‹ Traité élémentaire d'entomologie comprenant l'histoire des espèces utiles et de leurs produits des espèces nuisibles et des moyens de les détruire, l'étude des métamorphoses et des moeurs, les procédés de chasse et de conservationChapitre 46 sur 67 · III. — AXORIIDES · texte numérisé non relu

III. — AXORIIDES

Xuus n'exposerons que les caractères par lesquels les Anobiides diffèrent des Ptinides, les autres non mentionnés. étant communs aux deux groupes. Les pattes sont moins longues que chez les Ptinides, et les cuisses débordent à peine les élytres. Le corselet, de môme forme, a une ligne latérale de suture. Les antennes sont dentées ou flabellées chez les uns, terminées par une massue lâche, parfois très-longue, mais peu tranchée chez les autres, variables quant au nombre de leur articles ; les hanciies postérieures sont excavées pour recevoir les cuisses au repos.

Les Anobiides sont des insectes de très-petite taille, de couleur tout à fait sombre et terne, se contractant fortement à la moindre apparence de danger et simulant plus ou moins obstinément la mort, et cela surtout chez les espèces à corps court et subarrondi (genre Dorcatoma), qui possède celte faculté à un aussi haut degré que les Bi/rrlnts, tandis qu'elle est moins prononcée chez les espèces à corps cylindrique (la plupart des genres). Ils vivent de diverses substances végétales, et plusieurs, surtout dans le genre Aw)bhi.m, sont pour nous de véritables fléaux parleurs dégâts, à l'état de larves, dans les bois ouvrés de nos habitations et de nos meubles.

GENRES PRINCIPAUX

AXOBU'.U. Fal)r. — Mandibules larges et biileiilées. Antennes de onze articles, les trois derniers formant une massue làctie et long-ne, surtout cliez les mâles. Corps pubesccnt, cjiindroïde ainsi que les élytres.

Les adultes des Anobium, du moins ceux qui vivent dan les maisons, sont nommés l'iilletlcn, X cnu?,c des trous que font les larves dans le bois, et qui ressemblent à des trous de vrille. Chacun connaît la téna-

552 COLÉOPTÈRES. — PTINIl'.NS.

cité que la plupart d'entre eux mettent à simuler la mort^ mdme si on les jette dans Teau ou si on les brûle, et le bruit que diverses espèces produisent contre les boiseries : ce sont de petils coups secs, réitérés, suivis de temps de repos, que font ces Coléoptères, fortement accrochés parles pattes, en frappant avec le vertex contre les bois (C. Duméril), et non avec les mandibules, comme le dit Latreille. Ce moyen d'appel des sexes a fait encore donner aux Anohium des maisons la désignation à'Hurioges de la mort, ces averlissements venant à notre oreille dans le mélancolique ennui des insomnies. On devrait plutôt les appeler Horlo(jes de Vamour, dit M. Mulsanl, qui ne craint pas le badinage entomologique {Lettres à Julie sur l'EnlomoL, I, 239). Les deux espèces les plus funestes et les plus communes dans les maisons sont 1'^. pertinax, Linn., de U millimètres, d'un brun foncé, pubescent, avec le corselet relevé postérieurement en tubercule pointu; et VA. paniceum, Linn., d'Europe et des l^]tats-Unis, de o millimètres, d'un marron fauve, à corselet uni. Une plus grande espèce, VA. tessellafuni, Fabr., ou pnlsator, Schall, atteint 61/2 millimètres, d'un brun presque mat, à corselet et élytres unis, avec nombreuses petites taches d'une pubescence roussâtre.

Les larves des Anohium. ont le corps court, blanc, charnu, renflé en avant, recourbé en arrière comme celui des larves de Lamellicornes, et entièrement recouvert de petits poils très-fins. La tête, demi-cornée, lisse, arrondie, très-petite, porte deux très-petites antennes, d'au moins deux articles, et à côté de chacune un très-petit stemmate sphérique (les larves des Ptines sont aussi oculées). La bouche offre un labre saillant, des mandibules courtes, arquées, tri- ou quadridentées.des mâchoires unilûbées avec palpes de trois articles, une lèvre inférieure arrondie à palpes de deux articles. Les pattes sont assez longues, de quatre articles, hérissées de longs poils ; les stigmates comme d'ordinaire. Les segments thoraciqucs et abdominaux sont couverts de plis fins, transversaux et munis de spinules, et le dernier segment abdominal porte en dessous un petit mamelon pseudopode au centre duquel est l'anus. La plupart de ces larves sont ligniperdes et attaquent le bois mort encore sur pied. Elles creusent alors leurs galeries dans l'écorce, sans aller ordinairement plus loin, et, pour la nymphose, se font une coque de vermoulure. Selon M. E. Perris, elles se développent en un an et non en trois ou quatre, comme le croyait M. Itatzeburg. L'accouplement des adultes a lieu presque aussitôt après l'éclosion, la femelle restant dans la galerie où elle est née, le mâle en dehors.

Il est des Anobium, du genre actuel Ernobius, Thomson, d'Europe et d'Amérique septenirionulc, qui attaquent lesjcnnes figes et les pousses des arbres \ivants {A. molle, Linn.); d'autres les bois ouvrés et secs : ainsi A. pertinax (pi. xxxvji, tig. 7, antenne; la, labre; 7 6, mandibule; 7c, milchoire et palpe; 7 ci, lèvre inférieure et palpes; 7e, tarse antérieur). Cet insecte, dont le nom est dû à la ténacité à simuler la mort, est la

ANOlilini'S. — OCHINA, PTIUNUS, XÏLETIM'S. r>;"t3

Vriilette fauve de Geoll'roy, perforant nos meubles, les planchers et les lambris de nos maisons, en décelant sa présence par de pelits tas de (rès-fine vermoulure pulvérulente. Knfin cerlains Anobinm (j)a7iiceum) ravdgent les bibliothrqucs, les arcbivcs, les licrLiers; dévorent les racines sècbes des herboristes, les restes secs de pain, les pains azyme?, les pains à cacheter, les biscuits, même dans des boîtes qu'on croit bien closes. I.es cspi'-ces domestiques sont nécessairement répandues dans foute l'Europe ; en général, on trouve les adultes dans le voisinage des substances où ont vécu les larves, et parfois, pour certaines espèces, sur les fleurs. M. Lucas a vu que VA. panicnun détruit le liégo, la moelle de l'Afiavc, la réglisse en bâton, la peau de baleine, etc.

ffiCIfll'VA, Sliirm. — Genre Irès-voisiii des Anobium. Antennes de onze articles, ^kMps, loiii;ues, légèrement dentées en scie. Tarses grêles. Corps en ovale obloni;', finoinent pubescent.

L'espèce type, 0. lledi-rœ, de toute l'Kurope, ne se trouve que sur les tiges mortes du Lierre, dont le bois nourrit sa larve. Cet insecte, de 2 1/2 millimètres, d'un brun marron, a les élytrcs couvertes d'une pubescence cendrée, avec deux bandes brunes à la base et au milieu. Nous figurons l'O. Latreillei, Bonelli, ou scmyiiinicollis, Uuft., de France et d'Allemagne (pi. .wxvii, fig. ^i)- P'>s d'autres espèces certaines.

l»TIl,lliI !«>(, GeofTr. — Antennes de onze articles, flabellées fortement chez les mâles, peclinées chez les femelles. Forme cylindroïde.

Ces insectes \ivent dans le bois mort, qu'ils perforent de petits trous ronds. 11 y a douze espèces d'Europe, de Madère, du Sénégal, de Ceylan et de l'Amérique septentrionale. L'espèce la plus commune est le P. ])rcti)iici>niis, Liiin., de li millimètres, noirâtre, à pattes et antennes fauves, de toute rikirope (pi. xxxvn, fig. 2 ; 2 «, anieniie du mâle; 2 !>, anienne de la femelle"!. Assez commun dans les maisons et les clianliers.

%YI.i:tii;i >>, I.alr. — Antennes de onze articles, forlcmnut dcnlces. Languette Irès-échancrée, à lobes étroits ; mandibules lar^ies et bidenties. Dernier article des palpes séciiiiforme. Élytres très-allongées et cylindriques.

Ces insecles commencent la série des Anobiides à forme raccourcie, à tète et à pattes très-rétractiles. Leurs élylres sont striées. Ils vivent en lar\es dans le bois mort, sur lequel on les trouve à l'état parfait, et de même sur les fleurs et le feuillage des végétaux. Ce genre renferme environ Irente espèces d'Europe, d'Algérie, des Canaries, de nie de l'Ascension, de Sibérie, d'Amérique septentrionale. Nous représentons le X. pallens, Germar (pi. xxwii, fig. 3; 'Sa, fèlc vue en dessous), de France, delà llussie méridionale, du Caucase et aussi d'Amérique. Il constitue l'espèce unique d'un genre démembré, Xcronthobius,

55^ COLÈOPTkRES. — PTINIENS,

jMorawitz. A côté se trouvent les détails du X. pectinalus, Fabr. (3 6, son antenne; Se, mandibule; 3d, mâchoire et palpe; 3p, lùvre inférieure et palpes). Cette dernière espèce est d'Allemagne.

UORlv%TOM.%, Herbst. — Antennes curieuses, de dix articles ou moins, le premier très-grand et dilaté en oreillette, les autres petits et serrés, les trois derniers très-grands, fortement comprimés, formant une énorme massue lùclie, plus longue que le reste de l'antenne. Corps convexe, ovale, pubcscent.

Les Dorratoma n'ont que peu d'espèces en Europe, vivant dans les Bolets et dans le vieux bois envahi parles productions cryptogamiques. Leurs larves, tout à fait analogues à celles des Anobium, se trouvent dans les souches ou les racines de divers arbres, notamment le Chêne, ou dans les Champignons ligneux, et se métamorphosent également dans une coque. Il y a environ vingt espèces d'Europe, des États-Unis, de Californie, du Chili, de la Plata. — Ex. : D. rubens, Hoffmann, du genre actuel yln%s, Mulsant, fondé sur deux espèces d'Europe (pl.xxxvii, fig. 5; 5a, antenne). On le prend à Fontainebleau, sous l'écorcc des Chênes.

Nous placerons ici un genre très-ambigu, véritable point singulier, comme il s'en présente de temps à autre dans tous les modes approximatifs de la classification, le genre Cupes. Latreille,par une simple analogie de forme, le mettait à tort parmi les Cucujiens ; c'est encore des Plinides que ces insectes se rapprochent le plus. La plupart des auteurs tranchent la difficulté en en formant une famille à part, procédé dont on doit être fort sobre, si l'on veut conserver la simplicité et la clarté.

d'PES, Fahr. — Antennes de onze articles, cylindriques ou un peu en scie. Tète petite et rétrécie ; organes buccaux dans une profonde échancrure du menton. Élytres allongées, subparaltèles ou élargies en arrière, plus Larges que le corselet. Abdomen de cinq segments en dessous. Tarses médiocres, à quatrième article bilobé.

Ces insectes, presque tous américains, ont un aspect bien tranché par leur sélytres munies de côtes à intervalles ponctués ou gaufrés, leur corps allongé, déprimé en dessous, couvert presque toujours d'écaillés d'un blanc jaunâtre, paraissant un enduit, tant elles sont serrées, avec des taches brunâtres plus ou moins distinctes sur les élytres. Les mœurs des Cupes sont peu connues, mais ces Coléoptères sont très-probablement ligniperdes, car Say dit que le C. cinerea, Say, ou concolor, VVeslwood, des Étals-Unis, est commun dans les vieilles maisons construites on bois. Le C. capitula, Fabr., du même pays (pi. xxxvn, fig. U; Ht^»

APATIENS.— r.is. 555

tarse antérieur, noir, avec la tète rougeritrey, a, par exception, e corps simplement villeuv. 11 y a encore une Iroisiùme espèce, d'Amérique septentrionale, puis une du Chili et une des îles Philippines.

ÏRIBU DES APATBE.liS.

Nous formerons, sous le nom à'Apatiens, une tribu circonscrite, aux dépens des Xylophages, si peu définis, des anciens auteurs, constituée par des Coléoptères de taille petite ou médiocre, et qui se rapprochent des Ptiniens ; cependant ils nen ont pas les antennes filiformes ni les cinq articles tarsiens bien développés (pentaméres complets}.

Beaucoup d'auteurs donnent à cette tribu ou famille le nom de Bostrichiens ou de Bostrichides. Geoffroy avait établi le genre Bostrichus pour le DrrmesU's capucinus de Linnaius. Bien plus lard, Fabricius donna ce nom à un groupe d'insectes d'une autre tribu, celle des Scolytiens, en créant le genre Apate pour les Bostrichiis de Geoffroy. La confusion commencée ainsi s'est encore accrue. M. Guérin-Méneville, imité par Lacordaire, établit à la fois dans la tribu actuelle les genres Apate et liostrichus. M. E. Blanchard y conserve le genre Boslrichus, en le supprimant pour les Scolytiens, et c'est au contraire chez ceux-ci que MM. Fairmaire et de Marseul le maintiennent. Pour l'aire cesser toute difficulté, nous abandonnerons le mot Bostrichus dans les deux tribus.

Voici les principaux caractères de la tribu des Apatiens : Tète ordinairement défléchie et invisible ou peu visible en dessus. Antennes insérées auprès du bord antérieur des yeux, ayant huit, neuf, dix ou onze articles, terminées par une massue brusque et comprimée de trois articles. Palpes maxillaires de quatre articles et labiaux de trois. Corselet surplombant la tète en avant. Abdomen de cinq arceaux inférieurs apparents, très-rarement de six chez les mâles. Tarses de cinq articles, dont le premier, le plus souvent, est très-petit, peu marqué ou caché dans la jambe {Lyriitt;), ou avorté et manquant {Psoa, ('is),ce qui donne des tarses de quatre articles.

Pour la forme du corps et les mœurs, les Apatiens se rapprochent beaucoup des Aiwhium et des Scolytiens. Ce sont, d'une manière générale, des insectes vivant, surtout à l'état de larves, dans les vieux bois, les branches desséchées, sous les écorces, dans les Bolets ligneux, etc.

GENRES PRINCIPAUX

as, Latr. — Antennes de dix nrliclc?, le premier grand, les autres petits, les trois derniers très-gros. Jambes mutiques.

Dans ce genre, les milles se distinguent en général des femelles par le front bituberculé, et parfois par le corselet prolongé et bidenté en

556 œr.Éopri'REs. — apatikns.

avant. Ce sont de petits insectes en général régulièrement cylindriques, glabres ou finement pubescents, de couleur uniforme variant du brun iioiràtre au jaune ferrugineux. Ils vivent dans les Bolets et les Champignons des arbres, substances dont la dureté est en rapport avec leurs fortes mandibules, et sous les vieilles écorces, où on les trouve le plus souvent en sociétés plus ou moins nombreuses. Leurs larves ressemblent à celles des Cryptopbagiens, mais cette analogie ne se soutient pas pour les adultes, par suite de diversité du développement ultérieur, comme cela a lieu pour les Buprestiens et les Cérambyciens. Elles sont allongées, cylindriques, charnues, peu poilues; ont la tête arrondie, avec des mandibules robustes et unidentées, des palpes maxillaires de trois articles et labiaux de deux ; les antennes ont trois articles, le dernier surmonté d'une longue soie ; il paraît y avoir Ir^is stemmafes de chaque côté. Les segments du thorax et de l'abdomen sont pareils, sauf le prothorax, qui est un peu plus grand ; le dernier segment de l'abdomen est subcoriace, déclive ou concave, et terminé par deux courtes épines cornées parallèles, ou par un tube corné et dentelé. Ces larves se creusent des galeries dans les Bolels ligneux et s'y changent en nymphes munies de deux papilles terminales semi-cornées.

Le genre Cis et les genres annexés ont été étudiés d'abord par M. Redtenbacher en Allemagne, dans sa Faune d'Autriche (18Zi7), puis monographies par M. Mellié en France [Revue de zooL, mars 18Zi7, Ann. Soc. entom. de France, I8/18, p. "205 et 3lo). Ce dernier auteur dit que les Cis sont en général recouverts d'une pubescence d'écaillés larges el courtes; que leurs téguments offrent une fine impression de petits points noirs et creux sur les élytres ; que les sujets récemment éclos sont de couleur plus claire ; qu'on les rencontre quelquefois réunis en grand nombre sous le chapeau des Dœdalea el des I'olij porus, dont ils rongent la substance membraneuse sans attaquer la surface extérieure qui les cache. On les trouve depuis le commencement du printemps jusqu'à l'entrée de l'hiver. S'ils se prennent sur. le bois coupé ou mort, on ne tarde pas à se convaincre qu'ils y ont été attirés par des champignons qui croissent sous l'écorce; on les observe souvent sur les souches de divers arbres abattus. Leur fécondité parait Irès-grande, et l'on voit parfois, au bout d'un an ou deux, que des Bolels ligneux qu'on a rapportés chez soi pour les conserver, et qui contenaient accidentellement quelques Cis, sont mis en poussière par des centaines de ces insectes. La fonction des Cis, dans l'économie générale de la nature, paraît donc être de détruire quelques espèces des Champignons qui croissent sur les arbres. iNous citerons, parmi les espèces les plus répandues, le C. Boleti, Scop., vivant en familles nombreuses dans le l'olijporus versicolor, commun aux environs de Paris et dans toute l'Europe, rencontré en Algérie, trouvé en Russie dans le PoUjporus suaceulens. Celte espèce varie de grandeur et de couleur ; elle est ordinairement d'un brun noir, plus clair après l'éclosion, et même quelquefois alors d'un jaune p;lle ;

OROPHIUS, APATE. 557

les points des élytres sont diversement accusés et peuvent s'efTacer. Les antennes et les pattes sont moins colorées. Il y a des variétés rougerures ou jaunâtres. Nous représentons des détails d'une espèce de Suède, de France et d'Allemagne, le C. hidentatus , Oliv. (pi xxxviir, iig. llx b, mâchoire et palpe ; l/i c, lèvre inférieure et palpes labiaux). [,e dernier article des palpes maxillaires est ovale et acuminé au bout.

OROPnil», Iledt. — Caractères voisins des Cis, — Aiitemies analogues de forme, mais de huit articles.

Le genre est loudé sur une seule espèce, de (uute lEurope, assez rare partout, VO. )nan(libutarii;, (iyll., dont nous représentons le mâle, remarqualjlc pur ses mandibules Irès-lbrtes et très-saillantes (pi. xxxvni, iig. IZi ; 1-V/, antenne).

AP.%TE, Fabr., syii. BOsiTilIC'lli:«, CeoHr. — Antennes de dix articles, les médians courts et obconiques, les trois derniers en massue assez làclie. Dernier article des palpes subcyliiidrique, rct''»'ci au bout. Mandibules simples à leur extrémité, avec une petite dent médi." " interne. Jambes tantôt denticulées, tantôt inermes ; tarses de cinq articles rniaux.

Les insectes de ce genre ont le corps allongé, épais, subcylindrique ou un peu déprimé eu dessus ; le corselet très-convexe et rugueux^ souvent muni en avant de deux cornes redressées ou non. Les couleurs sont foncées, à peu d'exceptions près. Les mœurs sont essentiellement ligniperdes, et, parmi les espèces exotiques, il en est de grande taille, r^. terebrans, Pall., d'Afrique, r.l. francisca, Fabr., d'Espagne et d'Algérie, qui doivent faire beaucoup de tort aux arbres dont elles s'emparent. Celte dernière espèce attaque les Mûriers en Espagne. Les espèces du centre et du nord de l'Europe sont peu nuisibles en général, en raison de leur petite taille et d'une fécondité médiocre. Le type est VA. capucina, Linn., de toute l'Europe et du Caucase, commun en France, noir, à corselet bicornu en avant, très-rugueux, variant en taille de 5 à 12 millimètres, avec des élytres rouges. Il est très-commun en avril et mai sur les échalas des Vignes des environs de Colmar. Sa larve, vivant dans le bois et munie de très-petites pattes écailleuses, ressemble à celles des Ptiniens des genres Anubhim et Dorcatoma. Elle en dilYère par des antennes de quatre articles et l'absence complète de stemmates. Le corps, moins ridé transversalement, a ses segments plus distincts ; les derniers ont quelques poils. La nymphose a lieu au milieu de la vermoulure ligneuse, mais sans coque, tandis que les lar\es des Ptiniens en font une. \JA. capucina est remarquable, ainsi que d'autres espèces du même genre, par la force incroyable de ses mandibules, qui lui permet d(^ perforer des métaux. Déjà en 1833 M. Emv

.558 COLÉOPIËRES. — APATIENS.

avait signalé des toitures de plomb percées par des Apafe ; en ISkh, M. E. Desmarest fit connaîlre une observation encore plus curieuse, celle de clichés typographiques, formés d'un alliage d'antimoine et d'étain bien plus dur que le plomb, perforés en deux points, sur plus d'un centimùtre de profondeur, par VApate capucina, avec nombreuses traces de l'action des mandibules. Deux; insectes adultes se trouvaient dans les clichés. Les larves, vivant dans quelques morceaux de bois recouverts par les clichés, se sont transformées, et les adultes, cherchant à sortir, ont rongé les plaques métalliques dans les trous desquels on les a trouvés morts. Ce ne sont pas là les seuls exemples de ces perforations de métaux par les insectes, et, sans sortir de l'ordre des (^loléoptères, on cite plusieurs cas où les adultes du Callidhim sanguineum (Cérambyciens) ont percé des plaques de plomb. C. Duméril dit avoir souvent trouvé en juin VA. capucina sur les racines des arbres mises à découvert dans les endroits sablonneux des forêts de Saint-Germain et de Fontainebleau. Nous représentons les détails de VA. capucina (pi. xxxvui, fig. \o a, labre ; 13 6, mandibule; i'ô c, mâchoire et palpe ; 13 d, lèvre inférieure et palpes labiaux; 13 r, antenne; 13 f, tarse antérieur). La figure 13 de la même planche est celle de VA. varia, Illig., syn. Dufouri, gallica, du midi de la France, d'Italie, d'Algérie.

Le genre Apate (en y réunissant les Apate et Bostrichiis du catalogue de MM. Gcmmingcr et de Harold) comprend près de trente espèces, d'Europe, d'Algérie, des deux Amériques, des régions chaudes de l'Afrique occidentale, de l'île de France, de Madagascar, des îles Woodlark et Lifu, d'Australie.

Sl.\OWI.O.\, Diiftschmidt. — Genre très-voisin des Apale.

Nous citons seulement ce genre, qui comprend douze espèces d'Europe, d'Amérique, d'Afrique chaude, des Indes, en raison de l'intérêt de deux espèces, à corselet noir, avec élytres d'un brun fauve. Le S. sexdentatum, Oliv., du midi de l'Europe et d'Algérie, de 5 millimètres, à corselet noirâtre, avec granules très-pointus, à élytres rugueuses, est parfois fort nuisible aux vignobles du midi de la France, sa larve vivant dans les sarments de Vigne. La femelle pénètre dans le sarment presque toujours par un bourgeon, et y pratique une galerie circulaire entourant le sarment. Là se fait l'accouplement, puis la femelle s'enfonce en creusant une galerie parallèle à l'axe du rameau, et y dépose ses œufs. Les larves criblent le sarment de galeries longitudinales et le réduisent en poudre. Elles sont blanches, molles, glabres, à segments thoraciques très-larges relativement à la tête, et munis de pattes ciliées. Les autres segments vont en diminuant de largeur, et les derniers sont repliés en dessous en forme d'hameçon. Une partie des adultes qui sortent de nymphes sans coque percent les sarments en août et septembre, passent l'hiver cachés sous les écorces, les autres ne sortant qu'au prin-

FACTUS. 559t

temps suivant. Cet insecte se jetant de préférence sur les Vignes faibles, il faut leur donner de la force par la culture, les engrais, les arrosements, et supprimer et brûler toutes branches envahies par les larves. La même espèce attaque aussi les Mûriers, surtout les raulticaules, les Figuiers et les Robiniers. Dans le Tyrol, les Vignes souflrent beaucoup des ravages d'une autre espèce, de mêmes teintes, de taille presque double, le S. muricaftim, Fabr. ; les larves pratiquent également des galeries longitudinales. Une troisième espèce, de plus petite taille que les précédentes, d'un genre très-voisin, le Xyîopertha sinuata, Fabr., de couleur noirâtre, a des larves qui font aussi des galeries longitudinales dans la partie médullaire des Vignes du midi de la France. Au lieu de se métamorphoser avant l'hiver, comme celles du S. sexdentatum, elles continuent à se développer pendant la mauvaise saison, et ne deviennent nymphes qu'en mai et juin; les adultes sortent en juin et juillet. 11 faut prendre pour les Vignes les précautions indiquées précédemment.

liYCTl»*, Fabr. — Antennes de onze articles, les deux derniers en brusque massue. Élytres allongées, subcylindriques, arrondies en arrière. Tarses subpentanières, à premier article très-réduit.

Ce genre e-t très-difficile à placer en série; aussi beaucoup d'auteurs emploient le moyen commode d'en faire une famille à part. Les adultes participent par leur forme des Cryptophagus, CoUjdium, Apate, Vis, et, de ces deux derniers en outre^ par leurs mœurs. Les larves, au contraire, sont dégradées et analogues à celles des Scolytiens et des Curculioniens. Elles sont charnues et blanchâtres, cylindriques, arquées, apodes et aveugles. La tète est écailleuse, les mandibules sont recourbées et simples ; les palpes maxillaires de deux: articles, les labiaux d'un seul, les antennes de deux articles. Les segments sont tous semblables, avec des bourrelets latéraux, l'anal plus petit, arrondi au bout. La nymphose s'opère sans coque dans la vermoulure des galeries que ces larves se creusent dans le bois. On trouve dans une partie du nord et du centre de rEurope(Grande-Hrelagne, Suède, France, Allemagne), et aussi en Algérie, le L. canalicuhUus, Fabr., parfois trop commun, de petite taille, environ 3 millimètres, d'un gris brunâtre, avec sillon profond sur le corselet, à élytres striées, dont la lar\e vit dans l'intérieur du bois des Chênes abattus, et se propage souvent dans les poutres servant H la construction de nos maisons. C'est le Dciiuestc lécricr à stries de Geoll'roy. Celte espèce avait détérioré considérablement les bois employés au Jardin des plantes pour. bâtir la galerie de minéralogie. iNous représentons le L. brunneus, Steph., du nord de l'Afrique, de France et d'Ai:gleterre, sans doute par importation (pi. xx, fig. 3); sa larve, a vu .M. Chevrotât, vit dans le bois de Héglisse débité dans le commerce, et le réduit en poussière.

560 COLÉOPTÈRES. — PHALAGRES.

Les Lyctus renferment une vingtaine d'espèces, d'Europe, de Madère, de Ceylan, de divers pays d'Amérique, de l'île de Woodlark.

Quelques genres, formés d'insectes sans importance au point de vue des applications entomologiques, doivent être mentionnés brièvement. Ccriains constituent pour les auteurs modernes une pelitc famille, les Phalacrides, qu'ils placent entre les Histérides et les Nitidulides. Ils étaient rangés par Latreille dans les Érolyliens, en raison de leurs tarses subpentamères, à trois premiers articles velus en dessous, le quatrième très-petit, reçu dans une échancrure du précédent. Les antennes ont onze articles, se terminant par une massue de trois. Il y a un écusson. Les élytres recouvrent en entier l'abdomen, celui-ci de cinq segments inférieurs libres. Le corps est ovalaire, convexe. Le mot Phalacre (chauve) vient du poli du corps. Ce sont des insectes de petite taille.

PHAl>.%€lll.'S, Payk. — Corps en générai rourlement ovalaire, plus ou moins convexe, glabre. Pattes robustes, à cuisses " »ambes élargies et comprimées.

Espèces noirâtres, au nombre de prè n'une trentaine, très-voisines les unes des autres, se trouvant sur le? 'ailles et les fleurs. Il y en a quelques-unes d'fuirope, les autres très-dis3éminées,.aux îles du Cap- Vertj aux Indes, dans l'Amérique septentrionale, à Cuba, à Buenos- Ayres, à Ceylan, dans la Nouvelle-Calédonie, à l'île Lifu. Les mâles des Phalacrus d'Europe semblent pareils aux femelles ; d'après Erichson, ceux des espèces américaines diffèrent de l'autre sexe par des mandibules inégales, la gauche plus longue et saillante en pointe simple.

TOiiVPUl'f^j Erichs. — Corps ovale-oblong, convexe. Corselet transverse. Cuisses et jambes étroites à la base, puis s'élargissant en triangle; tarses tous semblables et égaux.

On connaît quatre petites espèces de l'Europe méridionale et d'Algérie. Le type, du midi de la France et très-rare^ est le T. granulaïus, G.-Mén., de 2 millimètres environ, à élytres striées, noir, avec corselet et élytres à reflets d'un bleu verdâtre, les appendices bruns. Il est figuré dans la planche de la tribu des Érotyliens (fig. G; 6a, partie antérieure de la tète : 6 6, antenne ; 6c et (/, tarse postérieur; 6 c, tarse antérieur).

Ol'IBRl'S, Erictis. — Caractères mixtes. Corps ovalaire ou ovale-oblong, plus ou moins convexe. Tarses postérieurs plus longs que les autres.

Ces insectes, au nombre de plus de quarante espèces, sont des îles Canaries, du cap Vert, des Indes, d'Amérique septentrionale, du (;ap.

nilYSODES, COUTICLS. 561

du Pérou, de Ceylan. Kn outre, il y a un assez grand nombre d'espèces en Europe, de couleur noire, brune ou fauve, vivant sur les fleurs et les feuilles, et, en bivcr, dans la terre, cachés au pied des plantes ou sous les écorces, y subsistant sans doute de productions cryptogainiqucs. Les mâles ont le corps plus étroit en arrière que les femelles, et le deuxième article des tarses antérieurs plus ou moins dilaté. Nous oifcrous, comme se rencontrant aux environs de Paris, 10. bicolor, Fabr. , noir, avec un point rouge peu visible à l'extrémité de chaque élytre ; sur les fleurs : c'(î^t VAnthribc à deiiiV points rouijrs au bout des étuis de Geoffroy, de 3 millimètres 1/2 de long ; 10. coiticalis, Panzer, ou affinis, Steph., tout noir, de taille moitié du précédent. On prend ces espèces en fauchant ou en battant les plantes sur le parapluie.

Les auteurs syslémaliques, selon leur habitude, ont fait encore une petite famille, les Hhvsodides (rugueux) avec un genre embarrassant, que Jacquelin du Val place entre les Colydiens et les Cucujiens. LUe comprend deux petits genres exotiques et un genre en partie européen.

nH1'$i$OHI':*«>, Kaliii.tn. — Tète triangulaire, munie d'un cou brusque et court; antennes assez tories, moniliformes, de onze articles. Corselet oblong, à trois sillons. Élytre? sillonnées. Tarses de cinq articles, simples, cylindriques.

Ce genre ne comprend que sept espèces, les unes d'Europe, surtout méridionale, les autres du Brésil, du Cap, de Java. Elles sont rares dans les collections, et vivent dans les troncs d'arbres morts ou décomposés par maladie. Les élytres recouvrent en entier l'abdomen, qui offre en dessous six segments, les trois premiers soudés ensemble. Le type d'Europe est le R. sakatus, Fabr., ou eitiopœiis, ou exaratits, Dalman, se trouvant en France, en Allemagne, en Suède. Nous figurons le R. costdtus, G.-Mén., du Brésil (pi. xxwn, fig. 12; 12 «, mandibule du /{. sulcatus; 12 b, mâchoire et palpe: 12 c, lèvre inférieure cl palpes).

On a longtemps rangé dans les liétéromères deux genres qui font partie maintenant des Colydiens. Ce sont les genres :

t'OKTICI'**, I>atr. — Anleimes non rétractiles, de onze articles, les deux derniers en très-petit boulon ; ècusson très-petit, indistinct. ïllytres ovalaires ou ovalesoblongues.

Ce genre comprend cinq espèces aptères, souvent à élytres tuberculeuses, vivant sur le sol, de Dalmatie, de (irècc, de Sicile, de Hussio

iMKAHli. 3()

méridionale. — Ex. : C. ccltis, Germar, de Dalmalie (pi. xui, fig. 3 ; 3 a, tète en dessus, 3 b, antenne).

ORTHOCKRl'f^, Latr., ou Sarrotrium, lllig. — Anlenues uoti retracliles, de dix articles apparents, fortes, épaisses, fusiformes, à articles intermédiaires transverses, sétuleux, perfoliés. Corselet impressionné ou fovéolc. Élytres avec .des côtes élevées.

Ce genre renferme quatre espèces de diverses régions de l'Kurope, de petite taille, vivant sous les mousses et dans le gazon, principalement dans les endroits sablonneux, et assez fréquemment dans les sablon nières. Le type est VO. clavicornis, Linn., ou hirticornis, de Geer, ou nmtirus, Linn. (pi. xlii, fig. Zi, antenne ; li a, lèvre inférieure et palpes; hh, mâchoire et palpe), espèce des environs de Paris. C'est un très -joli insecte, de couleur noir de suie, de 5 millimètres de long, de forme allongée et svelte, avec les élytres côtelées, plus larges que le corselet et allant en s'élargissant, et de superbes antennes noires, verticillées. Les tarses ont des articles poilus, cinq aux tarses 1 et 2, quatre au tarse 3.

Le genre suivant a été également ballotté entre diverses familles, en raison de l'ignorance où l'on a longtemps été du régime de ses espèces. Jacquelin du Val mettait ce genre dans une famille dite des Peltides? et dans la tribu des Trogositaires, près des genres Temnochila et Trogosita. Il était autrefois placé, comme du reste les genres indiqués, dans les Xylophages, parce que ces insectes vivent sur les arbres.

i^EMOSOMA, Latr. — Corps linéaire, grêle, cylindrique. Tèle grande, sillonnée; des sillons antennaires ; antennes de dix articles (peut-être de onze dans quelques espèces), avec massue lâche, comprimée, oblongue, de trois articles. Corselet allongé. Élytres un peu plus courtes que l'abdomen. Tarses de cinq articles simples.

Le genre Neinosoma, que le catalogue Gemminger-Harold met dans la famille des Trogositides, ne comprend que six espèces d'Europe occidentale, de Russie, des États-Unis. Elles vivent toutes sous les écorces, et sont remarquables par leur forme très-aliongée et cylindrique, ce qu'indique le nom du genre (corps en fil). Le type, de toute l'Europe, est le N. elongatum, Linn. (pi. xxxvui, fig. 15), rare dans les environs de Paris, se trouvant dans toute l'Europe, à chercher sur les Ormeaux, et vivant dans les galeries des Hylesinus (Scolytiens), où il fait la guerre à leurs larves lignivores : c'est donc un insecte utile. — 16 a, antenne ; 156, labre ; 15c, mûchoire ; 15 </, lèvre inférieure ; lôe, tarse antérieur.

AMSOJOAIA. — PAUSSIENS. 563

La méthode tarsale avait fait placer dans nos Téiiebriuiiiens actuels un genre que ses autres caractères rangent dans la tribu des Silphiens.

a;vi<;otom«, lllig. — Corps plus ou moins ovalaire ou oblong. Antennes de onze articles, les cinq derniers en massue allongée, peu serrée, interrompue à son deuxième article, très-court et lenticulaire. Corselet transverse, rebordé, ponctué à sa base; élytrcs striées ponctuées. Tarses antérieurs et intermédiaires de cinq articles, les postérieurs de quatre.

Ce genre comprend plus de cinquante espèces d'Europe, des Canaries, du Kamtchatka, de l'Amérique russe, du Canada, des Etats-Unis, de Californie. Les nombreuses espèces d'Anisotomes sont d'une étude difficile, compliquée eu raison des variations de certaines d'entre elles. On les trouve dans les Champignons, sur le gazon, courant sur le sol ; elles sont en général peu communes. Les dilférences sexuelles consistent le plus souvent en ce que les mrdes ont les pattes postérieures allongées, les cuisses de la même paire plus fortes et dentées inférieurement, les jambes postérieures arquées, et les quatre tarses antérieurs plus ou moins dilatés. Nous représentons une des espèces typiques, entièrement d'un rou\-cannelle, VA. cinnamomea, Panz., de France et d'Allemagne (pi. xLm, tig. li, mâle; h a, tète en dessus et antenne).

TRIBU DES PAUSSIEWS.

Les entomologistes restent dans une grande incertitude au sujet de la véritable place des petits et étranges Coléoptères de cette tribu ; elle forme un de ces points singuliers que présentent çà et là toutes les classifications, et que les naturalistes, selon leur prédilection pour tel ou tel caractère, peuvent rattacher comme satellites aux groupes fondamentaux les plus différents. Leur petite taille, leurs antennes renflées et anormales, et surtout ce qu on sait des mœurs de quelques-unes de leurs espèces qui vivent sous les pierres en compagnie de petites espèces de Fourmis, ont déterminé beaucoup de naturalistes, ainsi MM..Iacquelin du Val, Schaum, deMarseul, L. Fairmaire, aies placera la suite des Staphyliniens et des Psélaphiens. MM. E. Blanchard, de Castelnau, E. Desmarest, au contraire, les laissent à c(Mé des Scolyliens, Coléoptères xylophages, en faisanfïemarquer la grande réduction de leurs pièces buccales, et en s'appuyant sur ce fait que la cohabitation avec les Fourmis n'indique pas nécessairement des carnassiers. Cela est surtout vrai en considérant que certains genres de parasites domestiques ne savent pas manger et sont nourris de liquides dégorgés par les Fourmis. Erichson les mettait près des Mlidulides, et M. Burmeister dans les Carabiques, à côté du genre exotique Ozœna, qu'ils rappellent par le faciès, les tubercules latéraux des élytres, les trochanters postérieurs et

56/; COLÉOPTËREb. — PAUSSEENS.

la faculté crépitante. Nous devons faire remarquer, à propos de leur rang parmi les Coléoptères xylophages, qu'un caractère fondé sur une réduction des pièces buccales est de Aaleur médiocre, car les types les plus divers peuvent arriver de la sorte à se confondre ; nous croyons que les mœurs de ces insectes permettent difficilement de les séparer des Psélapliiens^ comme eux commensaux des Formicides.

Les formes étranges des Paussiens et leur genre de vie ont appelé l'attention des entomologistes plus qu'elle n'est portée d'habitude sur les petites espèces étrangères à l'Europe. Ce sont surtout les travaux de M.Westvvood qui les ont fait connaître (Trans. ofthcLinn.Soc.,\\\, p. 607; XVIII, p. 581; XIX, p. U5.— Trans. oftheEntom. Soc, II, p. 8/i. — Tlir Entom. Magaz., V, p. 500. — Arcana EntomoL, 11, p. 1, 37, 73 et 161. — Proceed. of the Linn. ii'oc, juin 18/i9. — Trans. of tlir Entoin. Soc, 2« série, II, p. Sh, travail complet de classification). On peut consulter aussi, pour les mœurs, les observations du capitaine X. Boys, dans le Journal of the Asiatic Society of Bengal, new séries, n" 5li. M. Boys y décrit les métamorphoses du Paiissiis hifasciatus.

Les Paussiens sont des insectes nocturnes, vivant sous les pierres et dans les nids de Formicides, ou en compagnie de celles-ci, du moins pour les espèces sur lesquelles nous avons quelques détails de mœurs.

Découverts à Sierra-Leone par Afzelius, les Paussiens ont été retrouvés dans diverses parties de l'Afrique, aux Indes orientales, en Australie ; enfin, une espèce existe au Brésil, et quelques espèces en Europe. C'est dans la structure des antennes de ces insectes que la nature semble s'être livrée à toute la fantaisie des inventions bizarres. Les unes, renflées en vessie, paraissent deux lanternes ; les autres, triangulaires et pointues, affectent la forme d'un fer de lance ; d'autres sont larges et aplaties, tantôt entières sur les bords, tantôt dentelées; d'autres ressemblent à des cornets épineux, à des cornues, etc. Le corselet est aussi hérissé de bosses, coupé de sillons profonds, ou étranglé. La taille varie de Zi à 8 millimètres^ et rarement, pour quelques grandes espèces, de 12 à 15. Les Paussiens sont nocturnes ; on eu prend quelquefois accidentellement le soir dans les maisons, où la lumière les attire, et parfois le jour au vol, sur des plantes, des amas d'engrais et sous les écorces ; mais ces rencontres sont accidentelles, car ces insectes vivent habituellement au milieu des Fourmis. Leur vol est rapide et accompagné d'un bourdonnement spécial ; leurs ailes inférieures sont très-grandes. Ils s'arrêtent dans ce vol très-brusquement et replient leurs ailes sous les élytres avec tant dç rapidité, qu'ils semblent tomber à l'endroit où ils se posent. Ils restent quelques instants immobiles, comme étourdis, puis se mettent en marche à pas lents, mais soutenus, les antennes dirigées en avant et oscillant de temps à autre dans le sens vertical.

La côte de Natal, dans l'Afrique australe, semble surtout afTeclionnée par les Paussiens. Ils y ont été observé? par Cuenziiis. " Port-Natal,

PAUSSILINS, 565

dil-il^ paraîl ri<iioen i'auSïiens, car, outre un l'oitaplatai t h rus t'i qualve espèces de Cerapterus, j'ai trouvé ici neuf espèces de Paussus. Toutes sont parasites des Fourmis, que les nids de ces dernières soient dans la terre, sous les pierres ou dans les vieux arbres. Les plus grandes espèces vivent chez les grandes Fourmis, les plus petites chez les pelites. Toutes sont nocturnes et volent au printemps, c'est-à-dire du milieu d'octobre jusqu'en décembre, surtout dans les temps orageux, de neuf à onze heures du soir. » Il ajoute : « Dans un après-midi très-chaud, entre quatre et cinq heures, immédiatement avant un orage, je vis sur une élévation boisée une longue bande de Fourmis qui couraient çà et là avec ardeur sur le sable rougeâtre du chemin; je remarquai parmi elles un Pentaphitarthnis que plusieurs Fourmis avaient saisi par les antennes et ramenaient dans les rangs. Ma première idée fut qu'il était entraîné violemment contre son gré, mais j'y renonçai en voyant le fait se renouveler le même jour et plusieurs autres fois dans la même circonstance d'un orage imminent. J'avais avec moi un jeune Caire qui récoltait les insectes avec zèle et adresse; comme je lui faisais remarquer ce fait, il regarda avec de grands yeux celte escorte singulière, et s'écria : — Par notre grande reine ! les Fourmis ont un chef et le mènent promener. »

Les Paussiens sont formés de genres et d'espèces presque exclusivement exotiques, surtout de l'Afrique australe, de l'Australie, de Ceylan, de Java, des Indes, du Brésil, des côtes occidentales d'Afrique.

Une curieuse propriété a été constatée, au moins pour les Paussiens de l'Afrique tropicale et australe. Ils émettent par l'anus , avoc explosions répétées trois ou quatre fois, mais chaque fois plus faiblement, un fluide caustique, d'odeur iodée, analogue à celui des Carabiques des genres Brachinns et Ozœna. Enfin, une espèce de la côte de Guinée, le Paussits sphceroccrHn, a été signalée comme ayant les massues des antennes phosphorescentes (Afzelius, Obsercatiims sur le (jenre Paussus, in Truns. uf (hc Linn. Suc, 1798, t. IV, p. 2G1); mais le fait n'est pas certain.

Corps oblong, déprimé, aplati antérieurement. Houche inférieure; mâchoires petites, n'ayant généralement qu'un seul lobe; languette ordinairement grande et saillante. Palpes robustes, les maxillaires de quatre articles, les labiaux de trois. Antennes très-grosses, de deux, six ou dix articles apparents, le premier petit ou médiocre, les autres formant brusquement une massue très-considérable de forme plus ou moins bizarre. Élytres larges, parallèles, tronquées postérieurement, offrant vers le sommel, près de leur angle externe, un petit repli ou papille tuberculiforme, émettant, selon du Boys, un fluide laileux, jaunAtre. Abdomen de quatre segments ; trochanlers postérieurs fortement saillants au côté interne des cuisses. Tarses de cinq articles, parfois de quatre apparents seulement.

56t) COLÉOPTÈRES. — PAUSSIENS.

GENRES PRINCIPAUX

PAIISSI'S, Linn. — Corps assez épais. Antennes de deux articles, de forme variable, le second toujours très-grand. Élytres laissant légèrement à découveil le bout de l'abdomen. Tarses de cinq articles.

Deux espèces habitent l'Europe. La première, la plus intéressante, parce qu'elle existe en France et que sa capture est une heureuse fortune pour les amateurs, est le P. Farieri, Fairm. (pi. xxwnr, fig. 1 ; If, antenne très-grossie), toujours trouvé sous les pierres en compagnie du Formica pallidula, Nyl , d'abord dans le Maroc, près de Tanger, puis en Andalousie, en Algérie, sur les coteaux qui environnent Mers-el-Kébir, et enfin dans le midi de la France, par Delarouzée, près de CoUioure (Pyr. -Orient.). Ce département des Pyrénées- Orientales est le seul où l'on ait encore trouvé en France le P. Favieri ; il y a été repris à Perpignan, sur les glacis des fortifications, par M. le capitaine Martin, et à Saint-Martin du Canigou, au-dessus de Vernetles-Bains,parM. Stableau. Ce Coléoptère, long de 3 1/2 millimètres, propre sans doute à tout le littoral méditerranéen, est d'un roux testacé, assez brillant, de forme allongée, à second article de l'antenne Irigone, épais, enflL' au bout, denticulé en dedans. La seconde espèce, des monts Balkans, en Turquie d'Europe, est le P. turcicus, Frivvaldsky. Parmi les espèces exotiques, nous citerons le P. armatus, Westvy., ou P. c«n'/corn?s, Chevr., du Sénégal (pi. xxxvni, fig. 8 ; 8 a, tête et corselet vus de profil) ; le P. inicrocephalus, Linn., l'espèce la plus anciennement décrite, de la côte d'Afrique occidentale(île des Bananes)(pl. xxxvni, fig. 9, tête, antenne et corselet; 10, lête vue en dessous; 10a, labre; 10 b, mandibule; 10c, mâchoire et palpe; 10 d, lèvre inférieure et palpes). Le genre Paussus, avec les espèces nouvelles décrites par M. Westvvood, et celles qu'on découvrira certainement, ne compte guère moins de cent espèces, qui sont, outre les régions déjà indiquées pour les Paussiens en général, de Sierra-Leone, d'Abyssinie, de Nubie, de Chine, du Maroc.

PliATVRHOPAlX'S, Westw. — Corps déprimé. Antennes énormes, en large massue, de deux articles, le premier comprimé, le second très-large, fortement déprimé.

Ex. : P. Mellyi, Westw., du Malabar (pi. xxxviii, fig. 11; 11 «, tarse postérieur). Sept espèces indiennes.

PE]1T.%PI.ATARTHIIUS, Westw. — Tète petite ; antennes de six articles, les cinq derniers élargis en massue.

Le type et espèce unique est le P. jxnis.suides, Westw., assez grande espèce, probablement de l'Afrique australe (ni. xxxvni, fig. 10 e, lèvre inférieure et palpes; iO f, tète, antenne cl tiiorax).

TÉNÉBRIONIENS. 567

C'EHATOPTEm» OU Cerapterl's, Swederus. — Antennes très-épaisses, pubcscentes, de dix articles. Pattes très-aplaties et très-larges.

Le type des espèces de ce genre, assez grandes pour les Paussiens, est le C. latipes, Swed., de Ceylan (pi. xxwin, fig. 12, son anlenne). Il va deux uulres espèces de .lavu et uii(3 de Porl-Xalal (Afrique australe).

' TiiiHu DES Ti-:^'ï':iiB5io\ai'::*\s.

La tribu des Ténébrioniens, comme bien d'autres, n'a pas de limites très-tranchées, et correspond sensiblement aux genres Tenebrio de Linnœus; aux genres Vimelkt, Blaps, etc., de Fabricius; aux Mélasomes, Taxicornes-et Hélopiens de Latreille; aux deux familles des Lygophiles ou Ténébricoles (élytres libres, des ailes), et des Photophygcs ou Lucifuges (élytros soudées, pas d'ailes) do X]. Duméril (1806). Nous lui donnerons plus d'extension que Latreille et M. E. Blanchard, en y réunissant, surtout d'après la ressemblance des larves, les Piméliens, Diapériens, Hélopiens de ce dernier auteur, et suivant en cela l'exemple d'Lrichson, de Lacordaire, de Jacquelin du Val. dette tribu forme la tète du grand groupe des (Coléoptères hétéromères, isolés au milieu des autres, et montrant combien le système tarsal, bien qu'artificiel, correspond souvent à de véritables affinités zoologiques.

Caractères généraux : Antennes variables, le plus souvent grenues ou moniliformes, presque jamais pectinées ni flabellées ; de onze articles, ou plus rarement de dix, insérées latéralement en avant des yeux, sous un rebord plus ou moins notal)le de la tète. Tèie non rétrécie en cou ; mandibules courtes, robustes, arquées, échancrées à l'intérieur ; mâchoires à deux lobes ciliés, dont l'interne est souvent muni en outre d'un crochet corné au sommet, avec palpes de quatre articles ; menton dans une échancrure ou porté sur une sorte de pédoncule, avec languette variable, à paraglosses très-accolés ou soudés, et palpes de trois articles. Abdomen de cinq segments inférieurs bien distincts, dont le pénultième est en général plus court que les autres. Hanches toujours plus ou moins séparées, et cavités cotyloïdes des antérieures fermées en arrière. Jambes et tarses variablement épineux et ciliés, en raison directe des habitudes fouisseuses ou de l'agilité à la course des espèces. Tarses hétéromères, les postérieurs olfrant quatre, les autres cinq articles, le pénultième étant presque toujours entier, non excavé, les crochets toujours simples. Téguments généralement durs et épais. Élytres parfois soudées, ailes manquant souvent.

L'appareil digestif des Ténébrioniens est long, atteignant dans les Piinelid trois fois la longueur du corps. H ofl're un jabot, un estomac allongé llexueux, le plus souvent hérissé de papilles ; il y a parfois un appareil salivaire. Le système adipeux est lrès-développé,ce qui explique

r)68 COLf:0PTi:RES. — TfiNtnRlONIKNS.

la persistance prolongée de la vie sans nourriture chez cesCluléoplèro? ; on a vu des espèces vivre six mois, le corps percé d'une épingle.

Les Ténébrioniens ont pour la plupart des couleurs noires uniformes, qui ont valu à la majeure partie de la tribu le nom de Mélasomes ; parfois les couleurs, toujours uniformes, sont d'un gris blanchâtre ou jaunâtre ; dans un petit nombre de genres on trouve des couleurs rouges ou même variées de taches ou de bandes, et enfin rarement métalliques (D/rty«>r/i', Hdups). D'une manière très-géaérale, la nourriture des Ténébrioniens consiste en matières animales ou végétales desséchées ou décomposées; beaucoup moins souvent en excréments {Akis), ou même en larves molles vivantes, en débris d'animaux [Phaleria], en farine ù gluten azoté [Tenebr/u), enfin en cryptogames, surtout des groupes des Bolets {Bolitophagus, Diaperis), et très-exceptionnellement sur les fleurs {Nephodes). Les espèces diurnes vivent au soleil, quelquesunes sur les troncs et le feuillage (Sfron^y/eum), la plupart, qui sont aptères, dans les lieux arides et sablonneux, les ruines, les déserts, les rivages marins et terrains salés [Zophosis, Pnnrlia, etc.), et l'on a peine à comprendre souvent comment ils peuvent y trouver assez de matière azotée pour leur nutrition. Elles sont par conséquent aux autres Coléoptères, comme le dit Lacordaire, ce que les Cactées et les Ficoïdes sont aux végétaux phanérogames. Les espèces lucifuges se trouvent sous les pierres, dans les souterrains, sous les écorces, dans les souches et les troncs décomposés, dans l'intérieur des Bolets. Les femelles des Ténébrionides pondent leurs œufs dans les matières animales altérées ou dans les bois en décomposition, ou dans le sol ou le sable. M. E. Blanchard fait remarquer avec raison qu'il y a des affinités manifestes entre cette tribu et celle des Carabiens, avec des différences typiques essentielles. Dans les classifications parallèles, afi'ectionnées par Is. Geollroy St-lUlalre, ces insectes formeraient un échelon correspondant aux Carabiens pentamères.

La subdivision des Ténébrioniens en familles et en genres est fort difficile, vu la modification extrême des formes, la variété des nid'urs, la similitude d'aspect avec des insectes d'autres tribus. Ainsi Jacquelin du Val établit vingt-deux familles pour les seuls genres européens. Mais, si l'on considère les larves, on est au contraire immédiatement frappé, comme chez les Scarabéiens si diversifiés, de l'identité de leurs formes et de leurs caractères généraux. C'est là le signe certain que le classificateur rencontre un groupe suffisamment naturel ; l'homologie des premiers états fait place peu à peu aux différences, à mesure que s'opère le développement progressif. Bien que les adultes aient souvent une forme courte, élargie ou renflée {Alcis, etc.), les larves des Ténébrioniens sont toutes très-allongées, grêles, subcylindriques ou un peu déprimées; elles ont un aspect rigide, par suite d'écussons cornés ou parcheminés qui revêlent les segments tant en dessous qu'en dessus; il y a Irès-peu de dilférence entre les segments du thorax cl de l.'ab-

I')\ll I.IDI.S. — IMMLLIA. ;">69

dc-moii. I.os patles, du cinq pit-ccs, de longueur médiocre, sont plus ou moins épineuses, et le dernier segment de l'abdomen offre le plus souvent deux crochets terminaux, et en dessous un mamelon pseudopode rétraclile. Mais il ne sert pas à pousser le corps en avant, il agit passivement pour l'empilcher de rétrograder; les pattes, en effet, sont seules employées à la progression en avant ; la rigidité des segments empêche les larves de distendre leur corps, comme le font les larves charnues, et la partie postérieure du corps semble inerte et traînée à la remorque par l'antérieure. Un certain nombre de ces larves manifestent une sorte d'industrie lors de la nymphose en s'enlourant de coques formées des débris au milieu desquels elles vivent. Les nymphes ont des tubercules piligères sur le prolhorax, et des saillies variables sur les cùlés de l'abdomen, parfois assez bizarres et qui leur sont presque exclusivement propres dans l'ordre des Coléoptères.

Les Ténébrioniens sont inutiles à l'homme directement ou indirectement, et quelques-uns même lui sont nuisibles (genres Bhiijs peut-être^ et surtout Tombriu). L'habitat des espèces diurnes est immédiatement limité par cette condition, qu'elles exigent à la fois un sol sec et une température élevée. Elles ne sont abondantes en Europe que dans le pourtour de la Méditerranée, surtout dans les terrains imprégnés de sel, manquent dans le nord de l'Europe et presque entièrement dans sa partie moyenne. Elles sont en grand nombre en Afrique, sur le plateau central de l'Asie, et en Amérique, sur le plateau occidental de la chaîne des montagnes Rocheuses et des Andes, jusqu'au bout de la Patagonie. Les Ténébrioniens lucifuges des cavités, des écorces, des vieux arbres, des Bolets, sont au contraire distribués partout, surtout dans les régions chaudes de l'Amérique méridionale.

i'our aider l'étude de celte tribu, nous la subdiviserons avec Latreille CL M. E. Lilunchard en trois groupes fondamentaux : les Pimélides, les lilapsides et les Ténébrionidos.

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