AVORTEMENT
L’avortement naturel a plutôt lieu dans les trois premiers mois de la grossesse que plus tard ; cependant il est possible, et même assez fréquent , à toutes les époques de la gestation. Bien qu’il faille tenir compte de ce fait, on ne lui accordera qu’une très-faible valeur. Quant aux causes qui peuvent amener un avortement naturel , elles sont nombreuses : on les a partagées en causes prédisposantes et causes déterminantes. Au nombre des premières on a rangé l’extrême rigidité des fibres de la matrice, la trop grande sensibilité de cet organe, le relâchement du col utérin , etc. Du reste , les causes prédisposantes sont tellement nombreuses que l’on peut dire qu’il n’est pas de maladie qui, de près ou de loin, ne puisse amener l’avortement ; cependant ces causes ne sont pas la condition indispensable de l’accident qui nous occupe.
Au nombre des causes occasionelles on a rangé plusieurs maladies aiguës , et surtout l’inflammation aiguë de la matrice, les passions vives et tumultueuses, l’asphyxie, le coït immodéré , l’exercice à cheval et en voiture, le^ coups, les chutes, certaines ma-
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ladies encore peu connues du fœtus , enfin les moyens reconnus comme abortifs. Cependant tous ces moyens n’amènent pas encore nécessairement l’avortement, si ce n’est certaines manœuvres que nous croyons ne pas devoir faire connaître. Mais si l’avortement a été la suite de coupables manœuvres, on en retrouvera des traces sur l’embryon, et , dans ce cas , il faudra l’examiner avec soin (F. pour plus de détails, Sect. iv, Infanticide. )
Quant à la mère, on examinera à quelle époque l’avortement a eu lieu , si volontaiîement elle s’est soumise à l’action des causes que nous avons relatées ci-dessus, et surtout si elle a fait usage de médieamens abortifs; si elle a reçu des coups, et principalement s’ils ont été portés sur l’abdomen , si les actes de violence, quels qu’ils soient, ont été suivis d’un écoulement sanguin par les organes génitaux; enfin si, malgré cela, on n’eût pas pu prévenir l’avortement en soumettant la femme à un traitement méthodique. Il faudra également savoir si la femme a caché ou non son état de grossesse, si, sans nécessité, elle ne s’est point livrée à des
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exercices ou à des travaux dangereux pour sou état; enfin, si elle a fait empiète de drogues susceptibles de provoquer l’avortement.
Ces différens points résolus et examinés dans leurs rapports et dans leur ordre de succession, il reste à décider si l’avortement peut , ou non, être simulé ou prétexté dans l’intention de nuire ou d’obtenir des dommages et intérêts. Il suffit de poser la question pour voir qu’on rentre dans les maladies simulées ou prétextées , et ce sera à ce sujet que nous l’examinerons avec détail. (Y. chap. II, sect. iv).
SECTION III
Viabilité du fœtus.
Plusieurs dispositions du Code civil, et entre autres les art. 3i4, 34o, ya5 et 906, énoncent dans quels cas les conseils du médecin peuvent être réclamés pour décider si un fœtus est viable ou non , c’est-à-dire s’il est dans des conditions telles qu’il puisse espérer de parcourir aussi long-temps que le commun des hommes le cours de la vie HYGIÈNE l’UliL. ET MÉn.LEG. I I
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extra-utérine. D’un autre côté , bien que ia loi reconnaisse toujours le mari pour père de l’enfant conçu pendant le mariage, il est cependant des cas prévus où la paternité peut être contestée. Dans cette dernière supposition , il arrive encore que l’avis du médecin est souvent nécessaire , et qu’il peut jeter de vives lumières sur les nombreuses difficultés que peut soulever la question de la paternité; et comme ce dernier point a des rapports étroits avec la question de la viabilité, c’est pourquoi nous les avons réunis dans la même section.
§ I. — Viabilité du fœtus.
Les différentes dispositions du Code civil qui se rapportent à la viabilité du fœtus établissent la nécessité de résoudre cette question, soit que l’enfant vive encore , oui. qu’il soit mort; cette distinction doit donc être conservée. Il est également nécessaire de distinguer entre la viabilité des fœtusmonstrueux, et celle des enfans qui n of fi ent point de vice de conformation.
La question de savoir si un fœtus nor monstrueux est viable ou non, se réduit
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celle-ci : à quelle époque^e la grossesse un fœtus peut-il vivre sans le secours de sa mère? C’est, dit M. Orfila, lorsque les organes de la digestion , et surtout ceux de la respiration, sont en état d’exercer leurs fonctions : or, il est généralement reconnu que l’enfant qui naît avant le commencement du sixième mois n’est pas apte à vivre. On peut dire, en tlièse générale, qu’un fœtus sera d’autant plus viable, qu’il sera plus rapproché du terme naturel de la grossesse, et qu’il est impossible d’assigner l’époque fixe à laquelle un enfant devient apte à vivre : d’où résulte que lorsqu’on est appelé à résoudre une question de ce genre, tout en prenant en considération T âge du fœtus, il convient d’étayer son jugement de l’état dans lequel on aura trouvé les organes, afin de pouvoir établir si le fœtus était dans des conditions telles, que ses fonctions pussent s’exercer avec liberté et facilité : ce qui nous conduit à indiquer les signes auxquels on reconnaîtra la viabilité d’un enfant, qu’il soit mort ou vivant.
Signes de 'viabilité d’un fœtus 'vivant. — Toutes les fois qu’un enfant, peu après sa
naissance, pouss^a des cris forts, se livrera à des mouvemens étendus , saisira le mamelon avec facilité ; que les déjections et l’excrétion des urines se feront avec liberté; que toutes les parties extérieures seront bien conformées, telles que les cheveux et les ongles; que les fontanelles auront peu d’étendue, et que les os du crâne seront prêts à se toucher par leurs bords; que les membres thoraciques et abdominaux seront dans les proportions que nous avons indiquées pour les fœtus à terme, on devra le déclarer viable. L’absence de ces signes , ou la présence de caractères opposés, doit faire déclarer l’enfant non viable.
Signes de 'viabilité d’un fœtus mort. — Il peut arriver qu’il soit important de deter miner si un enfant mort était né viable. I convient alors d’établir que l’enfant étal né vivant. A. cet effet, on constatera 1 état les proportions et les rapports des organe extérieurs, tels que nous les avons ind qués. Procédant ensuite à l’ouverture d cadavre , on constatera 1 état des princ paux viscères , tels que le cœur , le tube d gestif ,les poumons, le cerveau, etc., en ayar
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soin de faire mention de leur capacité ou de leur non capacité à accomplir les fonctions qui, dans l’ordre physiologique, leur sont départies. Du reste, l'état de santé de la mère pendant la grossesse, la non-provocation de l’accouchement et sa terminaison heureuse et prompte, sont autant de points qui ne devront pas être négligés.
Viabilité des fœtus monstrueux. — Comme on l’a pu voir, il est facile, dans le plus grand nombre des cas, d’établir si un fœtus Lien conformé est viable, ou non; il n’en est pas de même lorsqu’il est monstrueux. En physiologie, la question des monstruosités est trop jeune encore, pour qu’on puisse rien présenter de positif sur la question de savoir jusqu’à quel point un fœtus monstrueux est, ou non, susceptible de vivre. Nous n’avons ici à nous occuper des nombreuses déviations organiques, que dans leurs rapports avec les questions de médecine légale auxquelles elles viennent se mêler ; mais afin de mettre quelque ordre là où un désordre au moins apparent est si manifeste, il importe de s’arrêter à une classification quelconque. Depuis les beaux tra-
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vaux de MM. Breschet, Meckel et Geoffroy Saint-Hilaire sur la question qui nous occupe, les classifications de Buffon et des autres ont été totalement abandonnées, et rien n’est encore définitivement fixé. Cependant la classification proposée par M. Breschet ( Voyez Nouveau Dictionnaire de Médecine), et adoptée par M. Orfila, est celle qui nous paraît préférable : nous nous y arrêterons.
M. Breschet divise toutes les déviations organiques en quatre ordres qu’il désigne sous les noms d ' agénèses , hypergénèses , diplogénèses, h étérogénèses.
i° A genèses . — Sous cette dénomination, M. Breschet comprend toutes les déviations organiques avec diminution de la force formatrice. Cet ordre se divise en plusieurs genres, qui eux-mêmes se subdivisent en plusieurs espèces. Dans le premier genre se trouvent toutes les déviations par absence d’organes , ou défaut dans leur développement. A ce genre se rapportent :
a. Uacéphalie , qui est caractérisée par l’absence des parties qui composent la tête, et quelquefois même une partie du tronc. Il
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suffit que chez ces monstres le cerveau manque, pour que toutes les parties auxquelles les diverses portions de l’encéphale envoient des nerfs, manquent également : d’où résulte qu’ils ne sont pas viables.
b. U anencéphalie a pour caractère propre l’absence du cerveau, du cervelet et du crâne, avec présence de la moelle alongée. La vie de ces monstres peut se prolonger quelque temps après la naissance; cependant ils ne sont point viables, car leur existence ne se prolonge jamais au-delà de quelques courts instans.
c. L’ absence ou l 'imperforation de la face. L’auteur désigne ces deux états par les noms d 'aprosopie et d’atéloprosopie. Comme ces fœtus monstrueux manquent toujours de cerveau , ils ne sont pas plus viables que ceux des deux espèces précédentes.
d. Absence des autres organes. L’absence des jeux ou de quelques-unes de leurs parties constituantes, ne s’oppose point à la viabilité du fœtus ; celle de la bouche se liant toujours à l’absence du cerveau , entraîne nécessairement la non-viabilité de l’enfant. Lorsqu’on rencontre des enfans dépourvus
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de luette et de langue , ils n’en sont pas moins viables, La vie de l’individu n’est pas non plus nécessairement intéressée par l’absence de l’épiglotte, des organes génitaux , de la totalité ou d’une partie des membres ; il en est tout autrement de l’absence de l’œsophage, de l’estomac, du foie, du cœur et des poumons, qui entraîne inévitablement la mort. Enfin, un fœtus peut encore vivre, bien que les cavités droite et gauche du cœur continuent à communiquer ensemble; mais dans ce cas il est atteint de cyanose.
Le second genre, que l’auteur désigne sous le nom de diastématie, résulte toujours de la présence d’une fente ou fissure longitudinale sur la ligne médiane du corps. Les fœtus chez lesquels les lèvres , les os maxillaires, la langue, le voile du palais, la vessie et les organes génitaux dans l’un ou l’autre sexe , sont fendus sur la ligne médiane, sont viables. Ceux chez qui la fente longitudinale occupe la partie moyenne du crâne, sont atteints d’une hernie cérébrale , que les moyens compressifs peuvent guérir dans le cas où le mal est peu considérable, et périssent dans le cas contraire. Ceux qui sont
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atteints de spina-bifida ne peuvent vivre long-temps ; mais cependant on les a vus prolonger leur existence pendant quelques jours, quelques mois, et même une ou deux années. Enlin la division du sternum et celle de l’abdomeu ne sont pas nécessairement mortelles.
Le troisième genre, ou atrésie, comprend les déviations organiques avec imperforation. Toutes les fois que l’imperforation occupe un organe autre que l’œsophage ou le gros intestin , l’enfant doit être déclaré viable.
La sympkysie, ou déviation organique avec confusion des saillies , constitue le quatrième genre. Tous les monstres de cette espèce, à l’exception des momoyses , sont viables.
20 Les monstruosités hypergénèses, ou avec augmentation de la force formatrice, peuvent être partielles ou générales. Tous les fœtus de cet ordre sont également viables, quel que soit l’organe ou le système organique qui , chez eux , soit en excès.
3° Les diplogénèses, ou déviation organique, avec réunion des germes, comprennent
aussi deux genres, a. Le premier , dans lequel se trouvent les fœtus réunis par fusion ou par adhérence, renferme plusieurs espèces; mais dans toutes les enfans peuvent vivre pendant un temps plus ou moins long. b. Le second comprend toutes les réunions des germes par pénétration. M. Breschet subdivise ce genre en deux espèces. Dans le premier cas, un des individus est en partie détruit, et la portion qui a survécu à la destruction fait saillie hors du corps de l’autre fœtus et s’alimente à ses dépens. Ici le fœtus contenu ne peut vivre, tandis que celui qui le contient peut subsister pendant plusieurs années. Dans le second cas, où le fœtus est totalement contenu dans l’autre , l’enfant qui contenait le second germe a égalementvécupendantun temps assezlong, ainsi que le prouvent les faits rapportés par M. Dupuytren, Higmore et le docteur Lachaise.
4° Sous le nom d 'hétérogénèses, ou déviation organique avec qualités étrangères du produit de la génération, se trouvent désignées six espèces de monstruosités : x° les fœtus extra-utérins , qui ne peuvent jamais
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être viables; 20 ceux qui sont affectés d’ectopie, ou renversement des organes, qui peuvent vivre aussi long-temps qu’un individu bien conformé; 3° ceux qui sont le produit de grossesses multiples, et ne vivent jamais lorsqu’il y en a plus de deux ou trois; 40 les albinos et les chacrelats , qui sont toujours viables ; 5° les enfans atteints de cyanose, qui peuvent vivre, bien qu’on n’ait pas d’exemple qu’ils aient mené une longue carrière; 6° enfin ceux qui naissent atteints de jaunisse ou de sclérème (endurcissement du tissu cellulaire ) , qui sont viables, bien que le plus souvent les derniers périssent.
§ II. — De la paternité et de la maternité.
Quoique le Code civil reconnaisse toujours le mari pour père de l’enfant conçu pendant le mariage, il est des cas, prévus parles articles 3ia, 3i3, 3i4 et 3i5 du même Code, où la paternité peut être contestée ; mais, dans ces cas, le médecin n’est consulté que lorsqu’il s’agit de constater si l’enfant est né viable, ou si la naissance a été tardive ou précoce ( V. le § I , viabilité,
et le chap. II, sect. ni). Cependant 11 peut arriver ( et le cas s’est présenté ) qu’une femme, au mépris des lois qui nous régissent, se marie un ou deux mois après la mort de son premier mari, et qu’elle accouche avant la fin du dixième mois de son veuvage. „ Qui, du premier ou du second mari, doit être regardé comme le père de l’enfant? L’âge du nouveau-né est la seule considération qui puisse fixer l’opinion du médecin, ou au moins lui permettre d’arriver à une probabilité. M. Capuron n’hésite pas à trancher la difficulté en établissant que le mariage contracté avant l’expiration du dixième mois depuis la dissolution du précédent doit faire attribuer l’enfant au second mari.
La maternité peut être contestée :i° toutes les fois qu’il y a supposition, substitution ou exposition de part ( V. chap. I, sect. v);
2° lorsqu’un individu se prétend issu d’une femme qui dit n’être jamais accouchée ( V. chap. II, sect. ni); 3° lorsqu’enfin un misérable aventurier se déclare le fils et l’héritier d’une personne dont le véritable fils est mort ou absent depuis plusieurs années. Dans cette dernière circonstance, les lu-