‹ Traité élémentaire d'entomologie comprenant l'histoire des espèces utiles et de leurs produits des espèces nuisibles et des moyens de les détruire, l'étude des métamorphoses et des moeurs, les procédés de chasse et de conservationChapitre 53 sur 67 · V. — MORDELLIDES · texte numérisé non relu

V. — MORDELLIDES

Organes buccaux très-^ariables, parfois atrophiés, sauf les palpes labiaux. Tète intléchie ou verticale, venant s'appuyer, au repos, contre les

COZj COLÉOPTÈRES. — CANTHARIDIENS.

hanclies antérieures, munie postérieurement d'un cou très-brusque et trrs-élroit, mais enliôrement engagé dans le corselet et invisible extérieurement. Antennes de onze articles, très-rarement de 10, filiformes, dentées en scie, peclinées ou mtlme flabellées, d'insertion variable. Corselet plus ou moins atténué en avant, et postérieurement delà largeur de la base des élytres. Élytres variables, parfois déhiscentes ou même abrégées, avec les ailes inférieures dans ce cas non repliées sous elles, rarement les unes et les autres nulles chez les femelles. Tarses hétéromères, à pénultième article variable, à crochets variables, simples, dentés, pectines ou fendus également.

Les Mordellides constituent un groupe très-naturel et répandu dans toutes les régions du globe. Si les mœurs sont variées à l'élal de larve, on peut dire qu'à l'état adulte, à part quelques espèces qu'on ne trouve que sur le tronc des arbres ou dans le détritus de leur intérieur, les Mordellides fréquentent les tleurs, et surtout, en Europe du moins, les Ombellifères. Ce sont des insectes très-vifs et très-agiles, sautant aisément et se retournant brusquement sur eux-mêmes, de manière ;\ échapper très-facilement aux doigts qui veulent les saisir. L'aspect général est très-constant et frappe les yeux par la forme voûtée du corps ; la taille est au plus médiocre, souvent petite ; le corps allongé, épais, régulièrement rétréci d'avant en arrière et arqué en dessus, avec le corselet et la lète inclinés, invisibles ou à peu près d'en dessus. Les téguments sont solides et revêtus d'une fine pubescence couchée et soyeuse: les couleurs ne sont pas métalliques, sont souvent uniformes, et les dessins, quand il en existe, sont des taches ou des bandes blanches ou jaunâtres, et pouvant s'offrir à la fois sur les élytres, le corselet cl les flancs.

GENRES PRINCIPAUX

NonuEl.l>%, Liiin. — Yeux non échancrés. Palpes maxillaires allongés, à second article long, à quatrième article sécuriforme. Tarses antérieurs et intermédiaires à pénultième article plus ou moins échancré au sommet ; leurs crochets fendus en deux branches subégales, l'une d'elles dentée; pjgidium prolongé en une saillie coniiiue.

Les Mordelles sont nombreusesen espèces, plus de cent, et répandues en Europe, dans les deux Amériques, à Ceylan, aux îles Woodlark et Lifu, à la iNouvelle-Guinée, en Australie, à la Nouvelle-Zélande.

Leur taille est au plus moyenne, petite et très-petite ; leur couleur noire, assez brillante, mais voilée par de fins poils couchés et que relèvent parfois des taches ou des bandes argentées ou jaunâtres. On les prend sur les vieux troncs d'arbres et sur les tleurs. Leurs élytres sont étroites acuminées, consistantes. On a étudié quelques larves de ce genre. Leur corps est charnu, allongé, un peu atténué au\ deux extrémités, plan en dessous, convexe en dessus, glabre. La tête est subécailleuse, porte des ocelles en nombre variable, des antennes do quatre articles, des

MOnDELLlDES. — MORDt: LMSTLNA. 605

palpes iiiu\illaires de trois, adaptés à des mâchoires unilobécs, de Irèspelits palpes laluuiix de deux articles. Le prolhorax est couvert d'un écusson corné, et les segments Ihoraciques, à peu rpès égaux à ceux de l'abdomen, ont des pattes très-courtes, à articles peu distincts, dirigées obliquement en arrière; le dernier segment de l'abdomen, Apre, rugueux, corné, est [)rolongé en une saillie conique sous laquelle s'ouvre l'anus, sans pseudopode. lin raison de leurs pattes, ces larves marchent lentement, et tombent surlecôté quand on les sort des galeries doni elles perforent les tiges ou les troncs de divers végétaux morts ou maladifs, ainsi les Vignes, les Peupliers, les Chênes, etc.; elles s'y changent en nymphes sans coque. Nous représentons une espèce exotique, le M.picta, Chevr., de Cayenne ([il. xr.vi, fig. 7; 7 a, tête en dessus ; 7 b, tarse antérieur ; 7 c, crochets de ce larse très-grossis). Les deux espèces qu'on rencontre communément aux environs de Paris, et qui sont de toute 1 Europe, l'Algérie et du (^lucase, sont le M. fasciata, Fabr., de 6 à 8 millimètres, noir, allongé, à élylres ornées de deux bandes transversales de poili roux, soyeux, d'un jaune faible, doré et chatoyant, et le M. aculeata, Linn., de à à 0 millimètres, tou! noir et non satiné, figuré par Geofl'roy, pi. vi, n" 7, t. 1. Quand on les prend sur les fleurs, ces insectes deviennent immobiles et tombent ,• ils se blottissent avec facilité dans les moindres creux, où la forme de leur corps les fait rouler facilement, car ils se courbent sur eux-mêmes en rapprochant la lêlc de leur abdomen pointu.

MORDIOl.l.lfi^Tlo^A, Costi. — Caractères des Mordella, avec jambes et tarses poslérieuis munis tle tiacliures sur la tranche dorsale.

Les mœurs sont celles des Mordelles ; la forme du corps est un peu plus étroite. Il faut indiquer le j)f. humeraUs, Linn., noir, avec la bouche, les bords du corselet et les pattes jaunâtres, de l'Lurope et de l'Algérie, se trouvant aux environs de Paris; et le M. pumila, Cyll., d'iiurope et d'Algérie, dont la larve a été trouvée dans les liges de diverses plantes, ainsi l'Armoise commune, le Marrube viilg lire, etc., allongée, cylindroïde, avec le dernier anneau du corps plus peliL que les autres, pointu et terminé par deux courtes épines. Il y a près de cent espèces de ce genre en Lurope, en Sicile, aux Canaries, à Ceylau, dans l'Amérique du Nord.

Nous laisserons, à 1 instar des anciens auteurs, les genres suivants dans le groupe des Mordellides. On les place actuellement dans une famille séparée, les Ilhipiphorides, d'après des différences dans les pièces buccales et dans les antennes, qui sont de onze ou dix arlicles, pectinées ou flabellécs chez les mâles, le plus souvent dentées en scie cliez les femelles. On connaît trop imparfaitement les premiers états pour en tirer des caractères séparateurs certains.

COÔ COLÈOPlËliES. —CANTIlAUinil-NS.

EVAI%-|0€"ER%, G.-Mén., ou Ptilophorus, Gerstack, ou Pelecotoma, Latr.— Corps oblon^^ ou suballongé. Tête assez grande, ovalaire, arrondie en avant ; antennes des mâles à articles longuement flabellés à partir du troisième, dentés en scie chez les femelles. Écusson bien marqué'. Élytres entières, recouvrant l'abdomen cl les ailes inférieures, un peu atténuées en arrière chez les mâles.

Ce genre n'a que peu d'espèces, d'Europe, crAlgéric, de Sibérie, du Cap, d'Australie. Le lype est VE. Diifouri, Lalr., de mœurs mal connues, des régions méridionales de l'Europe et du nord de l'Afrique, se prenant en mai et juin sur les Chênes-liéges, el principalement sur leurs branches mortes; mais toujours rare. Le rnâle est figuré pi. xi.vj, lig. 6. Les espèces de ce genre sont couvertes d'une pubescence blanchâtre.

Ml'OWBTE**, Latr. — Tête très-largC; transverse, déprimée antérieurement; antennes courtes, chez les mâles, bidabellées à partir du second article, uniflabellées chez les femelles. Élytres très-courtes, squamiformes, déhiscentes, laissant tout l'abdomen et la majeure partie des ailes inférieures à découvert. Écusson bien dégagé.

Le type de ce genre est un insecte singulier, le M. subiliptcrus, Fabr., de la France méridionale, de l'Espagne, de l'Anatolie, ayant au premier abord un peu l'aspect d'un Diptère ou d'un Hyménopfère. Jacquelin du Val dit l'avoir toujours trouvé exclusivement, dès les premiers jours d'août, sur les fleurs de VEryngiam campestre, au pied des coteaux, dans les Pyrénées-Orientales. Nous figurons le M. fasciotus, Say, de l'Amérique du Nord (pi. xlvt, fig. 5). Les femelles de ce genre ont l'abdomen terminé par un oviducte corné très-saillant. Il y a neuf espèces, dlùiropc, d'Amérique septentrionale, de Cafrerie, du Chili.

RttlPlI»Bï4»RB>», Fabr., ou Emenadia, Cast. — Tète grande, saillante, ovale ou ovale-oblongue, arrondie en avant; antennes courtes, de dix articles, longuement biflabellces chez les mâles, fortement unipectinées chez les femelles. Élytres à peu près de la longueur de l'abdomen, fortement acuminées chacune postérieurement et déhiscentes.

Les insectes de ce genre, de petite taille, ont une livrée où se combinent le noir, le rouge orangé, le jaune ferrugineux ou testacé ; leurs tarses sont allongés, à articles tous entiers, avec des crochels fortement fendus au sommet. Ils sont des régions méridionales de l'Europe et se plaisent sur diverses fleurs quand ils sont adultes. Nous représentons le U.prœiistus, (lebl., ou ni(ipenjtis, Clievr., delaFrance méridionale, d'Ilalie, de la Russie orientale, de Sibérie (pi. xi.vi, lig. /j, femelle ; Il b, tarse postérieur). La figure ha montre le profil du même insecte; son corselet atténué et déclive en avant, avec son lobe médian très-saillant ; l'abdomen épais, comprimé latéralement, i'ortemenl rétracté et comme

Mi'ioEcus, hiJiinuius. 607

largement tronqué postérieurement, du moins après la mort, offrant cinq arceaux apparents, tient le premier trùs-grand; les pattes allongées, surtout les postérieures. Jacquelin du Val dit avoir pris cet insecte dans les Pyrénées-Orientales, sur les fleurs de V Erijngium campestre, et, aux mômes lieux, sur une espèce de Menthe. Citons aussi le R. flabellatus, Fabr., espèce de la France méridionale, d'Espagne, d'Italie, d'Algérie. Le fait très-curieux à noter sur cette espèce, et sans doute sur d'autres du même genre, c'est que, rapporte M. E. Blanchard, la femelle paraît pondre dans les nids des Guêpes, où se développent les larves. H y aurait donc chez ces llétéromères la première apparition des mœurs si curieuses qui semblent un caractère général du groupe suivant, les Méloïdes. On dit que la larve d'une troisième espèce, le /?. larvatus, Schrank, ou bimaculatas, Fabr., de toute l'Europe méridionale et d'Algérie, a été trouvée dans un canal creusé au centre de la racine de l'Eryni/ii'm campestre, mais peut-être y était-elle parasite d'une autre larve. Fnc cinquantaine d'espèces de toutes les régions des deux mondes.

MET«Et"l'!^, Gcrst. — Dégradation dans les pièces buccales"". Ëlytres déliiscentes à partir du milieu et très-aiguës au bout.

Le type et espèce unique est le M. paradoxus, Linn., de l'Europe moyenne et méridionale, de couleurs mêlées de noir et de ferrugineux. Les mœurs précédentes continuent, car on trouve cet insecte le plus habiluellemeut dans les nids du Vespa vulgaris, où la larve a subi sa métamorphose, et moins souvent sur les fleurs des Ombellifères, ou sur les troncs d'arbres couverts de mucilages dus à un état maladif.

RIEIl>Ii»ll», Thurib. — Bouche atrophiée. Antennes loniïuement pectinées chez les mâles, filiformes chez les femelles. Êiytres des mâles trcs-abrégées et déhiscentes, laissant en grande partie à découvert les ailes inférieures; ni élytres ni ailes chez les femelles, qui sont larviformes et bien plus grosses que les mâles.

Les insectes de ce genre, extrêmement rares en collection, présentent un fait de parasitisme unique chez les Coléoptères. La femelle passe sa vie sur le corps des Blattes, et se présente comme un sorte de ver allongé, segmenté, graduellement rétréci en arrière et terminé par un long oviducte. On ignore comment elle s'accouple et comment elle pond dans le corps des Blattes des œufs d'où naissent des larves qui se développent à l'intérieur, et ne diffèrent des femelles que par des antennes rudimentaiies et l'absence d'oviducle. Los mâles, longs de 2 à 3 millimètres au plus, n'ont sur les Blattes qu'un parasitisme accidentel et temporaire. Le type est le R. pectinicornis, Thunb., ou Blattarum, Sundewall, trouvé sur le Blatta germanica {Phyllodromia), en Angleterre, en Autriche, en Allemagne et aux Indes. Ces mœurs rappellent les Méloïdes, et encore plus l'ordre des Rhipiptèrcs , satellite de celui des

G08 COLCOPTÊr.liS. — CAMHAIUDIENS.

Colcoplèrcs. Les larves des Rliipipti'res passent leur existence dans le corps de divers Hyménoptères, et les femelles, apodes et sans antennes, restent toute leur vie en partie engagées dans le corps de l'insecte qui les porte, il est probable au conlraire que la femelle du B. pectinicornis, oculée et aniennéc, se déplace sur le corps des Blattes, et n'est que cramponnée aux poils, cherchant par instinct les meilleures places pour être aperçue du mâle et pour la ponte la plus efficace. Il y a là un beau sujet de recherches, et qui exigera d'examiner un nombre énorme de ces hideux Blaltiens qui infestent certains magasins et les vaisseaux, afin de rclrouver ou cette espèce ou ses analogues. Une autre espèce est de Portugal et une de Port-Natal.

Page 1