CHAPITRE IL
De V ction des modificateurs externes dans leur rapport avec la santé des populations.
Ayant examiné l’ensemble des conditions ïhysiologiques qui peuvent influer sur la auté des masses, pour être fidèle au plan ue nous nous sommes tracé, nous nous
Îrouvons conduit à nous occuper de façon des modificateurs externes sur les peules ; c’est-à-dire des circonstances extérieues à l’empire desquelles des villes et des
contrées entières sont soumises , et auxquelles elles ont intérêt de se soustraire. Ce chapitre comprendra quatre sections. Dans la première, nous traiterons des climats et de leur influence ; la seconde sera consacrée aux moyens d’assainir les yilles; la troisième, à la police des substances alimentaires, et la quatrième à l’examen des causes qui amènent le développement des maladies épidémiques et contagieuses , fléaux des populations.
SECTION PREMIÈRE
Des climats et de leur influence.
§ I. — Des climats.
On entend communément par climat les?
différentes régions du globe terrestre considérées quant à la différence de leur température; il est cependant plus exact de lesdéfinir : une portion de la terre comprise entre deux cercles parallèles à l’équateur.
Depuis long-temps on s’est habitué à prendre la différence de température comme synonyme de climat ; mais aujourd’hui cette expression est représentative d’un fait beaucoup plus complexe. En effet, aux différen-
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ccs de température s’allient constamment des variations dans l’intensité de la lumière, le dégagement de l’électricité, la sécheresse ou l’humidité de l’atmosphère, et la direction des vents. De plus, la nature du sol, la position des lieux et la culture des terres, c’est-àdire l’action de l’homme sur le globe, contribuent aussi à modifier les climats et leur influence. De la combinaison de tous ces élémens résulte cette action si compliquée qu’on appelle les climats, et c’est elle que nous devons étudier.
On distingue les climats en chauds, froids et tempérés. Entre ces catégories, on pourrait placer comme subdivisions, de nombreux intermédiaires. Cependant , comme on a peu de documens à ce sujet, et que toute subdivision ne pourrait être qu’arbitraire, nous nous en tiendrons à la classification reçue.
La zone comprise entre les deux tropiques a reçu le nom de zone torride. Elle s’étend, en deçà et au-delà de l’équateur, de 3o degrés , et comprend une grande partie de l’Afrique , de l’Asie , de l’Amérique , de la Nouvelle-Hollande , la Nouvelle-Guinée et
plusieurs îles et archipels. Du 3oe au 55« degré, on a placé la zone tempérée des deux hémisphères austral et boréal, laquelle comprend presque toute l’Europe , la haute Asie, la Grande -Tartarie, le Thibet, une partie de la Chine , le Japon , l’Amérique septentrionale , le cap de Bonne-Espérance , la terre de Diémen , la Nouvelle-Zélande, le Chili. Les climats froids s’étendent du 55e degré jusqu’au pôle. Ils comprennent le nord de la Suède, la Nouvelle-Zemble , le Spitzherg , la Sibérie , le Kamtschatka, l’Islande, le Groenland , la baie d’Hudson et des terres inconnues (i).
Aux régions tropicales , la température varie de 24 à 35° R.; vers le pôle, on estime que le froid peut aller jusqu’à — 720, et que la chaleur peut être parfois aussi très-élevée. Dans notre zone tempérée , il est rare que la chaleur dépasse le 3oe degré R. et qu’elle descende au-dessous du — 15° R.
L’intensité de la lumière et l’abondance de l’électricité sont en rapport direct avec l’élévation de la température. En effet , la lumière est répandue avec profusion dans
(1} Voyelle Résumé de Géographie physique.
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les régions équatoriales , où les jours sont presque constamment égaux aux nuits ; et l’inégalité des jours est d’autant plus prononcée qu’on s’avance davantage vers les pôles , où, de plus , la lumière arrive en divergeant, et par conséquent y est plus rare et plus faible. D’un autre côté , on sait que 'électricité est d’autant plus abondante que ’air est plus sec , et que la chaleur contriiue beaucoup à son développement. L’hunidité n’est pas non plus la même dans toiles les régions. Il est d’observation qu’il ombe d’autant plus de pluie que l’on s'appelle davantage des pays méridionaux, t ainsi s’établit un rapport entre l’humidité t la température.
Lesmouvemens dont l’air est agité et qui onstituentles vents varient beaucoup selon îs régions. C’est ainsi qu’entre les tropiques ; vent d’est règne constamment , tandis que ans nos régions tempérées , les variations e température qui se manifestent semblent tre la cause des directions infinies que rainent les vents. (Y. le Résumé de Météoologie. )
Les productions végétales et animales va-
rient aussi selon les climats, et contribuent autant à modifier l’économie animale que le peuvent faire les diverses puissances physiques que nous avons passées en revue. En effet, sous les climats du nord, on ne rencontre que des êtres organisés petits et misé— râbles , incapables de suffire à alimenter l’homme. La chaleur des régions équatoriales développe au contraire des végétaux et des animaux d’une grandeur et d’une férocité inconnues dans nos contrées, où la richesse et l’abondance des productions de: toute espèce semblent indiquer queles zones? tempérées sont plus spécialement destinéesà l’habitation de l’homme.
La nature du sol, la position des lieux et: la culture des terres, modifient aussi lesclimats. Sans entrer ici dans des détails géo-<logiques qui ne pourraient être exposés que d’une manière fort imparfaite , qu’il noussuffise de dire que les géologues reconnaissent dans le globe terrestre trois espèces de terrains, qu’ils désignent par les noms de terrains primitifs , terrains secondaires et terrains de troisième formation; ces derniers se présentent à nous sous la forme de cou-
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ches irrégulières, et renferment une foule de débris d’animaux marins. Elles ont diverses qualités , aussi les productions qui en naissent sont-elles bien différentes : là où la terre est riche en matières végétales et animales décomposées, se rencontrent de gras pâturages qu e la main industrieuse de l’homme sait approprier aux besoins des animaux qui habitent ces contrées. Dans les terrains plus secs, au contraire, on rencontre d’abondantes moissons , tandis que la vigne croît dans ces terres sablonneuses où les pâturages et les moissons ne pourraient se développer qu’imparfaitement. Par la culture des terres, il se développe une température beaucoup plus élevée que dans les pays incultes et couverts de forêts. Bien que ce fait soit incontestable, la cause en est ignorée, il convient pourtant d’en tenir compte, puisque par ce moyen les climats peuvent être modifiés à l’avantage de l’espèce humaine.
En outre, les pays compris dans une même zone présentent des différences de température, de sécheresse et d’humidité, selon leur position. On sait que la surface de la
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terre est en grande partie occupée par les mers , que des rivières et des fleuves la sillonnent en tous sens, et contribuent par leur continuelle évaporation et résolution en pluie, à modérer l’excès du chaud ou du froid. De là vient que les côtes et les bords des fleuves sont plus froids en été et plus chauds en hiver que l’intérieur des continens. De plus , on rencontre dans plusieurs contrées d’immenses marais dont le voisinage est toujours nuisible à l’homme, en raison des effluves marécageux à l’action desquels il ne peut se soustraire, et qui résultent de la présence, dans l’atmosphère, de certains gaz, produits de la décomposition des substances organiques qui y sont déposées.
Rien au contraire n’est plus salutaire que le voisinage des forêts. Elles contribuent à augmenter la masse d’oxigène répandue dans l’atmosphère, entretiennent pendant l’été une fraîcheur habituelle , et diminuent pendant l’hiver la violence du froid ; tandis que les vastes plaines continentales sont ex- posées à toutes les vicissitudes atmosphériques déjà signalées.
CLIMATS
§ II. — De l'influence des climats sur l’homme.
L’action des climats sur l’homme est trèscompliquée. Elle résulte de toutes les causes que nous avons énumérées et qu’il s’agit d’apprécier autant que le permet l’état actuel de la science. Ceux qui ont considéré l’action des climats d’une manière absolue ont dit que l’homme était cosmopolite , en d’autres termes, qu’il paraissait destiné à vivre sous toutes les latitudes. Le fait est vrai dans ce sens seulement qu’il n’est presque pas de contrée où l’on ne rencontre quelques traces de l’homme; mais il serait faux d’en induire que nous pouvons passer impunément sous toutes es latitudes. C’est ainsi que les habitans des )ays septentrionaux et même ceux des pays néridionaux, lorsqu’ils sont appelés dans des montrées d’une température différente à celle aù ils sont nés , sont exposés aux plus grades accidens que ne ressentent point les inligènes. La raison de ce fait est que l’orjanisme , constamment réactionné par les nodilîcateurs externes , s’habitue à un cerain ordre de modiücations , et que toutes
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les puissances qui le constituent sont l’expression exacte de l’action des puissances extérieures. Ainsi, l’homme qui a constamment vécu dans les pays septentrionaux jouit d’une sensibilité moins vive, d’un organisme moins excitable que celui qui a pris naissance sous des latitudes différentes. . Transportez cet habitant du nord sous les tropiques, l’action d’une température extrême n’étant plus en harmonie avec son: excitabilité originelle , cette dernière s'élèvera rapidement au-delà de son type naturel et amènera tous les désordres consécutifs à toute stimulation trop vive , c’est-à-dire: que l’action des agens physiques dépassant: la force de réaction que possède l’homme dont nous parlons, il devra nécessairement périr. Cependant, il en est qui résistent aux1 migrations dans les contrées les plus diverses;mais tous paient un tribut au changement' de climat. Aussi convient-il, toutes les foisqu’on veut passer d’une zone sous une autre, d’observer certaines précautions ; c’est ce qu’on appelle s’acclimater. Ici les règles sont, pour ainsi dire, particulières à chaque contrée, et cela se conçoit; nous avons vu, ea
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sffet, que les climats ne résultaient pas seuement de la différence de température, mais encore de la position des lieux , de la nature du sol , etc. ; d’où il résulte que c’est en ayant égard à tous ces élémens du problème que l’on parviendra à se tracer des règles l’hygiène convenables. Sous ce rapport, il l’est pas de meilleur guide que les liabitules nationales, pourvu qu’on ne les prenne ias trop à la lettre.
Ce que nous venons de dire de l’influence les climats sur l’homme, peut servir à di- ~iger la conduite de ceux que les intérêts de a vie sociale obligent à des voyages de long murs, et dans des contrées éloignées. Mais 1 est un point de la question des climats qui ntéresse encore davantage l’hygiène publiée. On a répété avec une sorte de comdaisance, qu’il y avait un rapport constant ;ntre les climats et les institutions civiles , norales et religieuses des peuples; d’où l’on i conclu que ces dernières étaient ou deaient être l’expression des exigences de la ie physique et que toute science se ramenait, en dernière analyse, à l’hygiène, c’est- -dire à la conservation actuelle de l’espèce
humaine. A l’appui de cette théorie, on a invoqué les témoignages historiques , et nous avons vu successivement l’Inde , la Grèce et Rome sommées de venir confirmer la théorie proposée. Quelle est la valeur de cette manière de considérer les institutions' humaines ?
Celui qui nierait complètement l’influence i des climats sur le caractère des peuples et leurs mœurs , tomberait dans une étrange erreur. Certes, il est des différences bien tranchées entre les nations. Il faut con— venir aussi que l'élévation de la température influe puissamment sur leur plus ou moins d’activité. Mais il ne s’ensuit pas que, . par le seul effet du climat, des nations entières soient vouées à la servitude, tandis* que d’autres seraient de toute nécessité appelées à jouir des bienfaits de la civilisation, et de ces formes de gouvernement appelées* libérales. En effet , n’a-t-on pas vu tour à tour le despotisme et la liberté gouverner sous toutes les latitudes ? Que signifie ■ cette idée que la liberté est l’apanage des' peuples du nord , tandis que le despotisme conviendrait mieux aux habitans du midi '■