NUTRITION ET DIGESTION
Dans les animaux supérieurs et dans tous ceux, parmi les invertébrés, qui sont munis d’un système circulatoire complet, la nutrition s’opère au moyen du sang, qui, parcourant toutes les parties du corps, se met en contact avec l’air et parvient aux derniers organes. Chez les insectes, au contraire, le vaisseau dorsal étant dépourvu de ramifications, la nature a dû les pourvoir d’un système particulier que Cuvier a le premier saisi : suivant ce grand naturaliste, la nutrition s’opère dans ces animaux par émbibition; effectivement, le fluide nutritif, après avoir été élaboré dans le canal intestinal, parvient dans la cavité où plongent les divers organes, dont cha- Cun puise, au moyen de sa texture plus où moins voreuse, les particules qui lui sont nécessaires.
Nous allons passer à l'étude des organes de Ja digestion, que nous partagerons en trois sections : 1° les parties de la bouche ; 2° le tube intestinal; CL 3° les organes sécréteurs.
Anatomie de la bouche.
Dès les temps les plus reculés, l’on avait observé que, parmi les insectes, les uns avaient une bou- Che propre à broyer des matières solides, tandis
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. que celle des autres , ayant la forme d’une trompe, ne pouvait leur servir qu'à sucer des liquides: long-temps l’on crut que ces deux organes étaient fort différents l’un de l’autre et d’une composition très-dissemblabe ; mais M. Savigny, dans ses admirables Mémoires sur les Animaux sans vertèbres, démontra, il y a peu d’années, et de la manière la plus évidente , que ces organes, bien que très-modifiés, présentaient toujours l’unité de composition, et que dans la trompe dn Papillon l’on retronvait exactement les mêmes parties que dans la bouché de’ la Chenille, Rte
Examinons d’abord ces organes chez les insectes masticateurs, et nous les suivrons ensuite dans les principales modifications qu'ils présentent dans la chaîne des insectes.
: La bouche de ces animaux offre six pièces principales opposées par paires; ces pièces sont les mandibules, les mâchoires et les deux lèvres. Ce dernier nom n’a été conservé qu'à celle de ces pièces qui est située inférieurement ; l’autre a recu la dénomination de labre. 7
Les mandibules, que l'os nommait avant Fabricius mâchoires , sont des pièces situées latéralement, et
‘qui le plus souvent contribuent à la manducation. Leur consistance est presque toujours cornée, el généralement d’une grande solidité; elles sont fixées par leur.base au crâne, avec lequel elles-s’articulent en charnière, Elles acquièrent souvent un grand développement, et ont l’apparence de grandes pinces’ comme dans les Cerfs-volants. Selon M. Strauss, Pintérieur des mandibules ne contient qu'une pulpé graisseuse, des nerfs et des trachées. M. Kirby a ob servé dans quelques Brachélytres une lame de consi” stance cartilagineuse placée à leur base; il lui donn® le nom de prostheca. TLE
Les mâchoires, situées au-dessous des mandibules sont généralement d’une nature moins dure qu’elles; cependant, elles s’en rapprochent beaucoup chez les espèces carnassières. Leur extrémité se termine par un ou deux appendices velus que l’on nomme lobes,
Dans un assez grand nombre d'insectes, et particulièrement chez les Orthoptéres, le lobe antérieur est composé de deux pièces articulées ; on lui donne alors le nom de galette (galea), M. Strauss a étendu ce nom à un appendice qui termine la mâchoire des Coléoptères, el qui, malgré l'opinion de Latreille, n'est effectivement qu'une modification du même organe, que l’on devrait peut-être, dans tous les cas, considérer comme une deuxième paire de palpes maxillaires, ainsi qu’on le fait pour les Carabiques.
Latreille avait reconnu que la mâchoire des Coléoptères était composée de plusieurs pièces intimement réunies; mais M. Strauss les a le premier distinguées.
« Elles sont au nombre de quatre, dit-il ( Consid. générales sur l’Anat. des Animaux articulés) ; V’une d’entre elles fixe la mâchoire sur. la basilaire. C’est une pièce à peu près trapézoïde, portant à son nr côté parallèle un condyle articulaire qui pénètre dans la cavité cotyloïde interne qu’on remarque dans l’apophyse antérieure de la basilaire. De ce point d’articulation, cette première pièce se porte transversa lement en dehors, et va s'unir par son bord opposé aux autres pièces du corps de la mâchoire, d’où je lui donne le nom de branche transverse. A son bord interne , elle porte trois petites apophyses dirigées vers l’intérieur de la tête, et auxquelles se fixent les muscles adducteur, prétracteur et abducteur de la dranche transverse. Le condyle articulaire se trouve Placé à la partie inférieure de la pièce, près de son
apophyse externe; de manière que ces muscles agissent sur la branche transverse comme un levier du . premier genre. Le grand bord parallèle, ou l’externe, est, chez tous les Coléoptères, coupé en ligne droite, et s’unit par une articulation linéaire à la seconde pièce de la mâchoire, que je nomme la dorsale. Les bords latéraux de la branche transverse se relèvent et se continuent avec la membrane du pharynx.
» La pièce dorsale des mâchoires est, chez tous les Coléoptères, une plaque. presque plane, en triangle isoscèle; elle est unie par son petit côté à la‘branche transverse, et de cette articulation elle se porte en avant, et délermine la direction de la partie principale du corps de la mâchoire, dont elle occupe la face externe, Par son bord interne, cette seconde pièce s'articule linéairement avec nne troisième, placée à la face inférieure de la mâchoire , et que je nomme l’intermaxillaire, et son bord externe s’articule avec la quatrième, qué j'appelle la pièce palpifere.
. » L’intermamillaire occupe, comme nous venons de : le dire, la face inférieure de la mâchoire, et forme en même temps son bord interne; elle se prolonge peu au-delà de la pièce dorsale, et forme eu dessous une plaque allongée, qui s’étend vers le milieu de son bord interne en une longue apophyse dentiforme, dirigée obliquement en avant et en dedans. L’intermaillaire s’arlicule en dedans avec la dorsale ; à côté de son apophyse, avec l’angle interne de la pièce palpifère, à son bord interne, elle est liée par un espace membraneux ayec le galea ; enfin son bord postérieur se continue avec lepharynx.
» La pièce palpifére occupe la face supérieure de Ja mâchoire, et se Lrouve contiguë à la mandibule. C'est une grande plaque à peu près triangulaire, articulée par son bord externe avec la pièce dorsale ; par l’antérieur avec le galea ; par l’angle interne avec
D'ENTOMOLOGIE. x: 99 l'intermaxillaire, et enfin son bord postérieur se continue avec le pharynx. Cette pièce forme ainsi, avec à dorsale et l’intermazillaire, une chambre ouverte, d’une part, du côté de la branche transverse, par où elle communiqne avec la cavité de la tête, et, d’une aulre, avec le galea. Sur l'angle anléro-externe de Celle pièce est articulé le palpe, qui forme le principal appendice de la mâchoire. »
Les mâchoires supportent chacune, ginsi que nous venons de le voir, un appendice articulé que
, ” 0 \ on nomme palpe. Quelques entomologisies ont
donné à ces parties le nom d’antennules. La lèvre supportant des organes analogues, l’on donne à ceux dont nous traitons ici, et, pour les distinguer, le nom de pélpes maxillaires. Dans presque tous Les cas ces palpes sont formés d’un plus grand nombre d’articles que ceux de la-lèvre, et le plus souvent ils en 0at quatre, et les auires trois seulement,
Le labre ou lèvre supérieure est une plaque composée d’une seule pièce. Fabricius ne l'avait pas distinguée du chaperon. Sa consistance est tantôt mem-
raueuse et tanlôt cornée;,son bord antérieur est Souvent cilié. M. Strauss donne le nom de labro-palatine 3 une apophyse qui se-prolonge du bord antérieur du labre sur le chaperon, où elle se trouve contenue dans la membrane du palais. Cette apophyse, Qui se retrouve chez presque tous les Coléopières, est Juelquefois double, |
Le labre est souvent échancré au milieu, et, sui vaut M, Strauss, il disparaît entièrement dans le Cerfs olant, et se trouve alors remplacé par une saillie de
éplicräne. . ;
La lvre est située entre les mâchoires, et forme la partie inférieure de la bouche; c’est une plaque fouvent assez grande, et qui fait la continuation de
à pièce prébasilaire. Elle est composée de deux par-