‹ Traité élémentaire d'entomologie comprenant l'histoire des espèces utiles et de leurs produits des espèces nuisibles et des moyens de les détruire, l'étude des métamorphoses et des moeurs, les procédés de chasse et de conservationChapitre 54 sur 67 · VI.— MIÎLOIDES · texte numérisé non relu

VI.— MIÎLOIDES

Mandibules robustes; mâchoires à deux lobes, inermes^ ciliés. Antennes de onze arliilcs, Irès-rarcment de neuf, tantôt assez épaisses, claviformes, ou dilatées irrégulièrement, tantôt allongées, presque moniliformcs, parfois sélacées- Tète trigone ou ovalaire, parfois verticale, le plus souvent penchée en dessous, brusquement resserrée postérieurement en un cou étroit, bien marqué. Corselet à peu près de la largeur de la tête. Élylres tiès-variables de forme, peu solides ; le plus souvent des ailes. Abdomen de cinq à sept arceaux inférieurement, développé, de consistance molle, parfois comprimé sur les côtés. Cuisses ordinairement comprimées ; jambes terminées par deux éperons ; tarses hétéromères, à articles entiers, à crochets toujours bifides, la partie supérieure la plus forte et souvent dentelée.

Lacordaire a imposé à ce groupe le nom de Méloïdes en souvenir de Linnœus, qui a donné le nom de HJelor à tous les insectes de ce type dont il a eu connaissance. Ce sont des Coléoptères de taille assez grande ou moyenne, se rattachant à deux formes générales : les Méloés et les Cantharides. On peut affirmer, quoiqu'on n'en ait pas encore la démonstration complète pour tous les genres, que les larves des Méloïdes Aivent toutes en parasites dans les nids des Hyménoptères, dont elles dévorent les œufs et les larves; une partie des genres sont vésicants et doués d'une odeur forte. Ces insectes constituent les Vésicants de M. MulsanI, les Épispasiiques et une partie des Sténoptèrcs de C. Dura éril.

SrF.ICK, Lirn.- — Antennes de onze ailicles, grenues, en cliapelet, souvent subccudi'cs au milieu. Klylres inibriqucts ou se recouvrant à la base (du moins (1 ez les esiitces d'Euroi'c), dcliisccnles après la moitié de leur longueur, à bord iiilcrr.e légèrement arqué, jilus courtes que l'abdomen ; pas d'ailes. Corps mou, ail' ngé ; c cusson in\itiblc. Abdomen trcs-dévcloppc, Irès-gonllc chez les lemellcs.

Les Méloés sont des Coléoptères de forte taille, le plus souvent palaiteant au printemps ; aimant les terrains sablonneux et secs, riches

.MtLOÏni.S. — MLLOF. 6()-)

en nids d'Hyménoptères; marchant lentement dans les prairies an milieu des herbes, car leurs pattes, longues et grêles, ont peine à porte en avant un abdomen énorme dont les anneaux semblent distendus par l'obésité et la quantité de sucs ou de matières molles qu'ils renferment. Ils sont presque toujours d'un noir à reflet bleu ou violet, rarement bronzé, doré ou rougeâtre. Quand on les saisit, ils simulent la mort, et laissent en même temps suinter par les articulations des pattes un liquide jaune ou blanchùlre, d'odeur à la fois fade et pénétrante, destiné par la nature, selon (]. Duméril, à éloigner les attaques des oiseaux et des pclits mammifères qui seraient attirés par la succulence du corps des Méloés, très-grands mangeurs de plantes basses et d'herbes, à l'état adulte, recherchant les Henon'jules, les Léontodons, etc. C'est ce qui explique l'épithèle de (jmssouillet donnée par quelques auteurs anciens à ces insectes {ilxi'y/A-iboL^':,;, pinguiculus; OU Beptlp,OilClock, des Anglais). On se sert en lispagne, dans la médecine vétérinaire, du Melocproscarabœus ; dans l'Hindoustan, d'après le docteur Fleming, on emploie comme vésicant le M. trianthpinœ, qui vit sur des fleurs de Cucurbitacées. Lavini et Sobrero ont relire de la canlharidine (sans doute des isomères) de plusieurs espèces du genre Mclop.

L'étymologie du nom de .Méloé, emprunté par Linn;eus àParacelse, est fort incertaine. Peut-être ce nom vient de u-sXa;, à cause de leur couleur noire ; selon Moufet, il serait tiré de la propriété qu'ont ces insectes d'émettre par les articulations des pattes une liqueur comme mielleuse, a melloso sudure uffatiin p.vstillantc. Les Méloés figurent dans l'ancienne pharmacopée, et entraient dans la composition de plusieurs médicaments auxquels on attribuait de grandes vertus. Us participent sans doule à la propriété de la plupart des espèces de Cantharides d'agir sur les voies de la sécrétion des reins, car Agricola dit, en parlant de leur emploi : « Urinain potenter pellunt, srd unà sanuuine)!!. > Cette action pro\ient de l'inflammation de la membranne muqueuse qui tapisse les uretères et la vessie. C'est sans doule à ces insectes, et non aux Buprestes 'actuels, qu'il faut attribuer la propriété de faire enfler le bétail qui les avale par mégarde avec l'herbe des prairies.

Nous trouvons principalement aux environs de Paris le M. aidummilis^ 01iv.,de toute l'Lurope et d'Algérie, à antennes épais.-ies au milieu, d'un noir lisse, avec quelques points enfoncés sur les élyti'es, qu'on voit en automne cl au premier printemps, ainsi dans les fortifications de Paris: le .1/. tnajalis, Liun., plus spécial au midi de la France, à antennes non épaissies au milieu, dont l'abdomen est d'un rouge cuivreux, et surtout le M. proscarabœus, Linn., de toute Tliurope, de l'Algérie, du Caucase, de la Sibérie, de l'isthme de Suez, espèce trèscommune dans les prairies reverdissantes, alors que la primevère étale sa corolle citron aux rayons du soleil de mars, au début du printemps. Il est d'un noir bleuâtre ou violacé, a\ec la surface des téguments chagrinée ; les mâles, comme cela a lieu dans la plupart des Méloés ouro-

GIRAKD. 39

61 0 COLÉOPTÈRES, — CANTHAIUDIENS.

péens, ont les articles des antennes noueux et dilatés vers le milieu, où ces organes sont coudés. On trouve les plus grandes difFérences de taille, non-seulement d'un sève à l'autre, les femelles pouvant à peine traîner leur énorme ventre, mais entre sujets du même sexe, ce qui doit tenir à des nutritions très-variables des larves. Cette espèce abonde, à la fin de mars et au commencement d'avril, dans les prairies qui sont près du pont d'Ivry, le long de la Seine, près de son confluent avec la Marne. On trouve aussi dans cette localité une espèce très-voisine, plus bleue, spéciale à la France, le M. cyaneus, Muls., et aussi le M. violaceus, Marsh., à corselet plus étroit que le proscarabœus. On y rencontrait jadis une espèce beaucoup plus rare, d'un riche bronzé éclatant au soleil, le M. variegatus, Donovan, ou scabrosus, ]\Iarsham, fortement rugueux, qui existe isolé, au premier printemps, dans les prés voisins de Paris et dans les fossés des fortifications.

Les travaux du chemin de fer et la création du village d'Alfort-ville détruisent pour les entomologistes les intéressantes prairies du confluent de la Seine et de la Marne, ce qui arrive aussi pour tant d'autres lieux des environs immédiats de Paris (1). Nous citerons encore le M. hrevicoUis, Panz., de toute l'Europe, dont nous donnons les détails caractéristiques du genre (pi. x],vii, fig. 7, antenne du mâle, avec le deuxième article très-court, les suivants obconiques, les articles médians noueux et irréguliers : ce qui n'est propre qu'à certaines espèces; 7 a, mâchoire avec palpe assez long, avec chaque article rétréci à la base et le dernier tronqué ; 7 6, lèvre inférieure, avec palpes courts, à dernier article ovale ; 7 c, mandibule ; 7 c/, labre, transversal, sinué en avant, avec les angles arrondis; 7e, tarse postérieur, avec crochets fendus en deux parties égales non pectinées). Nous figurons une espèce exotique, le il/. CordiUerœ, Ciievr., trouvé sur le haut plateau du Mexique, à Sainte- Croix, près d'Orizaba, sur des montagnes élevées (pi. xi.vn, fig. 6). Il est d'un noir peu brillant, crevassé de petites lignes longitudinales, à abdomen très-dés eloppé en longueur, à antennes cylindroïdes , à articles égaux : ces deux derniers caractères appartiennent aux Méloés américains.

Les métamorphoses du genre Meloe sont maintenant presque complètement connues. On peut facilement conserver les adultes dans des pots contenant de la terre et recouverts d'un treillis métallique, en les nourrissant de salades et de plantes basses. J'ai vu vivre ainsi plus de deux mois certaines femelles du. Meloe proscarabœus. On observe, môme en captivité, qu'elles font plusieurs pontes en avril et mai, et, à cha-^ cune d'elles, creusent en terre un trou où elles déposent un grand

fl) C'est en recherchant ce rare ColcopU re (luc, en 18i3, je crois, un amateur trouva pour la première fois, si près de Paris, le Nyssia sonaria (Lépidopt. Phal.), espèce rare jusqu'alors, et (jui, renconlrcc à Ivry en abondance, alimenta toutes les collections fr,in.;aiscs.

MELUÏDES. — MELOE : llYl'EUMÉT.A.MOHI'lKiSE Cil.

nombre d'œufs jaunes, agglutinés, oblongs, en forme de cylindres terminés par deux hémisplic-res. Le M. proscarabœus en pond plus de quatre mille, d'après Newport. Ils sont recouverts de terre, à moins qu'ils ne soient pas fécondés. Au bout de trois à siv semaines, il sort de ces œufs de petits êtres jaunes, pédiculiformes. Ils furent aperçus par l'entomologiste hollandais Goedart en 1700 , puis étudiés par de Geer (Mém., t. V, p. 31). Ces (ibservateurs constatèrent les détails qui précèdent; mais ils ne lardèrent pas à voir périr ces espèces de petits poux jaunes nés des œufs de Méloés. Ce sont leurs premières larves ou la7-ves primitÎL-es. Réaumur a figuré, sans la reconnaître, cette larve fourvoyée sur un Eristalis (Dipl.) {Menu, t. IV, pi. ai, fig. 17). Elle fut depuis rencontrée plusieurs fois sur des Hyménoptères, et prise pour un insecte aptère épizoïque ; probablement le Pediculus Apis, Linn., n'esl-il que cette larve, et c'est certainement la première morphose vue par Goedart et de Geer, que Kirby fit connaître en 1802 pour un parasite, sous le nom de Pediculus Mclittœ, rencontré sur des Andrènes, et L. Dufour en 1828, sous celui de Triungulinus Andrenei(trwii, toujours pour un insecte trouvé sur les Andrènes. Ces petits animaux sont cramponnés aux ailes, ou au dos de leurs porteurs, et surtout fixés dans les jointures.

L'histoire exacte des métamorphoses du genre J/c/oe, particulièrement de l'espèce M. cicatricosus, Leach, de toute l'Europe, fut commencée en 18Zi5 par iNewporl {Trans. of tha Linn. Suc, t. XX, p. 297), et presque complètement achevée par M. Fabre en lS58{Ann. se. nat., t. IX, p. 265). La larve du M. cicatricusus fut trouvée par Newport dans les nids de VAnthopkora retusa; M. Fabre la rencontra également dans les nids des Anthophora par ietina ou piiipes, dernière espèce hantée aussi par les Sifaris. Ces premières larves, Irès-agiles, ressemblant à de petits poux jaunes^ sont allongées, parallèles, un peu déprimées; leur tète offre de chaque côté un stemmate arrondi et saillant, et des antennes de trois articles terminées par une soie : leurs mœurs exigent en efl'et des sens bien développés. Les mandibules sont courtes et arquées. Le thorax est divisé en trois segments bien séparés, subtriangulaires et subégaux. Ils portent des pattes assez longues, de cinq pièces, la dernière en forme d'onglet flanqué de deux crochets un peu plus courts, ce qui explique le nom de Triongidin deL. Dufour. L'abdomen, oblong, allongé, finement pubescent, offre neuf segments égaux, le dernier muni de quatre S(ne= terminales, et en dessous, de deux courts mamelons rétractiles.

Dans les premiers moments qui suivent l'éclosion, ces larves restent immobiles et serrées les unes près des autres, comme les œufs d'où elles sortent; puis, comme réveillées par la clialeur et lu lumière, eiles se meuvent avec vivacité et se répandent sur les plantes, surtout des familles des Composées et des Renonculacées. Newport avait supposé avec justesse, mais sans observation complète, que les jeunes Méloés, nés loin des nids des Abeilles magoimes où ils doivent vivre, grimpent, au sortir du terrier natal, dans Icc fleurs des Coaiposécs, principalement

612 COLÈOPTÈULS. — CANIHARIDIEINS.

des Pissenlits, et y attendent les Hyménoptères qui butinent. M. Fabre a vérifié complètement cette assertion en examinant sur un talus de la route qui va de Carpentras au mont Ventoux, et couvert de nids de V Anthophora parirthia, les premières larves du M. cicatricosus grimpant sur les fleurs des Séneçons, des Camomilles, etc., et s'y tenant immobiles, en embuscade dans les fleurons. Il n'y en avait pas sur des Coquelicots et d'autres fleurs non composées. En outre, et près des nids des Anthophores, où les femelles de Méloés avaient eu l'instinct dépendre, couraient sur le sol des milliers de larves inquiètes, non encore gîtées. Si l'on vient à toucher les fleurs où sont ces larves, aussitôt elles se précipitent et s'accrochent aux objets qu'on leur présente, drap, velours, coton, bourre, etc., mais ne cessent de s'y mouvoir, ne se sentant pas à leur convenance. Au contraire, sur des insectes vivants captifs, des Anthophores, des Diptères, des Abeilles, des Papillons, et aussi sur des Araignées, les petits Méloés se précipitent dès qu'il y a un contact avec la fleur, mais restent immobiles, rassurés. De même, Newport avait vu ses larves dans un flacon recouvrir le corps d'un Malachius Inpuslulatus qu'il leur jeta et s'y tenir en repos. Elles se tiennent aussi immobiles sur des cadavres d'insectes, même très-secs, tandis qu'elles s'agitent sans cesse sur tout objet inanimé d'autre origine. M. Fabre a vu pareillement les larves de Sitaris s'attacher indifféremment à tout insecte velu. Souvent on trouve des larves de Méloés sur des mriles, d'où elles passeront aux femelles dans 1 accouplement. Dans les observations de M. Fabre, les Anthophores prises au vol, ainsi que les Méletcs et les Cœlioxys parasites de leurs nids portaient toutes de petits Méloés ramassés sur les fleurs composées ; des Diptères {Eristalis, Calliphora), dont les larves vivent de matières putrides, mais dont les adultes se posent sur les fleurs, avaient aussi des premières larves de Méloés, de même qu'une Ammophile, chasseresse de chenilles : il y avait là aberration de l'instinct, et ces jeunes Méloés devaient périr; il en est de même en général pour ceux qui se portent sur les Abeilles neutres ou les Bourdons neutres qui ne pondent pas, à moins qu'ils ne passent au contact dans les nids sur des mâles ou des femelles fécondes. M. Mulsant, d'après MM. Drevvsen et Schiœdie, a donné une liste des Hyménoptères sur lesquels ou a trouvé ces premières larves. On y voit figurer les genres Odijnorus, Andrena, l'anurgus, Nomada, Anfhidiwn, Megachile, Epcolus, etc., et aussi Bombus et Psithyrus. Ces auteurs citeni aussi quatre espèces de Tenthrédinieus, Hyménoptères à larves phytophages, qui devaient certainement laisser périr les imprudents Méloés. De même ceux qu'on a vu se fourvoyer sur des Scolies (Hymen.) non melliiiques périssent ; les Nomades, les Psiihyres (Hymen.) et les Volucelles(Dipt.), parasites des nids de Bourdons, peuvent en conduire au but désiré, etc. Il est certain que l'extrême fécondité des Méloés s'explique, parce que beaucoup de ces premières larves sont destinées à périr. Newport croyait à tort que ces larves primitives mangeaient le miel

Mf;r.oïnES.— mi i.oe : fiypermètamop.phusi:. 613

destiné aux larves des Ilyménopti'res mellifiques dont elles sont les parasites ; il n'en est rien, chaque lar\e passe sur l'œuf au moment où il est pondu et en dévore peu à peu la substance sans touc^lier au miel. M. Fabre a réussi à voir dans une cellule d'Anthophore une larve jaune de Méloé posée sur une pellicule ridée flottant sur le miel, c'est-à-dire sur l'enveloppe d'un œuf mangé. M. F'abre trouva aussi une seconde l'irce (deuxième morphose) vivant de miel ; après que l'œuf est détruit, c'est l'aliment réservé à la poslérité de l'Anthopliore qui sert à nourrir le Méloé. Deux autres secondes larves furent encore rencontrées ensuite. Cet état était seulement connu d'une manière vague par NewporI, qui avait trouvé la dépouille de la seconde larve adhérente à la pseudochrysalide dont nous allons parler. Les secondes larves, très-différentes du petit pou jaune si agile, sont aveugles, molles, recourbées, à treize segments, ayant quelque ressemblance avec des larves de Lamellicornes, à pattes courtes, mais plus robustes et plus développées que chez les secondes larves de Sitaris, dont elles diffèrent encore par les mandibules munies d'une large dent interne. Puis vient une troisième morphose donnant une pseudo-chri/sdlifle {[vi'S-hk'.n connue de Newport.qui la nommait •pseudo-larve), sim[)lement à demi invaginée dans la peau fendue de la seconde larve et non complètement recouverte, comme cela a lieu chez les Sitaris dont la pseudo-chrysalide est assez voisine. Elle est immobile, inerte, sans nourriture, et olfre de spécial une forme arquée en dessus et atténuée aux deux extrémités, treize segments bien apparents, un bourrelet latéral de chaque côté ; il y a trois paires de tubercules au thorax. Il est probable que ce troisième état dure près d'un an. .\e\vport croyait à tort qu'à cet état succédait la nymphose. .M. Fabre a vu qu'il y a auparavant (quatrième morphose) une troisième larre ressemblant beaucoup à la seconde larve qui mangeait le miel, avec mandibules et pattes un peu moins robustes ; elle est à demi incluse dans les téguments pseudo-chrysalidiens fendus, comme ceux-ci le sont à leur tour dans la peau de*la seconde larve, tandis que chez les Silaris le double revêtement est complet. Puis vient une nymphose ordinaire (cinquième morphose), et enlin l'adulte (sixième morphose). On voit donc que chez les Méloés il y a quatre mues avant la nymphe, et dans ces quatre mues le tube digestif et le système nerveux lestent ])nreils ; celui-ci ne se concentre qu'à la cinquième nym{)hose pour la nymphe. De même chez les Sitaris.

lioni.%, b'abr , el ClsfSlTEN, Latr. — Antennes de onze articles, droites et lililormes ; ileinicr article des palpes ovalaire. Élytres allongées, par.illèles, arrondies à rexircinitc, recouvrant l'atulonicn. Crochets des laises robustes, fendus, à division supérieure crochue et pectinée.

(les genres, de peu d'espèces, s(int élrangei's à IFurope ; les mâles ont les cuisses postérieures plus renflées que les femelles. Le type est le ('. testaceus. Fabr., des Indes orientales, grand ius(;cle tout enlier

6{U COLÉOPTÈRIÎS. — GANTHARIDIENS.

d'un ronge marron brillant, représenté pi. xlvi, fig. 10 (10«, palpe maxillaire ; 10 b, patte postérieure de la femelle ; 10 c, patte postérieure du mûIe ; 10 (/, crochets grossis d'un tarse). D'après les observations faites aux Antilles par Guilding, il paraît que les larves des Coléoptères de ce genre vivent en parasites dans les nids que certaines Abeilles charpentières construisent, à la façon de nos Xylocopes, dans les matières ligneuses, remarque tout à fait vraisemblable en présence des mœurs de plusieurs genres européens. Les Horia sont du Brésil, de la Guyane, de Java, de Sumatra ; les Cissites, du Sénégal et des Indes.

t'KKOC'OMA, Geofïr. — Corps allangé, subparallèle, déprimé en dessus. Antennes courtes à articles dilatés, échancrés, épineux ou vésiculeux chez les mâles, simples et fortement en massue chez les femelles, le dernier très-grand, réniforme et comprimé.

Les Cérocomes sont d'an vert métallique brillant, passant au doré ou bleuâtre ; les antennes des mâles ont les formes les plus bizarres qui existent, plus singulières encore que celles des Paussus ; elles sont dans ce sexe presque toujours jaunes, ainsi que les pattes, et noires chez les femelles. Ils sont méditerranéens et asiatiques, et remontent peu vers le nord ; adultes, ils se trouvent sur les fleurs, surtout sur celles des Composées exposées au soleil et dans les lieux secso On peut s'en emparer aisément, car, en plongeant la tète dans les corolles pour sucer le miel des nectaires qu'ils recueillent avec leurs mâchoires allongées et soyeuses, ils ne voient pas le danger. Ils suspendent tout mouvement au moment où on les saisit, marchent peu et volent avec facilité par les journées chaudes. Leurs larves, probablement de mœurs parasites et carnassières, sont encore inconnues. L'espèce qui remonte le plus au nord, jusqu'en Belgique, et qu'on trouve parfois aux environs de Paris, au mois de juin, en nombre, sur les Pâquerettes en fleur dans les prés, est le C. Schœfferi , Linn. (pi. xlvu, fig. 1, antenne du mâle; la, de la femelle), à dernier article des antennes ovoïde, de couleur vert doré comme la Cantharide des boutiques, de 10 millimètres, pubescent, à antennes et pattes jaunes, avec la tète et le corselet noirs, et labdomen d'un bleu azuré ou bronzé. On rencontre près de Paris, beaucoup plus rarement, le C. Schreberi, Fabr., ;malogue au précédent, mais dont les premiers anneaux de l'abdomen sont jaunes et le dernier article des antennes des mâles triangulaire.

IMYl^AURl!^, Fabr. — Corps allongé, convexe, ordinairement velu. Antennes de onze, dix, neuf ou huit articles, grossissant un peu en massue vers rextrémité, avec le dernier article grand, tronqué, terminé en pointe obtuse. Élylres allongées, parallèles, convexes, largement arrondies à l'extrémité.

Les iMyhibres offrent un nombre considéral)le d'espèces propres à l'Europe méditerranéenne, à l'Asie, à l'Afrique. Les espèces d'Europe ont

mèluïdl;?. — mylabkis. 015

onzG articles aiiv nnlonno?. I.a couleur est noire ou pins rarement d'un bleu brillant, avec des bandes ou taclies jaunes ou roug(!ssur les élytres; parfois, par une inversion analogue à celle des Coccinelles et des Krotyles, les élytres sont jaunes ou rouges, tachées de noir. Le dessin des élytres varie beaucoup et peut disparaître ; de là une foule de variétés et une inextricable confusion dans les espèces, où il y a sans doute des doubles enaplois. La taille des Mylabres est quelquefois très-grande et au moins moyenne. Les larves, non encore étudiées, doivent vivre aux dépens des Hyménoptères, et, assez probablement, d'Hyménoptères sociaux, car, ainsi que cela a lieu pour les Cantharides,on trouve les Mylabres par espèces d'essaims sur les fleurs ou accrochés aux Graminées, peu actifs et plus lourds que les Cantharides, et ne devenant un peu plus agiles qu'à un soleil ardent. Les Grecs paraissent avoir employé les Mylabres comme vésicants. On cite comme usité encore de cette façon, dans l'Hindoustan et dans diverses parties de l'Orient, le M. variabilis, dont liobiquet a relire de la canlharidine ; eu Chine, on se sert pour cetus;ige duj|/. pustulata, Thunb., d'après M. Fumouze. Farines indique comme énergiquement vésicant le M. l2-punctata , Oliv., ou cyanescens, Illig., du midi de la France, des Pyrénées, d'Espagne, d'Italie. Selon M. Mulsant, la plupart des auteurs ont réuni le même insecte sous les noms de M. rariuhilis ou Cichorii, qui ne serait pas le véritable Meloe Cichorii de Linnœus, auquel le naturaliste suédois assigne à la fois pour patrie la France méridionale, la Chine et le cap de Bonne- Espérance, et qui est de taille différente. L'insecte linnéen est, ou mentionné iijexactement, ou non encore retrouvé dans le genre confus des Mylabres. il est probablement de Chine seulement.

L'espèce la plus intéressante pour nous, très-abondante dans l'Europe méridionale, est le M. variabilis, Pallas, ou Cichorii, Dorllies, qu'on trouve aussi eu Algérie et dans le Caucase. Il est noir, de 10 millimètres, et, dans le type habituel, les élytres sont d'un jaune terne un peu fauve, avec trois bandes noires, dont une à l'extrémité. On trouve cette espèce à Fontainebleau, dans la Touraine et même [)arlbis aux portes même de Paris. Ainsi M. Slableau l'a prise une l'ois en abondance le soir, dans la plaine de Grenelle, au repos dans des tleurs de Coquelicot. 11 est probable que quelque accident atmosphérique avait, à une époque précédente, amené des Hyménoptères de points plus méridionaux, chargés dans leurs poils de premières larves. M. Stableau a remarqué dans la même localité un de ces insectes sortant de terre dans une sablière, sur un talus exposé au soleil, et, ayant creusé le sol en cet endroit, il eu a découvert onze prêts à sortir et qui provenaient certainement de nids d'Hyménoptères. Nous citerons encore le M- tleccmpunclata, Fabr., des régions méditerranéennes et du Caucase, noir, avec les élytres d'un jaune très-pûle, ayant chacune cinq points noirs; on le trouve dans le midi de la France. Entlu, nous ligurons des espèces exotiques : l'une de taille pelile pour le genre, du Cap, le .1/. (juUatu, Cast., ou lO-ijul-

616 COLÉOPTÈRES.— CANTHA.R1DIENS.

tata, Billberg el Chevrolal, à antennes de huit articles, le dernier trèsgros, s. -g. Actenodia, Cast. (pi. xlvii, flg. 2 ; 2 a, antenne grossie); el une espùce, au contraire de la plus grande taille, le M. myops, Chevr., du Cap (pi. xLvji, flg. /i), noir, avec les antennes orangées à l'extrémité, une tache fauve cà la base de l'élytre, puis deux larges bandes d'un fauve orangé. Les Mylabres ont plus de deux cent cinquante espèces, de toutes les régions de l'ancien monde. Manquent en Amérique et en Australie.

CORYiVA, Billb, — Ce n'est réellement qu'une section du genre précédent. — Antennes de neuf articles, le neuvième gros, ovoïde, arrondi.

Nous représentons l'antenne du C. V2-punctata, Chevr., du Sénégal (pi. XLVII, flg. 3). On trouve dans le midi de la France, en Espagne, en Italie, en Algérie, le C. Billbergi, Gyll., à corps oblong, convexe, de coloration noire et jaune, de l'aspect d'un Mylabre. Plus de vingt espèces de l'ancien monde.

ŒMAS, Latr. — Antennes droites, ni arquées ni épaissies à l'extrémité. Élytres à suture droite, peu consistantes, non déhiscentes.

Le type de ce genre est \'0E. afcr, Linn. (pi. xlvii, fig. 5, son antenne), du sud de l'Espagne et de l'Italie, de Grèce, d'Asie Mineure, très-vésicant, à corps allongé, parallèle, assez convexe. Les autres espèces de Barbarie, d'Asie Mineure, d'Angola.

TETRAOWX, Latr. — Corps à téguments de consistance normale, finement pubescent ; corselet transversal. Élytres subparallèles, assez convexes, conjointement arrondies à l'extrémité.

Ce genre est exclusivement des deux Amériques. — Ex. : T. ventralis , Chevr., du Brésil, de Colombie (pi. xi.vii, fig. 8), noir, avec corselet fauve lâché de noir, jaune en partie en dessous , les élytres larges et noires. Une trentaine d'espèces des deux Amériques, surtout des régions chaudes.

€'.%HTIIARIS, Geoffr., ou Lytta, Fabr. — Antennes droites, assez longues ou médiocres, non épaissies. Tète triangulaire ; labre écliancré, rétréci à sa base ; palpes des deux sortes, à dernier article tronqué. Jambes longues; tarses grands, à crochets bifides, mais simples, non pectines.

Ce genre comprend l'insecte vésicant qui offre pour nous le plus d'inlerèt. Les insectes vésicants ont été en usage dès une haute antiquité. Hippocrate en recommandait l'emploi interne dans l'ictère, l'apoplexie, l'hydropisie. On attribue à Archigètie, médecin de la fin du prcniior

Mi'LdÏDLS. — Ci.NTHARlS. 617

siècle do notre ère, la découverte de leurs vertus épispasiiques. I.e nom de Cantlifiris était donné par les anciens à beaucoup d'insectes différents. Linnœus nomma la Canlharide officinale, qui constitue l'espèce principale du genre actuel, Meloe vesicatorius, pour la distinguer des Cantharis non vésicants. Geoffroy rétablit le genre Cantlmris, en y adjoignant malbeiireusement les Telephorus, trompé par une grossière analogie dans la forme extérieure et la mollesse des téguments, sans faire attention aux tarses, au mépris de sa propre méthode, l'abricius donna le nom de Lytta, et Dejean d'Epicauta, aux Cantharides vésicantes. De Gecr, I-atreille, .\udouin, C. Duméril, conservèrent le genre Cantharis, maintenu avec raison par MM. I>acordaire, Mulsant, de Marseul, !.. l-aiirnaire, etc., pour les espèces glabres à couleurs métalliques.

Les Cantharides ont le corps allongé, parallèle, convexe ; les élytres Irès-flexibles, un peu plus largos que le corselet; les couleurs métalliques et parfois à bandes longitudinales jaunes ou cuivreuses. L'éclat métallique se trouve dans l'espèce la plus commune, le C. vesicatoria, Linn., de toute l'Europe moyenne et méridionale et du Caucase, à antennes et tarses noirs (pi. xi.vn, fig. 10, mâchoire avec un long palpe ; 10 a, labre ; 10 b, lèvre inférieure et palpes ; 10 r, tarse antérieur). C'est l'espèce uniquement employée en France, en Angleterre, dans le nord de l'Europe comme vésicant, et que l'on connaît vulgairement sous le nom de Cantharidc officinali', ou des boutiques , ou encore de Mouche d'Espafjne, car c'est ce pays qui la fournissait principalement autrefois au commerce de la droguerie.

Les Cantharides sont d'un vol vif à l'ardeur du soleil, qui fait reluire les cuirasses d'or de leurs essaims bourdonnants, tandis qu^elles sont engourdies le matin et le soir. Les mdles sont de moitié moins volumineux que les femelles, dont le long abdomen, lorsqu'il est gontlé d œufs fécondés, déborde bi'aucoup l'extrémité des élytres, de sorte que leur vol est trè-:-lent. La taille des cantharides varie de 15 à 20 et 25 millimètres de longueur. Elles dévorent les Frênes, les Lilas, surtout les I>ilas dePerse, les Troènes, etbeaucoup plus rarement lesSyringas, lesChèvrefeuilles, les Sureaux, et même les Bignonias, les Peupliers, les Saules, parfois les céréales. Sous ce rapport ce sont des insectes nuisibles. On peut très-bien observer ces insectes aux environs de Paris. Tous le quatre ou cinq ans, ce qui dénoie une Irès-longue vie à l'état de larves et de nymphes, vers les [iremicrs jours de juin, on les voit tout à coup paraître par troupes énormes, se portant de préférence à tout aiiire aibre sur les Frênes culli\és dans les jardins, et d.'vorant les feuilles a\ec \oracité à partir du haut, au point de dépouiller parfois complètement ces arbres. Une odeur pénétrante et désagréable décèle leur présence, et l'on entend un bourdonnement confus aux heures chaudes de la journée. Les mâles du Cantharis cesicaloria ont le premier article du tarse antérieur profnndémenl é(hancré,el le ciochet de la jambe, en s'y abat-

fi 1 8 COLÉOPTÈRES. — CA NTHARIDIENS.

tant, en fiiit un anneau. Pour s'accoupler, le mâle monte sur le dos de la femelle et t'ait entrer les antennes de celle-ci dans cette échancrure, puis, abaissant son crochet, retient celle-ci captive par les antennes. 11 la frappe alors tant qu'elle s'agite, avec ses antennes libres et l'extrémité de son abdomen, jusqu'à ce que l'accouplement ait lieu.

Les mâles périssent presque aussitôt aprôs la fécondation, et les femelles survivent de quelques jours pour la ponte. Elles creusent un trou dans le sol avec leurs pattes de devant (Ratzeburg, !>«> Forstinseldm, Berlin, 1837, t. I, p. 89), et y pondent leurs œufs, qu'elles recouvrent de terre, absolument comme les Méloés ; il y a de môme sans doute plusieurs pontes, car une grosse femelle renferme plusieurs milliers d'œufs.

Ceux-ci, en forme de cylindre arrondi aux deux bouts, éclosent environ quinze à vingt jours après la ponte. Il en sort des premières larves encore inconnues dans le dernier siècle, car Geoffroy dit n'avoir pu les rencontrer. Elles sont très-voisines de celles des Méloés, élancées, aplaties, hexapodes, à longues antennes sétacées, à mandibules crochues. Leur corps, de douze segments, outre la tête, se termine par deux soies caudales divergentes. Elles ont la couleur jaune-citron au moment de leur naissance, et peu de temps après sont déjà plus foncées. M, Ratzeburg ne croyait pas au parasitisme de ces larves sur des Hyménoptères, car, dit-il, comment se rassembleraient les essaims de Cantharides. Tout s'explique avec le transport dans les nids, dont on n'avait alors aucune idée. Olivier {Enctjdopédie iiiéthod.) paraît avoir vu la seconde /arr^ des Cantharides, qu'il décrit comme molle, d'un blanc jaunâtre, à treize segments, avec une tète plate et ronde, deux courtes antennes filiformes, deux mandibules assez solides, six pattes courtes écailleuses, vivant en terre. 11 suppose, sans doute à tort, qu'elle se nourrit de racines ; il est à croire que sous cette deuxième forme elle mange les provisions des nids d'Halictes qui sont creusés dans un sol horizontal. Il est presque certain que les larves des Cantharides doivent vivre dans des nids d'Hyménoptères. M. làchtenstein a vu les premières larves de la Cantharide écloses dans des boîtes s'attacher aux Hallclus de préférence à d'autres Hyménoptères. On pourrait s'étonner de voir les essaims énormes des Cantharides naître de nids d'Apides solitaires, si l'on n'observe que les régions un peu septentrionales ; mais, dès le parallèle moyen, on est frappé du nombre énorme de ces nids sur tous les talus, et, au soleil levant surtout, on croirait à des ruches, tant est grande la population qui bourdonne au dehors, bien que chaque insecte soit propriétaire d'une habitation isolée. On comprend comment peuvent apparaître subitement tant de Cantharides, sorties probablement à la fois de cette multitude de nids voisins les uns des autres. Il est prouvé que les ruches d'Abeilles, les gâteaux des sociétés de Bourdons ou de Cuèpes, n'ont pas de Cantharides; noire hypothèse est donc plausible. Des recherches d'un haut intérêt sont encore à désirer sur ce point, car la démonstration n'est pas faite.

Tout le monde connaît en France l'usage de la Cantharide officinale, dont on se sert comme médication énergique, soit pour une suppuralion à établir, soit pour cvciter la sensibilité dans une région, soit pour détourner l'inflammation qui s'est produite dans un organe essentiel. On pulvérise les Cantharides sèches et on les mêle avec parties égales d'axonge et de cire, de manière à composer un emplâtre épispastique, ou bien on étend cette poudre mêlée de cire sur du taffetas, qu'on transforme ainsi en sparadrap vésicant. Oo applique la préparation sur la peau, et on l'y maintient de douze à vingt-quatre heures; puis on détaclie avec précaution, de manière à ne pas déchirer l'épiderme soulevé en ampoule remplie de sérosité. Si l'on n'a voulu qu'un vésicatoire volant, on se contente de percer la peau pour faire écouler le liquide, et l'on panse avec du beurre frais on du cérat,- si, au contraire, on cherche à obtenir une suppuraliou permanente, on coupe tout autour avec des ciseaux la peau de l'ampoule, ou même on l'arrache, si l'on veut produire une irritation plus vive. On entretient la plaie artificielle par un pansement avec une [)ommade contenant des Cantharides pilées.

Il est donc nécessaire de se procurer ces insectes. Le commerce retire aujourd'hui les Cantharides principalement de l'Ukraine, et aussi delà Hongrie et de la Valachie, et les droguistes les nomment alors Cantharides d' Allomaijne, parce qu'elles leur arrivent par l'intermédiaire des négociants de ce pays. L'Italie, la Suisse surtout, en fournissent une certaine quantité ; on en récolle très-peu en France , ce qui est à regretter, car elles y sont aussi bonnes qu'ailleurs. Autrefois on les obtenait en abondance de l'Espagne ; mais ce trafic y est abandonné, et aujourd'hui les [pharmaciens de ce pays les font venir d'Italie ou de Russie. Ou opère d'habitude la récolte de ces insectes eu prenant quelques précautions, comme masques et gants, pour garantir les yeux et les muqueuses de l'action irritante qu'elles causent ; ces précautions, du reste, ne seraient nullement nécessaires, selon M. Berthcud (thèse de pharmacie, école de Paris, 1856). On place, le matin, des draps sous les Frênes chargés d(! (Cantharides et dont on secoue les branches ; les insectes tombent engourdis et ne s'envolent pas, à cause de la fraîcheur de l'air. On les tue aussitôt, soit en vase clos par les émanations du goudron de houille, soit eu lesplaçant dans des tamisde crin au-dessus d'un vase dans lequel bout du vinaigre, et on les fait sécher. Ou bien on leur donne la mort au four chaud. Leur poids diminue beaucoup, au point qu'il en entre G/iOO individus dans 500 grammes. On réduit en poudre les insectes secs. Cette poudre est d'un gris verdàtre et toujours parsemée, quelque fine qu'elle soit, de points brillants, à reflets métalliques, le plus souvent d'un vert doré, quelquefois bleuâtres ou rougeâtres, et qui sont des fragments des téguments extérieurs et des élytres. La poudre a une odeur nauséabonde et une saveur acre, el, projetée sur des charbons ardents, répand en brûlant l'odeur d'empyreume repu-

620 COLÉOPTÈRES. — GANTHARIDIENS.

gnanle qu'offrent les substances animale?. Dans presque tous les échantillons de (^antharides du commerce se rencontrent fortuitement des Cétoines dorées, tombées des Frênes, quand on les secoue pour la récolte des Cantharides, Il est bon que les pileurs de Cantharides prennent quelques précaution?, comme de bien entourer le pilon d'une peau flollante, assujettie d'autre pari autour du mortier: sans cela, on a vu quelquefois survenir aux yeux de violentes inflammations. M. Mulsant regarde comme imprudent de se reposer et surtout de s"endormir sous un Frêne très-chargé de Cantharides.

Bretonneau et Robiquet père ont les premiers isolé le principe vésicant du Cantharis vesicaioria, connu des chimistes sous le nom de cantharidine, substance non azotée, de formule C'^H^O*, blanche, cristallisée en petites lamelles d'aspect micacé, inodores, insoluble dans l'eau, très-soluble dans le chloroforme et l'acétone, peu soluble dans l'alcool froid, plus soluble dansl'alcool bouillant; l'éther même bouillant la disEou t mal, mais elle est soluble dans les corps gras, et, à chaud, dans les acides acétique et sulfurique. Elle donne des vapeurs dès 120" à 125", complètes vers 210", et se condense, après cette sublimation, en petites lames, transparentes comme le verre, sans résidu, si l'on opère sur trèspeu de matière, avec résidu charboneux,si l'on sublime 15 à 20 grammes. Quand on veut démontrer enpeu detcmpsl'existenced'un principe vésicantspécial, on procède comme il suit, et cette petite expérience est générale pour les insectes épispasliques. On fait macérer dans un petit tube la poudre avec del'éther ou mieux du chloroforme, etl'onjetle le tout sur unebouleltedc coton qu'on presse avec une baguette de verre, de manière à filtrer la partie soluble. On fait tomber la liqueur à la surface de l'eau tiède, lëther ou le chloroforme s'évapore ; on enlève avec une barbe de plume mouillée lesgoutteletteshuileusesqui nagentà la surface del'eau, on les porte sur un papier buvard qui absorbe Peau, et il reste des petits cristaux de canlharidine. Une parcelle de cette matière portée sur la muqueuse de la lèvre inférieure détermine ù l'instant même le soulèvement de l'épiderme et une vésicule remplie de sérosité.

Pour l'extraction de la canlharidine on a d'abord employé le procédé de Thierry (1835), qui n'est autre que le dosage qualitatif précédent. On épuise la poudre de Cantharides par la macération dans l'alcool, suivie d'une expression du marc ; puis on distille la teinture ainsi obtenue et on laisse reposer le résidu : la canlharidine se dépose en petits cristaux qu'on puritie à plusieurs reprises par traitement à l'alcool bouillant suivi de refroidissement. L'alcool a l'inconvénient de dissoudre assez mal la canlharidine et de dissoudre avec elle d'autresmalièrcs, tellement qu'un quart de l'extrait est formé par une matière colorante rouge. Un meilleur procédé (W. t^rocter) est d'épuiser la poudre par le chlorotbrme, qui ne dissout pas la matière rouge et dissout mieux la caiitharidine Mais on avait emore l'inconvénient d'obtenir la cantharidinc mêlée de matières grasses et résineuses que dissout avec elle le chloroforme.

Mtl.OÏUtiS. — CAMIIAIUS : CAN IIIAIUULNE. f)'2\

M. Kumouze (I) a modifié la méthode comme il siiil : On a laissé macérer avec le chloroforme la poudre de cantharides ; on sépare par lu presse la teinliirc du marc, on distille au bain-marie,et l'on a ainsi un extrait chloroformiquc. On le mélange avec un volume égal de sulfure de carbone dans lequel les graisses et résines se dissolvent, la cantharidine se précipite: on la lave au sulfure de carbone, puis on la fait cristalliser à plusieurs reprises au chloroforme bouillant. La difficullé de l'extraction de la cantharidine provient de ce qu'elle n'existe chez l'insccfc qu'en petite quantité, car l'extrait chloroformiquc le plus riche en cette substance n'en contient environ que la S()i\antième ou même la quatre-viiigliénie partie de son poids.

I-cs Cantharides perdent une partie de leur principe actif si on les sèche à une température trop élevée; le mieux est de les sécher au four, dans une étuve, et non àl'air libre, car c'est alors surtout que les insectes et Acariens nuisibles viennent y pondre leurs œufs. On sophistique les Cantharides soit avec des Cantharides altérées ne contenant plus de cantharidine, fraude que d 'cèle seulement undosage comparatif, soit avec de Ihuile pour augmenter leur poids, ce qui se reconnaît au toucher gras. Les Cantharides saines sont sèches, non brisées, de vives couleurs et d'odeur vireuse caractéristique.

La cantharidine se trouve exclusivement dans les parties molles et réside surtout dans les abdomens ; il en existe à peine dans les tètes, thorax et cuisses et en raison d'un peu de parties molles que ces organes renfermeui; elle manque dans les paltes, les antennes, les élylres, les téguments durs, parties qui ne f ont pas vésicantes.Cela a été reconnu en expérimentant comparativement sur des régions isolées (Farines, M. Courbon), et cela est vrai pour tous les Coléoptères à propriétés analogues.

Les Cantharides, comme tous les insectes desséchés, sont attaquées par plusieurs insectes destructeurs, les mêmes qui en général dévorent les substances animales dures. Ainsi on a signalé parmi les espèces qui les réduisent en vermoulures et dissocient leurs parties, les Anthrenus varias, Fabr., le même qui fait le désespoir des collectionneurs d'insectes ; Ptinus fur, Linn., Dermestes lardarius, Linn., insectes auxquels M. Fumouze a reconnu qu'il faut joindre les Anobium paniceum, Fabr., Cryploijlutyu.s crllaris, Scopoli, et Allagenus pellio, Linn. M. Fumouze u le premier étudié les Acariens ou Mites des anciens auteurs qu'on rencontre aussi dans les Cantharides sèches; il a notamment signalé cinq espèces dill'érentes, et il doit encore en exister d'autres. Ce sont, dans les Sarcoptides, les Tijrufjhjphus longior, Cerv., et T. siculus, Hobin et Fu • mouzc, espèce nouvelle trouvée dans des Cantharides de Sicile et aussi moins fréquente; les T. ^iro et T. entomophafjus, Acariens de toutes les collections d'insectes ; leiGlijcijphagus cursur, Cerv. ; el G. spinipcs, Hoch.;

(1) D' A. Fup.iouze, De la Cantharide officinale, thèse de pharmacie, école de Paris, 18G7.

622 COLÉOPTÈRliS. — CANTHAIUDIElNS.

el enfin, parmi les Cheylétides, le Cheyletus pruditus, Lntr., Acariendes vieu.v livres cl manuscrits.

Au reste, comme on va le voir, les insectes deslrucleurs n'ont pas grande importance au point de vue industriel. S'il paraît vrai que certains animaux n'ont pas .î souffrir du principe actif des Cantharides, qui seraient dévorées avec avidité par les Hérissons, les insectes ne paraissent pas avoir le même privilège, et respectent dans leurs ravages la cantharidine, substance qui n'existe au reste qu'en faible quantité dans la Cantharide officinale, ainsi que nous l'avons déjà établi, de sorte qu'il reste aux destructeurs une nourriture trop suffisante. Il y a déjà longtemps que Ijmousin-Lamothe annonça à la Société de pharmacie que les vermoulures de Cantharides étaient vésicaiites, et Dubuc, de Rouen, fit la même remarque, pourvu, disait-il^ que les vermoulures aient été gardées en lieu sec. Audouin et C. Duméril sont de la même opinion. Ce dernier dit que l'action des Cantharides se conserve très-longtemps, et qu'il a expérimenté de la poudre de ces insectes gardée en magasin depuis plus de vingt-quatre ans et encore trés-efficnce en emplâtres vésicarits. Il pense dès lors que les larves des insectes destructeurs qui attaquent les Cantharides sèches ne mangent que les parties inertes. M. Fumouze a repris cette queslion d'une manière plus rigoureuse par des dosages chimiques. Il retira des vermoulures assez récentes, de deux ou trois ans au plus, sensiblement autant decantliaridine que du même poids de parties molles séchées et non atteintes par les larves. Il constate en outre un fait curieux et encore en partie inexpliqué, exigeant de nouvelles recherches. Il vit que des Cantharides bien sèches et très-vermoulues, datant de dix à douze ans, faisaient de bons emplâtres vésicants, comme les Cantharides de C. Duméril, et cependant il ne put retirer de canlharidine de leur extrait chloroformique. Il est probable que, par le temps, la cantharidine, tout en conservant son action cpispaslique, se modifie sous le rapport chimique en quelque composé probablement isomère, rebelle aux agents ordinaires.

La cause habituelle de destruction du principe actif des Cantharides dans les pharmacies est l'humidité, dont on doit les garantir avec soin. Le mieux, et ce moyen les préserve aussi des insectes destructeurs des parties molles, est de les placer dans des caisses de bois bien calfeutrées avec des bandes de papier et tenues en lieu scc.Sans ces précautions, elles se couvrent de moisissures et dégagent l'odeur ammoniacale : c'est l'incurie des pharmaciens qui explique pourquoi les emplâtres vési cants faits avec les vieilles Cantharides ont eu général peu d'effet.

Malheureusement l'action de la poudre de Cantharides provoque aussi de très-graves effets toxiques. Prise à l'intérieur, elle amène une constriction de la gorge avec ardeur et sécheresse de la langue et soif très-vive. Puis surviennent des vomissements sanguinolents, des coliques violentes, d'affreuses douleurs à l'épigaslri; et dans hîs liypochondres ; et enfin le malade, atteint quelquefois même d'une sorte d'hyJropliobie par suite

AiÉi,oïi)i:s. — (;\NTiiAiii.: i:FFi:.r T()\inLi:,.i;\i'i:KriSL:. — lytta. (r)Tô

de la difficullô extrême àavaler, succombe au milieu de convulsions, de délire el de grandes soufTrances. lin outre l'ingcstiDU de celte poudre détermine des émissions d'urines sanglantes et une grande irritation des organes génitaux, avec priapisrae opiniâtre, et souvent délire vénérien insatiable. xVussi celte poudre est fréquemment entrée dans des préparations, comme pastilles, opiut, etc., destinées à assouvir la lubricité, et parfois à procurer des surprises criminelles. De là le plus généralement les empoisonnements par cette substance sont accidentels, et résultent de son emploi imprudent à titre d'aphrodisiaque. A l'autopsie, on trouve la muqueuse digeslive d'un rouge noirâtre et ecchymosée ; on décèle la poudre dans les matières vomies, ou sur la muqueuse stomacale et intestinale, par un examen à la loupe qui montre les parcelles brillantes dont elle est parsemée. [,es extraits de teinture de Cantharides déterminent les mêmes accidents que la poudre; il me paraît bien difficile, en l'absence de réactifs spéciaux et vu l'altération très-probable de la can- Iharidine absorbée, de constater l'emploi d'une teinture qui n'offre pas les points brillants. La poudre de Cantharides ajjpliquée à l'extérieur peut amener l'empoisonnement avec les mêmes phénomènes nerveux, .et la même inllammalion de la muqueuse vésicale el des organes génito-urinaires, ce qu'on observe parfois lors des larges vésicatoires appliqués aux régions inCéricures ; seulement le canal digestif est alors rarement altéré. Pline rapporte que le chevalier romain Cossinus fut tué par l'absorption interne de Cantharides ou de Mylabres d'après les ordonnances d'un médecin que .Néron, dont il se croyait l'ami, lui avait envoyé pour le traiter.

On ne trouve en France, du genre Cantliaris proprement dit, que l'espèce commune, autour de laquelle se groupent diverses espèces d'un vert doré ou d'un beau bleu, d'Algérie, deSardaigne,de Sicile, de Grèce. Nous représentons le C. sulcifrons,Chii\c., du Brésil, noir, avec élytres jaunes à trois lignes noires (pi. xi.vii, fig. 9; 9 a, sa tête vue de face).

Les genres Vantharis et Lijlta comptent environ deux cents trente espèces des deux mondes, surtout des régions chaudes, non signalées à Madagascar, en Australie, en Polynésie.

■.YTT.l, Fabr., ou EpicaL'TA, Dej. — Antennes filiformes, amincies vers l'extrémilé, jiarfois épaissies au milieu. Corps allongé, parallèle, convexe.

Ce genre, restriction de l'ancien genre LijUa de i'^ahricius, bien que très-voisin des Cantharis, s'en distingue, dit M. L. Fairmaire, par la forme des mâchoires, les antennes, et surtout par un aspect un peu dilférent. Les Cantharis sont métalliques, brillants ; les Lytta sont des insectes couverts d'une Une pubesceuce qui les rend mats ; le corselet est moins court et les élytres un peu élargies en -irrière, surtout chez les femelles. L'Lurope n'a que pe i d'espèces do ce geiu'e, confinées surtout

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