‹ Traité élémentaire d'hygiène et de médecine légale, précédé d'une introduction historique et suivi d'une biographie, d'une bibliographie, etcChapitre 10 sur 53 · ALIÉNATION · texte numérisé non relu

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ses organiques, et que, dans la seconde partie de ce résumé, nous indiquerons ses rapports avec la médecine judiciaire. Ici, nous devons nous occuper de ses causes éloignées.

Il est un préjugé qui depuis quelques années s’est répandu et accrédité, et qui consiste à dire que plus les peuples jouissent de liberté, et plus ils sont éclairés, plus on voit se multiplier le nombre des aliénés. L’un des médecins qui se sont occupés delà question de l’aliénation avec le plus d’assiduité et de succès, M. Esquirol, a complètement réfuté cette opinion, en établissant que ce résultat n’est qu’apparent: i°parceque denos jours, les relevés des aliénés sont à la fois plus

(exacts et mieux faits ; u° et que, d’ailleurs, le perfectionnement des méthodes curatives et des soins hygiéniques, a amené dans les établissemens exclusivement consacrés au traitement de ces maladies , une foule d’individus qui, auparavant, restaient dans le sein de leur famille , la plupart du temps dépourvus de tous soins , persuadé qu’on était que la folie était au-dessus des ressources de J l’art. D’ailleurs, il résulte du rapport de M. Desportes et des faits publiés par M. Es-

quirol, que, depuis la restauration, le nombre des aliénés ne s’est point accru. Dans un fort bon mémoire publié récemment par ce médecin , il est dit que ce n’est pas dans les pays où les institutions sont le plus libérales qu’on rencontre le plus d’aliénés; car, Naples et Pétersbourg, qu’on ne citera pas comme des modèles en fait de liberté, offrent plus d’aliénés, toutes choses égales d’ailleurs, que Paris, Amsterdam et même Londres.

D’un autre côté , on voit par les relevés statistiques publiés par ordre de M. le préfet de la Seine, que sur mille aliénés reçus à Bicétre, ceux qui se présentent en moindre nombre sont les hommes adonnés aux travaux aratoires, qui se sont présentés au nombre de 66, 93; qu’après eux viennent les hommes exerçant des professions libérales, et furent au nombre de 196, 26 ; tandis que les hommes livrés aux professions mécaniques offrirent un nombre de 660, 24 , c’est-à-dire plus des six dixièmes, résultat qui nous conduit à une conséquence diamétralement opposée à la précédente. Ainsi, les conditions sociales qui favorisent le plus le développement des maladies intellectuelles , ne sont

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ni celles où les facultés de l’esprit jouissent d’un grand développement, ni celles où d’ordinaire elles n’en possèdent que peu ; mais, au contraire, celles qui tiennent le milieu entre ces deux états opposés, celles, enfin, où se rencontre ce demi-savoir plus dangereux que l’ignorance; nouvelle preuve que la diffusion des lumières est toujours la saui ve-garde des sociétés comme des individus, et que l’aliénation, dont les causes éloignées l sont encore si peu connues, trouvera une î| digue puissante dans le perfectionnement des mœurs et la propagation des connais- 9 sauces utiles : aussi est-il dans l’intérét de tous, que chacun ait sa place dans l’ordre social, et que l’on voie disparaître de nos institutions , et la classe des riches oisifs et celle des prolétaires, dont l’existence agitée et souvent incertaine est la source des désordres qui nous occupent.

Jusque là les aliénés devront recevoir protection de la société. En effet, il ne suffit pas que la loi pourvoie à leurs intérêts pécuniaires et à ceux de leurs ayans cause ; elle est encore en droit de surveiller les établissemens destinés à les recevoir. Ici de nom-

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breuses améliorations ont été faites depuis environ trente ans. Grâce aux soins généreux de Pinel, ces infortunés sont maintenant traités avec les égards que réclame leur état. Cependant les hôpitaux où ils sont reçus pourraient encore recevoir d’utiles modifications ; c’est ainsi qu’il conviendrait de rompre l’uniformité de régime hygiénique qui les gouverne. Les divisions proposées par Pinel sont susceptibles d’être agrandies et subdivisées. Le régime des convalescens réclame aussi de nouveaux perfectionnemens. Il importerait, par exemple, que ceux que l’on désigne par ce nom de convalescens jouissent de plus de liberté, eussent une existence plus variée. Tous ces avantages se rencontrent dans les maisons particulières où sont reçus les malades assez riches

pour payer pension. Mais la société doit faire pour les autres ce qu’ils ne peuvent obtenir de leurs propres moyens. Du reste, comme il est dans l’intérêt des malades que tant que dure leur traitement, ils soient éloignés de leur famille, ces dernières nous paraissent en droit d’exiger que l’autorité veille à ce que les soins que réclame l’état des aliénés

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