HÔPITAUX
Tant que les hôpitaux seront une des malheureuses nécessités de notre civilisation , ils devront recevoir toutes les améliorations dont ils sont susceptibles. Ces dernières sont au nombre de trois. Le système général des hôpitaux en France veut être perfectionné : i° sous le rapport du service des malades ; 20 sous celui du service médical ; 3° quant à l’enseignement.
Quant au premier chef, toutes les améliorations désirables se réduisent à assainir de plus en plus les lieux habités par les malades, et tout ce que nous avons dit des habitations leur est applicable. Ajouteronsnous que les soins que les malades reçoivent 3es gens de service, doivent être hienveilans ? Ce sont là de ces choses que chacun ait, et qu’il dépend d’une bonne adminisration de mettre en pratique.
Mais les hôpitaux étant à la fois des étalissemens de secours publics et d’instruction médicale , il est dans l’intérêt général que a plus grand nombre possible de médecins puissent aller puiser à cette source les couujaissances pratiques dont ils ont besoin. Aussi conviendrait il que le temps de ser-
vice des hôpitaux fût limité; car la vie de l’homme se partage en plusieurs époques. Il est un âge où l’on peut acquérir des connaissances, et il en est un autre où l’on vit sur ce qu’on a appris. En agissant ainsi , la société y trouverait son compte ; car, d’une part , les malades des hôpitaux profiteraient de l’activité plus grande des médecins auxquels ils seraient confiés, et nul doute que les découvertes scientifiques ne fussent plus nombreuses , à mesure qu’un plus grand nombre d’hommes se raient mis en position de reculer les limites de la théorie et d’agrandir les ressources de l’art.
A cette amélioration importante, réclamée de nos jours par tous les hommes compétens, s’enjoint une autre, celle de l’enseignement clinique. On a beaucoup fait, dans ces derniers temps, pour cette partie du service des hôpitaux ; mais il serait à désirer que tout médecin ou chirurgien d’hôpital fût obligé de faire des cours ; ce ne serait là qu’une conséquence des principes énoncés plus haut.
Nous avons dû insister sur ces améliora-
HÔPITAUX. Ia3
tions, en ce qu’elles touchent essentiellement à la santé publique.
Tout ce que nous avons dit jusqu’à présent des hôpitaux est également applicable au x hospices, où des malades sont reçus pour être traités. Nous ajouterons quelques détails sur les hôpitaux destinés à recevoir les vieillards infirmes des deux sexes, et sur ceux qui sont spécialement affectés au traitement des aliénés.
Les dispositions spéciales que réclament les établissemens désignés sous le nom d’/iorpices de la vieillesse, tiennent à ce qu’ils ne sont point affectés au traitement des maladies, mais seulement à y offrir un asile à la vieillesse indigente ou infirme. D’où résulte que ceux qui y sont admis doivent y trouver les moyens de couler en paix le peu de jours qui leur reste. Dans les hôpitaux ordinaires , où les malades ne font qu’un séjour temporaire, les dispositions peuvent être différentes ; mais on conçoit qu’ici les inconvéniens qui résultent de l’encombrement d’un grand nombre d’individus sur un point trop circonscrit se feraient d’autant plus sentir que leur action serait de tous les instans. Dans
124 hygiène publique.
de semblables établissemens , il importera beaucoup de faire choix d’une heureuse exposition , où l’air soit pur et exposé à l’action des rayons solaires; d’avoir de vastes salles, où l’air puisse être facilement renouvelé, des cours bien aérées et des jardins spacieux ; car les vieillards ont surtout besoin de promenades longues et fréquentes. L’alimentation y devra être plus restaurante que dans les autres hôpitaux, et rien ne peut contribuer davantage à entretenir la santé des vieillards, que de leur fournir les moyens de se livrer à une occupation quelconque, sans toutefois leur imposer aucune tâche. Toutes ces conditions sont, à quelques exceptions près, remplies dans les hôpitaux destinés à la vieillesse , que possède la capitale.
Les établissemens affectés au traitement des aliénés offrent bien plus d’imperfections. Les divisions établies par Pinel à la Salpêtrière, et qui consistent à diviser les malades selon l’espèce d’aliénation dont ils sont atteints, sont judicieuses. Mais on a tort, selon nous, de réunir dans des salles communes , ce qu’on appelle les convalescens , et de
HOPITAUX. xa5
laisser les autres aliénés communiquer ensemble dans ce qu’on appelle les chauffoirs. Ce n’est jamais sans danger qu’un fou furieux se trouvera en contact avec un monomane ou autre. Il y a aussi de grandes améliorations à apporter dans la construction des loges, qui sont généralement froides et humides. Il est difficile , nous le concevons , de remplir toutes les conditions qu’exige l’état des aliénés, lorsqu’on les traite dans un hôpital. Quoi qu’on fasse, il restera toujours beaucoup d’imperfections ; et la preuve, c’est que dans les maisons particulières, on suit d’autres erremens. Mais, dans l’état actuel des choses , il serait impossible d’offrir dans les hôpitaux les mêmes avantages que dans les maisons de santé. Ces dernières n’ont rien de régulier ni d’uniforme dans la manière dont elles sont tenues. Leur disposition varie selon le prix qu’on exige des pensionnaires.
section v.
Hygiène des prisons.
Nous ne voulons point examiner ici si la g société a le droit de punir, et dans quelles
limites elle peut exercer ce droit; ce sont là des questions qui ne ressortent point de l’hygiène publique , au moins d’une manière nécessaire. Nous prendrons pour un fait le droit de punir que la société exerce, et nous regarderons comme un autre fait, que ce droit veut être renfermé dans certaines bornes. Le droit de punir ne peut, dans aucun cas , dispenser la société de subvenir à tous les besoins de ceux qu’elle a privés de leur liberté ; aussi tout ce qui se rapporte à la conservation de la santé des condamnés doit-il être rigoureusement observé. Ce serait tomber dans d’inutiles répétitions , que de passer en revue tout ce que nous avons dit de l’action des modificateurs externes sur les grandes réunions d’hommes, puisque les préceptes déjà indiqués sont ici d’une rigoureuse application. Mais trois causes • générales contribuent spécialement à hâter la mort des condamnés; ce sont, i° l’oisiveté , 2° la privation de la liberté , 3° l’abrutissement et la dégradation morale.
Dans la majeure partie des prisons, tous les condamnés sont astreints à un travail quelconque; mais les occupations auxquel-