‹ Traité élémentaire d'hygiène, privée et publique (volume 2)Chapitre 14 sur 134 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

©es sexes.

La considération du sexe a une grande importance en hygiène. Il est toutefois impossible de tracer ici l'histoire physiologique de l'homme et de la femme; on ne peut que signaler les différences principales qui les caractérisent, différences que peut expli-

quer l'action des agents sur leur organisme. Voici les plus saillants.

1° La présence des organes génitaux chez l'homme et chez la femme est la première et la plus importante de ces différences. Chez l'homme, ce sont les organes génitaux mâles, dont on ne peut donner ici la description. Chez la femme, ce sont les organes femelles : utérus, ovaires, mamelles.

Sans entrer dans des détails bien circonstanciés touchant les fonctions de ces organes, il est indispensable de donner quelques explications relatives à leur action.

Les organes génitaux femelles, indépendamment de la fécondation et de la gestation, remplissent deux fonctions qui doivent nous arrêter quelques instants. La première est l'ovulation spontanée, la deuxième est la menstruation.

Ovulation spontanée. —D'après les travaux de Négrier, Gendrin, Pouchet, Coste, etc. , on peut admettre la théorie suivante de l'ovulation spontanée, et la formuler dans ces quatre propositions.

-1° Chez la- femme, il y a une époque qui correspond au rut chez les animaux, c'est la maturation de l'ovule ; 2° Cette maturation a lieu tous les mois ; 5° Une fois à l'état de maturité, cet ovule, contenu dans une des vésicules dites de Graaf, en détermine le gonflement, puis la rupture. De là l'ovule passe dans les trompes de Fallope , puis enfin dans l'utérus où il meurt, s'il n'est pas fécondé.

4° Cette rupture s'accompagne d'une congestion générale de l'utérus, et les deux causes réunies (rupture et congestion) déterminent l'écoulement du sang qui constitue les règles.

Menstruation. — Il est généralement admis que la menstruation commence chez les femmes à l'âge de 14 à 15 ans (Marc Despine, etc.) en moyenne dans nos climats. Haller pensait que la puberté des femmes commençait beaucoup plus tôt dans les pays chauds, où elle se montrait, en général, vers l'âge de 8 à 9 ans, tandis qu'elle se faisait attendre beaucoup plus dans les climats froids. Un médecin anglais, M. Roberton, dans le but de résoudre cette question, a ouvert une correspondance avec les médecins anglais établis dans les diverses contrées du globe, et il a consigné les résultats de cette correspondance dans le journal d'Edimbourg. Voici les conclusions principales auxquelles il est arrivé.

\o L'opinion de Haller, que la puberté des femmes, dans les pays chauds de l'Asie, commence de 8 à 40 ans, est complètement dénuée de fondement ;

2° L'âge auquel la menstruation commence au plus tôt, en Angleterre et au Bengale, est le même (9 ans) ;

5° Bien que le terme moyen de la puberté semble plus rapproché à Calcutta qu'en Angleterre, réellement elle ne se montre pas plus tôt dans un pays que dans l'autre ;

4° La différence la plus remarquable que présentent les tables, c'est qu'un plus grand nombre de femmes indoustanes sont réglées à 42 ans, tandis qu'en Europe le développement de la menstruation est reporté entre la onzième et la seizième année;

5° Quand il serait prouvé que ces femmes arrivent plus tôt à la puberté que les autres, ce ne serait pas une preuve en faveur de l'influence du climat. Ainsi, à la Jamaïque, à Antigoa, aux Barbades, à la Nouvelle-Grenade, les règles ne se montrent pas plus tôt qu'en Angleterre, et il est juste'd'attribuer cette différence, dans l'Indoustan, à la différence de race.

Dans le relevé d'un premier tableau recueilli dans les climats chauds, la première menstruation a eu lieu en moyenne à 42 ans 44/27, et la première grossesse à 44 ans 2/25. Dans les autres relevés, la première menstruation a eu lieu à 42 ans 85/407, et la première grossesse à 43 ans 64/66, toujours en moyenne- Dans l'île de Madère, 228 femmes ont eu pour moyenne de l'âge de l'établissement de la menstruation 45 ans 5 mois. (Voir l'ouvrage de M. Brierre deBoismont Sur la Menstruation.)

Système nerveux. — La seconde cause de différence entre l'homme et la femme est dans le système nerveux ; voici en quoi elle consiste : le système nerveux chez la femme est plus excitable , plus facilement impressionnable; il est, si l'on peut ainsi dire, doué de facultés plus exquises, plus délicates, et cet état fonctionnel est plutôt un indice de débilité que de force. La plupart du temps, les facultés intellectuelles mises en jeu, bien qu'elles puissent être aussi développées et aussi perfectionnées que chez l'homme, n'en sont pas moins affectées d'une débilité plus grande, d'une excitabilité plus facile et d'un épuisement plus prompt.

Les mouvements présentent les mêmes résultats ; ils ont moins

de force, moins d'étendue ; le développement musculaire est moins considérable.

La sensibilité, surtout chez la femme, est délicate, exquise ; elle est mise en jeu avec une facilité extrême , s'exalte ou diminue avec une grande rapidité.

Peut-on expliquer cette grande et facile impressionnabilité des diverses facultés cérébrales par un état organique particulier du cerveau ? Plusieurs auteurs l'ont essayé.

D'après Sœmmering, la tête et le cerveau , considérés d'une manière absolue, sont plus petits chez la femme que chez l'homme. Mais si leur masse encéphalique est comparée au reste du corps, on trouve que le volume et le poids de cette dernière sont relativement plus considérables chez la femme que chez l'homme.

D'après Ackermann, cité par Burdach, le cerveau de la femme est proportionnellement plus pesant que celui de l'homme dans ses rapports avec le poids total du corps chez l'un et l'autre.

D'après M. Parchappe, le volume de la tête est, en moyenne, plus petit dans toutes les proportions chez la femme que chez l'homme ; il en est de même du poids qui, en moyenne, est plus faible chez la femme; tandis que ce volume et ce poids, comparés à celui du reste du corps, sont relativement plus considérables.

Les trois auteurs qui viennent d'être cités s'accordent donc à tirer de leurs recherches anatomiques cette conclusion : que le volume et le poids de la masse nerveuse, comparés au poids et au volume de la masse du corps, sont plus considérables chez la femme que chez l'homme; et il suit de là qu'on pourrait peutêtre invoquer cette prédominance pour expliquer la susceptibilité et l'impressionnabilité plus grandes des diverses facultés cérébrales dans le sexe féminin.

Dépendances du sijstème nerveux. — La peau est plus brune, plus résistante, plus épaisse chez l'homme que chez la femme. Le système pileux est généralement plus développé chez lui.

La digestion n'est signalée dans les deux sexes par aucune différence importante qui mérite d'être remarquée.

La respiration, au contraire, présenté des variations remarquables dont on doit la connaissance à MM. Andral et Gavarret. Ces variations portent sur la quantité de carbone brûlé dans les poumons. Le terme de comparaison est la quantité de ce corps brûlée

dans l'espace d'une heure, et que l'on déduit de la proportion d'acide carbonique exhalée pendant ce laps de temps.

De 8 à 45 ans, les enfants mâles brûlent, dans l'espace d'une heure et en moyenne, 7 gr. 4 de carbone, tandis que, dans les mêmes conditions, les enfants femelles ne brûlent que 6 gr. 4.

Après l'âge de puberté les résultats sont variables chez l'homme et chez la femme : 4° chez l'homme , la quantité d'acide carbonique brûlée augmente jusqu'à l'âge de 50 ans, ensuite elle décroît. De 45 à 20 ans, il y a 40 gr. 8. — De 20 à 50 ans, 42 gr. 2. — De 30 à 40 ans, 44 gr." 0. —De 40 à 60 ans, 10 gr. — De 60 à 80 ans, 9 gr. 2. — Un cas à 402 ans, 9 gr.

2° Chez la femme, la quantité de carbone brûlée dans l'espace d'une heure est toujours moins forte que chez l'homme. Dès que la menstruation est établie. MM. Andral et Gavarret sont arrivés à cette singulière conclusion que, quels que soientl'âge et la force des femmes, tant que dure cette période, de 45 à 50 ans par exemple, la quantité de carbone brûlée dans l'espace d'une heure est toujours à peu près la même et s'éloigne peu de la moyenne 6 gr. 9. Pendant la grossesse, la quantité de carbone brûlée en une heure atteint le chiffre maximum 8 gr., qu'elle conserve tant que dure cet état physiologique, pour retomber ensuite dans la moyenne 6 gr. 9.

Circulation. — M. Bizot, dans des recherches intéressantes, a signalé des différences notables entre le volume du cœur , chez l'homme et chez la femme. Chez cette dernière , il est proportionnellement moins volumineux dans toutes ses dimensions.

La composition du sang n'est pas exactement la même dans les deux sexes. Les analyses auxquelles je me suis livré avec M. Rodier ont conduit aux conséquences suivantes :

Le sang chez la femme est un peu plus riche en eau que chez l'homme.

La proportion de globules est beaucoup moindre chez la femme que chez l'homme. Il y a en moyenne 427 millièmes chez elle, tandis qu'il y en a 444 millièmes chez l'homme.

La proportion d'albumine contenue dans 4000 grammes de sérum est également un peu moins forte chez la femme.

Le poids des matières grasses est un peu ( mais bien peu à la vérité) plus considérable chez la femme que chez l'homme. Il y a chez elle un peu moins de sels.

En résumé: la densité soit du sang considéré en masse, soit du sérum pris à part, est moindre dans le sexe féminin que dans le sexe masculin.

Poids. — A égalité d'âge et à partir de douze ans, où il y a une égalité presque complète dans le poids des individus des deux sexes (Quetelet), l'homme est généralement plus pesant que la femme. Le poids moyen du premier, bien développé et bien conformé, peut être représenté par 47 kil., tandis que celui de la femme, dans les mêmes conditions, n'est que de 42,5 kil. Les limites pour les hommes ont été 98,5 kil. et 45 kil., et pour les femmes 95,8 kil. à 59,8 kil.

Les femmes parviennent au maximum de leur poids plus tard que l'homme. C'est en effet vers l'âge de 50 ans qu'elles pèsent le plus, tandis que l'homme se trouve dans la même condition à 40 ans.

Taille. — La taille (Quetelet) chez l'homme est en moyenne plus élevée que chez la femme. Chez un homme ayant atteint tout son développement, les limites extrêmes se trouvent comprises entre \ m. 487 et 4 m. 890, et chez la femme entre 1 m. 4 44 et 1 m. 740.

Les différences qui viennent d'être signalées entre l'organisation de l'homme et celle de la femme modifient, chez cette dernière, l'influence des divers agents externes ou internes, et peuvent même déterminer des effets tout spéciaux.

On peut ranger en quatre ordres ces différences principales, qui résultent pour la femme de son organisation particulière.

4° La femme, en raison de sa constitution moins forte, de son organisation moins robuste , offre d'une part une moindre résistance à l'action des agents extérieurs et des modificateurs de cause interne , et d'une autre part elle offre contre les maladies , une fois développées, une réaction moins considérable. Ces deux propositions se démontrent d'elles-mêmes, il est inutile d'y insister. 2° La diversité des organes génitaux dans les deux sexes est pour chacun d'eux la cause d'affections essentiellement différentes. Chez l'homme, les maladies des organes génitaux tendent plus à se localiser, et chez la femme elles tendent davantage à se généraliser. Il va sans dire que cette loi présente des exceptions, et qu'il n'y a d'exprimé ici que le fait général. Chez la femme, un acte nouveau et important, l'accouchement, ainsi que tous les

phénomènes qui en sont la suite, est le point de départ de maladies nombreuses, toutes spéciales et exerçant une grande influence sur l'état physiologique et pathologique de la femme.

3° L'ovulation spontanée, et la menstruation qui en est la conséquence, donnent naissance à des accidents nouveaux et tout particuliers qui sont liés à ces fonctions. Ces accidents peuvent se développer ou être rattachés à trois époques bien distinctes de la menstruation, qui sont les suivantes :

A. La menstruation à l'époque de sa manifestation peut trouver de grands obstacles à s'établir, et ces obstacles sont liés à l'existence de la chlorose ou de l'hystérie. D'un autre côté , l'établissement de la menstruation peut changer la constitution de la jeune fille, l'améliorer, la consolider et même faire disparaître certaines maladies qui existaient à une époque antérieure, telles que la chorée, l'épilepsie, les scrofules, des affections chroniques de la peau, etc., etc.; la menstruation peut encore en produire de nouvelles et être quelquefois le point de départ de leucorrhées rebelles et même de phthisie pulmonaire.

B. Pendant sa durée, chaque époque menstruelle peut être la source d'accidents particuliers qui sont: a, la quantité trop considérable de l'écoulement sanguin, qui détermine des anémies plus ou moins profondes : 6, la diminution de quantité ou encore la suppression des menstrues, qui est tantôt le symptôme d'une maladie générale (la chlorose), tantôt, au contraire, le point de départ d'accidents spéciaux qui ne sont que la conséquence de la suppression ou de la diminution de ce flux. L'état pléthorique, la fièvre continue simple, la métrite, etc., etc., peuvent être rangés dans cette catégorie.

C. A l'instant de la suppression naturelle des menstrues, les modifications qui surviennent dans l'organisation de la femme, surtout dans les premières années qui suivent ce temps critique, peuvent être causes de diverses maladies. On ne peut examiner ici toutes celles que les auteurs ont mises sur le compte de cette suppression, il est seulement utile de signaler le fait général.

4° La femme, en raison de l'état de son système nerveux et de la susceptibilité des fonctions de cet appareil si facilement mis enjeu, se trouve dans les deux conditions suivantes, que nous formulons seulement ici d'une manière générale.

A. Chez la femme, la plupart des maladies d'espèce et de nature

différentes qui peuvent se développer, se compliquent plus facilement d'accidents nerveux , soit du mouvement , soit de la sensibilité, soit même de l'intelligence.

B. Les affections nerveuses, les névroses sont plus fréquentes chez la femme que chez l'homme. Il yen a même qui lui sont toutes spéciales, telles que l'hystérie.

Résultats statistiques. — Les recherches statistiques faites sur le sexe féminin comparé au sexe masculin ont conduit à des données curieuses et assez intéressantes , sous le point de vue de l'hygiène, pour être reproduites ici.

4° Naissances. — Il naît plus de garçons que de filles, c'est un fait positif et qui est vrai dans la plupart des pays. Voici quelques chiffres qui le prouvent, pour la France du moins.

En France, en 30 ans, de 1817 à 1846, il est né 14,990,142 garçons et 14,107,953 filles. Les premières naissances l'emportent donc sur les secondes de 1/16.

Les choses ne se passent pas de même pour les enfants légitimes ou pour les enfants illégitimes. En effet, pour les premiers il naît 17 garçons pour 16 filles, tandis que pour les seconds il naît 26 garçons pour 25 filles.

M. Boudin a donné un tableau qui résume la proportion des naissances masculines sur 1 ,000 naissances féminines dans divers Etats de l'Europe. Nous en extrayons quelques chiffres.

Prusse, 1820 1834 1,060 | Grande-Bretagne 1,048

Prusse (population juive). ... 1,12 j Suède, 1816-1 825 1,046

Pays-Bas 1,064 I Mecklembourg 1,071

Russie, 1812-1827 1,089 | Corfou 1,116

Kaples, 1821-1S28 1,062 Belgique, 1816-1825 1,065

Autriche 1,061! Berlin, 1789-1810 1,069

Wurtemberg, 1820-1828 1,057 | Vienne, 1789-1810 l,04l

Bohême... . 1,054 |

2° Mortalité. — La statistique prouve qu'il meurt en général un peu plus de garçons que de filles. Il y a environ 65 morts de garçons pour 64 de filles. Si l'on met ces résultats en regard de ce fait que nous avons signalé , savoir, qu'il naît plus de garçons que de filles, on arrive à reconnaître que les deux sexes concourent d'une manière inégale et variable à l'accroissement de la population. Il résulte des recherches les plus récentes, consignées dans Y Annuaire du bureau des longitudes, que les garçons concourent à l'accroissement de la population pour 1/347, tandis que les filles n'y contribuent que pour 1/460.

En France, le mouvement moyen annuel delà population a été marqué par un accroissement de 164,774, ainsi distribués : 95,927 garçons, 70,847 filles.

Longévité. — Les résultats qui ont été présentés plus haut et qui sont extraits du Mémoire de M. Benoiston de Châteauneuf prouvent : 4° que la durée moyenne de la vie est un peu plus grande chez la femme que chez l'homme ; 2° que les exemples de longévité les plus nombreux se trouvent dans le sexe féminin.

Le Register Office, dont quelques extraits ont déjà été donnés plus haut , fournit encore ici des documents curieux touchant l'influence du sexe sur ia mortalité, et sur la nature des maladies qui sont- causes des décès : sur 1,754,526 décès, il y a eu 881 ,006 hommes et 855,520 femmes.

Sur une population de 25 villes et 7 comtés dans lesquels l'influence du sexe a été notée (la population était de 1,745,280 hommes et 1,840,887 femmes), les résultats obtenus , relativement à quelques maladies, ont été les suivants :

Cancer, plus fréquent chez la femme que chez l'homme ; il y eut 519 femmes et 141 hommes. La phthisie a frappé plus de femmes, 7,975 contre 7,165 hommes. Les maladies des organes génitaux, beaucoup plus communes dans le sexe féminin, donnent 796 femmes contre 9 hommes seulement. Les maladies du système nerveux ont été à peu près également causes de mort dans les deux sexes.

Les règles hygiéniques applicables aux deux sexes seront exposées avec détail, en traitant de l'histoire de chacun des agents qui composent la matière de l'hygiène.

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