CHAPITRE V
TISSU LAMINEUX.
Ou appelle tissu lamineux ou tissu cellulaire un tissu blanchâtre, mou, situé entre les organes qu'il sépare et dont il facilite le glissement.
Le tissu cellulaire est très-répandu dans l’économie; il forme :
1° Sous la peau, une couche partout continue, dans laquelle sc développent des pelotons graisseux;
2° Sous les aponévroses, des couches qui séparent les uns des autres les divers organes de la région que l’on examine ;
3° Dans les cavités, des couches minces aux viscères; il leur forme, à la plupart du moins, une atmosphère celluleuse.
De là trois divisions dans le tissu : le tissu cellulaire sous-cutanc , le tissu cellulaire sous-aponevrolique , le tissu cellulaire splanchnique. Le premier communique avec le second à travers un grand nombre d’orificcs que l’on trouve sur les aponévroses; le second communique avec le troisième au niveau de la racine des membres et au niveau du cou. Dans toutes ces diverses parties, le tissu cellulaire est le même. Partout il est formé par des lamelles entre-croisées qui
limitent des mailles ou aréoles. Ces aréoles communiquent, toutes entre elles dans toute l’étendue du corps. Celte communication explique la facilité avec laquelle une infiltration de liquide du tissu cellulaire gagne les parties voisines et peut ainsi envahir tout le ; corps ; elle explique encore comment l’air introduit sous la peau i peut se porter plus ou moins loin et donner lieu à l’emphysème souscutané; elle explique encore comment, dans une déchirure des lobules pulmonaires, l’air peut envahir lu presque totalité du corps en gagnant le tissu cellulaire du médiaslin , du cou, etc., par le hile du poumon.
Étudié au point de vue de l’histologie, ce tissu se trouve composé :
1° D’un élément anatomique fondamental :
Fibres lamîneuses;
T D’éléments anatomiques accessoires :
Fibres élastiques,
Matière amorphe,
Cellules adipeuses ,
Noyaux cmbryoplastiques ,
Vaisseaux capillaires.
bcs fibres lumineuses sont de petits filaments mous, hyalins, réunis en faisceaux, lisses, minces et aplatis, à peu près dépourvus d’élasticité. Ces faisceaux ont la forme de rubans; ils décrivent des ondulations plus ou moins régulières. Les fibres lamîneuses ont de 0“m,001 à 0m,n,002 et sont d’un diamètre partout égal. Flics réfractent peu la lumière. Le diamètre des faisceaux varie de 0,um,0l jusqu’à 0,nm,06. Toutes les fibres lamineuscs ne sont pas disposées ainsi en faisceaux; ou trouve aussi des fibres isolées et des fibres disposées en
lamelles. Les faisceaux des libres lumineuses se gonflent immédiatement au contact de l’eau et des autres liquides.
L’acide acétique les gonfle, les ramollit, les agglutine, mais il ne les dissout pas.
Les fibres élastiques sont peu abondantes dans le tissu lamineux : celles qu’on y rencontre appartiennent à la variété dartoïque. Les unes sont placées entre les divers éléments constituants du tissu lamineux; les autres décrivent des tours de spire autour des faisceaux de fibres lamineuses. C’est en traitant ces faisceaux par l’acide acétique que les fibres élastiques ont été découvertes dans ce tissu; car n’étant pas gonflées par l’acide, elles font l’office d’une corde qui serrerait fortement le faisceau lamineux pendant qu’il se gonfle au contact du liquide.
En quelques points, les éléments du tissu lamineux sont juxtaposés sans intermédiaire de matière amorphe; ailleurs ils sont séparés par cette matière qui n’est pas très-abondante chez l’adulte, mais considérable chez le fœtus, tant qu’il est gélatiniforme, et dans les tumeurs appelées cancer colloïde ou gélatiniforme.
Les cellules adipeuses se rencontrent çà et là dans l’interstice des éléments anatomiques précédents; elles existent en quantité variable selon les sujets et selon les régions du corps.
Vu milieu de tous ces éléments, on trouve aussi dispersés quelques noyaux embryoplastiyues.
Les vaisseaux capillaires existent dans le tissu lamineux en très-grande quantité; ils suivent la direction des faisceaux de fibres lamineuses et s’anastomosent entre eux sans jamais pénétrer au centre des faisceaux qui se nourrissent par inibibilion. Ce tissu est généralement plus riche en vaisseaux que les organes qu’il entoure.
La fibre lamincuse ne forme pas l’élément anatomique fondamental du tissu lamineux seulement, mais aussi celui des tendons, des ligaments, des disques fibreux interarticulaires, des membranes séreuses et fibreuses, etc., etc.
Le tissu est gonflé par les liquides; il se transforme en colle par l’action de l’eau bouillante.
Desséché, il devient jaune, cassant, transparent, et se ramollit de nouveau au contact de l’eau.
Mode d'apparition. Ce tissu naît entre les fibres musculaires, dès que celles-ci se montrent; il a alors l’aspect gélaliniforme , à cause de la grande quantité de matière amorphe qu’il contient. Chez l’adulte, comme chez l’embryon, les fibres lamineuscs ont pour centre de génération les noyaux cmbryoplastiques. Aux deux extrémités de ces noyaux, il se produit de la matière amorphe qui leur donne un aspect fusiforme. Les extrémités de ces corps fusiformes se divisent quelquefois en deux ou trois filaments, et. chacun d’eux devient le point de départ de plusieurs fibres lamineuses. Chacun des prolongements du corps fusiforme s’allonge avec rapidité, et le noyau qui avait
clé le point de départ de la fibre lamineuse s’atrophie et disparaît. On voit donc qu’un noyau embryoplastique peut être le point de départ d’une ou de plusieurs fibres lamineuses,
11 est facile de voir que le corps fusiforme qui résulte du développement d’une certaine quantité de matière amorphe aux extrémités du noyau n’est autre chose qu’une fibre lamineuse à l’étal embryonnaire en évolution. Ce sont précisément ces corps fusiformes, ces fibres lamineuses en évolution, que l’on a appelés sans aucune raison corps fibro-plastiques. Ils ne forment pas de tissu normal , il n’y a pas de régions où l’on trouve du tissu fîùro-plastique. C’est bien différent à l’état pathologique , comme nous le verrons dans quelques instants.
Altérations. Les fibres lamineuses s’altèrent chez le cadavre, elles prennent un aspect grenu. De tous les tissus normaux, le tissu lamineux se régénère le plus facilement; mais il est rare que le tissu reproduit soit identique au tissu primitif, il est formé de tissu fibreux dit cicatriciel.
Les fibres lamineuses sont quelquefois le siège d’hypergénèse et même d’hypertrophie. C’est ce qui caractérise essentiellement l’éléphan tiasis des Arabes. Une grande quantité de matière amorphe s’interpose entre les fibres lamineuses dans cette maladie.
Tumeur# liliro-iilnstiques. Le tissu lamillCllX CSt le point de départ de tumeurs dites fibro-plastiqucs. Ce sont des tumeurs formées par l’hypcrgénèse des
éléments du tissu lamineux, et comme on a examiné ces tumeurs lorsque les libres étaient en pleine voie de développement, on leur a trouvé un aspect particulier qui leur a fait donner un nom. Mais, si l’on avait parfaitement connu la genèse et le développement des fibres lamineuses à l’état normal, on aurait vu que ces éléments, que l’on regardait comme hétéromorphes, existent réellement h l’état normal et ne représentent qu’une des périodes de l’évolution des fibres lamineuses. Les tumeurs présentent, en outre, du tissu lamineux complètement formé, des vaisseaux, de matière amorphe, et parfois des cellules graisseuses. Les noyaux fibro-plastiqucs de ces tumeurs ne sont que les noyaux embryoplastiques qui existent normalement dans le tissu cellulaire. Ces corps fusiformes sont un élément accessoire de toutes les espèces de tumeurs, moins le tubercule. Dans l’examen de ces tumeurs on a été frappé surtout par ces éléments qui ont fait donner le nom de fibro-plastique à des tumeurs toutes différentes, comme certaines tumeurs fibreuses et certaines tumeurs à myéloplaxe.
Bourgeons , tissas dcniridcll. Etant
donnée une plaie quelconque, il se fait une exsudation de substance amorphe, dans laquelle se développent des noyaux embryoplasliqucs, et des vaisseaux capillaires qui sont la continuation des capillaires des parties voisines. Entre tous ces éléments, se montrent des cytoblastions. C’est ainsi que sont constitués, dans le principe, les bourgeons
charnus. Entre ces éléments se développent des corps fusiformes fibro-plastiques, dont quelques-uns deviennent fibres lamineuses.
Ce n’est que plus tard, lorsque la suppuration cesse, qu’apparaissent les fibres élastiques, et alors va se former le tissu modulaire ou cicatriciel. Ce tissu se développe donc comme le tissu lamineux; c’est du tissu lamineux, en effet, mais contenant fort peu de vaisseaux et de fibres élastiques. Il sc rapproche, par conséquent, du tissu fibreux, surtout si l’on considère la grande quantité de matière amorphe interposée à tous ces éléments. Peu à peu cette matière amorphe se résorbe, et c’est cette résorption lente de la matière amorphe qui détermine principalement la rétraction des cicatrices.