DE LA GROSSESSE. 23 J
cause qui les a amenés, et pendant le temps de leur durée ne se décèlent que par des caractères fort incertains, dans l’état actuel de nos connaissances en aliénation mentale.
Avec quelle circonspection le médecin consulté en pareil cas ne devra-t-il pas se prononcer?
6° Est-il possible qu’une femme ignore sa grossesse jusqu’au moment de l’accouchement? Beaucoup de femmes ont allégué cette excuse, et la plupart étaient de mauvaise foi; néanmoins il existe des exemples bien avérés de cette ignorance absolue. Ainsi , il est possible qu’une femme conçoive dans l’état d’ivresse ou de narcotisme , pendant un profond sommeil, sans qu’elle conserve aucun souvenir de ce qui s’est passé. Tout le monde connaît ce fait, rapporté par M. Orfila ( Leçons de médecine légale ), d’une jeune fille que l’on croyait morte et qui n’était que léthargique , dont on avait confié la garde à un jeune ecclésiastique qui devait passer la nuit en prières auprès d’elle : il la découvrit, et la trouvant encore belle, s’abandonna à des désirs qui n’ont pas besoin d’étre qualifiés. Dans l’acte du coït, cette
a38 MÉDECINE EÉGàLE.
jeune fille exécuta quelques mouvemens ;
neuf mois après elle accoucha.
section ni.
De l’accouchement.
Lorsque nous avons traité de l’infanticide, de la suppression et de la supposition de part , nous avons vu combien il était important de pouvoir déterminer l’époque à laquelle un accouchement a eu lieu, et nous avons laissé pressentir les difficultés que présente cette question; il convient donc que nous examinions : i° s’il existe des signes certains auxquels on puisse reconnaître qu’une femme est récemment accouchée; 2° jusqu’à qu’elle époque il est possible de trouver des traces non équivoques d’accouchement; 3° si une femme peut accoucher sans s’en apercevoir; 4° enfin, lorsque dans le travail de l’enfantement, la mère et l’enfant succombent, lequel des deux est présumé avoir survécu.
i° Dans un accouchement récent, les grandes et les petites lèvres sont dilatées , rouges, quelquefois enflammées, la vulve entr’ou-
ue l'accouchement. a3 g
verte, la fourchette quelquefois déchirée; l’orifice utérin , mou et dilaté, permet d’introduire un ou deux doigts dans l’utérus. Les lèvres du museau de tanche sont quelquefois échancrées ; la matrice est plus volumineuse et fait saillie au-dessus dn pubis; le volume et la flaccidité du ventre, ses éraillures , la nature des écoulemens qui ont lieu par la vulve , sont autant de signes qui permettent d’affirmer l’existence d’un accouchement récent : il ne faut cependant pas oublier, que plusieurs d’entre eux se lient à plusieurs affectionspathologiques delà matrice , et que tous s’observeront dans le cas d’expulsion d’un môle ou d’un faux germe.
2° Tous ces signes ne sont bien évidens que pendant les six ou huit premiers jours après l’accouchement; passé ce temps, jusqu’au quinzième jour, on ne peut qu’établir des conjectures; et passé le vingtième jour, il est impossible de statuer sur l’époque, et même sur la réalité de l’accouchement.
3° Il est impossible qu’une femme placée dans les conditions ordinaires de la vie, accouche à son insu. Mais pour peu qu’on soit familier avec les connaissances médica-
les, on sait qu’une femme complètement ivre, ou plongée dans le narcotisme, dans un état apoplectique, ou affectée de délire ou d’idiotisme, peut bien accoucher sans le savoir. Cette opinion, que le raisonnement peut suffire à établir, est du reste confirmée par plusieurs faits irrécusables.
4° Dans l’état actuel de la science , il est impossible de déterminer lequel de la mère ou de l’enfant a survécu à l’autre. M. Capuron a soutenu avec force que, dans un accouchement laborieux, les forces de l’enfant doivent être épuisées avantcelles de lanière: ce ne sont là que des inductions dont la légitimité peut être contestée; car elles ne reposent pas sur des faits positifs. La science ne peut doue pas encore être d’une grande utilité sur ce point , et dans le plus grand nombre des cas, il faut s’en tenir aux prescriptions de survie établies par le Code civil.
SECTION IV
Des maladies simulées, prétextées, dissimulées
et imputées.
On désigne sous le nom de maladies sirnu-
MALADIES SIMULÉES, DISSIMULEES. 24 I
lies, celles que l’on feint d’avoir : on dit qu’elles sont prétextées, lorsqu’on veut faire servir des maladies réelles à l’accomplissement d’un but qui consiste ordinairement à se décharger d’une fonction plus ou moins pénible, ou à obtenir un avantage quelconque. Les maladies dissimulées sont celles dont on cache soigneusement l’existence, tandis que l’on donne le nom de maladies imputées à celles que l’on prétend exister chez un individu qui n’en est pas atteint.
i° Les motifs qui portent à simuler une maladie ont pour objet de chercher à s’exempter d’un service ou d’une obligation quelconque, ou à attirer sur soi la commisération publique. Les maladies que l’on peut simuler sont très-nombreuses, et s’il fallait les passer toutes en revue , nous serions obligés d’embrasser la presque totalité du cadre nosologique. Nous ne nous arrêterons donc qu’à celles que l’astuce exploite le plus fréquemment; ce sont : lu les plaies et les ulcères qu’il est très-facile de simuler au moyen de substances végétales âcres et de vésicatoires, et sur l’incurabilité desquelles il est aisé de se fixer, puisqu’il suffit de traiter mcthodi-
HYGIÈNE PUB. EX MED. LEG. l6
quement ces plaies, et de surveiller le ma' lade, pour mettre sa fraude dans tout son jour; 20 le scorbut et les scrofules, maladies dont les symptômes apparens se lient constamment à des modifications plus ou moins profondes de tout l’organisme, dont on peut simuler quelques symptômes. Mais, du moment où l’ensemble de la constitution ne répond pas aux accidens que le malade cherche à faire valoir, on peut au moins concevoir des doutes que le temps ne tarde pas à dissiper; 3° les douleurs rhumatismales, qui, lorsqu’elles datent de loin, déforment le membre affecté, et amènent de> l’amaigrissement; phénomènes qu’on n’observe pas constamment, et dont l’absence ne suffirait pas pour établir la déception ; 4° la paralysie, sur laquelle il n’est pas toujours possible de se prononcer avec connaissance de cause. M. Percy dit que, dans le cas de doute, il suffit de proposer la cautérisation, pour que l’individu; suspecté avoue sa fraude; 5° l’épilepsie et la folie simulées. Les épileptiques ont en général une physionomie qu’il serait difficile de décrire. Ils ont un air triste, timide, stu-
MALADIES SIMULÉES, DISSIMULEES. 243
pide : pendant l’accès, tout leur corps est dans un état de roideur tétanique, interrompue par de violentes secousses convulsives. Ils ont les yeux hagards, la face pâle et terreuse, la respiration stertoreuse, la bouche pleine d’écume, et les pouces fortement appliqués contre la paume des mains. Si on soupçonne la fraude, il suffit d’introduire dans les narines une liqueur irritante, une poudre sternutatoire , de titiller la membrane pituitaire avec les barbes d’une plume ; et si les malades témoignent de la sensibilité, la maladie est simulée. Quant à la folie, nous n’avons pas à en parler, puisque, dans la sect. vi, nous en ferons connaître les caractères. Il est encore des hommes qui ont cherché à simuler certaines maladies des appareils sensitifs, telles que l’amaurose, la myopie, la surdité, la surdi-mutité, et l’ozène; mais, dans tous les cas, un examen attentif a dévoilé la fraude. Enfin, il est inutile de dire qu’on a cherché à simuler les maladies du cœur et des gros vaisseaux, la phthisie pulmonaire, l’hémoptysie, et certaines affections des organes abdominaux. Nos moyens diagnostics offrent aujourd’hui une
244 MÉDECINE El GALE.
telle précision dans le plus grand nombre des cas, qu il est inutile de rappeler ce que tout le monde sait 5 et, pour les cas douteux, souvent même obscurs , il n’y a que le praticien exercé qui puisse faire ia part de ce qui est vraisemblable et de ce qui est évidemment faux.
20 On donne le nom de maladie feinte à celle qui existe réellement , mais dont on exagère l’importance, dans l’intention cachée d’obtenir de fortes indemnités pour un dommage qu’on croit avoir supporté. Dans ce cas, lorsqu’il s’agit de lésions extérieures et de leurs effets, il est facile d’en apprécier les conséquences; mais, si à la suite des lésions extérieures, il se développe des maladies internes , il est souvent fort difficile d’en établir le diagnostic , et de rattacher la maladie dont le plaignant arguë, à la lésion extérieure antérieurement reçue.
Dans ce cas, il faut constater l’état du plaignant, voir si l’effet produit peut raisonnablement être rapporté à la cause indiquée, rechercher les autres causes qui auraient pu produire la maladie, et savoir si le malade a été soumis à leur influence; en-
MALADIES SIMULÉES, DISSIMULEES. 245
fin il faudra tenir compte de l’influence des maladies régnantes.
3° La dissimulation de quelques maladies n’intéresse le médecin légiste que dans certains cas assez restreints, parmi lesquels se trouvent les engagemens au service militaire. Les préceptes relatifs au diagnostic des maladies dissimulées sont à peu près les mêmes que ceux déjà indiqués à propos des maladies simulées. En effet, dans toute recherche de ce genre, on aura égard : i° aux motifs qui peuvent porter certains individus à dissimuler les maladies dont ils sont porteui's ; 2° aux manœuvres que l’on sait avoir été, jusqu’à ce jour, mises en usage pour atteindre un pareil but; 3° aux symptômes de l’affection que l’on veut dissimuler, et dont il est possible de constater l’existence sans l’aveu du malade. De semblables recherches devront être faites toutes les fois que la loi y autorisera le médecin, c’est-àdire tout autant que la société aura intérêt à s’assurer de la vérité; mais il est bien entendu que, dans les cas nombreux où le médecin sera dépositaire du secret d’un individu, dont la divulgation peut altérer
^46 médecine légale.
l’honneur des familles, ou en compromettre la tranquillité, il sera de son devoir de se taire, tout en employant les moyens nécessaires pour détruire la maladie qu’il aura reconnue. C’est dans ces circonstances souvent difficiles, que le ministère du médecin prend un caractère sacré, et qu’il doit savoir supporter avec calme toutes les imputations calomnieuses dont sa conduite peut être le sujet.
4° Maladies imputées. Par des motifs d’intérêt, de haine ou de basse vengeance, on a quelquefois attribué à certains individus, des maladies dont ils n’étaient point porteurs. Il est facile d’arriver à la vérité à cet égard; car, quelle que soit la maladie que l’on inspecte, du moment où les symptômes propres ; à cette affection manquent, nul doute que le médecin ne doive déclarer la maladie imputée.
section v.
Des exemptions à divers services, et notamment au service militaire.
Si nous prétendions donner une indication complète des maladies qui peuvent exemp-