‹ Traité élémentaire d'hygiène et de médecine légale, précédé d'une introduction historique et suivi d'une biographie, d'une bibliographie, etcChapitre 8 sur 53 · HYGIÈNE FUB. EX MED. X.KG · texte numérisé non relu

HYGIÈNE FUB. EX MED. X.KG

34 hyg ène pgbijque.

dont nous parlons n’a rien d’absolu ; elle est toujours relative aux individus. Mais la société est obligée, dans cette circonstance comme dans toute autre, de prendre une époque fixe , et nous croyons être encore audessous de la vérité , en disant que la femme n’est véritablement apte au mariage, dans nos climats, que de dix-huit à vingt ans, et l’homme, de vingt à vingt-cinq ans.

Il est en outre dans l’intérêt de la santé ; publique que les unions conjugales se fassent entre individus de constitutions différentes. La science est encore loin d’être fixée sur l’importance véritable qu’il convient d’accorder aux prédominances organiques qui ont recule nom de tempêramens. Mais elle ne peut se refuser à admettre qu’une foule d’affections diverses n’ont d’autre origine que les prédominances dont nous parlons. De là, j l’utilité si bien constatée de voir s’établir une sorte de croisement entre des tempéra- j mens de nature différente , afin qu’ils se modifient l’un l’autre, et que l’on voie dis- | paraître ces affections scrofuleuses, arthritiques, et ces maladies nerveuses si multipliées et si rebelles, qui résistent à tous les

agens thérapeutiques et désolent de longues suites de générations. Mais ici les difficultés sont extrêmes : le mariage étant une institution qui répond à la fois à un besoin moral et à une exigence physique, si la société peut imposer au citoyen le choix d’une épouse dans l’intérêt de la santé publique , tous ses droits s’évanouissent devant les lois morales qui sont d’un ordre supérieur.

I Elle doit donc se bornera donner des conseils, et à corriger, par l’éducation, le mal qu’elle n’a pu empêcher.

Toutefois, il est deux circonstances où la société serait, selon nous, en droit dïn-

Îtervenir, et où elle intervient quelquefois. Ce^sont les cas où la femme dont on projette le mariage serait conformée de manière à rendre la propagation impossible, et celui ; où l’un des deux époux serait atteint d’une i maladie incurable et transmissible par voie d’hérédité. Dans ces deux cas, la société se > contente de dissoudre le mariage qu’elle a r autorisé, et place ainsi les époux dans une t position fâcheuse pour tous deux; il serait | préférable qu’au lieu de remédier au mal, ;lle le prévînt. Mais ce sont là de ces con-

seils qu’il est plus facile de donner que de suivre. ( V oj. pour les causes de dissolution du mariage , IIe partie, chap. n, sect. r, § 2.)

SECTION III

Du célibat.

En favorisant le mariage par tous les moyens qui sont en son pouvoir, la société condamne implicitement le célibat. Et en effet, sous le rapport moral, elle ne peut que blâmer une condition civile qui est en complète désharmonie avec toutes les autres institutions de la société, et qui, sous quelque point de vue qu’on l’envisage, aboutit à un concubinage honteux , ou à frustrer la société d’un de ses moyens de conservation.

Le célibat est de deux sortes, ou réel, ou fictif. Dans le premier cas , il a des inconvéniens nombreux qui ont été signalés à plusieurs reprises. Ainsi, on a remarqué que ceux qui, aux siècles passés, se condamnaient aux austérités de la vie monastique, étaient souvent victimes de maladies désorganisatrices des organes génitaux, et que leur insignifiante existence se rapprochait plutôt de

CELIBAT.

celle des végétaux que de la vie d’êtres intelligens. L’histoire de la science a conservé le souvenir de la lin déplorable et prématurée d’hommes et de femmes qui périrent victimes de leur obstination à la suite de luttes inégales entre leurs idées et leurs besoins.

Mais le célibat fictif a bien d’autres inconvéniens. Outre qu’il contribue à développer la luxure , il énerve la constitution de ceux qui s’y abandonnent, et est en opposition directe avec toute organisation sociale : i° en ce qu’il met les en fans qui en résultent dans une fausse position ; 20 en ce qu’il prive les enfans des soins physiques qui leur sont si nécessaires. Il nous suffit de signaler ces différens points sans qu’il soit utile d’en démontrer la vérité. D’ailleurs , les exemples se pressent en foule ; ainsi , il résulte des Recherches statistiques sur la ville de Paris et le j département de la Seine, que le nombre des aliénés célibataires est double de celui des gens mariés , ce que l’on concevra facilement en se rappelant: i° que cbez. presque tous i les individus, le célibat réel n’est qu’un état ; forcé, où les idées religieuses de ceux qui s’y

condamnent luttent perpétuellement contre la raison et les besoins de nos conditions actuelles d’existence; 20 que le célibat fictif, en ouvrant la porte à toutes les passions, éloigne du cœur humain cette confiance réciproque et ce calme intérieur que l’on ne rencontre que dans le mariage.

SECTION IV

De la grossesse.

On sait de quelles prérogatives et même de quels honneurs les femmes enceintes étaient entourées chez certains peuples de l’antiquité. Aujourd’hui, elles vivent sous l’empire de la loi commune. Cependant, si l’on convient que les femmes enceintes sont dans un état physiologique qui réclame des soins particuliers, ou reconnaîtra qu’il serait dans l’intérêt de la société que certaines d’entre elles reçussent des bienfaits particuliers. Il n’y a nul inconvénient à abandonner à elles - mêmes les femmes qui jouis- . 6ent d’une certaine aisance, et qui ont conçu dans l’état de mariage; il n’en est pas de même de celles qui sont aux prises avec le besoin, et de celles qui deviennent mères

GROSSESSE 3 g

à la suite d’un commerce clandestin. Les unes et les autres réclament des soins particuliers.

Dans notre état de civilisation, il serait absurde de prétendre faire revivre les coutumes qui étaient en faveur chez les anciens, plus ridicule encore de prétendre renouveler la déclaration exigée par l’édit de Henri II. Le remède à de pareils maux est évidemment dans l’amélioration de la condition des classes laborieuses, dont le sort est digne de tant d’égards. Nous ne pouvons qu’indiquer le but à atteindre , c’est à l’Économie politique à en fournir les moyens ; et c’est à la Morale à sanctionner les efforts des économistes en leur prêtant l’autorité de ses principes.

Si l’on veut aussi mettre un terme aux > avortemens provoqués de la part des fillesmères , ce n’est pas en les obligeant à des déclarations faites devant le magistrat, dont le résultat sera de les avilir à leurs propres 1 yeux, qu’on atteindra le but qu’on se pro- ; pose; mais bien en dissipant les préjugés qui environnent ces femmes dont la faute n’est t point assez grave pour mériter le mépris

qu’on déverse sur elles, en les éclairant sur leur position, et en rendant de plus en plus sévère la législation relative à ceux qui concourent immédiatement ou médiatement à l’avortement provoqué. Toutes ces améliorations sociales, le médecin doit les indiquer; mais il n’a pas les moyens de les réaliser.

section v.

De la prostitution.

Une des plaies des civilisations modernes, est la prostitution. Dans toutes les nations civilisées elle exerce un empire que quelques-uns regardent comme salutaire, et que d’autres n’hésitent pas à blâmer. Pour nous, nous ne balançons pas à la regarder comme un des fléaux de toute société. Cependant, comme elle est un fait malheureusement trop réel, nous allons en parler en formant le vœu 'de voir arriver l’époque où l’hygiène publique n’aura plus à s’en occuper quepour souvenir historique.

Les prostituées doivent, dans l’intérét de la santé générale, être soumises à une surveillance des plus actives; et les mesures

Page 1