ÉPIDERME
A la surface du derme se trouve une autre couche mince qui en trahit toutes les saillies, toutes les dépressions, c’est l’épiderme. Cette couche est uniquement constituée par des cellules appartenant au groupe des produits. L’élude des poils et les ongles s’y rattachent.
L’épiderme est mince, de 0,nm,2 à 0,nm,4. Il est plus épais aux mains et aux pieds et sur les régions du corps qui supportent des pressions souvent répétées. C’est ainsi que les chaussures étroites déterminent l’épaississement de cette couche en certains points; c’est encore de la même façon que se développent les durillons sur les mains de certains ouvriers. Cet épaississement dépend quelquefois de la profession de l’individu, cl dans le même point . sous la peau, on trouve une bourse séreuse sous-cu- Lanéc (voir Tissu séreux, page 78).
L’épiderme est transparent, insensible. La lace superficielle présente des saillies, des sillons, des plis, des oriliecs. La face profonde est moulée sur la derme et représente exactement toutes les saillies et dépressions du derme. On trouve aussi sur cette face des prolongements plus ou moins considérables , visibles surtout lorsqu’on sépare 1 épiderme du derme après avoir fait macérer la peau jusqu a
putréfaction. Ces prolongements sont aussi nombreux que les glandes sébacées ci sudoripares et les follicules pileux réunis; il sont formées par 1 épidermc qui s’enfonce dans la cavité de tous ces organes pour en former la tunique interne. Dans les follicules pileux ce prolongement épidermique adhère au poil, de sorte qu’en arrachant l’épiderme on peut enlever avec lui le poil contenu dans le follicule. On pourrait ainsi, après une macération prolongée, dépouiller facilement une tête de tous les cheveux qui la recouvrent.
L’épiderme est formé de cellules à' épithélium pavimenteux stratifié. Ces cellules forment trois couches qui se confondent en une seule, et s’il est possible de séparer les deux superficielles sous les noms de corps muqueux et d'épiderme proprement dit, il faut dire que le mode de développement et l’identité des éléments anatomiques de ces deux couches ne nous permettent pas de les séparer. Nous ne décrirons donc à l’épiderme qu’une seule couche, qu’un seul élément, mais nous aurons soin de faire voir que cet élément forme une couche d’aspect particulier, selon l’époque du développement à laquelle il est parvenu. Profondément, par exemple, dans la couche qui louche le derme, les cellules épithéliales de l’épiderme sont polyédriques, régulières, juxtaposées et colorées dans les régions où la peau est brune, dans la peau du nègre surtout, par de la mélanine. C’est à cette couche qu’on donnait le nom de pigment ou de
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couche pigmentaire. Par-dessus celle couche, on eu trouve une autre formée de cellules aplaties cl confusément entassées, elle est molle et peut être séparée du reste de l’épiderme. C’est cette couche qu’on appelle corps mucineux de Malpiglii. Superficiellement enfin, des cellules minces et lamelleuses, généralement sans noyau, adhérentes entre elles, constituent la couche cornée ou épidermique.
Le pigment est cette matière noire qui donne à la peau une couleur plus ou moins foncée et qui tapisse la face interne de la choroïde. Ou a donné le nom de couche pigmentaire à la partie profonde de L’épiderme qui renferme cette matière noire. Chez l’homme blanc , il 11e forme pas une couche régulière, il est très-inégalement répandu, selon les régions. Souvent certains points de la peau prennent une teinte brune temporaire ou permanente sous l’influence de certains états physiologiques ou pathologiques (grossesse, maladie d'Àcldison . Lorsqu’il se développe en masse sous l’influence d’une cause pathologique, 011 a des tumeurs appelées mélanoses.
Le pigment est une substance organique connue sous le nom de mélanine ; unie h des principes im-
médiats azotés, cette substance existe sous forme de granulations pigmentaires. Ces granulations sont libres ou déposées dans les cellules les plus profondes de l’épiderme ; la plus ou moins grande abondance de ces granulations dans cette couche détermine la plus ou moins grande coloration de la
peau eu noir. Â mesure que ces cellules, profondément situées, se rapprochent de la surface de l’épiderme, les granulations pigmentaires pâlissent et disparaissent, en sorte que les cellules les plus superficielles sont uniquement formées par la paroi aplatie, sans noyau et sans granulations.
Le corps muqueux fut décrit pour la première fois par Malpighi, dont il porte le nom, à la face profonde de l’épiderme de la langue. Cet auteur le considère comme une lame percée de trous, erreur qui fut réfutée bientôt par Albinus, qui lit voir la parfaite continuité de cette couche dans toute l’étendue de la peau. Chaque trou correspondait à une papille, ce qui tenait au mode de préparation : Malpighi faisait bouillir une langue dont il enlevait l’épidenne, tandis cju’ Albinus procédait par macération de la peau. Bichat en fit, bien à tort, un plexus vasculaire, qu’un anatomiste, Gaultier, vint ensuite diviser en quatre couches superposées. Purkinje et Henle ont démontré qu’il n’y a là aucun vaisseau, et que cette couche est uniquement constituée par des cellules.
Si on laisse macérer, pendant douze jours, dans parties égales d’acide acétique et d’eau, un lambeau d’épiderme, on peut, au bout de ce temps, séparer deux lamelles superposées, l’une superficielle, blanche, l’autre profonde, un peu brune : celle-ci est le corps muqueux. On le rencontre partout où se trouve l’épiderme, puisqu’il en est une partie constituante; on le trouve môme sous les ongles. Elles
sont séparables ainsi ; cependant il lions parait difficile de 11e pas dire que cette couche est si intimement confondue avec la couche superficielle, quelle ne doit pas être décrite séparément. Comme les couches superficielles de l’épiderme, elle est dépourvue de vaisseaux et de nerfs ; comme elles aussi, elle est formée de cellules épithéliales; seulement elles sont moins aplaties, leur noyau n’a pas encore disparu, et les granulations pigmentaires y sont rares. Nous voyons là une période de l’évolution des cellules épithéliales de l’épiderme qui naissent à la surface du derme, renfermant des noyaux et des granulations pigmentaires, et se rapprochant peu à peu de la surface libre, tandis que les noyaux et les granulations disparaissent graduellement; elles s’éloignent de plus en plus du derme, parce qu’elles sont poussées par d’autres cellules nomellemcnt formées.
Les ongles sont des lames cornées, de même nature (pie lcpiderme, qui recouvrent la face dorsale de l’extrémité libre des doigts et des orteils. Ils sont enchâssés dans une dépression de la peau qu’on appelle matrice. Celle-ci, plus profonde à la partie moyenne, diminue vers les côtés , pour disparaître complètement sur les bords de I ongle; elle contient un peu plus du quart de la longueur de celte lame cornée.
Iles ongle».
L’ongle présente la racine, le corps et Y extrémité libre.
La racine est enchâssée clans la matrice; elle est blanche, opacpie, mince et molle. Son bord libre est dentelé et contracte adhérence avec la couche superficielle de l’épiderme, cpii s’enfonce entre la face dorsale de la racine de l’ongle et le repli cutané qui la recouvre. Une partie de la racine se voit à l’extérieur; elle est blanche, en forme de croissant, et beaucoup plus apparente sur l’ongle du pouce : c’est la lunule.
Le corps de l’ongle a la forme d’une gouttière plus ou moins prononcée selon les sujets, et présente une surface convexe libre et une surface concave adhérente. Chez les phthisiques, cette forme est altérée; la partie libre de l’ongle se renverse vers la face palmaire, et, au lieu d’une gouttière, on a une calotte plus ou moins régulière. Cette forme de l’ongle , jointe au rétrécissement du doigt au-dessus de la troisième phalange, a fait donner à ces doigts le nom de doigts en baguette de tambour (doigts hippocratiques). La face convexe de l’ongle présente des stries longitudinales très-marquées, qui ont fait croire à certains anatomistes que celle lame est formée par la réunion de plusieurs poils juxtaposés, et qui sont dues aux rangées de papilles qui sont placées au-dessous. Certains ongles présentent des sillons transversaux beaucoup moins apparents. M. Beau, notre excellent maître, appelle l’attcnlion des médecins sur les ongles de ses ma-
lades , à l’hôpital de la Charité, il a remarqué que les maladies laissent sur les ongles une trace de leur passage. Nous croyons cette remarque juste dans la grande majorité des cas, et il est possible, par le seul examen des ongles d’un individu , de dire s’il a été ou non malade depuis cinq à six mois, si sa maladie a duré plus ou moins longtemps, si le début a été brusque ou lent, enfin s’il y a eu des rechutes et même des récidives rapprochées. Pendant la maladie , il semble que le développement de l’ongle s’arrête pour continuer plus tard sa marche. Cet arrêt de développement est trahi par un sillon transverse, taillé à pic et linéaire, si la maladie a été brusque et courte. Si la maladie a eu un début lent et si elle a duré longtemps, le sillon aura de 1 à 3 millimètres de largeur, et ses bords se confondront insensiblement avec la surface de l’ongle; enfin il y aura plusieurs sillons en rapport avec les rechutes et les récidives peu éloignées. La face profonde du corps de l’ongle est très-adhérente au corps muqueux; cependant on a vu, à la suite d’accidents, l’avulsion de l’ongle sans lésion du corps muqueux. Ces exemples doivent être rares, trop rares, pour croire, comme M. Sappey (t), que l’avulsion de l'ongle est ordinairement une opération peu douloureuse. Cette face profonde présente les mêmes stries que la face superficielle, et dues, comme elles, aux rangées papil-
(1) Anat. descriptive, (. Il, p. 486.
Iaircs du derme. Les bords dit corps de l’ongle se dégagent peu à peu des extrémités de la matrice et se confondent avec l’épiderme, comme le bord dentelé de la racine.
Le bord libre se détache du doigt et s’accroît sans cesse; il a de la tendance à se recourber vers la pulpe des doigts l’orsquil a une certaine longueur, comme il est facile de le voir chez certains vieillards des hospices.
Les rapports de l’ongle avec les différentes couches de la peau n’ont pas été indiqués de la même manière par les divers anatomistes. Aujourd’hui il paraît incontestable :
1° Que le derme recouvre une partie de l’ongle, s’adosse h lui-même pour y former un repli et rétrograde pour passer à la face profonde en formant la matrice; il ne touche l’ongle par aucune de ses <1 parties.
2° Que le corps muqueux, ici seulement bien distinct des couches superficielles de l’épiderme, se comporte comme le derme qu’il accompagne partout; il n’est en contact avec l’ongle qu’à la face profonde de celui-ci dans toute son étendue.
3° Que la couche cornée de l’épiderme, arrivée au niveau du bord libre que forme la peau sur la racine de l’ongle, s’adosse à elle-même pour former le long de ce bord libre un repli mince cl transparent qui le déborde de 0mm,5 à 1 millim. Cette couche accompagne ensuite le corps muqueux, en se renversant, jusqu’au fond de la matrice où elle se con-
fond intimement avec l’extrémité de la racine. Sur les bords, l’épiderme se confond avec l’ongle de la même manière. Enfin, au niveau du bord libre de l’ongle, l’épiderme s’insère sur lui au moment où il abandonne la pulpe pour devenir libre. On voit, en résumé, que l’ongle n’est autre chose qu’une portion des couches superficielles de l’épiderme épaissie, se confondant par sa périphérie avec les cellules de la même couche et recouvrant comme ces derniers le corps muqueux de Malpighi.
La structure de l’ongle est la même que celle de l’épiderme, les cellules y sont plus serrées et disposées en lamelles, dont la disposition sera indiquée au chapitre développement. Dans le corps muqueux, chez l’adulte, on trouve une grande quantité de granulations interposées aux cellules.
Des follicules pileux.
Les poils sont contenus dans des dépressions de la peau analogues à la matrice des ongles, et qu on pourrait appeler matrices des poils; ce sont les follicules pileux, dépressions qui ont de 1 à 5 millimètres de longueur, de 0mm,5 à 2 millim. d’épaisseur, plus étroites à l’orifice que dans les parties profondes. On en distingue deux variétés : 1 0 variété tubuleuse, T variété arrondie. Ceux qui ont forme de tubes sont les plus longs, ils renferment ordinairement des poils très-longs et alors ils dépassent la face profonde du derme, louchent le tissu adipeux
sous-cutané et sont pourvus de deux ou plusieurs glandes pileuses. Quelques-uns de ces follicules tubuleux ne dépassent pas le derme et ne sont pas pourvus de glandes pileuses, ils renferment alors des poils de duvet, des poils rudimentaires.
Les follicules, de forme arrondie, sont peu profonds, n’ont jamais de glandes et renferment toujours des poils rudimentaires.
L 'orifice du follicule est étroit et embrasse plus ou moins étroitement le poil. La matière sébacée exhalée par les glandes et remplissant le follicule peut cependant glisser le long du poil et le protéger. Lorsque cette matière est abondante on dit que les poils sont gras.
Le fond du follicule présente un renflement; c’est le bulbe pileux [papille deRuysch) sur lequel s’implante le poil. Il est formé par une saillie du derme surmontée d’une foule de cellules plus ou moins arrondies, à noyaux analogues aux cellules naissantes des parties profondes de l’épiderme.
Le corps du follicule se confond avec les fibres du derme par sa surface externe. Sa surface interne, tapissée par l’épiderme, est en rapport avec la racine du poil dont elle est séparée par la matière sébacée. A l’union du tiers supérieur avec les deux tiers inférieurs du follicule, on voit l’embouchure des glandes pileuses, quand elles existent.
Le follicule est formé de deux tuniques: l’une externe, fibreuse, se confondant avec le derme, et recevant un réseau vasculaire assez riche; l’autre
interne, formée par un prolongement de l’cpiderme; c’est un épithélium pavimenteux à noyau : il s’enfonce jusqu’au bulbe, et là il se redresse pour se confondre avec le poil. Le bulbe est donc un renflement du derme surmonté de cellules, rcnficmenl qui repousse l’épiderme au centre du follicule, et qui donne naissance à un produit épidermique analogue à l’ongle : le poil. 11 a déjà été question des glandes et de la matière onctueuse qu’elles fournissent (1).
Des poils.
Des filaments de nature épidermique courront toute la surface du corps, la paume de la main et la plante des pieds exceptées; la face palmaire des doigts et des orteils en est également dépourvue.
Partout les poils sont extrêmement abondants, et si quelques régions, telles que le nez , la mamelle, etc., en paraissent dépourvues, cela tient à leur petitesse extrême. On peut distinguer à la surface des corps deux espèces de poils : les poils proprement dits et les poils de duvet. Ceux-ci se développent chez certains individus qui paraissent peu velus. C’est l’inégal développement des poils et non leur nombre qui explique la différence du système pileux aux divers âges, dans les deux sexes et chez les divers individus.
(1) V. Glandes sébacées.
La forme des poils est variable : les uns cylindriques , les autres aplatis, d’autres triangulaires, quadrangulaires, etc. Les deux dernières formes se i voient surtout dans les poils de la barbe et du pubis.
Leur couleur varie comme les individus ; elle est souvent en harmonie avec la couleur des yeux, et. tandis que les cheveux blonds viennent orner un beau visage aux yeux bleus, les cheveux bruns accompagnent des yeux foncés au regard vif et pénétrant.
Les poils sont très-résistants et se cassent difficilement. Dans certains états pathologiques, ils se rompent cependant avec la plus grande facilité.
Ils attirent l’humidité de l’air et s’allongent en s’humectant. C’est sur cette propriété des poils qu’est fondé l’hygromètre de Saussure. Ils sont pourvus aussi d’élasticité; car, après avoir été allongés par l’extension, ils reprennent, en grande partie au moins, leur longueur primitive,
Le poil se compose de deux parties, la racine et la tige.
La racine est contenue dans le follicule pileux ; 1 elle s’élargit en bas, et se confond avec le bulbe 1 du follicule. Le renflement qui la termine a été J appelé bulbe du poil ; il est formé de même substance qnc le bulbe du follicule, et ces deux renflements i superposés n’en forment qu’un seul.
La tige, de forme variable, le plus souvent cy- Jindrique, se termine en pointe. Quelquefois elle est bifurquée et même trifurquée.
Le poil est creusé, d’une extrémité à l’autre, d’un canal rempli d’une matière grenue ( substance médullaire), d’une consistance molle, plus ou moins brune, selon la couleur des cheveux.
La substance corticalcest striée longitudinalement. Les libres qui forment ces stries sont juxtaposées et entourées de distance en distance par quelques fibres transversales; elles sont toutes le résultat de la transformation des noyaux du bulbe du poil. En effet, à mesure qu’on se rapproche de ce bulbe, on voit les fibres diminuer peu à peu de longueur, former des noyaux allongés vers la partie supérieure de sa racine, ovales vers la partie inférieure, pour devenir tout à fait ronds au niveau du bulbe, et là les noyaux du bulbe du poil se confondent avec ceux du bulbe du follicule pour former un seul et même organe. Cette structure fait voir jusqu’à l’évidence l’analogie qui existe entre les poils et les ongles. Comme eux le poil est dépourvu de vaisseaux et de nerfs, il est insensible; comme eux il se continue sur le pourtour de sa racine avec l’épiderme qui tapisse le follicule pileux; comme eux il présente sous son enveloppe épidermique une substance molle , le corps muqueux; seulement le poil est complètement arrondi, en forme de canal , au lieu de présenter la forme de gouttière comme l’ongle; en s’enroulant complètement il a emprisonné dans son canal le corps muqueux et le pigment. On pourrait le considérer encore comme une excroissance de l’épiderme, for-
mec au centre par le corps muqueux, et tout autour parles cellules épitheliales modifiées.