‹ Traité élémentaire d'entomologie comprenant l'histoire des espèces utiles et de leurs produits des espèces nuisibles et des moyens de les détruire, l'étude des métamorphoses et des moeurs, les procédés de chasse et de conservationChapitre 60 sur 67 · LAMIIDES · texte numérisé non relu

LAMIIDES

Tête en gc-néral perpendiculaire au corps en avant, son front formant un angle droit on aigu avec le vertex ; (Ici'nicr article des palpes fiisi-

(1) Ch. l'.obin. Histoire nalurelle des végclauj; parasiles, etc. Paris, 1853, .1. It. BailHèrc et fils, p. G22, GAO, C8/i. — Maurice Girard, An». Soc. enlom. de France, lB(3/i, p. 103 -, Dull., ISOG, p. 37; Bull. I.SOO, p. 31.

LAMIIDES. — T.MKSISTEniNUS. 739

forme ou aciculo; jambes antérieures munies d'un sillon oblique interne.

Ceite troisième famille des Longicornes est de l'étude la plus compli- ([uée, car elle renferme à elle seule plus d'espèces que les deux familles qui la précèdent, et les auteurs y ont multiplié les genres, surtout depuis les travaux de MM. Pascoeet^y. Bâtes sur les Longicornes de la Malaisie et de la vallée de l'Amazone, ces d(uix régions tropicales si riches en forets et, par suite, en insectes lignivores. Les mâchoires on-t deux lobes, mais l'extrême variation des ])ièces buccales les rend peu utiles pour la classification. Les antennes sont toujours insérées loin des mandibules dans une échancrurc de l'œil, et u'ofl'rent jamais de pores. Le pronoium, sauf dans le type Tmesistenius, manque d'arêtes latérales et se confond avec les flancs du prothorax. Le mésonolum est muni de l'appareil de stridulation déjà indiqué. Cette famille, enfin, offre les seuls Longicornes ayant des crochets tarsaux bifides, dentés ou appendiculés.

La plupart des genres de ce groupe ont une forme renflée ou trapue. Ces insectes constituent la première légion des Cérambyciens de M.M. Le Conte et .J. Thomson, groupée autour du vieux genre Lamia. A l'état adulte, beaucoup de leurs espèces se ti(;nnent immobiles sur les écorces, qu'elles imitent, comme moyen de protection naturelle^ par leurs couleurs et leurs rugosités, f.es larves connues des Lamiides ont un degré de dégradation encore plus prononcé que celui offert par les deux premières familles des Longicornes ; on n'y trouve plus vestige de ces pattes thoraciques très-réduitcs, impropres à la locomotion, insérées près des bords latéraux des segments, pouvant parfois aider la larve <à se cramponner dans les galeries ; en outre, la tête est petite et plus ou moins invaginée dans le prolhorax. Quelques-unes vivent et subissent leurs métamorphoses dans des herbes ; mais le plus souvent la vie évolutive se passe au sein des végétaux ligneux.

M. .1. Thomson et Lacordaire sont à peu près d'accord au sujet des groupes secondaires de celte vaste; famille. On peul les rapporter aux types suivants: 1" Tnicsislcfims^ pronoluni muni d'arêtes latérales; tête anormale, rapjtelant celle des Cérambycides ; les autres types sans arêtes latérales au corselet, à tête presque toujours normale, les uns à crochets des tarses simples se divisant en deux types. '2" Durcadion, à corps presque toujours aptère, à métasternmn toujours trèscourt. 3" Lamia, à corps presque toujours ailé, à métasteriumi rarement court. Lutin, dans h\ (hu'iher type, k" l'hylœcia, les crochets des tarses sont l'eiulus, dentés ou appendiculés.

GENRES PRINCIPAUX

T.WKmSTKKl^rs, Latr. — Tète plus étroite que le corselet, peu ri'lrécic en arrière; anlcniies grètes et sétacées, à peu près aussi longues que le cor[is ehez les mâles, moindres chez les femelles. (Corselet ayant de chaque côte un faible

7Z|0 COLÉOPTËRES. — CÉIîAMIîYClENS.

tubercule antérieur, vestige d'arête. Élvlres assez allongées, atténuées en arrière, débordant un peu le protliorax. Pattes courtes, à cuisses renflées. Corps allongé^ plus ou moins pubescent.

Ce genre comprend de nombreuses espèces localisées, ainsi que celles des genres annexes, dans l'archipel des Mohiques (Céram , Amboine, Timor, etc.), dans la Mélanésie, surtout la Nouvelle-Guinée, dans la Polynésie occidentale, ainsi la Nouvelle-Calédonie. Ces insectes sont rares en collection et rechercbés des amateurs. — Ex: T. trivittolus ou bizonulatus, G.-Mén., ou bicinctus^ Boisd. ipl. lvi, fig. 7, mâle), de la Nouvelle-Guinée.

At'ROCIXl'l*», Illig. ~ Front plat ; antennes à premier article médiocre et plus court que le troisième. Yeux à gros granules. Corselet épineux latéralement; épaules des élylres très-épineuses. Pattes antérieures extrêmement longues; cuisses étroites. Corps déprimé, allongé, large.

Le type et espèce unique de ce genre américain est un Longicorne de très-grande taille, dont les pattes de devant atteignent une longueur démesurée, surtout chez les mâles. C'est l'A. longimamis, Linn., qui se trouve en médiocre abondance à la Guyane et dans toutes les régions chaudes de l'Amérique du Sud, se tenant sur le Ironc des arbres, d'une marche lente et d'un vol lourd. 11 atteint environ un décimètre de long. C'est un des insectes que les marchaiuls vendent fréquemment aux amateurs, sous le nom de grand Arlequin de Cayenne, h cause de ses belles taches noires et rouges sur un Ibnd gris verdâtre.

MAtROPOPIlOIlA, Tiiomson, au lieu de M.vciioi'us, Aud.-Scrv., nom di'jà employé.— Caractères du genre précédent; seulement pattes antérieures beaucoup moins longues (très-longues cependant), et corselet et épaules des élytres seulement obtusément épineux.

Genre également américain, ayant pour type le AJ. trochlearis, Linn., de la Guyane et de la vallée de l'Amazone (pi. r.vi, fig. 1). Une seconde espèce du Brésil et du Venezuela.

ASTYMOMl-'S, Uedt., ou Acanthocinus, Steph., ou ^.dilis, And.-Serv.— Corps peu convexe. Antennes extrêmement longues, ayant environ la longueur du corps chez les femelles, et de trois h cinq fois cette longueur chez les mâles. Corselet tuberculeux en dessus, obtusément épineux latéralement. Oviducte tressaillant chez les femelles.

Les insecles de ce genre ont les anleiuies el les pâlies aniielées de noir et de cendré, le corps nébubuix ou grisâtre, avec des séries de bandes plus obscures, teintes qui les rcMident difficiles à distinguer des écorces des Conifères sur lesquels ils se fieniuMit. Ce sont les Longi-

LAMllDES. — ASTYNOMUS. 7^1

cornes les plus extraordinaires par la longueur démesurée de leurs antennes ; il est certain que les màlcs seraient gênés dans leur locomotion par ces appendices, aussi restent-ils sédentaires tout le jour sur les troncs. L'espèce principale est VA. œdilis, Linn., ou inontamis, Muls. Elle est couverte d'un duvet gris ceiulré, avec quatre points jaunâtres sur le corselet, les élytres marquées de lignes onduleuses, avec deux bandes obliques brunâtres. On prend les adultes en automne et au printemps sur l'écorce des Pins, surtout morts ou renversés. L'espèce est de toute l'Europe, surtout du nord, où elle est très-commune et nuisible aux Pins, dont sa larve perfore l'intérieur. Nous recommandons aux jeunes amateurs parisiens la foret de Fontainebleau, dans les parties plantées en Pins, pour capturer ce curieux insecte. Il faut prendre les plus grandes précautions d'isolement pour éviter que ces Longicornes ne se coupent les antennes les uns aux autres, s'ils sont vivants, et pour ne pas briser soi-même leurs fragiles articles.

La larve de l'A. œdilis est entièrement apode et aveugle , à tête roussàtre, à corps d'un blanc jaunâtre revêtu de poils très-fins un peu roussâtres. La nymphe est couverte de poils roussâtres et de groupes d'épines rousses. Il est curieux de voir comment sont chez elle disposées les antennes. Cette espèce oH're vraiment l'exagération du type Longicorne, puisque les antennes sont près de trois fois aussi longues que le corps dans les femelles, et jusqu'à cinq fois aussi longues chez le mâle. La nymphe du mâle offre ces antennes en peloton avec une admirable symétrie. Elles passent d'abord sous le corps, entre les pattes intermédiaires et postérieures ; puis, arrivées vis-à-vis du dernier segment, se contournent, décrivent trois quarts de circonférence, remontent sous le corps, passent au-dessus de la tête pour occuper toute la région dorsale, et se courbent pour se croiser près du dernier segment.

La femelle, au moyen de son oviscapte saillant et conic^ue , pond ses œufs dans les souches et les tiges des Pins de trente ans et au delà récemment morts. Cette ponte a li(Mi en août et septembre, aussitôt après l'éclosion des adultes, et lorsque l'iiivcr arrive, les larves ont ordinairement atteint près de la moitié tle leur grosseur. La durée de la vie de cette espèce est d'un an. Les larves rongent sur de larges surfaces les parties intérieures de l'écorce, en laissant derrière elles des détritus et des evcréments. Un instinct parfait les guide dans leur travail, telles creusent soit l'écorce, soit l'aubier, de telle sorte ([ue l'insecte parfait n'ait pas inu! trop grande épaisseur ligneuse à perforer de ses mandibules pour sortir, et que cependant la larve conserve une protection suffisante. Elle subit la nymphose dans une cellule qu'elle s'est creusée et dans laquelle elle se retourne de fac^on que la nymphe ait la tête en haut.

11 y a quehjues autres espèces d'Euro[)e et d'Amérique du Nord,

7/42 COLÉOPTÈRES. ■— CÊRAMBYCIENS.

DOisCADlo:^', Dalman. — Antennes plus courtes que le corps, surtout chez les femelles, à premier article très-gros, les autres allant en diminuant de grosseur. Corselet convexe, plus ou moins dilaté et tubercule latéralement. Élytres subovales, parfois soudées, à épaules effacées ; pas d'ailes. Pattes robustes. Corps convexe.

Ces insectes aptères, de taille moyenne, courent sur le sol dans les lieux secs, leurs larves vivant sans doute dans les racines et les souches. Ils représentent, dans le type des Cérambycicns , les Curculioniens privés d'ailes. Leur corps, le plus souvent couvert d'un duvet velouté, est généralement brun et paré de longues lignes blanches, comme un habit de deuil chamarré de galons d'argent. Parfois les femelles sont fort difl'érentes des mâles et semblent former des espèces distinctes. Nou^ trouvons assez fréquemment dans les environs de Paris le D. fuliginator, Linn., de France et d'Allemagne , le Capricurne ovale cendré de Geoffroy, atteignant une taille de 15 millimètres, à corselet portant latéralement une pointe obtuse, noir, avec élytres revêtues d'un duvet cendré blanchâtre, ayant à la suture une ligne blanche, et ornées chacune de deux lignes blanches. On prend cette espèce en abondance dans la seconde quinzaine d'avril, du côté sud de Paris, sous les pierres dans les fortifications, le long des murs, ainsi à la porte de Gentilly et en bien des points des environs, mais toujours par places en grande quantité. Elle paraît rare en Bourgogne et manquer au nord de la France. La larve doit vivre dans les racines des Légumineuses basses. Trèfles, Luzernes, Sainfoins, etc., peut-être dans celles des gazons, et il importe de la rechercher, car elle paraît encore inconnue dans ces localités où abonde l'adulte. Les sujets varient beaucoup : tantôt les lignes blanches sont à peine visibles sur un fond gris blanchâtre; tantôt ce fond passe au café au lait clair, puis foncé, au brun, puis au noir mat, car fond et lignes sont- d'une fine pubescence couchée ; les lignes blanches vont jusqu'au bout des élytres, ou s'arrêtent en route avec tous les passages. Les sujets tigrés s'accouplent ou entre eux ou avec des sujets unicolores. Cela ne prouve rien, du reste, car on sait que des espèces bien distinctes peuvent donner des métis féconds, mais sans parvenir à fixer une forme spécifique intermédiaire, avec retour à l'une des espèces de départ après quelques générations, comme on l'a vu pour les métis des Bombyces de l'Ailante et du Ricin; pour les Léporides, métis du Lièvre et du Lapin, espèces si fortement distinctes. On a fait des espèces avec des variétés du D. fuliginaior, comme mendax, Muls., monticola, méridionale, etc. Selon M. Chevrolat, le D. viendax serait des lieux élevés, et le D. fuliginator des lieux bas. Les accouplements entre espèces distinctes de Dorcadion ont été constatés: ainsi M. P. de la Brûlerie, dans les montagnes de l'iîscurial, a vu de fréquents accouplements entre les D. hispanicum, Muls., et Graelhi^ Chevr. ; d'où résultent des hybrides souvent mal conformés.

LAMIIDLS. — PAIÎMLNA, MrSOSA. " 7Z|3

I.es Dorcndion oll'i'cni un nombre cousidéruljlc (rcspèccs, avoc (hîs doubles emplois nombreux probablement, répandues de laMoiiiiolie aux plateaux du continent indien, et descendant d(! l'iùn'ope tempérée au nord de l'Afrique. Les reliions moyennes et méridionales de l'Espagne paraissent un habitat de prédilection pour des espèces variées de Doiradion, qui y abondent en outre en individus. Quand on saisit les Dorcadion. ils font entendre mi bruit assez fort, comme une jilainle, par le frottement du corselet contre l'écusson.

l'-iftWIO^A, Latr. — Caractères analogues au genre précédent. Corps oblong, très-convexe, velu; épines latérales du corselet réduites à un tubercule peu saillant. Éljtres soudées ; pas d'ailes.

Ces insectes, de faible taille, ressemblent à de petits Dorcadion poilus. Ils sont propres aux contrées méridionales de l'Europe, nocturnes, privés d'ailes, de couleurs ternes, bruns, avec des fascies moins ou plus foncées. On les trouve sous les pierres, sous les écorces, dans l'intérieur des Euphorbes et des Lierres, cachés parmi les bois entassés, ou fixés immobiles contre les branches des arbres. Nous citerons une espèce du midi de la France et de l'Algérie, le P. Solieri, Muls., ou pitos(t,Sol., dont la larve vit dans les tiges de VEuphorbia Characias {Ann. Soc. entom. Fr., 1835, p. 123, pi. ni). D'après Lacordaire, c'est la seule larve encore décrite du type général Dorcadion. L'adulte, de 8 à 10 millimètres, est d'un brun assez foncé, avec poils gris soyeux, les antennes ciliées, les élytres ayant parfois une bande médiane noirâtre. On trouve en Bourgogne, mais rarement, le P. fasciata, Villcrs, sur les arbres garnis de lierre, où probablement vil la larve.

MBSOSA, Aud.-Serv. — Této large et aplatie ; antennes du mâle beaucoup plus longues que le corps, aussi longues chez les femelles. Corselet non épineux latéralement; élytres convexes, larges, subparallèles, arrondies à l'angle externe. Pattes robustes, assez courtes.

Ce gem-e a i)nur ty[)e un très-])eau Longicorne, de Suède, de France, d'Allemagiu' et d'Algérie, assez rare; aux environs de Paris, toujours estimé des amateurs, le M. cnrculionoides, Linn., de i'2 millimètres. On l'appelle! vulgairement Saperde yeux de paon. 11 faut le chercher, de mai en août, dans les bois, parcs et grands jardins, non sur les fleurs, (ju'il \\(\ fré({uenle pas, mais sur les arbres morts, parinis sur les murs. On le li'oinc souvent en cassant les branches mortes. La lar\i' \il dans le Clièiie, le l'euplier, le Noyer, le Cerisier, le Tilleul, etc. L'adulle a le cor])s large, court et convexe, re\ètu en dessus d'un duvet gris de plomb, parsemé de petites ondulations jaunes, orné sur le corselei de ([ualre. ei, sur cliatine élytre, de deux taches ocellées noires, enloiil'ées d'un iris jaune, la [)lus petite étant la plus rapprochée de la base : ces beaux dessins rappellent certains Charansons ricbeinenl colorés.

7/l'l COI.EOPTÈlîl-S. — (;i.RA.MIiV(;il:.\S.'

Les amateurs peuvent trouver cette belle espèce dans les bois de Saint- Germain et de Fontainebleau, et dans les chantiers. Citons encore M. nubila, Oliv., de même taille, de France, d'Allemagne, d'Algérie, sans taches noires sur les élytres, avec une grande tache grisâtre et des fascies grises, jaunâtres et noirâtres. Les Mesosa sont d'Europe, de Chine, des Indes, de Ceylan.

l.^Mi.%, Fabr.? auct. — Antennes plus courtes que le corps, même chez les mâles, à premier article renflé, puis les autres s'atténuant -, front large. Corselet épineux latéralement : élylres planes, à épaules très-saillantes et tutierculeuses, déhiscentes en arrière. Pattes courtes, robustes, égales ; tarses robustes.

Nous prenons comme type de ce genre, comme le font les auteurs les plus nombreux, le L. textor, Lïnn., de toute l'Europe et du (Caucase, de 17 à 25 millimc'tres, brun, ou d'un noir grisâtre, en raison d'un coui-t duvet, avec des marbrures irrégulières jaunâtres, à corselet pointu etélytres très-chagrinées par des points en relief, surtout à leur base. Ce Capricorne noir chagriné de Geoffroy est nuisible par les trous énormes que ses larves creusent dans l'aubier et le cceur des Saules et des Osiers sur pied. D'après M. J. Thomson, qui prend celte espèce pour type de son genre Morimidus , le véritable genre Lamia de Fabricius est fondé sur unLongicorne du Sénégal, L. gigas, Fabr., à antennes des mâles ayant plus de deux fois la longueur du corps.

l'HRVn'ETi^, de Cast. — Front concave entre les yeux, ceux-ci grands, à gros granules; antennes courtes, beaucoup moins longues que le corps. Corselet tuberculeux sur le dos, épineux latéralement. Corps large.

Ce genre, de la faune africaine et de Madagascar, est représenté (pi. Lvi, tig. 2; 2a, tête de profil; 2 6, id. de face) par une belle et grande espèce du Sénégal, noire, avec deux larges bandes dorées sur les élytres, le P. aurocincta, Gory, ou flacocimUi (Cat. Dejeaii).

UATOCl'^R.t, de Cast. — Antennes du mâle plus longues que le corps, plus courtes chez la femelle, à articles granuleux ou épineux, le troisième plus long qu'aucun des autres. Yeux grands. Corselet et épaules des élylres épineux, t'attes antérieures des mâles allongées.

Ce genre, de la faune indienne, comprend des Coléoptères de grande taille, les plus grands des Lamiides, dont h; type est le B. rubus, Linn., à corjis atléiiué chez le mâle, cylindrique < lu'z la l'cmcllc, allcignant une; longueur de 50 millimètres, (^e Colén|)lère, d'un brini noirâtre, . est e\li'êmement commun aux Indes orientales, cl se Inune aussi, par importation, à l'Ile de France ei dans rA['ri([ue oiicuialc. (lu se le procure avec facilité pouj' les collections, el,de même, sa iiyni|tli(', rappeliiul lout à l'ail les fornu'S de l'iululle, cl sa i^i'osse lai'xe charnue, apode.

r.AMIIDES. — BAlOCliRA, ONCIDI'RES. 765

(|iii cùl fait les drlicrs des lloiaaiiis s'ils a\;ui'ii( jm la (■(luiiailrc. Elle est luiii^ue (le. 70 inillinuMres, et u |)our largeur un prolliorax 20 millimètres, dimensions qui montrent les dégâts ([uc ses galeries ereusent dans les pièces de bois. A (ieylan , les immenses |dantali()iis de (iocotiers, ([ui sont une des [nineipales richesses de cette ile. out celle larve pour ennemi principal ; elle pénètre dans les stipes encore tendres des jeunes arbres, les perfore dans toutes les direclions, et amène prom|itement leur mort.

Le genre Balocera est pro[iri' au\ r(''gions chaudes de Tancien monde. On le rencontre en Australie, an (iabon et même au nord de la (diine, (]ui réunit des fainu's de climats très-éloignés; mais le centre de création des l5atocères est éniinennnent indo-sondaïque. comprenant les deav ])éninsules indiqut's, l;i Malaisie, les Muliuiues, la Mélanésie et ses archipels, File W'oudlurk, etc. (/espèce de la plus grande taille, atteignant 8 centimètres, le />'. WallaceL Thoms., (-st de l'île d'Arou. La livrée des Batocères n'est pas ce (|u'on pourrai! altendi'e de ces régions où les ardents rayons du soleil di'-veloppent si frèquemuKMit les riches couleurs : ce sont des fonds brunâtres, gris ou verdàtres, uniformes, ou avec des taches Ijlanches ou faines.

01>'<'Bi>l'^Kl^M, Aud.-Serv. — Yeux longitudinaux, séparés chacun du boni interne du (Vont par une carène longitudinale. Antennes des mâles très-longues. Corselot presque inernie sur les bords ; épaules des élytres assez saillantes. Tarses robustes, à dernier article le plus long.

Nous citons ce genre, propre au.v régions chaudes de l'Amérique du Sud , à cause des particularités de mœurs intéressantes qu'il nous offre. On doil sigualei' les 0. saga, Daim., onvomicosa, Germ., et 0. ampiitiitor, l^ibr.. (\u iii'ésil. Les larves vivent dans l'intérieur des branches d'arbres ;ippa:teuaiil au\ .Mimosas, et s'y transforment en nymphes dans un cocon f(jrmé de parcelles de bois détachées. Les adultes, par l'e même instinct (|ne nous avons vu chez divers Curculioniens des vergers, afni de donner plus de facilité au travail interne de leurs larves en arrêtant laftlux de sève, entaillent les branches par une incision circulaire à leur base, de sorte ([ue, lors(jue le \enl souille a\ec force, on voit de tous côtés tomber des branches brisées. Dans un genre voisin, mais différent par h^s antennes, nous citerons \c. Periergalcs liodrigiiczi, Lacord. (c(dl. Caiulèze), de 12 à 15 millimètres, très-commun au Gvuitemala. où il fait parfois des dommages sérieu\ dans les i)lantations de ('atiers, en coupant les jeunes branches de ces arbrisseaux.

Le genre Oncideres (A ses aimexes sont américains et comptent parmi les plus nombreux Lamiides de ces régions. Le genre Oncidercs a des espèces abondantes dans les deuv Amériques chaudes, surtout celle du Sud. Klles offrent, sur un fond de nnanc(! variable, des gouttelettes ou des marbrures continentes de couleur fauve (ui blanche.

7/|6 C.OLtOPTi'ULS. — CÉUA.MBYCIENS.

<^ap1<:bi».%, Fabr. — Antennes au plus un peu plus longues que le corps, à Iroisiôme article plus long que le suivant. Corselet latéralement inerme. Élytres planes ou peu convexes, à épaules saillantes, atténuées en arrière ou parallèles. Corps allongé, pubescent.

Le corselet, sans épine ni tubercule latéral, distingue tout de suite ce genre des Lamia. « Les Saperdes, dit M. Mulsant, otïreut, les unes, comme une cuirasse, la peau chagrinée des Squales ; d'autres étalent sur leur dos la richesse soyeuse du satin. Celles-là brillent des nuances les plus tendres du vert d'eau et du vert azuré ; celles-ci ont l'air d'êlre vêtues d'un habit chamarré de galons. Elles restent sur les arbres, à la ruine desquels plusieurs semblent attachées. » En effet, plusieurs espèces sont très-nuisibles. Ainsi la larve du 5. Carcharias, Linn., genre Anœrea, Muls., commet dans les Peupliers et dans les Trembles les mêmes dégâts que le L. texfor dans les Saules, et dévaste souvent les jeunes plantations. L'adulte, d'assez forte taille, 22 à 25 millimètres, a le dessus du corps recouvert d'un duvet cendré jaunâtre, les antennes cendrées, avec l'extrémité des articles noire, les élytres subdéprimées, très -larges aux épaules, chagrinées ou parsemées de gros points noirâtres élevés , d'où le nom de Lepture chcKjrinée de Geoffroy. Les femelles pondent, en juin et juillet, dans les gerçures des écorces des Peupliers et des Trembles qui ne sont pas âgés de plus de vingt ans, et aussi dans les semis des cinquième et sixième années. Les larves pénètrent jusqu'au cœur du bois et broient les fibres. Elles vivent deux ans, et atteignent 32 millimètres de long sur 8 de large ; sont d'un blanc jaunâtre, déprimées, épaisses, atténuées en arrière, munies de mamelons sur le dos et de poils sur les côtés, tout à fait apodes. Elles deviennent nymphes, lisses et sans épines terminales, dans une cellule tampoimée avec des libres de bois aux deux bouts. On reconnaît les arbres attaqués aux débris ou petits copeaux encore luimides qui se trouvent à l'entrée du trou d'entrée de la galerie. On peut confondre avec les dégâts des Sésies (Lépidoptères) ; mais le remède est le même. 11 faut couper et emporter les tiges attaquées, et, pour les troncs, les enduire jusqu'à 2 mètres environ au-dessus du sol d'une couche de terre glaise pétrie avec de la bouse de vache, ce qui empêche les pontes.

Une seconde espèce, de plus petite taille, dont la larve cvercc ses rfivages dans les Trembles, les Peupliers, les Saules, est le 8. pupnlnea, Linn., de 10 à 12 millimètres, de toute l'Europe et d'Algérie, à corps cylindroïde, à élytres arrondies à l'extrémité et convexes, (^est la Lepture à corselet rond et taches jaunes de Geotl'roy. Les antennes sont annelées ; le fond de la couleur est d'un gris noir, avec duvet ceiulré jaunâtre ; le cors(!let od're deux lignes de duM'l jaune fuuve, et les élytres ont quatre! nu ciiKi gros jjoints lUi peu en zigzag, dus .i un duvet roux,

LÂ!\II1UES. — SAPERDA, TETKOPS. 1kl

Cette Saperde du Peuplier paraît à la fin de mai et eu juiu, et opère sa ponte, non sur les tiges, mais sur les branches des jeunes Peupliers et Trembles, surtout quand ils croissent dans les terrains maigres et qu'ils ont peu de vigueur. Les larves creusent des galeries en pratiquant de place en place des chambres rondes où elles séjournent avec prédilection ; ces chambres ont pour paroi une mince couche d'aubier voisine de l'écorce. dette couche grossit peu à p(Hi, et, refoulée par la cavité de la larve , furme un renfl(!menl , de sorte que les branches, devenues noueuses, changent de direction, souffrent et souvent périssent. La larve emploie deux ans à prendre toute sa croissance, et devient nymphe au mois d'avril du second printemps. Un Ichneumonien et \\n Diptère (t^ntomobie, Tachinaire) sont les principaux ennemis qui nous servent d'auxiliaires contre cette nuisible espèce.

LeS. scalaris, Linn., de toute l'Europe, de 15 millimètres, à élytres tronquées et déprimées, est noir, avec les antennes annelées de noir et de jaunâtre, le corselet et les élytres avec taches jaunes ou verdùtres, parfois confiuentes, le fond noir paraissant entre les taches comme des échelons. On le trouve sur les Bouleaux, les Sycomores, les Cerisiers, surtout dans les parties froides et tempérées de la France. C'est aussi un insecte nuisible aux vieux Poiriers, et les larves, de couleur vineuse, avec deux taches jauiuis au premier anneau, creusent leurs galeries dans les couches intérieures de l'écorce; pour la nymphose, elles se façonnent une loge dans l'aubier. Elles paraissent vivre trois ans, et les adultes éclosent en juillet. Selon M. Goureau, on doit écorcer dans les vergers tous les vieux Poiriers abattus, afin de détruire les larves qui s'y réfugient. Citons encore deux Saperdes couvertes d'un duvet vert tendre, et ornées de points noirs, S. Treinulœ, Fabr., et S. punctata, Linn.; celle-ci de 12 à 15 millimètres, avec six points noirs sur le corselet, si\ lâches sur chaqiu^ élytre el une rangée de points noirs sur chaque cùté de l'abdomen. Elles vivent sur les Trembles et les Ormes.

Le genre Saperda réduit est médiocrement nombreux en espèces, confinées dans les régions froides et tempérées de l'hémisphère boréal des deux continents.

Dans un genre assez vdisin, présentani les yeu\ divisés eu deux, nous devons signaler le Telrops, Stepli., prœnstus, LiiuK, de toute l'Europe (g. Polyopsia, Muls.), à bouts des pattes d'un jauiu^ livide, ainsi que les élytres ; celles-ci noires à leur extrémité, de même que le reste du corps. Les crochets des tarses sont lobés à la base (passage aux Phylœcies). La larve vit dans le Chêne, le Charme, le Poirier, l'Orme, et l'on trouve l'adulte sur l(!S mêmes arbres. C'est la Leptiirp noire à étuis jaunes , de Geoffroy, de /i à 5 millimètres de long.

Ces insectes, rangés par Lacordaire dans les Phyiœcies, sont les plus petits de ce groupe, ne dépassant |)as 5 millimètres. Les Telrops sont noirs, avec les élytres très-poncluées, souvent testacées ou fauves,

IkS COLÉOPTÈRES. — GÉUAMBYCIENS.

ainsi que la fèlo. le corselet (!t les pattes. Ils sont d'Europe et de l'Améi'iiiue du Nord, jus(}u'au Mexique.

/*«;,%I».4STIIB*, Aud.-Serv.— Antennes de douze articles et plus loii;;ues que le corps chez les mâles, presque aussi longues chez les femelles. Élytres létrécies à l'extrénuté, un peu convexes, déclives latéralement par degrés. Pattes allongées, surtout les postérieures, à crochets des tarses divergents.

(les insectes ont une forme élégante par leur corps allongé et hérissé de poils fins, leurs longues antennes souvent divisées en anneaux alternativement clairs et foncés, leur corps orné d'un duvet velouté, parfois varié de bandes. Les larves vivent pour la plupart dans l'intérieur des tiges ou des bulbes de Carduacées et de Liliacées, et les adultes volent sur les fleurs. Nous citerons une espèce des Chardons, A. suturalis, Fabr., de 12 millimètres environ, hérissée de poils noirs, de teinte bronzée, obscure, finement ponctuée', avec une raie médiane d'un blanc jaunâtre sur la tète et le corselet, et une ligne de cette couleur à la suture de chaque élytre. Ces Coléoptères, peu répandus dans le Nord, comptent une quinzaine d'espèces, d'Europe, d'Afrique boréale et d'une grande partie de l'Asie. Leur couleur générale varie du bronzé plus ou moins obscur au bleu, souvent uniforme, parfois relevée par une bande suturale ou des mouchetures sur les élytres.

CAl.AfllOUlll!!$j G.-Mén. — Antennes de douze articles, plus longues que le corps dans les deux sexes. Pattes peu robustes, très-courtes, surtout les poslérieures. Corps très-allongé, svelle, finement pubescent.

Ce genre est fondé sur une espèce unique, longtemps comprise dans les Agapanthia, très-nuisible dans le midi de la France, et qui doit à ce titre appeler toute notre attention. C'est le f. (jracilis, Creuizer, ou marginellus, Fabr., qu'on rencontre dans le midi de l'Allemagne, en Espagne, en Italie, en Turquie, en Algérie et aussi en France, surtout dans sa région méridionale , remontant en certains endroits au centre et môme un peu dans le nord. L'adulte, de 6 à 10 millimètres, est noir, revêtu d'un duvet cendré jaunâtre, a une tète proéminente, un corselet subcylindrique, des élytres linéaires, avec une bande jaunâtre à la suture, ,des antennes unieolores, très-grèles et très-longues. Cet insecte, objet des études de M. Guérin-Méneville, vit aux dépens de nos céréales les plus précieuses. 11 éclôt lors de la floraison des froments -, la femelle perce un petit trou -dans le chaume, près de l'épi, et y dépose un œuf. La larve ronge circulairement la tige creuse, en ne laissant intact que l'épiderme, de sorte que l'épi tombe bientôt au premier souffle du vent, il reste uiu! lige resseml)lant à un aiguillon, ce qui fait donner le nom d'Ainuillonnier a cette funesle larve. Celle-ci,

r.AMIinES. — CALAMOniUS, PIIYTOECIA. 7/j9

l'i'pi tombé, descend dans le ehaumo, à 5 ou 0 cciitini(''tros du sol. passe riiiver; devient nymphe au pvinlcmps suivant, et bientôt adulte. Ce petit I^ongieorue a quelquefois l'ait perdre le sixième et même le quart de la récolle. Heureusement ici que lesmauirs de l'espèce ont appris le remède au mal. En arracbani les chaume.-^, après l'enlèvement iU'< gerbes, cl en les brûlant, on garantit la récolte suivante, si elle est encore en céréales; ou bien on alterne la culture, et l'insecte meurt de faim. On peut encore couper le blé très-près de terre, et emporter ainsi les larves à la grange, où elles périssent par la dessiccation, ou sont écrasées lors du battage. C'est là un nouvel exemple à citer, entre tant d'autres, de l'intérêt offert par l'étude théorique de ces chétifs animaux (jui nous ruinent en détail. Combien sont insensés ceux, trop nombreux, (jui croient faire preuve d'esprit en tournant en dérision ces minutieuses investigations des entomologistes, l/utilité de ces recherches patientes échappe à la foule frivole qui s'intitule le monde. Hélas! ses arrêts, dictés par la suprême ignorance, ne sont que trop écoutés des puissants!

PIlVTŒC'lt, Mulsant. — Antennes de onze articles, le troisième plus long que le suivant, robustes à la base, souvent atténuées à l'extrémité^ plus longues que le corps ou égales chez les mâles, plus courtes chez les femelles. Corselet cylindrique ; élytres sans carènes latérales, en général un peu rétrécies d'avant en arrière, surtout chez les mâles. Crochets des tarses bifides.

C'est àM. Mulsant ([u'du doit la coiuiaissance du principal caractère de ce genre et de quelques autres, d'avoir les crochets des tarses divisés en deux au moins, munis à la base d'une large dent obtuse : c'est exceptionnel chez les Cérambyciens. A l'élat de larve, les fMiytœcies vivent dans les tiges d'arbres, d'arbrisseaux (ui de piaules herbacées. Les adultes se trouvent sur les mêm(!s végétaux. Presque tous ont les élytres variant du gris verdàtre au noir ardoisé, parfois avec 1(î corselet et les pattes rouges ou jaunes. Elles sont surtout des parties méridionales de l'Europe. Un trouve près de l'aris le /*. cylindricd, Eiini., ou cinerea, de Geer, espèce à la fois des régions froides et chaudes de l'Europe, d'Algérie, du Caucase, noire, avec un court duvet ardoisé, la Lepture ardoisée de Geoffroy. Nous représentons les détails d'une autre espèce du Nord, spéciale aux îles Hritanniques, le /'. Atkinsoni, Curtis (pi. i.vi, fig. 5 a, labre; 5 6, mâchoire et palpe; Se, matulibule ; 5d, lèvre inférieure et palpes; 5e antenne), et, (ig. 5, tarse et crochets de /'. virescens, Eabr., espèce commune d'Europe et d'Algérie, (pion trome sur la Nipérine.

Dans un genre très-voisin {Oberea, Muls.), aussi à crochets des tarses bifides, à antennes en général un peu plus courtes que le corps, se rencontrent des espèces à élytres allongées, parallèles, glabres, parsemées de gros points noirs, et à corselet d'ordinaire jaune, avec deux points noirs. Un doit citer VO. uculala, Eiiin.. de lonlc l'Europe et du Cau-

750 COLtOPTÈHES. — Cl'ir.AMBYCIENS.

case, de 15 à 18 millimètres, à pattes, écusson et corselet d'un beau jaune, celui-ci avec deux gros points noirs, à antennes noires, à élytres cendrées, dont la larve vit dans l'Osier et le Saule ; et YO. linearis, Linn., de 13 millimètres de longueur, à corps cylindrique, très-étroit et trèsallongé, à tète et corselet noirs, à pattes jaunâtres, à élytres rousses sur le bord, obliquement échancrées à l'extrémité, couvertes de lignes longitudinales de gros points presque carrés. La larve de cette espèce, de Suède, de France, d'Allemagne, vit dans les rameaux des Noyers et surtout des Noisetiers. Elle est nuisible à ces derniers arbrisseaux, dans les jardins et dans les bois. La larve creuse au centre d'un rameau une galerie loiigitudinale partant d'un bourgeon de l'extrémité, et toute la partie atteinte meurt. Elle met deux ans à prendre tout son accroissement, en remontant sans cesse vers le tronc principal qui porte le rameau. Elle est rugueuse, atténuée vers l'extrémité, et n'a que des rudiments de pattes thoraciques, impropres à la marche. Elle hiverne en bouchant la partie libre de la galerie avec des fibres de bois , devient nymphe au mois de mai de la seconde année. L'adulte sort au milieu de juhi en perçant la branche, voltige sur les Noisetiers, s'accouple aussitôt, et la femelle pond un œuf par bourgeon, à son extrémité.

Les Phytœcia comptent de nombreuses espèces, surtout d'Europe tempérée et méridionale. On eu rencontre aussi dans l'Afrique boréale et l'Asie occidentale. Les Oberea ont longtemps été regardés comme confinés en Europe, en Asie et dans le nord de l'Afrique et de l'Amérique ; mais les découvertes récentes de M. Wallace ont montré que le centre de création le plus abondant réside dans les archipels indiens, c'est-àdire les îles Sonda'i'ques et Moluques, qui comptent à elles seules plus d'Oberea que toutes les autres régions du glo]}e réunies.

Les deux genres suivants, par lesquels nous terminerons la tribu des Cérambyciens, ont les ongles des tarses divisés ou appcndiculés, de manière à simuler quatre ongles.

.%STATiaMS, Newman, ou Tetraophthalmus, E. Blanch.— Corps large, court, massif, brillant, hérissé tie poils fins peu abondants. Antennes pubescentes, à peu près de la longueur du corps. Élytres à épaules très-saillanles, courtes, parallèles, arrondies au bout. Pattes médiocres, à caisses larges.

Ce genre est riche en espèces répandues du Japon aux îles de la Sonde, et du nord de la Chine à Siani. Il a pour caractère singulier de paraître posséder quatre yeux, chacun étant complètement séparé en deux disques à facettes d'aire inégale par la base de l'antenne. Nous figurons une espèce de Java, l'A. dimidiatus, Gory, cÀ probablement bipartitus (Catal. Dejean), de Java, à pattes et élytres d'un jaune pâle, avec une large tache bleue à la base de celles-ci, tète, corselet et antennes d'un jaune vif (pi. lvi, fig. 3; 3a, tète vue de profil; 3 6, id. de face).

ciir.Yso.Miii.iENS. 7.rl

Ou réserve actuellemcnl le nom de Telraopcs. Daim.. ;ï un genre analogue comme caractère oculaire, et voisin à d'autres égards. Ses espèces paraissent vivre sur les Asclcpiadées, et sont spéciales à l'Amérique du Nord, s'étendant de l'océan Atlantique à la Californie, et du Canada au sud du Mexique.

iERKXICA (diverses collcctionSj Tiiomson). — Antennes un peu plus longues qnn le corps, poilueS;, à premier article un peu plus long que le troisième, et celui-ci que le suivant. Yeux grands. Élytrcs épineuses à l'extrémité. Pattes grêles.

Ce genre est du Brésil. — Ev. : Ji. canescons, Klug., d'un blanc un peu verdàtre, a\ec quelques lignes brunâtres (pi. i.vi, fig. h). Quelques autres espèces du même pays.

TRir.U DES CHKVSOMKLIEMS OU l»IIYTOI»HAGE.S.

Les tribus précédentes des Cérambyciens et des Scolyticns vivent presque e\clusivement des parties ligneuses des végétaux, et très-rarement des parties tendres ; les Curculioniens se nourrissent d'une manière mixte, des semences, des tiges et d(!S feuilles; les Chrysoméliens au contraire attaquent les organes verts des végétaux phanérogames, presque toujours les feuilles, dont ils enlèvent le parenchyme, parfois les tiges succulentes et les racines tendres. Les larves de ces Coléoptères causent souvent des dégâts considérables. Les adultes se trouvent comme elles sur les feuilles et volent en outre sur les fleurs; ils sont souvent ornés de vives et brillantes couleurs et de reflets métalliques.

La tribu des Chrysoméliens se compose d'espèces di; taille moyenne et petite, variant de 20 millimètres environ {Sayra, Megamerm) à 1 millimètre chez certaines espèces d'Altises, c'est-à-dire descendant aux Microcoléoptères, par une réduction analogue à celle des Psélaphiens, des Trichopterj/x, des Scijdmœnus. Les téguments sont assez durs, à l'exception <lu type Gallcruca, mais n'atteignent pas la rigidité presque pierreuse de; certaiiu's espèces des groupes des Hister, des Pimélies et des Charansons. [.e corps est le plus souvent oblong, parfois circulaire, renflé le plus souvent. 11 est allongé et déprimé en dessus chez certaines Donacia.

Les élytres (îmboilent presque toujours tout l'abdomen, et ont dans certaines familles, ainsi que le corselet, un rebord ou une expansion latérale. fUles recouvrent des ailes, en mettant à pari (|iicl([ues cas d'avortement de celles-ci chez des Chrysomèles.

Les piittes otfrent les particularités suivantes. Les postérieures devieniuMil propresausaut danscertainsgenrcs, et celte faculté n'est pas en rapport nécessaire avec la grosseur de leurs cuiss(!S. Les tarses, létramères, on plus exactement subpentamères, se terminent au quatrième ou ciiu[uiènu' article par deux ongles ou crochets dont les modificatioHS fournissent de bons caractères de classification.

752 COLÉOPTÈRLS.— CHRYSOMÉLIENS.

Les caractères des Chrysoméliens peuvent être résumés ainsi : Tète médiocre ou petite, le plus souvent engagée en totalité ou en partie dans le corselet. Antennes ayant i, 8, 9, 10, 11 articles (dans les genres européens 11, rarement 10) filiformes ou grossissant un peu de la base à l'extrémité. Yeux latéraux, presque toujours finement granulés, c'est-àdire à vision diurne, souvent sinués en dedans. Mandibules robustes, courtes, échancrées ou fendues au sommet chez la plupart ; mùcboires à deux lobes, languette variable. Palpes des deux sortes, de quatre et trois articles, peu développés. Corselet transversal, parfois trèsconvexe en dessus, le plus souvent de la largeur des élytres à sa base. Élytres oblongues ou globuleuses, rarement soudées, très-rarement raccourcies. Écusson presque toujours visible. Abdomen de cinq segments en dessous. Pattes de longueur médiocre ou petite, à tarses de quatre articles visibles, réellement subpentamères, avec quatrième article du type complet rudimentaire, mais distinct, les trois premiers dilatés avec brosses en dessous, le troisième bilobé ou entier (rarement) et alors cordiforme.

La science possède quelques indications sur l'anatomie interne de ces insectes. Le tube digestif, d'après la dissection de 16 espèces, est plus long, d'une manière générale, que celui des Coléoptères carnassiers, selon la loi habituelle des animaux herbivores. L'œsopliage ne débouche pas dans un gésier, qui manque en raison sans doute de l'absence d'aliments très-durs, mais se rend à un estomac le plus souvent lisse, parfois couvert de papilles cLccalcs (rr/orer/s, Donacia), au([uel succède un intestin cylindrique et grêle, rentlé à son extrémité en une ampoule rectale. On n'a pas trouvé de glandes salivaires dans les espèces étudiées à l'état adulte. Des canaux de Malpighi s'abouclient à l'estomac, au nombre de quatre chez les Donacia, de six dans les autres, dont deux plus grêles; ils se replient à l'autre bout sur le rectum, mais sans y pénétrer, et se terminent en cul-de-sac. D'après L. Dufour, la graisse abonde chez les lourds Cycliques de Latreille, et n'existe presque pas chez les Eupodes.

Une marque d'infériorité organique des Chrysoméliens est le peu de centralisation de leur système nerveux, en admettant toutefois qu'on puisse généraliser les observations faites sur deux espèces {Timarcha tenebricosa, cXColaspidema atritm). Les larves ont 13 paires de ganglions, y compris le cérébroïde, et les adultes 8, allant jusqu'au milieu de l'abdomen.

Examinons les aflinités zoologiques des Chrysoméliens aACc lesautres Tétramèresou Subpentamères. Les Erotyliens s'en distinguent par leurs antennes en massue, leur odeur ammoniacale, leur régime fongicole. Les antennes, les impressions sous-abdominales, les tarses en éloignent les Coccinelliens, qui s'en rapprocheni au conlriiirc par leurs hîrves liexapodes, surtout pour les espèces jijn topli.iges. Il y a certains rapports avec les Curculiduiens à rostre Irès-couil, mais les larves sont ici

CHRYSOMÉLIENS. 753

très-difterentes. En outre, les pièces buccales, les antennes filiformes elle pygidium recouvert par les élytres ne permettent pas la réunion avec certains Anthribes ni avec les Bruches. Ce sont, comme nous l'avons déjà dit, avec les Cérambyciens adultes qu'il n'y a pas de séparation nette. Beaucoup de Donacides aplaties, à antennes allongées et filiformes, ressemblent à des Leptures. Cependant, d'une manière générale, les antennes des Chrysoméliens sont moins longues et plus épaissies à l'exfrémité, le lobe externe des mâchoires est souvent biarticulé, et un certain nombre de leurs genres ont la faculté saltatoire refusée aux Cérambyciens.

Une distinction très-nette s'établit par les larves, que nous devons décrire. Les larves des Chrysoméliens sont plus ou moins charnues, épaisses et recouvertes d'une peau fine, parfois cornée sur le dessus des segments thoraciques. Leur forme est ovalaire, oblongue ou allongée ; quelques-unes sont cylindriques et recourbées postérieurement, à la façon des larves de Scarabéiens. Souvent la peau, au lieu d'être blanchâtre, est grisâtre ouverdâtre ou de couleur métallique, en rapport avec une vie à la lumière. La plupart, en effet, vivent à découvert sur les feuilles dont elles se nourrissent ; certaines se recouvrent d'une façon variée de leurs excréments, et enfin il en est qui sont mineuses h l'intérieur des feuilles ou des rameaux, ou des racines. Elles ont toutes 13 segments, y compris la tète, qui est cornée et pourvue de deux courtes antennes, de stemmates, de pièces buccales développées. Le fait important qu'offrent toutes ces larves, c'est que les segments thoraciques sont pourvus de trois paires de pattes écailleuses, tantôt allongées, tantôt assez courtes, mais toujours propres à la locomotion, tandis que les larves des Cérambyciens, endophytes et lignivores , sont toujours apodes , ou n'ont que des pattes rudimentaires et non fonctionnelles. Les autres segments sont souvent couverts de tubercules ou de mamelons charnus, parfois d'épines. Il n'est pas rare que le dernier segment porte en dessous un pseudopode ou fausse patte anale. Plusieurs de ces larves sécrètent un fluide visqueux qui contribue à les fixer aux végétaux, et il en est qui laissent sortir de pores de la peau un liquide acre et fétide devant contribuer à leur défense, en rebutant les oiseaux elles insectes carnassiers.

Le régime de ces larves est celui des adultes, et au point de vue restreint, c'est-cà-dire que le même végétal nourrit une espèce depuis sa sortie de l'œuf jusqu'à l'insecte parfait inclusivement. Les larves sont très-voraces et croissent rapidement ; elles ne paraissent pas pouvoir supporter de longs jeûnes, fait général et harmonique chez les animaux herbivores; aussi peut-on souvent détruire des espèces nuisibles en sacrifiant la première récolte des végétaux qu'elles infestent, ou en opérant une alternance de culture, si elles sont exclusives à une plante. Il paraît que la plupart des larves de Chrysoméliens hivernent, et non les œufs.

15h COLÉOPTÈRES. — CHRYSOMÉLIEISS.

La plupart des larves s'enveloppent pour la nymphose d'une coque papyracée, soit sur les feuilles, soit en terre, et alors la consolident par des grains réunis par de la viscosité. Les nymphes ont, comme à l'ordinaire, les organes repliés le long du corps, le tout entouré d'une mince membrane.

Latreille etLacordaire ont essayé déclasser les Chrysoméliens d'après la forme et la physiologie des mœurs des larves. Nous ne parlerons pas ici de cette question, réservant ces détails pour l'histoire des genres. Nous croyons que la classification des insectes adultes doit avant tout reposer sur les sujets mêmes qu'on étudie, et qu'en outre, sauf des cas exceptionnels de récurrence, la forme adulte présente plus de différences que l'état de larve, par suite de la division et du perfectionnement du travail organique.

Nous résumerons en peu de mots ce qu'il est nécessaire de connaître à propos de l'histoire de la classification des Chrysoméliens. Linnseus n'avait établi que les genres Hispa, Cassida et Chrysomela. 11 avait placé un Donacia dans ses Leptura, erreur très-permise par l'absence de caractères nets entre les Cérambyciens et les Donacia, groupe de passage. Fabricius, Illiger et Latreille ajoutèrent un certain nombre de genres. La tribu est constituée, dans les Coléoptères tétramères, sous le nom de Phytophages ou d'Herbivores, par C. Duméril. Bien que les insectes dont il est question soient de tous les Coléoptères ceux dont le régime est le plus fixe, il était préférable de les désigner, comme le firent Latreille et Lamarck, sous le nom de Chrysoméiines, car ce nom ne comporte aucune signification absolue. Dans ses publications successives, Latreille divise la tribu en deux groupes, les Eupodes (types : Sagraei genres annexes, Donacia, Crioceris, etc.) et les Cycliques (types : Hispa, Cassida, Clythra, Cryptoccphalus, Bromius, Colaspidema, Chrysomela, Altica, Galeruca). Il en sépara toujours, comme groupe de même valeur, les Claoipalpes ou Erolylènes. Ce sont ces trois groupes dont Dejean forma en 1821 ses Chrysomélines, ne faisant plus que quatre familles dans les Tétramères : Curculionites, Xylophages, Longicornes et Chrysomélines. La réunion des Eupodes aux Cycliques est bonne, et se trouve conservée dans la tribu des Chrysoméliens de M. E. Blanchard, mais il faut en séparer la tribu des Érotyliens (Clavipalpes de Latreille), et démembrer les Xylophages, réunion artificielle dont le nom est faux en partie. M. E. Blanchard (18/i5) établit cinq familles dans la tribu des Chrysoméliens, en tirant leurs noms des genres Crioceris, Hispa, Cassida, Chrysomela et Galeruca, la cinquième famille renfermant les Altises et les Galéruques. Lacordaire (18/i5-18/i8) a subdivisé ses Phytophages en deux légions, la première comprenant les genres dont les antennes sont écartées à la base, et la seconde ceux où ces organes se rapprochent au point d'insertion. M. L. P'airmaire reproche à cette division d'offrir beaucoup d'exceptions, et de séparer les Chrysomèles des Caléruques, tandis qu'il y a bien plus d'affinités entre elles que des

DONACIA. 755

Galéruques au\ genres Hispa et Cassida, la méthode de Lacordaire exigeant la réunion de ces trois types. Lacordaire avoue ne savoir où placer les Altises, dont la plupart toutefois se rattachent aux Galéruques. M. L. Fairmaire ne voit de séparation nette qu'en deux séries des plus inégales quant au nombre des genres, et dont l'aspect général fournit un caractère frùs-facilc à saisir. L'une (et encore à une exception près, le genre Leptispa, Baly) comprend les Chrysomélicns, dont le corps est couvert d'épines ou offre de larges expansions membraneuses (Hispa, Cassida); l'autre réunit tous les autres genres, à corps sans épines ni expansions latérales. Ces divisions sont donc plus ou moins artificielles, et nous croyons devoir, à l'exemple de M. E. Blanchard, de M. E. Desmarest, ne pas les adopter, et exposer seulement l'histoire des genres principaux, en donnant quelques caractères généraux de familles. Au reste, nous ne saurions trop le répéter, toutes ces discussions, si intéressantes au point de vue de l'entomologie pure, sont sans importance dans un ouvrage où l'on cherche avant tout à faire connaître les espèces des insectes utiles ou nuisibles, nu présentant quelque intérêt exceptionnel sous le rapport de l'anatomic, de la physiologie et des mœurs.

Nous n'avons encore en France qu'un petit nombre de travaux sur les Chrysoméliens. Outre des monographies de Suffrian (traduction), de Fondras, de M. Allard, de M. Joannis, qui seront indiquées à leur place, nous devons citer l'ouvrage de Lacordaire, malheureusement inachevé, comprenant les Eupodes de Latreille et une partie seulement de ses Cycliques (types Clythra et Cryptocephalus) : c'est la Monographie des Coléoptères subpe)ita7nères de la famille des Phytophages, traitant des espèces de tous pays [Mémoires de la Société royale des sciences de Liège, t. III, 18Zi5, et t. V,18i8). Les Chrysoméliens d'Europe, au point de vue des genres seulement, font l'objet du travail de M. L. Fairmaire, dans le dernier volume du Gênera des Coléoptères d'Europe de Jacquelin du Val.

Le premier groupe des Chrysoméliens, par lequel tous les auteurs commencent l'histoire de la tribu, a des larves aquatiques, et des nymphes immergées, renfermées dans des coques fixées aux tiges des végétaux (Donacw, Hcemonia).

GENRES PRINCIPAUX

DONACIA, Fabr. — Corps allongé. Tête saillante, dégagée du corselet; antennes assez longues et filiformes, rapprochées à la base. Corselet beaucoup plus étroit que les élytres. Tarses médiocres, dilatés, villeux en dessous, à troisième article profondément bilobé, à quatrième plus court que les précédents réunis; crochets simples.

(^est comme passage auxCérambyciens que nous commençons par ce genre l'étude de détail des Chrysoméliens. Ces insectes, ressemblant par

756 COLÉOPTÈRES. — CHRYSOMÉLlI•^S.

l'aï^pect à des Loiigicornes, sont peu convexes et couverts, surtout en dessous, d'une fine pubescence satinée, destinée à empêcher l'action de l'eau dans laquelle ils seront souvent plongés, à dessein ou par accident. La plupart des espèces offrent de belles couleurs métalliques, mais trèsvariables, et pouvant, dans la même espèce, passer du noir bronzé au cuivreux et au doré le plus éclatant. Ce genre et le suivant sont les Phytophages des végétaux aquatiques. Ils vivent sur les plantes qui sortent plus ou moins de l'eau, et parfois sur celles qui croissent dans les prés et les bois humides. Les deux crochets très-aigus et très-arqués qui terminent leurs tarses sont destinés, comme des ancres, à les maintenir cramponnés aux feuilles avec force. LesDonacies volent peu, lourdement et dans une courte durée, seulement par la plus forte chaleur du jour. Ellesrestent d'habitude posées et immobiles, contractant leurs pattes et se laissant tomber quand on veut les saisir. Les sexes se distinguent trèsdifficilement, et l'accouplement observé ne donne pas une certitude absolue, car on cite d'assez nombreux exemples de copulation entre espèces voisines de Donacies. En général, les femelles sont plus grandes, plus robustes, à antennes plus courtes, à cuisses postérieures plus faiblement dentées ou inermes. On voit souvent ces jolis insectes réunis par groupes sur les tiges des Typha et des Sagittaires, et sur les larges feuilles des Nénufars.

Les larves sont allongées, subcylindriques, blanchâtres, et vivent trèsprobablement à l'intérieur des végétaux aquatiques. Elles sont mamelonnées en dessous, ayant les premiers segments cornés en dessus. Au moment de la nymphose, ces larves se renferment sous l'eau dans une coque qu'elles sécrètent, et qu'elles fixent aux racines ou aux tiges submergées des plantes aquatiques, de sorte que l'adulte sorti de la nymphe doit traverser, pour venir au jour, une certaine épaisseur d'eau.

Il importe aux amateurs de savoir que les Donacies doivent être piquées à l'épingle noire inoxydable ou à l'épingle ordinaire enduite de vernis de graveur. Sans cette précaution, l'épingle, s'empâte de sels cuivreux, verts et gras, fait fréquent pour les insectes dont les larves vivent dans les tiges, surtout celles des plantes aquatiques ainsi : les Nonagria (Lépidoptères), presque tous les Microlépidoptères, etc.

Nous devons indiquer brièvement quelques espèces de ce beau genre. Une des plus répandues de toute l'Europe, existant aux environs de Paris^ est le D. crassipes, Fabr., de 10 millim., avec deux dents en épines aux cuisses postérieures, la base des articles des antennes et le dessous des pattes rougeâtres, ordinairement d'un vert bronzé un peu obscur, avec un reflet violet nubien, à corselet tubercule et sillonné, à élylres striées de points. Il faut la rechercher en bateau, en enfonçant brusquement dans l'eau les feuilles de Nénufar sur lesquelles ont voit cette Donacie posée, de manière à saisir l'insecte nageant ; la larve vit en effet dans les deux Nénufars {Nymphœa alba et Nuphar luteum).

Les œufs, elliptiques, sont appliqués à la face inférieure des feuille?

DONACIA. 757

nageantes de ces végétaux, entourant des ouverluri'S arrondies faites à ces feuilles probablement par les mandibules de la femelle. Les coques nyraphales sont fixées aux racines des Nénufars, en forme de cylindre terminé par deux calottes sphériques, d'un tissu papyracé composé de deux couches et de couleur d'un brun marron clair. D'après Lacordaire, cet insecte est le Leptura aquatica spinosa de de Geer, à cause des épines des cuisses postérieures, et l'on a l'habitude d'y rapporter comme synonymie le Leptura aquatica deLiniueus et le Stencore doré de Geoffroy. Le D. hidens, Oliv., aussi avec deux dents aux cuisses postérieures, est plus petit, 7 millimètres, plus court, à corselet bien plus rugueux, au reste de même coloration. On trouve ses coques nymphales attachées aux racines des PoUimogeion.

Le D. Lenmœ, Fabr., a le dessus du corps en général d'une couleur de bronze avec léger reflet cuivreux, tantôt uniforme, tantôt avec une bande marginale plus métallique. Le corselet est muni de tubercules et les élytres impressionnées et à dix rangées de points. L'espèce est de toute l'Kurope, sauf les parties les plus boréales, du Gaucasc, de la Sibérie, de la Perse et du nord de l'Afrique. Une espèce moins commune, de l'Europe et du contour méditerranéen, ressemblant beaucoup à la précédente, d'un beau vert doré à reflets soyeux, est le D. Sagittariœ, Fabr. (pi. Lvii, fîg. 7, tète en dessus; 7 a, antenne; 7 6, tarse postérieur). On le prend à Paris, et cette espèce, comme la plupart des Donacies, n'a qu'une seule dent en épine aux cuisses postérieures. On observe encore, et aisément aux environs de Paris, leD. Minyanthidis, Fabr., de toute l'Europe, de 8 à 10 millimètres, allongé, d'un beau vert un peu doré, à élytres arrondies au bout, avec les antennes et les pattes rousses.

Une espèce très-rare est le D. fennica, Payk., découvert d'abord en Finlande et en Suède, puis dans le nord de l'Allemagne, de moindre taille, d'un rouge fauve plus ou moins foncé (pi. lvii, fig. 6), à pattes bronzées. Bien plus communs sont les D. Ihiearis, Hope, allongé, d'un vert bronzé ou d'un rouge cuivreux ; D. simplex, Fabr., bronzé, à reflets dorés, de 5 à 6 millimètres, à antennes et pattes brunes, ces deux espèces de toute l'Europe ; le D. Typhœ, Hrahm, très-voisin du D. litiearis, de toute l'Europe et d'Algérie.

Enfin, avec la même extension géographique, mais plus rare, il faut citer le D. sericea, Linn., de 7 à 8 millimètres, qui varie du bleu clair au bleu noirâtre ou violet, et du vert doré au. bronzé obscur, avec toutes les nuances intermédiaires imaginables, d'où le nom de protea doinié à l'espèce par quel(]ues auteurs. Toutes ces Donacies ont le corselet tubercule, et les élytres striées de points.

Les métamorphoses du genre Donacia, soupçonnées par Linnanis. qui avait découvert la nymphe du D. crassipes dans sa coque fixée auv racines des Nénufars, ont été étudiées par M. Mulsant sur leD. linearis, puis, avec plus de développement, par AL E. Perris, i)our le D. Sanittarice {Ann. Soc. entom. France, I8/18, p. ;J3).La larve a été trouvée entre

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les feuilles engaînantes, au collet des racines du Ruban d'eau ou Sparijanium ramosum (Typhacées), ressemblant au premier aspect à une larve de Syrphe (Dipt.), en ovoïde allongé, atténuée en avant, à tête rousse, à demi contractile, longue de 14 millimètres, d'un blanc mat, assez ferme, avec antennes de quatre articles, mandibules courtes, bidentées, palpes maxillaires de deux articles et labiaux d'un. Le tborax porte des pattes courtes, roussAtres, coniques, de trois articles, le dernier ongulé, visibles de profil. Elle a onze segments au corps, le dernier peu apparent, muni de deux disques stigmatiformes, fermés par une membrane, et où débouchent deux tubes trachéens, correspondants à l'intérieur avec un tronc bilatéral, formant arceau de réunion à l'extrémité de l'abdomen, et émettant des rameaux nombreux ; à ces disques correspondent deux crochets ferrugineux, devant servir à cramponner la larve à la plante, lors de l'agitation des eaux. Lors de la nymphose, la larve colle aux racines une coque elliptique, non soyeuse, lisse, d'un brun rougeûtre, parcheminée, imperméable à l'eau, et s'y change en nymphe, molle et d'un beau blanc, refoulant la peau de larve à son extrémité anale. L'adulte sort de sa coque sous l'eau, en rongeant la calotte supérieure, et grimpe le long de la plante, tout entouré de bulles d'air retenues par ses poils hydrofuges. 11 passe l'hiverdans sa coque, si la saison est trop avancée; d'autres, sortis plus tôt, hivernent cachés sans doute sous les herbes du rivage.

B:£lllOIl'l.%, Megerle, Dej. — Caractères analogues au genre précédent, sauf pour les pattes^ qui sont grêles, avec tarses allongés, presque nus en dessous, à troisième article entier, et le dernier plus long que les précédents réunis, très-grêle à la base et armé de deux forts crochets arqués et entiers.

La curieuse structure des tarses des Uœmonia n*a de pareil que ce que nous ont offert des Pentamères, les Elmis, les Macronychus, vivant attachés par leurs crochets aux bois flottants, et aussi certains Apions des Tamarix. Les Hœmonia sont des Chrysoméliens véritablement aquatiques, se trouvant sous l'eau, accrochés aux tiges submergées, comme celles des Polamogeton, et dont les larves fixent leurs cocons également sous l'eau, à la partie inférieure de ces plantes. Il y a des espèces des eaux douces, rivières ou mares et fossés, et d'autres des eaux de la mer, et qu'on rencontre parfois rejetées en grand nombre au milieu des plantes marines, sur les rivages de la Baltique et de la mer du Aord. On comprend que ces mœurs rendent la recherche de ces Coléoptères pénible, aussi sont-ils rares dans les collections. Ils sont très-lents dans leurs mouvements ; leur corps, oblong, est revêtu d'une très-fine pubescence ou d'un enduit hydrofuge. Les couleurs ne sont pas métalliques, se ressemblent beaucoup dans les diverses espèces, et sont d'un jaune pâle ou ocreux, avec deux fascies noirâtres sur le disque du corselet, l-es élytres ont de fortes stries ponctuées de noirâtre, avec les intervalles alternativement relevés, et l'extrémité

H^MONIA. 759

tronquée et épineuse. Les mâles, du moins dans les espèces d'Europe, ont le premier segment abdominal plus ou moins largement et profondément excavé. Jusqu'à présent on ne connaît d'espèces de ce genre que des régions froides et tempérées des deux continents.

L'espèce la plus répandue géographiquement, des îles Britanniques, de Suède, de France, d'Allemagne et de Suisse, est VH. Equiseti, Fabr., la plus grande des espèces d'Europe, de 5 à 6 millimètres pour les mules, de 7 à 8 1/2 millimètres pour les femelles, à antennes et petit écusson noirs, à corselet bifascié de noir, jaunâtre, ainsi que les élytres et les pattes. Le H. Zosterœ, Fabr., de Suède et de France, est plus petit. Il se trouve sur les plantes marines (pi. lvii, flg. 8, tarse postérieur).

C'est à tort que les Hœmonia sont regardés comme rares; il ne s'agit que de savoir les récolter. On ne trouve que difficilement les adultes, qui ne paraissent pas sortir de l'eau, et adhèrent si fortement aux feuilles et aux tiges submergées, que les secousses les plus énergiques données par le filet à pécher ne parviennent pas à leur faire lâcher prise ; en outre leur couleur se confond avec celle des dépôts vaseux, de sorte qu'il faut souvent éplucher les plantes feuille à feuille, avant de découvrir un adulte cramponné. On doit s'attacher au contraire à la recherche des premiers états. Les fonds de sable et de gravier et les eaux courantes sont peu propices pour rencontrer des larves d'Hœmonia. 11 faut opérer au contraire ses investigations dans les eaux calmes et à fond vaseux, et arracher à la main, et en plongeant le bras profondément, les touO'es de plantes aquatiques avec le chevelu de leurs racines, surtout les Potamogeton, les Myriophyllum, les Equisetnm. On voit alors, et parfois en abondance, agglomérées autour de ces racines, des coques d'un brun i^ougeâtre, très-semblables d'aspect à des pupes de Diptères, et qui sont les coques nymphales des Ho^monm. On élève très-facilement les larves et les coques avec les plantes immergées dans l'eau, cellesci môme commençant à se décomposer.

On connaît très-bien maintenant les métamorphoses de VH. Equiseti. var. Mosellœ, Bellevoye (i). La larve, atténuée en avant, ressemble beaucoup à celle de Donacia Sagittariœ, mais est plus petite, de 8 à 10 millimètres, à tète petite, roussâtre, ayant des antennes de quatre articles et en arrière cinq points brunâtres en deux séries transversales, qui sont sans doute des ocelles. Le corps, convexe en dessus, n'a que onze segments couverts de petites soies spinuliformes. Le dernier, plus petit que les autres et aplati, est muni à sa partie supérieure de deux disques ferrugineux, représentant les péritrèmes de la neuvième paire de stigmates. De même que chez la larve de Donacia, ce sont là les prin-

(1) Leprieur, liuU. Soc. Iiist. nalur. de Colmar, 10" année, 1869. — Bellevoye, Observations sur les mœurs de plusieurs espèces de Coléoptères qui vivent sur les plantes aquatiques, etc. ( Xil^ Bul. de la Soc. d'hist. natur. du départ, de la Moselle, Metz, 1870).

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cipauv orifices respiratoires, en rapport de chaque côté avec un tronc trachéen considérable, ayant un arceau de réunion à l'extrémité de l'abdomen ; ces disques sont clos extérieurement, sans qu'on sache encore d'une manière exacte si c'est une membrane qui laisse pénétrer les gaz par endosmose, ou si c'est un clapet s'ouvrant par intervalles. Kn outre il y a huit petits stigmates, ronds et ferrugineux, aux places ordinaires. Les trois segments thoraciques portent chacun une paire de pattes très-courtes d'un roux clair, armées d'un ongle brun trèsrobuste et hérissées de soies plus fortes que celles du corps.

Des disques ferrugineux du onzième segment partent de haut en bas deux crochets assez forts, dont voici l'usage (M. Leprieur) : D'habitude la larve s'attache aux plantes par les ongles de ses courtes pattes, qui ne servent guère à la locomotion, celle-ci s'opérant par une sorte de reptation. Lors des crues de l'eau, les larves, pour ne pas être entraînées, se fixent aux tiges ou aux racines par les deux crochets postérieurs, leurs pattes ne touchant plus à l'appui, de sorte que les larves se tiennent droites et roides, à l'instar des chenilles de Phalénides.

Les larves, observées dans des bocaux, ne cherchent pas à gagner la surface de l'eau pour atteindre l'air libre ; elles sont d'une extrême lenteur dans leurs mouvements, mettant plusieurs heures pour se déplacer de quelques centimètres. Elles enfoncent la tète et une partie plus ou moins grande de leur corps dans la tige des Potamoyeton, qu'elles creusent avec leurs mandibules pour se nourrir, soit de parenchyme, soit de sève. Au moment de la transformation, la larve s'accroche aux tiges ou aux racines des végétaux, et y colle solidement une coque eîlipso'idale, dont la longueur varie de 8 à 9 millimètres sur 2,5 à 3 de large (celles du Donacia Sagittariœ ont 12 millimètres.). La coque est due à un liquide sécrété, ayant la propriété de durcir sous l'eau, comme un ciment hydraulique. En traitant successivement ces coques par des solutions affaiblies d'acide chlorhydrique et de potasse, pour dissoudre les sels minéraux et les matières organiques azotées, il reste finalement une sorte de trame d'une blancheur éclatante, très-mince, conservant la forme primitive de la coque, et dont les caractères sont ceux de la cellulose. Les coques portent un sillon correspondant à la partie de tige qui les porte et moulé sur elles. Perméable à l'air dissous qui doit servir à la respiration, leur tissu ne se laisse pas traverser par l'eau, et, lorsque celle-ci y pénètre par quelque fissure, elle tue la larve engourdie ou la nymphe. Les coques sont lisses, d'une consistance parcheminée, d'une couleur variant du jaune-paille au jaune brunâtre, et quelquefois même presque noire et opaque, dans les fonds trèsvaseux Contenant des sulfures métalliques. La transparence, en raison inverse de la coloration, est en général assez grande pour qu'on puisse distinguer la nymphe ou l'adulte. Les nymphes sont molles, d'un blanc éclatant, placées la tète en haut et refoulant au bas la peau plissée de 1(1 larve.

HEMONIA. 761

La durée totale de l'évolution des Hœmonia est de quatre à cinq mois entre la ponte des oeufs et l'éclosion de l'adulte. Elle se renouvelle de mai à octobre, où l'on trouve à la fois les trois états, ce qu'explique le peu de variation des températures de l'eau ; très-probablement un certain nombre de nymphes et d'adultes hivernent en léthargie. L'insecte demeure environ six semaines dans la coque, partie en larve, puis en nymphe, puis en adulte, attendant que ses téguments aient pris la consistance nécessaire. Alors il ronge circulairement la calotte supérieure de la coque, et va s'accrocher aux tiges des plantes sans sortir de l'eau, et ne paraissant pas d'ordinaire enveloppé d'air. Ces adultes ont une grande tendance à s'accrocher à tout et partout, et, quand on les conserve captifs dans des vases, il n'est pas rare d'en voir des groupes de huit ou dix cramponnés les uns aux autres. Ils marchent lentement sur les plantes, et restent immobiles des heures entières, agitant seulement un peu les antennes. (Juand ils perdent leur appui, leur démarche est bien plus vive, et ils remontent et descendent aisément dans l'eau, non mouillés, en raison de leur pubescence soyeuse. Ils ont de l'air sous leurs élytres, mais dont on n'observe pas le renouvellement, à la façon, soit des Dytiques, soit des Hydrophiles. Il y a sous les élytres des ailes membraneuses diaphanes, très-développées et plus longues que les élytres; mais, tandis que les Donacia volent bien au soleil pendant le jour, on ne voit jamais voler les Hœmonia, et des sujets vivants ont vécu une quinzaine de jours en vases secs, et s'y sont accouplés sans paraître souffrir du manque d'humidité, mais sans écarter leurs élytres ni étendre leurs ailes. Il est possible que les Hœmonia soient nocturnes et volent le soir, pour se poser sur les feuilles à fleur d'eau ou sur les fleurs et les fruits des Potamogeton, qui se dressent verticalement hors de l'eau; peut-être les ailes ne servent-elles que dans les cas exceptionnels où l'instinct de ces insectes les oblige à des migrations.

Lors de l'accouplement, le mâle, qui est toujours plus petit que la femelle, monte sur le dos de celle-ci, et la tient fortement enlacée avec ses quatre pattes antérieures, les postérieures restant étendues. La femelle se promène sur les tiges des Potamogeton, eu transportant le mâle avec elle, ou bien elle y reste accrochée dans une longue immobilité, le mule toujours sur son dos, les antennes du mSle et de la femelle s'agitant de temps à autre. Après qu'ils se sont ainsi livrés à leurs amours pendant dix à douze jours, le mâle se sépare de la femelle, et ils ne tardent pas à mourir tous les deux, le mflle presque toujours le premier. On n'a pas observé la ponte ni les oMifs d'une manière certaine.

L'ignorance où l'on est des métamorphoses des genres exotiques qui suivent laisse subsister une certaine incertitude sur leur place sériale.

762 COLÉOPTÈRES. — CHRYSOMÉLIENS.

MEtiAl-OPUS, Fabr. — Mandibules à pointe entière; dernier article de tous les palpes allongé et acuminé. Yeux grands, fortement échancrés. Antennes grossissant plus ou moins de la base à l'extrémité, insérées à la base des échancrures oculaires. Corselet cylindrique ou subglobuleux, sillonné. Corps allongé, étroit, pubescent; crochets des tarses simples.

Les insectes de ce genre sont de l'Amérique éqiiatoriale. Ainsi que pour les genres annexes, formés aux dépens du genre de Fabricius, les mœurs, observées à la Guyane et au Brésil parLacordaire, sont les suivantes : « Toutes les espèces vivent sur les plantes et les arbrisseaux peu élevés ; leur vol est lourd, et n'a lieu que pendant la plus forte chaleur du jour. (Juand on les saisit, ils fléchissent un instant leurs antennes et répandent par les articulations des pattes une liqueur jaune, d'une odeur analogue à celle des Coccinella. Ils produisent comme les Lema un bruit aigu par le frottement de leur prothorax contre le pédoncule du mésothorax. »

Ces insectes ne sautent pas, bien que leurs cuisses postérieures soient souvent très-fortes.

Lacordaire suppose que leurs larves, d'ailleurs inconnues, sont, d'après l'analogie des adultes avec les Clythra, renfermées dans des fourreaux portatifs, et ont les mômes habitudes,

MASTOSTKTHlJS, Lacord. — Corps large et court, glabre en dessus, parallèle ou subparallèle. Antennes à troisième article grêle (comme aussi le genre précédent), les six derniers serrés et transversaux. Corselet trapézoïde ou quadrangulaire, non sillonné.

Ce genre, démembré de l'ancien genre Megalopus et oflrant la plupart de ses caractères, est, comme lui, américain. Ex. : M. tibialis, Fabr., de la Guyane, d'un ferrugineux vif, avec tibias et tarses postérieurs noirs, et de larges macules noires sur les élytres déprimés (pi. i.vii, flg. 1; 1 a, tète grossie avec les yeux écliancx'és, les mandibules, les palpes maxillaires; 1 6, antenne).

S.%CîR.%, Fabr. — Tête peu allongée; antennes robustes, filiformes ou grossissant un peu à leur extrémité. Corselet moitié plus étroit que la base des élytres. Cuisses postérieures très-grosses dans les deux sexes, toujours dentées en dessous chez les mâles. Corps oblong ou allongé, massif, glabre ; crochets des tarses simples.

Ces insectes, les plus grands parmi les Clirysoméliens, sont l'ornement des collections par leurs formes et leurs couleurs. Chez certains eUes sont sans reflet; chez d'autres elles ont un éclat métallique éblouissant, avec la teinte d'un rouge pourpre, ou violette, ou bleue, ou verte ou cuivreuse. Leurs espèces sont propres aux régions les plus chaudes de

SAGRA, ORSODACNA. 763

l'ancien continent; leurs métamorphoses sont inconnues. Ou suppose qu'elles vivent sur les feuilles, comme nos Criocères. Les énormes cuisses postérieures renflées en massue des Sagra ne sont pas propres au saut, et ne présentent pas, comme les Attises, de cavité interne destinée à loger la jambe dans la flexion, de sorte que l'extrémité terminale de cette cuisse ne peut jamais porter sur le plan de position et ne peut prendre appui que sur la jambe. Les cuisses des mâles dépassent beaucoup les élytres, et ont en général en dedans des poils serrés, en même temps qu'elles sont dentées en dessous. Chez les femelles ces cuisses, tout aussi grosses, sont plus courtes, débordent à peine les élytres. et les dents des mâles sont remplacées par une simple crête denticulée. En outre, les mâles de presque toutes les espèces ont en dessous le premier segment abdominal couvert de poils, destinés sans doute, lors de l'accouplement, à faciliter leur adhérence sur le dos lisse et poli des femelles.

Un des Sagra les plus communs dans les collections est le S. splendida, Weber, des parties méridionales de la Chine, où il doit être trèscommun, car il figure toujours dans les boîtes d'insectes que les marchands de Canton vendent aux Européens. Cette riche espèce est d'un rouge pourpré clair, très-vif et très-brillant, avec des reflets violets éclatants ; parfois elle devient d'un violet pourpré ou bleuâtre.

Nous représentons des détails de cette espèce (pi. lvu, fig. 3, bouche en dessous; 3a, mâchoire; 36, antenne). Au Sénégal, à Sierra-Leone se trouve le S. cyanea, Dalman, beaucoup plus petit que les autres espèces du genre (pi. lvii, fig. 2), mâle, d'un bleu foncé ou d'un bleu violacé, avec les élytres striées de points. L'île de Java nous offre de magnifiques espèces de Sagra ; ainsi le S. speciosa, Dcj., dont les couleurs ont, surtout en dessous, une magnificence incomparable, d'un vert doré, éclatant, à reflets pourprés vifs, passant au rouge de feu le plus beau sur la poitrine et les pattes ; le rare S. Buqueti., Lesson, d'un beau vert métallique très-brillant sur l'abdomen, mat sur les autres parties, avec les élytres ornées à la suture d'une bande dorée étincelante, bordée de pourpre. On comprend que ces teintes splendides doivent ranger les Sagra parmi les espèces à employer dans la parure, ainsi qu'on le fait du reste pour diverses Chrysomèles.

ORSODAC.II.%, Latr. — Tète large; palpes à dernier article ovalaire, parfois sécuriforme ; antennes de onze articles assez grêles. Cuisses ordinaires, les postérieures à peine plus grosses que les autres ; crochets des tarses bifides. Corps allongé, peu convexe ou même déprimé, pubescent, couvert en dessus de points enfoncés.

Les insectes de ce genre se rencontrent en Europe el dans les parties septentrionales de l'Asie et de r.\mérique. Les couleurs sunt trèsvariables, par grandes masses, souvent mal arrêtées et confuses, ce qui rend la spécification difficile.

76^ COLÉOPTÈRES.— CHRYSOMÉLIENS.

Le type, de toute l'Europe et de la Sibérie, est l'O. Cerasi, Fabr., de 5 à 7 millimètres, assez commun sur le Cerisier. Les couleurs présentent toutes les variations, par le mélange du jaune, du ferrugineux, du roux, du noir et du bleu noirâtre, et parfois une seule de ces couleurs dominant. Rien n'est plus dangereux pour les jeunes amateurs que ces espèces à coloration non iixée ; ils se font de fréquentes illusions en croyant à des découvertes. On reconnaît l'espèce unique à l'absence complète depubescence en dessus, à son corselet couvert de points bien moins serrés que cliez les autres espèces, et subitement et fortement rétréci après le milieu. Nous représentons l'O. humeralis, Latr., des îles Britanniques, de France et d'Allemagne, d'un bleu foncé et violacé presque noirâtre ; les élytres ont parfois à la base une taclie rouge, et le corselet a quelquefois des traces de deux macules rouges. Cette espèce, toujours assez rare, se prend au mois de mai, aux environs de Paris, sur les tleurs de l'Aubépine. Elle est figurée pi. lvji, fig. h [ka, tête; k b, antenne). Elle est longue de Zi à 5 millimètres, plus grêle et plus déprimée que l'espèce précédente.

Les genres de Chrysoméliens que nous allons étudier sont caractérisés par un détail de mœurs commun de leurs larves, à savoir, de se servir de leurs excréments comme d'un moyen plus ou moins complet de protection. On peut, à ce point de vue, réunir les types Clythra, Cryptocephalus, Cassida, Crioceris, Lema, formant une série où ce caractère va en se dégradant de plus en plus dans la perfection de cet appareil protecteur, s'opposant à la dessiccation de la larve.

Un premier type, le plus perfectionné sous ce rapport, est constitué par des larves allongées, subcylindriques, blanchâtres, mamelonnées, recourbées sur elles-mêmes à leur extrémité postérieure, logées dans des fourreaux portatifs qui les entourent complètement dans toute la région postérieure aux pattes, fourreaux formés de leurs excréments, soit seuls, soit plus ou moins associés à des substances végétales, vivant tantôt sur les plantes , tantôt dans l'intérieur des fourmilières. Les nymphes subissent leurs métamorphoses dans les mômes fourreaux et dans les mêmes lieux. Ce sont les genres Clythra et Cryptocephalus qui fournissent les principaux exemples de ce premier type. M. Chevrotât (Catal. Dejean) eut le premier l'idée de réunir ces deux genres et leurs genres annexes en une seule famille, les Tubifères, constituée par les Chrysoméliens à larves porte- fourreaux. De même, M. E. Blanchard (18Zi5) réunit dans sa famille des Clythrides les Clythra el Cryptocephalus, avec les annexes des auteurs précédents.

Cl^YTHH.%, Laicharling. — Corps épais, oblong, convexe des deux côtés, subcyliiidrique. Tête incomplètement enchâssée dans le prothorax, visible de dessus ; antennes écartées à la base, libres au repos, dentces à partir du quatrième ou

CLYTHUA. "765

cinquième article; mandibules dentées à l'extrémité, souvent développées chez les mâles en forme de tenailles. Corselet aussi large que les élytres; pygidium plu sou moins découvert. Pattes ou subégales, ou très-développées chez les mâles à la paire antérieure, les postérieures jamais plus fortes ni plus longues que les autres; crochets des tarses simples.

Les Clythra, outre des caractères sexuels dont nous allons parler, se séparent d'abord immédiatement des genres Chlamys et Lamprosome par l'absence de rainures prothoraciques destinées à loger les antennes ; leur tête peu engagée, leur prostenium nul et le mésosternum étroit les distinguent des Cryptocephalus. Les Megalatosmis ont le prosternum saillant, et les Babia des crochets tarsaux appendiculés ou bifides, au lieu des crochets simples des Clythra. Les différences sexuelles sont très-importantes. Chez les deux cinquièmes des espèces, les différences de sexe ne consistent qu'en des tarses un peu plus faibles, surtout les antérieurs, et une fossette sur le dernier segment abdominal des femelles, existant aussi chez les mâles de certaines espèces ; mais, chez les trois autres cinquièmes des espèces, les deux sexes sont plus ou moins dissemblables, avec une combinaison variée de différences. Parfois les mâles offrent seulement un grand allongement des pattes antérieures. Il peut s'y joindre l'agrandissement de la tète, et cette grosse tète est accompagnée de mandibules saillantes en tenailles, de mâchoires et d'une lèvre inférieure agrandies et repliées dans la cavité buccale, et d'yeux relativement plus petits, car ils ont conservé la même dimension que chez les femelles ; enfin le corselel est plus allongé que celui des femelles, et la grandeur de la lète et du corselet donne aux élytres une apparence plus courte.

Le genre Clythra appartient à l'ancien continent pour le plus grand nombre de ses espèces, et surtout à l'Afrique. Les espèces, assez abondantes en Europe, sont principalement de la région méditerranéenne, avec des espèces de l'Asie occidentale. Elles diminuent beaucoup à mesure qu'on remonte au nord de l'Europe. Il n'y en a que peu en Amérique, et la plupart de petite taille, et très-peu en Australie. Les insectes parfaits se rencontrent parfois accrochés aux liges de diverses plantes, des Chardons notamment. Il s'en trouve aussi sur divers arbres, les Noisetiers, les Peupliers, les Bouleaux, les Aulnes et surtout les Chênes. Ils semblent préférer les arbres et les arbustes aux végétaux herbacés. Enfin il en est qu'on trouve sur le sol ou sous les pierres, d'autres sur les fleurs, d'autres sur les Graminées.

Les genres et les espèces sont très-difficiles à établir, car la taille varie beaucoup dans la même espèce ; le (l(>s?in peut passer d'une grande complication à zéro: enfin la forme ]»eiit différer beaucoup pour les mâles, et toutes les femelles se ressemblent. Le mieux est de n'accepter qu'à titre de sons-genres les nombreux genres établis par Lacordaire.

Dans le sous-genre Labidoshmiis. Lacordaire, nous IntUMnis ie

766 COLÉOPTÈRES.— CHRYSOMÉLIENS.

C. tridentaUi, Liiiu., à pattes antérieures du m;Ue médiocres, de sorte que la femelle en difTùre peu. Cet insecte, lonj,' de 6 à 7 millimètres, est d'un bleu verdâtre foncé, ou d'un bleu noir, ou d'un vert bronzé, avec les élytres d'un jaunc-paille, toujours dépourvues de points huméraux noirs. De toute l'Europe et la Sibérie, sur le Noisetier, le Bouleau, le Saule, le Chêne, etc. Le C. longimana, Linn., a les pattes antérieures très-longues chez le mâle, qui y joint la grosse tôte et les mandibules saillantes. C'est une des plus petites espèces, variant de 2 à 3 millimètres, de la Sibérie et de toute l'Europe, sauf les parties les plus boréales. C'est la Mélolonthe lisette de Geoffroy (du nom de genre donné aux Clythra par cet ancien auteur). Il est d'un vert bronzé ou bleuâtre, avec une fine pubescence blanchâtre, le corselet très-ponctué. avec les élytres d'un jaune testacé, ayant un petit point humerai brun, qui manque souvent. On le trouve sur les céréales.

Les Labidostomis sont, presque sans exception, d'un vert bronzé, tantôt foncé, tantôt clair, et passant souvent au bleu pur, avec les élytres blanchâtres, d'un jaune-paille ou d'un rouge ochracé ; leur dessin se réduit presque toujours à un point humerai, noir ou brunâtre, plus ou moins gros. Les espèces, très-difficiles à distinguer, sont de la faune méditerranéenne, de l'Europe et du nord de l'Asie. Le caractère essentiel du sous-genre est la forme du prothorax, transversal, à bords latéraux se redressant en arrière, avec des angles postérieurs saillants et relevés, surtout chez les mâles.

Le sous-genre Lachnœa, Lacordaire, a le corps massif, presque toujours villeux, sauf sur les élytres, les pattes allongées, les antérieures trèsvariables selon les espèces, chez les mâles. On y trouve le C. longipes^ Fabr., h corselet villeux, d'un noir bleu ou verdâtre, à élytres d'un testacé pâle, chacune avec trois points d'un noir bleuâtre, et d'un beau jaune de terre de Sienne très-clair dans une variété. Cette grande espèce, de 8 à 11 millimètres, est surtout de l'Europe méridionale, mais remonte assez haut, jusqu'en Angleterre et en Pologne. Sur les contours de la Méditerranée, se rencontre le C. palmata, Lacordaire, ou pubexcens, L. Dufour, d'un noir bleu, pubescent, à élytres jaunes, maculées de noir. II. vit sur le Chêne dans le Midi de la France et en Espagne. Les tarses antérieurs du mâle, très-longs, larges et déprimés, expliquent l'épithète de palmata. Citons encore le L. vicina, Dejean, d'Algérie et du sud de l'Espagne. Les Lachnœa sont presque exclusifs à la faune méditerranéenne.

Au sous-genre Crabronites, Lacord., se rapporte une espèce de la Cafrerie, le C. equestris, Dalman (pi. Lvni, flg. 8, femelle, et 8 a, antenne), où le mâle a la tète forte, les mandibules saillantes et les pattes antérieures très-longues. Le corps est allongé, subcylindrique, bleu avec un duvet blanchâtre, les élytres jaunes, avec deux larges bandes bleues, dilatées extérieurement et n'atteignant pas les bords, et une tache bleue carrée commune au sommet. Dans cette belle espèce la grosse tètesub-

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