommet du corps sphérique, et, en se penchant en avant, l'entraine dans un mouvement de rotation. Quelquefois un accident arrive :1a boule tombe dans un trou, et y resterait inévitablement sans le secours de nouvelles forces nécessaires pour l'en extraire. L'n Pilulaire auquel semblable mésaventure était arrivée se dirigea, dit Illiger, vers un tas de bouse voisin, et revint bientôt avec trois camarades ; tous quatre réunirent leurs eflbrts pour tirer la pelote du précipice, et ils y parvinrent enfin : ce résultat obtenu, les trois compagnons, dont la tâche était accomplie, s'en retournèrent aussitôt à leur ouvrage. »

Les deux sexes, avons-nous dit, travaillent à construire et à rouler les pilules à œufs ; mais, comme on peut le présumer d'avance, les milles mettent moins d'activité que les femelles dans ces opérations destinées à assurer le sort de leur postérité. 11 est bien rare, chez les insectes, que les mâles viennent en aide à l'autre sexe ; ils ressemblent aux hommes des peuplades sauvages, propres seulement à la chasse et aux combats. « Les mâles, dit M. ."\Iulsant (2) à propos d'un genre de Pilulaires {Sisijphus), montrent un atlachement moins vif que l'autre sexe pour 'ces petites pelotes qui doivent servir de berceau à leurs descendants. Souvent, pour mettre à l'épreuve leur amour maternel, il m'est arrivé de transporter dans la main un couple de Sisyphes avec le fruit de leurs travaux. Dès que je leur rendais la liberté, le mâle en usait pour s'envoler; la femelle restait ordinairement attachée à la pilule, objet de ses espérances, et se résignait à la conduire seule. .J'ai vu quelques-unes de ces créatures surprises par la nuit avant d'avoir pu enterrer assez profondément leur globule : le lendemain, de grand matin, je les retrouvais le tenant embrassé entre leurs pattes, comme un trésor dont elles n'avaient pu se séparer. »

Est-il exact de dire, comme cela paraît résulter d'une observation superficielle, que les mâles restent spectateurs tranquilles des rudes travaux de leurs compagnes ? Le Créateur ne laisse pas vivre les êtres inutiles à la reproduction, et, chez les industrieux Hyménoptères notamment, où tant de femelles nidifient plusieurs mois de l'année, les mâles n'ont au printemps qu'une existence éphémère. Une très-jolie observation de M. P. de la Brûlerie, faite dans le midi de l'Espagne, au printemps de 1866, me paraît donner la clef du rôle exact des mâles. Si chez les Batraciens et les Poissons les mâles sont dans bien des cas les auxiliaires indispensables de la ponte, chez les Pilulaires leur présence est un stimulant nécessaire à l'accomplissement du devoir maternel. Étrange et touchant spectacle que celui offert à l'intelligent

(1) Mulsant, Ccléoplcycs de Frauci', L\mui.i,;c(ium;s, )S'i2. ji. 'il.

(2) Mulsant, op. cit.

observateur que nous venons de nommer, par YAteuchus cicatricosus, Luc, qui abondait sur la plage de Malaga, là où l'on parquait les porcs ! « Je le vis, dit-il, rouler ses boules. La femelle seule se charge de ce soin, et, comme les autres espèces du g.enre, marche à reculons et se sert de ses pattes de derrière pour maintenir son précieux fardeau. Le mâle surveille le travail avec un intérêt visible, mais sans y prendre une part active. Qu'un obstacle se rencontre et que la boule qui contient sa progéniture tombe dans une inégalité du sol, il faut voir comme il s'agite, tourne tout autour, pousse sa femelle du chaperon, l'excite, j'allais dire de la voix, mais plutôt en faisant retentir d'un ton désespéré le bruit que produit le frottement de son abdomen contre ses élytres. Si l'observateur prend la femelle et la pose à quelque distance, le mâle redouble son cri plaintif. La femelle l'entend^ elle paraît indécise, consulte les quatre points cardinaux, s'oriente enfin, et de sa course la plus rapide revient, tout en trébuchant, ressaisir la boule, objet de sa maternelle sollicitude. Vous accusez le mâle d'être un paresseux, jouant le rôle de la mouche du coche! Mouche peut-être, mais mouche indispensable, car, si vous le prenez, la femelle s'arrête et reste la tête baissée sur le sable, de l'air le plus piteux du monde. Elle serre toujours sa boule dans ses pattes de derrière, mais rien ne la fera bouger, et, si l'on ne lui rend son compagnon, je crois qu'elle mourra sur place (1). »

Peut-être toutes les espèces de rouleurs de boules n'offrent pas un accord aussi complet dans le ménage; mais certes l'existence prolongée des mâles atteste leur nécessité pour la conservation assurée de la progéniture.

On peut dire que les Pilulaires remplissent, dans l'ordre naturel, un but plus important et plus élevé que celui de la propagation de leur race. .11 importe que les matières stercoraires, cause d'infection atmosphérique, soient mêlées au sol le plus promptement possible ; là, par une heureuse compensation, elles fournissent aux végétaux l'azote et les sels calcaires, et sont l'agent puissant et efficace de la fertilité de la terre. Rien de plus utile que ces petites forces constamment répétées et agissant sur d'immenses espaces : de chétifs insectes deviennent les plus actifs auxiliaires des grandes harmonies, et font partie de ce cycle admirable par lequel la matière, engagée tour à tour dans la vie et dans la mort, tantôt obéit à ces mystérieux archées des anciens philosophes, tantôt subit passivement les lois des corps bruts, sans que jamais, depuis l'origine première du monde, il n'y ait ni création ni perte. Celui qui a tiré la matière du néant pouvant seul l'y replonger.

Nous voyons en effet les Pilulaires abonder dans les régions chaudes, où la putréfaction est si prompte, s'occuper sans relâche de leurs travaux dans les heures diurnes, et d'autant plus activement, que la tem-

(1) P. de la Brûlerie, Ann. Soc. entom. de France, 18G6, p. 522.

PILULAIRES. — ATEUCHUS. l\01

pérature est plus élevée et par suite les miasmes plus abondants et plus redoutables. En outre les mâles déploient le même talent que les femelles, font seuls des boules nécessairement stériles, et les femelles en confectionnent aussi où elles ne mettent pas d'œufs, alors que leur progéniture est à l'abri de tout danger. Ces pelotes inuliles sont gardées par ces insectes avec beaucoup moins de sollicitude ; un seul individu les roule, et, au moindre accident qui l'oblige à les abandonner, se laisse facilement arracher par un autre le fruit de ses peines.

Des mœurs tout à fait analogues se manifestent chez certaines espèces américaines : ainsi chez le Canthon ou Coprobius volvens (Catesby, Hist. nat. de la Caroline).

GENRES PRINCIPAUX

ATEliCHl'S, Web. (1) — Chaperon cachant les organes buccaux, sexdenté, semicirculaire. Antennes de neuf articles, les trois derniers formant la massue. Corselet grand, transversal, débordant les élytres. Jambes antérieures fortement tri- ou quadridentées en dehors, servant à fouir -, tarses antérieurs nuls dans les deux sexes.

Ce genre est célèbre par la vénération qu'avaient pour certaines de ses espèces les anciens Égyptiens. Aussi l'une d'elles a reçu le nom d'^. sacer^ Linn. C'est un gros insecte d'un noir peu brillant, à chaperon sexdenté, à télé munie de deux tubercules, à corselet et à élytres lisses. Il se trouve dans le midi de l'Europe, sur tout le pourtour méditerranéen, dans le Caucase, en Asie Mineure, en Egypte, dans la Tunisie, l'Algérie, le Maroc, dans presque toute l'Afrique et au cap de Bonne-Espérance. On le rencontre dans le midi de la France, sur les côtes de la Méditerranée, plus ordinairement eu Provence qu'en Languedoc ; il est commun à Marseille, sur le bord de la mer, du côté de Montredon. Il déploie, sous l'influence de la chaleur, une activité incroyable. 11 choisit habituellement un terrain en pente pour y placer sa boule. On voit souvent, au printemps ainsi qu'au commencement de l'été, dans les dunes ou sur les sables qui touchent la mer, les Scarabées sacrés se livrer au travail d'enfouir leurs boules : ils grattent avec une grande vivacité la terre, qu'ils amoncellent d'abord derrière leurs pattes postérieures, puis, se retournant et se servant de leur chaperon comme d'une pelle, ils poussent plus loin les débris qui les embarrassent. Les pelotes destinées à ne pas nourrir de larves sont enterrées avec peu de précautions : le lieu dans lequel elles ont été déposées offre, au moins le premier jour, une ouverture béante qui permet de les apercevoir. Les autres pelotes, c'est-à-dire celles qui renferment des œufs ou des larves, sont au contraire complètement enterrées avec le plus grand soin. En creusant le sable, on trouve souvent, avec une

(1) Ce nom a prévalu, du moins en France, sur celui, plus ancien, de Scarahœus, Linn.

/i08 COLËOPTÈRES. — SCARABÉIENS.

de celles-ci, le couple d'insectes par qui elle a été roulée. On dirait, comme le fait observer M. Mulsant, que ces petits animaux restent attachés à cet objet, pour veiller à sa conservation, ou pour attendre, près de ce dépôt précieux, la mort qui doit mettre fin à leurs travaux.

Latreille s'exprime comme il suit à propos de ces utiles insectes: « Messagers du printemps, annonçant par leur reproduction le renouvellement de la nature ; singuliers par cet instinct qui leur apprend à réunir des molécules excrémentitielles en manière de corps sphériques; occupés sans cesse, comme le Sisyphe de la Fable, à faire rouler ces corps ; distingués des autres insectes par quelques formes particulières, ces Scarabées parurent aux prêtres égyptiens offrir l'emblème des travaux d'Osiris ou du Soleil (l). » Une autre raison de la vénération qu'inspirait cet insecte est que l'on supposait que tous ces Scarabées étaient mâles, et qu'il n'y avait pas chez eux de copulation. Les caractères sexuels dislinctifs sont, avons-nous dit, presque insensibles chez les Pilulaires. IMutarque dit, à propos des Égyptiens : « Ils honorent l'aspic, la belette et lescharbot, d'autant qu'ils voient en eux ne sais quelles petites images reluire de la Divinité, comme nous apercevons le corps du soleil en une goutte d'eau ; car il y en a beaucoup qui cuident encore et le disent, que la belette s'accompagne avec son mâle et qu'elle fait ses petits par la bouche, et disent que c'est une figure et représentation de la parole qui se forme et procède de la bouche. Et quant aux escharbots ils tiennent qu'en toute leur espèce il n'y a point de femelle, que tous les mâles jettent leur semence dedans une certaine matière qu'ils forment en façon de boule, laquelle ils poussent à reculons, comme il semble que le soleil tourne, le ciel au contraire de lui qui a son mouvement d'occident en orient (2). «

Les mêmes opinions sont exprimées par Porphyre, dans son traité de V Abstinence de la chair des animaux : il dit que ce Scarabée est honoré comme la figure de l'astre du jour.

De tous les auteurs anciens qui ont parlé du Scarabée sacré, Horapollon est celui qui a (raité ce sujet avec le plus d'étendue. 11 lui a consacré un chapitre d'un ouvrage mystique {Hiéroglyphes, liv. I, chap. iO) qui passe pour avoir été traduit de l'égyptien en grec par un nommé Philippe. Voici, d'après un mémoire de Latreille (3), des extraits des principaux passages :

« Tous les Scarabées ont trente doigts, à raison du nombre de jours que le soleil met à parcourir chaque signe du zodiaque. On en distingue trois espèces. La première, ou le Scarabée proprement dit, présente des rayons et a été par analogie consacrée au Soleil.... Tous les

(1) Latreille, Cours d'entomologie. Roret, 1831, p. 54.

(2) l'iuliirque, Isis et Osiris, cliap. 39, trad. d'Amyot.

(3) Latreille, Des Insectes peints ou sculptés sur les inonwnenls anliqiic> h l'Mgypte {Mém. du Mus., 1819, t. V, p. 249).

PILfLAlRE?. — ATiaT.HLS. 'l09

individus de ce Scarabée sont dn sexe masculin. Lorsque l'insecte veut se reproduire, il cherche de la fiente de bœuf, et, après en avoir trouvé, il en compose une boule dont la figure est celle du monde ; il la fait rouler avec les pieds de derrière, en allant à reculons et dans la direction de Test à l'ouest, sens dans lequel le monde est emporté par son mouvement ; celui des astres se fait dans une direction opposée ou du vent du couchant vers celui du levant. Le Scarabée enfouit sa boule en terre, où elle demeure cachée pendant vingt-huit jours, temps égal à celui d'une révolution lunaire, et pendant lequel la race du Scarabée s'anime. Le vingt-neuvième jour, que l'insecte connaît pour être celui de la conjonction de la lune avec le soleil et de la naissance du monde, il ouvre celte boule et la jette dans l'eau. Il sort de cetfe boule des animaux qui sont des Scarabées. C'est par ces motifs que les Egyptiens, voulant désigner un être unigèneou engendré de lui-même, une

naissance, un père, le monde, l'homme, peignaient un Scarabée »

On a cherché à interpréter cet amalgame d'erreurs ot de faits réels. La forme orbiculaire de ses boules de fiente faisait de cet insecte le symbole du monde, ainsi que la manière dont on prétendait qu'il les roule, soit dans le sens direct, d'occident en orient, soit dans le sens rétrograde, d'orient en occident, car on trouve les deux opinions dans les auteurs de l'antiquité. Les anciens voyaient bien cet insecte enterrer sa boule ; mais, convaincus dune génération spontanée, il leur fallait nécessairement supposer que l'insecte venait ensuite la déterrer et la jeter dans l'eau, élément nécessaire pour produire, selon leurs idées, avec le concours de la chaleur, les êtres qui n'avaient ni père ni mère. Latreille explique les trente doigts par lobservulio;! du nombre des cinq articles des six tarses, dont le produit donne trente, et il cite une pierre gravée, du genre nommé obraxas par les archéologues, figurée par Montfaucon d'après Kircher, représentant un Scarabée ayant à chaque patte antérieure une main étendue à cinq doigts. Il faut toutefois faire remarquer que cette ingénieuse déduction de Latreille, vraie pour la majeure partie des Scarabées stercoraires, se trouve précisément inexacte pour les Ateiichiis proprement dits; ils n'ont pas de tarse aux membres de devant, et cette atrophie est naturelle, et non le résultat d'un accident de collection, comme on l'a cru longtemps. Les fortes jambes de devant de ces insectes leur servent à fouir la terre pour enterrer les boules, et des tarses grêles eussent été nuisibles pour ce travail.

On comprend donc pourquoi les monuments, les hiéroglyphes représentent, multipliée de mille façons, l'image du Scarabée sacré. Il est ciselé, quelquefois dans des proportions gigantesques, sur les murs des temples, sur les chapiteaux des colonnes, sur les obélisques, gravé sur les pierres précieuses, sur des médaillons, des cachets, des grains de collier ou de chapelet. Cet insecte, toujours mâle, était sculpte au bas des statues des héros pour exprimer la vertu guerrière,

exempte de toute faiblesse. L'idée du sexe mâle de tous ces insectes venait de la grande ressemblance entre les deux sexes, et de ce que le mâle travaille aux boules comme la femelle. Selon le docteur Clarke, les femmes mangent encore aujourd'hui, en Egypte, des Atevchns sacer pour se rendre fécondes, car la fécondité est un des attributs du soleil, dont ces insectes sont l'emblème. Dans le zodiaque de Dendérah, le Scarabée sacré remplace, dans les signes célestes, le Scorpion des Grecs. Il était aussi le symbole de la transmigration des âme?, et placé dans la tombe des personnes pieuses comme un dieu tutélaire. Une momie rapportée de l'expédition d'Egypte par E. Geoffroy St-Hilaire renfermait un Ateuchus sacer parfaitement conservé. On doit s'étonner de l'oubli d'Hérodote, qui ne parle pas de cet insecte dans son livre II, intitulé Euterpe, où il traite de la religion et des mœurs des anciens Egyptiens, et cite longuement leurs animaux sacrés, l'ibis, le cbat, le crocodile, etc.

Comme on doit s'y attendre pour un être doué de tant de vertus, il jouait un grand rôle dans la médecine antique. Les empiriques et les mages, c'est-à-dire ceux qui employaient la magie comme moyen de guérison, s'en servaient contre les fièvres intermittentes.

Les monuments antiques du peuple zoophile représentent aussi l'image d'une autre espèce, VA.' laticoUis, Linn., noire, moitié plus petite que 1'^. sacer, très-commune dans toute l'Europe méridionale, remontant plus haut que l'autre, puisqu'on la trouve dans une bonne partie de la France et de l'Allemagne. Le chaperon a six dents, mais les élytres sont sillonnées et non lisses, double caractère bien sensible sur les amulettes des deux espèces. Ou le trouve dans diverses parties des environs de Lyon, particulièrement sur les monts d'Or et les coteaux de la Pape. Il est très-rare aux entours de Paris, comme tous les Pilulaires, si réellement il y a été trouvé ; mais cependant les amateurs ont peut-être chance de l'y rencontrer, si c'est bien l'insecte que Geoffroy a connu et appelé le Hottentot. Enfin il est bien probable qu'une troisième espèce recevait les hommages des Égyptiens, et se rattache d'une façon curieuse à leur antique histoire. Horapollon, dans ses récits confus et erronés, dit que le Scarabée sacré lance des rayons analogues à ceux du soleil. Latreille avait d'abord supposé que les six dentelures du chaperon représentaient les rayons de l'astre ; mais une intéressante découverte amena une hypothèse plus vraisemblable, et qui nous fait comprendre pourquoi les images de cet insecte nous présentent souvent des traces d'une ancienne dorure. En 1819, M. Cailliaud, de Nantes, dans son voyage au Sennaar, découvrit à Méroé, sur le Nil Blanc, un autre routeur de boules, retrouvé depuis dans les mêmes pays par M. Botta, ressemblant beaucoup pour la forme aux précédents, mais, au lieu de leur robe obscure, orné d'une éclatante couleur verte, prenant sur certaines parties une teinte dorée, analogue en conséquence par ses reflets aux rayons de l'astre du jour.

PILULAIRES. — ATEUGHUS. ^11

« Un jour, dit Cailliaud (1), que je chassais les oiseaux, à une lieue de Sennâr, sur lu route de Faybali, le hasard offrit à mes yeux le fameux Scarabée sacré des Égyptiens. Cet insecte est d'un vert parfois éclatant ; son corselet est nuancé d'une teinte cuivreuse à retlet métallique, ce qui se rapporte parfaitement à ce que disent Horapollon et Élien, qu'il était doré et rayonnant. Ce Scarabée est fidèlement représenté dans les peintures de plusieurs monuments, et sur les caisses des momies les plus anciennes je l'ai toujours vu colorié en vert et jamais en noir. Cependant un Scarabée qui se trouve aujourd'hui en Egypte, et qui a cette derniùre couleur, a été regardé par les modernes comme

le vrai Scarabée sacré » MM. Cailliaud et Latreille admirent

comme très-probable que les Égyptiens, originaires de l'Ethiopie ou des régions élevées de la vallée du Nil, ont adoré d'abord ce brillant Scarabée; puis que leurs descendants, remontant peu à peu vers le nord à mesure que la population accrue mettait en culture progressive le delta du Nil, confondirent dans une vénération commune l'insecte doré de leurs ancêtres avec son noir congénère qu'ils retrouvaient seul dans la Basse-Egypte.

Cependant Ch. Nodier a élevé des doutes sur ce'que.cette interprétation aurait de trop absolu (2). Il croit d'abord que l'insecte de M. Cailliaud n'était pas absolument inconnu des modernes ; mais c'est à tort, car il le confond avec le Gijmnopleurus profanus, Fabr., de la côte de Guinée, également d'un vert brillant. En outre, s'il y a des Scarabées cà amulettes dorés, il en est de verts, de bleus, de rouges, de fauves, ou de la couleur naturelle de la terre de potier ; ces colorations n'auraient donc pas de rapport avec la couleur des espèces réelles. La véritable idée du Scarabée sacré ne se rapporte pas à une individualité distincte, mais ù plusieurs espèces. Horapollon en reconiiaît trois, et Pline encore plus.

Quoiqu'il en soit de ces discussions archéologiques n'intéressant que les érudits, Latreille a donné à la troisième espèce diAteuchus dont nous avons parlé, le nom d'J. JEgypliorum, Latr. (pi. xxiv, fig. 1). Outre la couleur si caractéristique, l'espèce diffère par divers détails de 1'^. sacer. La taille de cet insecte varie beaucoup, de 18 à /i5 millimètres, de longueur.

Nous représentons des détails de 1'^. sacer pi. xxiV;, fig. 2, tôte vue en dessous; 2 a, labre; 2 6, mandibule; 2 c, mâchoire et palpe; 2 rf, lèvre inférieure et palpes ; 2 e, antenne.— En 1856, on a rencontre près de Paris, au mois de mai, mais tout à fait accidentellement, une

(1) Cailliaud, Voyage à Méroé, au fleuve Blanc, Paris, impr. royale, 1827, t. II, p. 311, et t. IV, p. 279.

(2) Ch. Nodier, Mélanges tirés d'une petite bibliothèque (Paris, Roret, 1829) : « Interprétation des hiéroglyphes. Reclicrches archéologiques et cntomologiques sur le Scarabée des Égyptiens, etc. »

/ll2 COLÉOPTËHliS. — .^CARABÉIENS.

quatrième espèce à'Ateuchus, VA. semipunctatus , Fabr., qui est du pourtour méditerranéen et noir. Il se trouvait dans des souches abandonnées par l'inondation de la Seine. Les détritus que laissent après eux les fleuves débordés lors des grandes crues sont une source de riches trouvailles, et l'amateur intelligent ne doit jamais négliger de les explorer. Il y a transport d'espèces d'autres localités, et en outre certaines espèces, habitant d'or.iinaire d'inaccessibles retraite?, ne se présentent à nous que lorsque les eaux les ont violemment arrachées ci leurs demeures : de même que ces rares castors du Rhône qu'on trouve parfois éperdus et troublés, sur les quais de quelque ville de Provence^ après les inondations redoutables du fleuve.

Le genre Ateiichus, qui n'intéresse pas moins l'érudit que le naturaliste, comprend une soixantaine d'espèces, de toute l'Europe méridionale, du Caucase, de toutes les régions de l'Afrique, de l'Arabie, de la Tartarie, de la Perse, des Indes orientales et de Ceylan.

S!>l§>VPlll!Si, Latr. — Chaperon subliexagonal, écliancré en avant. Antennes de liait articles, avec massue lamelleuse de deux articles. Arrière-tronc très-court et très-épais, triangulaire, el élytrcs de même forme. Jambes postérieures extrêmement longues, courbes en dedans, à cuisses débordant l'abdomen-, tarses antérieurs courts, existant dans les deux sexes.

Ces insectes, d'un noir mat, des mêmes pays que les précédents, avec la Chine en plus, et une espèce égarée du Mexique, S. mexicanus, Harold, volent à la façon des Cétoines, en glissant les ailes hors de leurs élytres fermées. Il en est une espèce, très-commune dans toute l'Europe méridionale, et qui se trouve quelquefois, mais rarement, près de Paris. C'est le S. Schafferi, Linn., nommé par Geoffroy le Bousier araignée, à cause de ses longues pattes grêles, noir mat, à élytres striées, de 7 à 12 millimètres. La mythologie a fourni à Lafreille le nom de ce genre, en souvenir du fils d'Éole ei d'Énarète, condamné à rouler au sommet d'une montagne un rocher qui lui échappait toujours au moment où il croyait toucher au terme de ses peines. On peut dire en efîet, du S. Schafferi, qu'il a la monomanie du jeu de boules ; sans relâche on le voit occupé à en construire ou à en rouler, et souvent il satisfait son instinct à peu de frais, avec des crottins de chèvre. Ce noir et bizarre insecte vil dans les matières les plus rebutantes, se délecte d'excréments humains, marche gauchement à cause de ses longues pattes postérieures, et se plaît sur les terrains en pente, les coteaux insolôs. Les Sisyphes ont fourni à M. Mulsant d'intéressantes observations. « J'avais placé, écrit-il, des Sisyphes dans un vase recouvert d'une cloche de toile métallique; je leur avais fourni les matériaux nécessaires pour leur travail, mais ils avaient beau façonner des pilules, ils ne pouvaient les conduire bien loin. L'un d'eux finit par grimper sur le treillis, emportant avec ses pieds postérieurs, et

Hlulaîres. — gVm.nopleurls, CANTHON. Ui'à

son globule, el la femelle qui lui aidait précédemment ù le l'aire rouler. H parvint ainsi, avec plus ou moins de peine, jusqu'au dôme de celle espèce de voûte : là sa petite boule lui échappa ; il se laissa tomber aussitôt pour la rejoindre. Plusieurs fois le même fait s'est renouvelé sous mes yeux avec les mêmes circonstances. » On peut consulter, pour l'étude des espèces de ce curieux genre, la Monographie du genre Sùyjihe, par Gory (br. in-8°, 1 pi., Paris, 1833).

(;YiU\OPM'^('ill'!ii, Illig. — Chaperon faiblement sinué ou muni de deux, quatre, six dents. Antennes de neuf articles, la massue de trois. Élylres rétrécies d'avant en arrière, fortement échancrées sur les côtés au-îessous des épaules.

Les Gymnopleures se reconnaissent sans peine en ce que les flancs du premier arceau ventral sont mis à découvert par le sinus ou rétrécissement brusque des élylres. L'espèce la plus répandue en France est le G. Mopsus, Pallas, ou p/7wiar«MS, Fabr., de tout le sud de l'Europe, nommé par Geoffroy, Bousier à coulure, lisse et noir. Il se prend trèsrarement aux environs de Paris; il y a quelques années, les amateurs parisiens en capturèrent un certain nombre à Asnières. (1 abonde aux environs de Lyon. Ces insectes vivent rassemblés en troupes plus ou moins considérables, et couvrent de leur multitude les déjections des Solipèdes et des Ruminants ; mais, à peine les approche-t-on, surtout à l'ardeur du soleil estival, qu'ils s'envolent avec facilité, au point que, en un instant, on n'en trouve plus un seul. Il paraît qu'on prend un peu plus souvent, aux environs de Paris, l'autre espèce française, le G. flagellatus, Fabr., noir, plus rugueux que le précédent, comme lui de 10 à 15 millimètres. M. Boulard l'a trouvé plusieurs fois, notamment une fois suivant un troupeau de moutons pour se jeter sur les crotlins, aussitôt qu'ils tombaient sur le sol. Les deux espèces se prennent près de Pithiviers. Les Gymnopleures, comptant environ soixante espèces, sont propres à l'ancien (ontineni, et la plupart des espèces exotiques sont ornées de belles couleurs métalliques. Il faut joindre Java au\ pays de l'ancien monde qui les renfermenf, comparativement aux deux genres précédenis.

(;.%A'TUO\, Hulïmannsegg. — (Chaperon subparabolique, sinué ou biJenlé, parfois quadridenté en avant. Antennes de neuf articles, la massue de trois. Les quatre jambes postérieures plus ou moins arquées; tarses fortement comprimés, les antérieurs très- courts.

Ces insectes, au nombre de plus de cent espèces, existent dans toute l'Amérique et les iles annexées, et y remplacent les Gymnopleures. Ils s'étendent de la Patagouie assez avant au nord. Leur taille esl moyenne; ils sont glabres dessus et dessous, de l'orme courte et subosale. de

hiU COLÉOPTÈIiES. — SCARABÉIEJNS.

couleur variée, souvent métallique. Ils fréquentent les bouses; mais on trouve aussi certaines espèces sur les feuilles et dans les plaies des arbres, d'après les observations de Lacordaire et d'Alc. d'Orbigny : par exemple le f. moniliferum, E. Blancli., de Bolivie et du Pérou. — Nous figurons une espèce d'un beau vert brillant, le C. viride, Palisot Beauv., des Etats-Unis, pi. xxiv, fîg. Zt; lia, patte intermédiaire (jambe et tarse). A côté des Canthon se placent encore plusieurs genres américains à espèces nombreuses : Deltochilum, Eschscholtz, Canthidium, Erichson, Chœridium, Audinet-Serville, Pinotus, Erichson.

COPRŒn'fs», Reiche. — Chaperon semi-circulaire, avec son bord antérieur bidenté, cachant les organes buccaux. Élytres subsemi-orbiculaires, très-convexes, recouvrant tout l'abdomen; pas d'ailes inférieures. Tarses antérieurs très- courts. Pygidium entièrement replié sous l'abdomen et subhorizontal.

Ce caractère du pygidium et l'absence d'ailes donnent à ce genre, ainsi qu'au genre Mentoi^hilus , Casteln., également australien, un caractère spécial parmi les Pilulaires routeurs de boules. Le genre Coprœcus a été établi sur un insecte encore unique dans les collections, le C. hemisphœricus, Péron (pi. xxiv, fig. 3; 3o, jambe et tarse postérieurs). Il est d'un .noir terne , le corselet finement rugueux, les élytres ayant chacune six côtes peu saillantes, avec l'intervalle finement ponctué et une carène marginale, le dessous noir. Cet insecte fait partie depuis 1803 de la collection du Muséum, et provient des côtes occidentales de la Nouvelle-Hollande, explorées dans la célèbre expédition aux terres australes, entreprise sous le consulat. Le type de Péron est mutilé et manque d'antennes et de pièces buccales.

Les Coléoptères coprophages qui se présentent maintenant à notre étude peuvent se caractériser par le nom de Bousiers proprement dits. Lacordaire assure qu'il en est qui construisent des boules aussi parfaites que celles des Pilulaires Ateuchides, notamment chez les Copris et les Ontophayiis, mais sans les rouler sur le sol, manoeuvre que ne leur permet pas la structure de leurs pattes postérieures. Ces boules à œufs seraient déposées au fond des retraites; d'autres se contenteraient d'ajouter à l'œuf enfoui assez de matière stercoraire pour nourrir la larve (1). Je ne sais si une confusion n'a pas été faite entre des boules construites par les adultes pour la larve, puis pour la nymphe, ou des coques nymphales faites par la larve parvenue à son terme ; car l'exemple cité par Lacordaire au sujet des boules du C. Midas, grande espèce des Indes orientales, n'est pas probant. En effet (2), rapporte le

(1) Lacordaire, Gênera des Coléoptères, t. III, 1856, p. 63 et 87, Roret, Paris

(2) Sykes, Trans. of the Entom. Soc. of London, t. I, p. 130.

Page 1