‹ Traité élémentaire d'hygiène et de médecine légale, précédé d'une introduction historique et suivi d'une biographie, d'une bibliographie, etcChapitre 42 sur 53 · MALADIES INTELLECTUELLES · texte numérisé non relu

MALADIES INTELLECTUELLES

éveillé l’attention des savans, et les organes du ministère public se sont trouvés en désaccord avec les médecins, seuls juges compétens eu pareille matière. Une lutte inégale s’est engagée, dont le résultat fut de laisser la question indécise. Cela devait être : il est impossible aujourd’hui de tracer une ligne de démarcation précise entre le monomane et , l’homme qui n’est que passionné. Cependant l’humanité voulait que sur le simple doute le glaive delà justice se détournât de la tête des accusés auxquels je fais allusion; la morale le voulait aussi, car la société n’a aucun droit de frapper un de ses membres qu’autant que le crime lui est évident; et lorsqu’elle arguë, pour suivre une marche contraire, de l’intérêt de sa propre conservation , elle oublie qu’avant tout elle doit être juste, fait preuve de faiblesse en reconnaissant à un individu isolé plus de force qu’à elle-même, et méconnaît celte vérité, que l’intérêt social, vu de haut , ne peut jamais être en opposition avec ce qui est juste et moral.

La question de la monomanie ne peut, au reste, être résolue qu’en suivant une au-

tre voie que celle suivie jusqu’à présent, c’està-dire qu’ autant que la physiologie et la psychologie seront assez avancées pour déterminer avec rigueur quelle influence les lois intellectuelles reçoivent de l’organisme; et jusqu’à quel point la liberté humaine peut se conserver intacte au milieu du trou- ■ ble des passions. Ce travail est tout entier à faire.

Du reste, toutes les fois qu’il s’agit d’interdire un aliéné, il faut y procéder avec la plus grande circonspection, et encore ne la faire prononcer qu’après avoir soumis le malade à un traitement méthodique. Il est très sage, en effet, de ne prononcer l’interdiction d’un aliéné que lorsque la maladie est passée à l’état chronique , ce qui a lieu ordinairement au bout d’un an.

Quant aux monomanes, leur interdiction peut être différée avec moins d’inconvéniens, à moins qu’ils ne soient furieux, et qu’ils ne cherchent à nuire à autrui , cas auquel il convient de les isoler avec le plus grand soin. S’il fallait assigner une limite précise où un monomane doit encourir l’interdiction, la chose serait impossible; et il

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