‹ Traité élémentaire d'entomologie comprenant l'histoire des espèces utiles et de leurs produits des espèces nuisibles et des moyens de les détruire, l'étude des métamorphoses et des moeurs, les procédés de chasse et de conservationChapitre 61 sur 67 · CLYTHRA · texte numérisé non relu

CLYTHRA

orbiculaire du inàle, très-dégagée du corselet, ressemble à celle des Crabro (Hyménoptères fouisseurs^ d'où le nom du genre. La femelle a la tête toute différente, mais, à part cela, conserve assez bien les caractères du mâle pour le reste, surtout pour la longueur des pattes antérieures.

Dans le sous-genre Clythra proprement dit, les espèces sont très-lisses et très-cylindriques, les antennes courtes, très-dentées, les pattes pareilles dans les deux sexes. L'espèce type est le C. quadripunclata, L'inn. . setendant de la Sibérie et de la Laponie jusqu'au sud de 1 Europe, de 6 à 10 millimètres, à corselet d'un noir bleu, avec les élytres d'un beau jaune, ayant chacune deux taches noires, qui, par variation, peuvent se conjoindre ou manquer. Sur les Chênes, Noisetiers, Aubépines, Bouleaux. C'est la Mélolonthe quadrille à corselet noir de Geoffroy. Une espèce très-voisine, autrefois confondue avec celle-là, est le C. Lœviuscula, Schœffer, d'Europe et d'Asie Mineure, plus commune que l'autre au centre de l'Europe.

Au sous-genre Gynandroplithalma, Lacordaire, à antennes grêles, à sexes le plus souvent pareils, parfois dissemblables à la façon connue, se rapportent le C. cijanea, Fabr., de la plus grande partie de l'Europe, du Caucase et de la Sibérie, de h à 6 millimètres, d'un noir bleu, avec avec pattes fortes, peu allongées, d'un jaune fauve, ainsi que le corselet et la base des antennes, les élytres d'un bleu brillant, ou verdàtres. ou violacées; la Mélolonthe bluette de Geoffroy, assez commun sur diverses plantes, dans le gazon et sous les pierres et les écorces aux environs de l'arrière-saison; — le C. aurita, Linn., du Caucase, de toute l'Europe, sauf les parties les plus boréales, de même taille que le précédent, d'un noir bleu, pubescent, avec les tarses, les jambes, les côtés du corselet largement bordés d'un jaune fauve, pareil dans les deux sexes, avec la femelle plus grande, parfois double du mâle; sur le Noisetier, le Tremble, le Bouleau, le Saule marsault; — le C. concolor, de 3 millimètres, d'un bleu d'acier ou verdàtre brillant, très-ponctué, sur lesorges, Icsblés ; — 'leC. afjinis, Panzer, ovimusciformis, Goeze, d'Algériede toute l'Europe, jusqu'en Finlande même.

Enfin, dans le sous-genre Coptocephala, Lacordaire, les sexes sont très-dissemblables, les mâles à tête grande, large, aplatie, à longues pattes antérieures; les antennes sont peu dentées, le corps cylindrique, un peu déprimé. Toutes les espèces ont une coloration analogue, d'un jaune plus ou moins fauve, avec la tête et des taches sur les élytres d'un noir bronzé ou bleuâtre. Elles appartiennentà la faune méditerranéenne. Lne d'elles remonte jusqu'à Paris, le C. scopolina, Linn., ou ruôro, Oliv., noir bleu ou verdàtre, avec le corselet d'un rouge fauve, les élytres fauves, chacune avec deux bandes ou taches d'un noir bleu. La Mélolonthe quadrille à corselet rouge, comme l'appelle Geoffroy, a beaucoup de variétés, dont certaines ont fait des espèces, comme quadrimaculatn, Linn., se trouvant depuis le Caucase et l'Asie .Mineure jusqu'en Suède

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et Sibérie, ci floralis, Oliv., avec un point humerai et une seule bande bleue sur chaque élytre, des mêmes locaUtés.

C'est probablement à une variété qu'il faut encore rapporter le C. lœviuscula, Ratz, de 10 à 12 miUimôlres, à corselet d'un noir bleu, à élytres rouges avec quatre points noirs, des plus communs dans les oseraies près de Paris.

Le grand intérêt du genre Clythra est physiologique. Il réside dans l'instinct qui préside à ses métamorphoses. Latreille fit connaître le premier que les larves des Clythra vivent dans des fourreaux qu'elles traînent avec elles, mais dont il ignorait l'origine. L. Dufour, M. Chevrolat, M. Gêné (1), et enfin MM. Rosenhauer et H. Lucas, ajoutèrent de nombreux et nouveaux détails. On a observé les métamorphoses des C. quadripunctata, quadrisifjnata, lœviuscula, vicina, palmata, pubicollis, Rosenh., humeralis , longimana et quadrimaculata , parmi les espèces européennes. Toutes les larves ont le corps allongé et cylindroïde, recourbé postérieurement en arc de cercle, avec un prolongement anal au dernier segment. Le corps s'élargit graduellement à partir du point où lise recourbe sur lui-même. Il y a treize segments, y compris la tête, écailleuse et d'un brun foncé ; les autres segments sont d'un jaune plus ou moins rougeâtre , et ont , çà et là , quelques poils redressés. Les pattes sont bien développées, et varient comme chez les adultes, c'est-à-dire que les antérieures sont allongées ou non ; le sexe apparaît donc, par ce caractère, dès la larve. Toutes ces larves vivent dans des fourreaux portatifs à une seule ouverture, qui les entourent complètement. Ils sont formés par les excréments, convertis par la dessiccation en une matière noire et friable ; ils ne sont ni en terre , ni en débris de bois agglutinés. Us varient plus dans leurs formes que les larves, et peuvent fournir des caractères spécifiques. Ils sont cylindroïdes, mais avec des sculptures extérieures variées. Ces fourreaux abritent aussi la nymphe. Il y a quelques variations pour leur mode de clôture et le moyen de sortie de l'adulte. Il est très-probable que, de môme que M. Gêné s'en est assuré pour les Cryptocéphales, les excréments sont recueillis et façonnés par les mandibules de la larve : ceci explique pourquoi la partie postérieure du corps de la larve est recourbée en arc dans le fourreau; c'est non- seulement afin de maintenir ce corps dans le fourreau sans lien d'adhérence, mais encore afin que les matériaux fournis par l'anus soient immédiatement en rapport avec les mandibules qui les utilisent. La tête est toujours disposée de manière à fermer exactement l'entrée du fourreau, et la larve ne peut faire sortir de ce dernier qu'environ la moitié antérieure de son corps, cette entrée étant trop étroite pour donner passage à la partie recourbée. De là vient que, bien que ces larves n'adhèrent nulle-

(1) Gcné, Méni. pour servir à l'Itist. nalur. des Cryplocéphales et des Clythres (Atin. des sr. nal., V série, 1830, p. X\, t. U3).

CLYTHliA : MkrAAlOKPHOStS. 769

meut, à leur coque , on éprouve une résistance assez forte lorsqu'on veut les en extraire, et qu'elles peuvent les traîner à leur suite, sans les perdre en route. M. Rosenhauer pense que ces larves, à mesure qu'elles grossissent, doivent de temps en temps abandonner les coques pour en construire de nouvelles, car on ne voit sur les plus grandes de ces coques rien qui indique un allongement graduel du même fourreau, comme cela a lieu pour les fourreaux de certaines chenilles de Teignes. A chaque mue, comme au moment de la nymphose, les larves ferment la partie ouverte du fourreau, au moyen d'un opercule qui n'est pas sans analogie avec l'épiphragme au moyen duquel beaucoup de Gastéropodes terrestres closent leur coquille pour la protéger contre le froid de l'hiver. Gela a lieu aussi chez les Chlamys. Les larves de C. quadripunctata, recueillies par Rosenhauer en décembre et par Schaller en avril, avaient le fourreau operculé, comme celles de C. palmata observées par L. Dufour, en février, sur les montagnes de Girone, en Catalogne. L'opercule placé, la larve se retourne, de sorte que la partie postérieure de son corps se trouve là où était la tête, et vice versa. Ceci s'explique par la plus grande largeur du fourreau dans son fond, largeur suffisante pour livrer à l'insecte parfait un passage qui eût été bien plus diflicile par la partie operculée plus étroite. En éclosant, l'adulte détache le fond du fourreau avec ses mandibules, ou peut-être le fait sauter par pression. Il parait probable que la vie des larves des espèces européennes est d'une année.

Dans les Clxjthra proprement dits, les œufs ^sont déposés sans ordre. Chez le C. quadrimaculata {Coptocephala), ils sont fixés aux plantes par un long pédoncule. Le C. lomjimana {Labidontomis) pond une vingtaine d'œufs en masse, légèrement unis avec une humeur glutineuse, qui les attache aussi aux branches ou aux épines des plantes. Leur forme est cylindrique, un peu allongée \ ils sont enduits d'une matière jaunâtre, mince et lisse. M. Géué a vu que, d'une manière générale au reste, pour tous les Clythra, cet enduit est de la matière excrémentitielle déposée par la femelle sur l'œuf à sa sortie. La mère saisit l'œuf cylindrique entre ses pattes postérieures, et le recouvre d'une couche uniforme de ses excréments qu'elle applique par petites portions ; ce travail dure environ une demi-heure. La larve, rompant une des extrémités de l'œuf pour sortir, rompt aussi l'enveloppe et s'en entoure comme d'un fourreau protecteur. C'est au bout d'une douzaine de jours que les petites larves de C. /on^ma/ia étaient sorties et marchaient vivement en tirant chacune après elle son petit étui.

Les fourreaux, avons-nous dit, sont spécifiques. Le fourreau de C. quadripunclata (Clythra propre) est, dans le jeune âge, recouvert de lamelles imbriquées qui lui donnent l'aspect d'une petite pomme de Pin ; puis ces lamelles sont remplacées par des cotes saillantes, en chevron, formant de petites dents à l'orifice; le bout fermé est arrondi avec deux faibles tubercules transverses, i^hez le C. palmata (Lachnœa)

770 COLEOPTERES. — GHRYSOMELIENS.

le fourreau est rugueux, obloiig, d'aspect terreux, sans eûtes saillantes, à ouverture oblique, avec deux mamelons au fond, le tout ressemblant, dit L. Dufour, à une crotte de brebis un peu allongée. Le fourreau de C. longimana {Labidostomis) est de forme un peu plus ovoïde que les précédents, et il est recouvert de prolongements piliformes qui lui donnent un aspect velu. Un fourreau indéterminé, décrit par Fuessly, est ovoïde, à ouverture tronquée, à fond avec deux gros mamelons accolés.

La manière de vivre des larves varie selon les espèces et probablement les groupes d'espèces. La larve de C. quadripunctata, Fabr., a toujours été trouvée dans les fourmilières de Formica rufa. Selon M. Chevrotât, qui croit les larves de C^irysoméliens porte-fourreau lignivores, elle vivrait des amas de bois recueillis par cette grande Fourmi qui amoncelle des tas de petits rameaux au pied des arbres de nos forets. M. Rosenliauer regarde au contraire les larves de Clytlira propres, qui vivent dans les fourmilières, comme ayant une nourriture animale, composée d'insectes et même de chair de Mammifères. A ce propos, Erichson fait observer que beaucoup d'insectes phytophages ne montrent aucune répugnance pour les substances animales, et il cite à ce sujet les observations de M. Ratzeburg sur la larve d'un autre Chrysomélien phytophage, le Lina Tremulœ. Les larves de Clythra ne dévorent pas les Fourmis mortes, ce qui rend probable que, pendant leur vie, ces dernières leur prucui-ent quelque nourriture au moyen des débris qu'elles apportent.

La larve de C. lonyimana [Labidostomis) a été trouvée sous les pierres, dans le voisinage des fourmilières , mais non dans leur intérieur, et aussi sur les feuilles \ celle de C. palmata {Lachnœa), sous de grosses pierres. Celles des Coptocephala paraissent vivre exclusivement de végétaux. Enfin, des larves d'espèces exotiques ont été trouvées sur le sol et sur les feuilles.

Lors de ses explorations en Algérie, M. H. Lucas a eu l'occasion de compléter par d'intéressantes observations les faits déjà connus sur les métamorphoses des Clythra d'Europe (1). 11 rencontra en avril, près de Médéah, au milieu des matériaux de fourmilières du Myrmica testaceopilosa, Lucas, des fourreaux longs de 10 à 12 millimètres sur Zi à 5 de large, bruns, avec une bande longitudinale noire inférieure, et, sur les côtés, des saillies régulières, en minces losanges serrés (pi. lvui, fig. 2 a). Ils contenaient des larves d'un noir roussàtre, recourbées postérieurement et munies au douzième segment d'un prolongement anal en

(1) H. Lucas : Observations sur les métamorphoses du TUubœa (Clythra) octO' signala, Fabr. {Ann. Soc. entomol. de France, 1851, séance du 9 cet. 1850). — Nouvelles Observations sur les fourreaux de TUubœa [Clylhra) oclosignala, Fabr., et de Lachnœa vicina, Lacord. [op. cit.j séance du 24 sept. 1851). — Observations sur les métamorphoses de Lachnœa vicina (Hevue et Magas. de zooL, sept. 1851).

CL^THKA : MÉTAMORPHOSES. 771

sorte d'ancre destiné à retenir lu larve dans son fourreau quand elle cherche sa nourriture. Quand les larves marchent, on ne voit à l'extérieur que la tète, le protiiorax corné et les fortes pattes roussàtres ; de sorte qu'elles n'ont rien à redouter, vu la dureté de ces parties, des Myrmiques avec lesquelles elles semblent vivre en bonne intelligence. Si l'on retire la larve de son fourreau, on voit qu'elle présente une grande analogie de forme extérieure générale avec certaines larves de Lamellicornes : ainsi des Oryctes. Privée de son habitation, cette larve paraît d'abord très-embarrassée, ce qui se manifeste parles mouvements insolites de tout son corps ; mais elle ne tarde pas à rentrer dans son fourreau au moyen de son dernier segment anal, qui est prolongé et fortement recourbé en dessous, et surtout au moyen des contractions qu'elle fait éprouver aux. segments médians abdominaux, qui sont gibbeux, mous et trôs-tlexibles, à peu près comme les Pagures (Oustacés décapodes) rentrent dans la coquille protectrice dont on les a retirés. A ces curieux détails, M. Lucas a ajouté l'importante observation que les fourreaux sont parsemés çà et là de poils roussàtres formant une villosité très-manifeste et de cause tout à fait inconnue, fait bizarre que nous retrouverons chez certains genres exotiques. Les larves de Ciytkra octosignata, Fabr., dont nous parlons, ont de courtes antennes de trois articles, des mandibules robustes, noires, triangulaires, des palpes maxillaires de trois articles, et labiaux de deux. Parvenues à tout leur développement, elles ferment avec un couvercle un peu convexe la région antérieure ouverte du fourreau, qui est taillée en biseau oblique en dessus. L'opercule et le fourreau sont faits d'excréments, auxquels se joignent de petits grains de sable agglomérés, et l'opercule est collé par une matière visqueuse. La nymphe se forme alors, ayant à peu près les dimensions deja larve ; puis l'adulte sort d'ordinaire par la partie postéritiure du fourreau, ce qui a dû forcer la larve à se retourner avant la nymphose.

Également en avril, dans la vallée du Mazai'ran, aux environs de Coléah, M. Lucas trouva, sous de grosses pierres humides, des fourreaux du Lachnœa {Clylhra) vicina, Lacord., contenant des larves testacées, à tète et prothorax d'un brun roussàtre, longues de 10 milhmètres environ. Ces fourreaux, ylubres, sans poils, rugueux à l'extérieur, lisses à l'intérieur, sans trace des débris de l'œuf, étaient longs de ili millimètres et larges de G, n'ayant qu'une tine carène longitudinale et quelques saillies dorso -latérales en chevrons, sans véritables côtes. 11 s'y forme, après fermeture, une nymphe d'abord d'un jaune clair, puis brune, avec les segments abdominaux épineux en dessus, le septième très-relevé postérieurement, afin de fournir un point d'appui à 1 adulte quittant la peau uymphale. Celui-ci, long de b à 12 millimètres chez les mâles, de 7 à 10 chez les femelles, est d'un noir bleu ou verdàtre, avec pubescence grisâtre, elles élytres rousses ou jaunâtres, avec trois points noirs variant de grandeur et pouvant s'effacer. Cette espèce,

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des environs d'Alger et d'Oran, est aussi européenne, car on la retrouve au sud de l'Espagne.

On peut résumer comme il suit les caractères des fourreaux des larves : ceux des Labidostomis principalement sont recouverts extérieurement de prolongements piliformes qui leur donnent un aspect velu ; ceux des Lachnœa sont glabres, rugueux, striés ; ceux des Chjthra, Titubœa, Coptocephala, ont au côté dorsal des côtes saillantes formant une double série de chevrons. — Consulter E. Lefèvre, Monogr. des Clythrides d'Europe et du bassin de la Méditerranée [Ann, Soc. entom. de France, 1872, p. /i9j.

On doit rattacher au groupe des Clythraldeu\ genres exotiques, types d'autres^ genres annexes, d'Amérique et surtout du Brésil, dont nous ferons une simple mention. L'un, le genre Babia, Clievr., à tète le plus souvent fléchie en dessous, est d'une coloration très-constante. Dans près des quatre cinquièmes des espèces, sur un fond noir ou métallique, il y a sur chaque élytre deux bandes ou taches fauves, l'une à la base, l'autre au bout; parfois ces taches sont remplacées par une bordure de même couleur, ou bien elles s'agrandissent au point de former le fond de la couleur des élytres, par une de ces inversions pigmentaires fréquentes chez les Coléoptères tachetés, comme les Erotyles, les Coccinelles, etc. Le corselet n'a jamais de dessins. Les autres espèces sont de couleur uniforme, métallique ou non.

Les Megalostomis, Chevr., sont encore plus voisins des Clythru, la tète des mâles étant trés-développée, ainsi que les organes buccaux, mais les pattes antérieures gardent les proportions ordinaires. On trouve ces insectes adultes sur les feuilles des buissons, principalement dans les taillis, les bois peu fourrés et le voisinage des plantations. Ils sont en» core plus lourds que les Clythra, et Lacordaire n'a jamais constaté chez eux la locomotion aérienne.

Les métamorphoses des Babia et des Megalostomis sont inconnues, ce qui est fâcheux, car on serait mieux fixé sur leur position sériale. C'est peut-être, selon Lacordaire, à l'un des genres de ces insectes qu'il faut rapporter des fourreaux très-étranges, trouvés au Brésil par ce savant, et dont les larves ressemblaient beaucoup à celles des Chlamys. Ces fourreaux excrémentitiels, un peu recourbés, au contraire de ceux observés en Europe, vont en se rétrécissant de leur ouverture à leur sommet, et l'ouverture est ovoïde et beaucoup plus large que la tête des larves; de sorte qu'elle ne peut être formée qu'incomplètement par elle, et que l'on comprend peu comment les larves les traînent. Le plus curieux, c'est que ces fourreaux sont cou\crts d'un feutrage de poils roux ou jaunâtres, de structure pareille à celle des poils de Mammifères, rameux comme des andouillers de Cerf. Rien de plus singulier

CHLAMYS, POROPLEURA. 773

que ces poils sur uno coque faite d'excréments. Est-ce l'effet d'une production cryptogamique?

Le type des curieux Coléoptères qu'on peut désigner sous le nom de Chlamydes présente pour l'écusson uno particularité intéressante à signaler. Il est tout ditTérent du plan habituel de sa structure chez les Coléoptères, où cet organe se rétrécit d'avant en arrière. Chez les Chlamydes il est rétréci d'arrière en avant, et, ce qui est encore plus singulier, c'est l'existence de deux écussons chez une espèce mexicaine de ce groupe (Diaspis paradoxa, Lacord.), le métascutellum s'étant développé et interposé entre les élytres, comme le mésoscutellum le fait ordinairement, et en outre de celui-ci. C'est le seul Coléoptère connu qui soit dans ce cas.

Clll,.%!»iV§», Knocli, — Antennes dentées du troisième au septième article, et reçues, au repos, dans des rainures du prothorax qui se prolongent jusqu'au métathorax. Tête enchâssée dans l'ouverture antérieure du prothorax. Corselet plus ou moins bossue; élytres diversement sculptées, laissant le pygidium à découvert. Pattes d'égale longueur, contractiles, se logeant, au repos, dans des excavations de leurs segments thoraciques respectifs. Crochets des tarses presque toujours appendiculés ou bifides.

Les caractères sexuels des Chlamys se bornent à la présence d'une fossette plus ou moins profonde sur le premier segment abdominal ; les mâles en sont dépourvus ou l'ont peu marquée. Quant au reste, les deux sexes sont pareils, sauf la taille plus grande chez la femelle. . Les C/ifomj/s sont très-remarquables par leur coloration, et certains peuvent rivaliser pour l'éclat avec les Coléoptères les plus brillants. A l'état parfait, ils vivent isolés ou épars en petit nombre sur les feuilles, dont ceux de couleur sombre paraissent souvent, au premier abord, vu leurs bosselures, n'être que des excroissances. Leur démarche est trèslente, et ordinairement ils restent complètement immobiles. Quand on veut les saisir, ils se laissent tomber, et simulent la mort dès qu'on les touche. Lacordaire ne les a jamais vus volant, quoique leurs ailes inférieures soient bien développées. Ce genre est formé principalement d'espèces américaines, avec quelques-unes du Cap, de l'Inde et de Java.

POROPLKIR %, Lacord. — Caractères voisins des Chlamys. Dernier segment de l'abdomen avec une fossette grande chez les mâles, énorme chez les femelles; un gros tubercule arrondi de chaque côté du premier segment abdominal. Crochets des tarses simples.

Ce genre comprend les Insectes les plus remarquables parmi les Chlamydes, en raison de leur taille, qui est très-grande, comparée à celle des autres espèces. Les couleurs varient du cuivreux plus

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OU moins éclatant au bleu et au violet. Le corselet est surmonté d'une forte élévation tuberculeuse, ou pourvu de crûtes sur les côtés, et les élytres sont très-inégales.

Nous représentons, du Brésil et de la Guyane, le P. bacca, Kirby (pi. Lvni, fig. 9), long de 8 millimètres environ sur 5 à 6 de large. Le corps est noir et le dessus d'un cuivreux doré très-brillant. Le corselet est surmonté d'une élévation très-forte, subquadrangle, excavée en dessus, avec bords crêtes et bidentés ; les élytres ont chacune neuf tubercules, avec une carène latérale ; le pygidium est plan, pointillé et terminé par deux fossettes. Cette curieuse espèce est maintenant commune dans les collections, et les mâles y sont moins rares que dans une autre espèce des mômes pays, le P. monstrosa, Oliv., d'un bleu foncé et velouté brillant, avec le corselet très-bosselé et les élytres offrant des excavations irrégulières sur quatre rangées. La larve et le fourreau d'excréments de cette espèce ont été décrits par M. Burmeister. On la rencontre aux environs de Rio-Janeiro, en décembre et janvier (été de ces régions), rampant ou immobile au pied des arbres, sur la terre ou sur de petites branches. Elle paraît vivre de mousses ou de lichens. Lors du moment de la nymphose, elle fixe sa coque au point de jonction de deux petits rameaux, et l'adulte éclôt en février et mars (fin de l'été et automne). La coque , formée d'excréments en couches concentriques, est très-singulière. Elle a. la forme d'un cœur à pointe rétrécie, obtuse et recourbée en avant, graduellement élargi en arrière, très-convexe sur sa surface dorsale, élargi et déprimé à la base, avec un large sillon, et prolongé de chaque côté en une sorte d'aileron triangulaire, chacun avec une large ouverture destinée à donner passage aux excréments de la larve. Sa tète, en effet, correspond à la pointe de la coque, et sa partie postérieure à la portion élargie. Celle-ci est fixée aux branches lors de la métamorphose, et la larve bouche les ouvertures des ailerons. L'adulte détache, pour sortir, le tiers antérieur du fourreau, par une incision parfaitement circulaire.

liAMPROSOlM.%, Kirby. — Antennes reçues au repos dans des rainures du corselet, très-grêles, ayant leurs cinq derniers articles un peu élargis. Corps glabre, arrondi, globuleux. Crochets des tarses appendiculés.

Ces insectes sont pour la plupart des régions chaudes de l'Amérique, du Brésil, de la Guyane, de la Colombie, du Mexique, de la Californie, et sont l'cmarquables par leurs couleurs éclatantes et leur aspect piluliforme. Les différences sexuelles sont nulles. La tête est complètement enfoncée dans le corselet; celui-ci court, très-rétrôci et déclive en avant, aussi large à la base que les élytres. Nous représentons (pi. lviii, fig. 10) une espèce commune, de la Guyane et du Brésil, le L. œrruscum, Gory, à tète, corselet et extrémité des élytres d'un rouge de feu, avec la région postérieure du corselet et la base des élytres d'un bleu foncé

LAMPROSOMA, CRYPTOCEPHALUS. 775

OU d'un noir violet brillant. En Europe, ce genre ne comprend qu'une seule espèce aptôre, de tout le continent et des îles Britanniques, le L. concolor, Sturm, du genre Oomorphus, CiifUs, lîruUé (pi. xxii, fig. 12, jambe et tarse antérieurs), entièrement d'un noir bronzé brillant, fortement ponctué, de 2 millimètres environ, vivant dans les Mousses, sous les pierres, aimant les endroits frais. Les caractères énoncés pour le genre expliquent l'erreur qui avait fait placer l'espèce d'Europe, chrysomélien el phytophage, dans le genre Byrrhus.

Le vert métallique, le rouge cuivreux ou le cuivreux doré, puis le bleu, sont la parure ordinaire du type Lamprosoma ; un petit nombre ont d'autres couleurs, comme le noir, le vert-olive, etc. Ces couleurs sont généralement uniformes, et. quand il existe un dessin, il est composé de couleurs métalliques brillantes. Lacordaire a observé à la Guyane et au Brésil que les adultes des Lamprosoma marchent lentement à la surface des feuilles, ou volent lentement à la chaleur du jour dans les bois. Quand on veut les saisir, ces insectes contractent leurs pattes et se laissent tomber en simulant la mort. Les métamorphoses, très-incomplétement connues, paraissent analogues à celles des Chlamxjs. M. Westwood a signalé des coques de Lamprosoma du Brésil ressemblant à des bourgeons morts. La larve, avant la nymphose, fixe l'ouverture du fourreau excrémentitiel contre une branche et se retourne ensuite, de façon que l'adulte sorte par la partie opposée.

CRVPTOCRPn.tl.r^, Geoffroy. — Corps court, épais, convexe, presque toujours glabre en dessus. Tête large, aplatie en avant, rentrant complètement dans le corselet, invisible de dessus; antennes grêles, longues, filiformes, à articles simples. Corselet grand, très-convexe en avant; pygidium grand, découvert. Pattes antérieures de grandeur normale.

Ce genre, avec quelques genres annexes, renferme les Coléoptères nomiiiés vulgairement Gribouris. Ce groupe se distingue du type Clythra par une forme plus raccourcie, des antennes ordinairement filiformes, et surtout un large prosternum et mésosternum, et des Eumolpes par le pygidium découvert. Les femelles ont toujours une fossette sur le dernier segment ventral, au-dessous de l'ouverture de l'anus, et les mâles l'ont très-souvent. En outre, chez certains mâles, le quatrième segment abdominal présente en dessous une fossette entourée d'épines ou de lames saillantes, ou simplement un espace dénudé, plus brillant que le pourtour : il s'agit sans doute de quelque organe servant à maintenir le mâle sur la femelle lors de la copulation.

Les nombreuses espèces de Cryptucéphales ont une coloration trèsvariée, depuis le vert métallique jusqu'au noir foncé, avec toutes les nuances de jaune et de rouge en certaines parties, comme aux antennes, aux pattes, etc. Elles sont difficiles à classer par groupes bien limités, à cause des transitions qu'on y rencontre. Elles se nourrissent

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de plantes variées. Les unes se trouvent sur les fleurs des Composées, des Légumineuses, etc.; la plus grande partie sur les Chênes, les Peupliers, les Saules, en général les Amentacées ; un petit nombre seulement préfère les Conifères.

Les larves, comme celles des Lamprosomes et des Clythres, s'entourent de fourreaux protecteurs formés de leurs excréments. Ces fourreaux sont d'un travail moins parfait que chez les Chjthra, mais supé-rieur à celui des Criocères et des Cassides , car le fourreau régulier entoure toute la larve et protégera également la nymphe, qui reste sans abri chez les Criocères et les Cassides.

M. Gêné a étudié en détail les métamorphoses du C. duodecimpunctatus, Fabr., de France, d'Allemagne, d'Italie, de Russie. La femelle pond six ou sept œufs, peu tenaces, sur les feuilles du Noisetier aveline {Corylus AveUana). L'œuf reste environ six heures au passage, temps nécessaire à la femelle pour accumuler sur l'œuf les matières fécales qui seront le premier fourreau de la larve naissante, et c'est hors de l'anus, sur la partie de l'œuf saillante, que l'enduit est déposé. Cet œuf, long d'un millimètre avec son enveloppe, est ovale, avec cinq rangées de proéminences destinées à retenir l'enduit excrémentitiel. La larve se nourrit de feuilles de Chêne, a treize anneaux, y compris la tête, sortant du fourreau, ainsi que le thorax, le reste y étant renfermé. Elle a des antennes de trois articles, des mandibules échancrécs au sommet, le prothorax recouvert d'une plaque 'cornée, les autres anneaux mous, blanchâtres, ridés. Les pattes sont très-longues, minces, terminées par un ongle très-aigu, très-propres à cramponner la larve aux troncs et aux feuilles. Le fourreau, qu'aucun ligament n'attache au corps de la larve, a la figure d'un dé à coudre, fermé au bout le plus large, ouvert à l'autre, ce qui est en rapport avec la forme recourbée de la larve, dont l'anus se rapproche de la tête, car les excréments, qui sont les matériaux du fourreau, sont assemblés par les mandibules. Le fourreau est noirâtre, rugueux à la surface, résistant à la pression du doigt, ayant 7 millimètres de long sur h de large. M. Gêné s'est assuré qu'il n'est ni de terre ni de bois agglutiné, mais uniquement formé d'excréments. En effet, en élevant des larves dans une boîte sans terre, et cassant le fourreau, il vit la larve le raccommoder, et la pièce, d'abord verdâtre comme les excréments frais, noircir peu à peu. Lors de la nymphose, qui a lieu en mai, la larve ferme la partie ouverte du fourreau avec un opercule d'excréments perpendiculaire à l'axe. Puis elle se retourne dans le fourreau, devient nymphe, rejette la peau de larve contre l'opercule, et l'adulte sort par le fond opposé au couvercle, dont il enlève un morceau circulaire, de môme que cela a lieu chez les Chjthra.

M. Chevrotât regarde les larves de Cryptocéphales comme vivant de bois, les a vues rongeant des bûches et s'y traînant à la manière des Limaçons. On reneontrc beaucoup de larves de ce genre sur les feuilles .sèches de Chênes dans la forêt de Siiiiil-(irrni;iiii en Layi;, et pruli.ihlc-

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