‹ Traité élémentaire d'hygiène, privée et publique (volume 2)Chapitre 44 sur 134 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

BBe l'air atmosphérique.

L'action de l'air atmosphérique sur l'homme est de tous les instants , et ce gaz est l'agent le plus indispensable à l'entretien de la vie. L'étude de ses propriétés et de ses altérations est vaste et peut être divisée en quatre parties.

1° Etude des propriétés physiques de l'air (pesanteur, mouvement, etc.);

2° Modification de proportion des principes qui y sont normalement contenus;

5° Altération par la présence de nouveaux principes que la chimie permet d'y constater ;

4° Altérations inconnues dans leur nature, mais appréciables par leurs effets sur l'homme.

PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DE l'aIB.

Pesanteur.— L'air atmosphérique forme autour de la terre une couche gazeuse qui constitue l'atmosphère et qui est retenue à la surface du globe par l'action de la pesanteur. L'étendue de l'atmosphère est probablement de 15 à 20 lieues ou le 80e du rayon terrestre.

La pesanteur de l'air qui est répandu à la surface de la terre est représentée en moyenne par une colonne de mercure de 76 centimètres de hauteur (28 pouces), d'où résulte la conséquence que le corps de l'homme supporte à peu près un poids de 15,000 kil., disséminé sur toute sa surface. A mesure qu'on s'élève dans l'atmosphère, cette pesanteur diminue de plus en plus et la colonne barométrique s'abaisse.

Dans un endroit déterminé, à Paris, par exemple, comme dans tout autre lieu, la pesanteur de l'air mesurée par la hauteur de la colonne barométrique éprouve chaque jour des variations auxquelles on a donné le nom de variations diurnes; il y a chaque jour

2r maxima et 2 minima. Le minimum du soir est à 4h,5r — le maximum du soir de 10h,41'. Le minimum du matin à 3h,45r et le maximum du matin à 9h,37'.

Ces variations sont dues à des espèces de marées atmosphériques qui ne sont elles-mêmes que la conséquence de la dilatation et du resserrement des couches d'air produits par des alternatives d'échaiiffemeiit et de refroidissement dues à Faction du soleil. Ces variations exercent-elles une influence quelconque sur l'homme à l'instant où elles se manifestent? C'est une chose que l'on ignore encore.

Il est d'autres variations qui sont dites irrégulières et qui se manifestent sous l'influence de certaines perturbations atmosphériques, telles que les vents, les orages, etc., et que le baromètre accuse parfaitement. — Ces variations exercent manifestement une influence sur l'homme, mais comme on ne saurait en séparer l'étude de celle qui a déjà été faite de l'influence des temps orageux et de celle que nous allons faire de l'action des vents, nous y renvoyons le lecteur.

Diminution de pesanteur de Vair.

Les modifications de pesanteur de l'air les 'plus importantes que nous ayons à étudier sont celles qui sont dues à sa diminution à mesure qu'on s'élève dans l'atmosphère. — Les ascensions aérostatiques , et celles qui se font au sommet des hautes montagnes ont permis d'étudier ces phénomènes, et maintenant on est suffisamment renseigné à cet égard.

Les effets que l'on ohserve sont tous la conséquence du fait général suivant :

L'air étant moins dense et plus raréfié contient, sous le même volume, une quantité moins considérable d'oxygène : un individu donné, pour respirer librement, est donc obligé, ou d'en introduire à chaque inspiration une quantité plus considérable , ce qui n'est guère possible , ou bien d'opérer la compensation en répétant un plus grand nombre de fois les inspirations : c'est ce dernier effet qui a lieu, et le phénomène générai à l'aide duquel on explique toutes les autres modifications organiques et fonctionnelles, c'est la fréquence plus grande des mouvements respiratoires.

En voici les conséquences pour la respiration d'un air médiocrement raréfié. L'appétit devient plus vif, la digestion plus facile et plus prompte. La respiration s'accélère, le pouls également, et cette accélération est en raison inverse de la hauteur barométrique. Les mouvements s'exécutent avec plus de difficulté, l'anhélation et la fatigue se produisent plus facilement.

Si on s'élève à une hauteur plus considérable, comme dans le voyage aérostatique de M. Gay-Lussac (7,000 métrés) , ou clans les ascensions faites au sommet des hautes montagnes, les accidents présentent plus de gravité : la soif se montre vive et ardente, la bouche sèche ; la respiration devient beaucoup plus fréquente , le pouls s'accélère également. La courbature , le brisement des membres ne tardent pas à survenir. On voit des hémorrhagies surgir par les membranes muqueuses et en particulier par les fosses nasales, la bouche et les bronches. Le froid vient aussi joindre son action, et ces deux causes réunies rendent souvent tout à fait impossible la continuation de l'ascension. On doit toutefois observer que les effets souvent insurmontables de la fatigue musculaire ne se font sentir que dans l'ascension des montagnes , tandis qu'ils sont nuls dans les voyages aérostatiques. —A tous ces accidents, on peut encore ajouter la céphalalgie, les éblouissements, les vertiges et les tintements d'oreille. En même temps, la voix se fait entendre avec difficulté à quelques pas, l'impression du froid est plus vive et plus pénible.

Lorsque des individus habitent dans des lieux très-élevés au dessus du niveau de la mer, il survient dans leur constitution, dans leur tempérament, dans leurs habitudes, des modifications physiologiques qui s'harmonisent avec le milieu raréfié au sein duquel ils vivent. — Ces modifications de constitution sont spécialement les suivantes : l'appétit devient vif, ardent, facile, les digestions rapides. La respiration et la circulation s'exécutent avec une fréquence plus grande qui finit par devenir habituelle et tout à l'ait normale. La respiration devient en même temps ample, puissante. L'ascension a lieu désormais sans dyspnée, la voix se fait entendre à de grandes distances et sans fatigue. L'exercice musculaire est bien supporté.

Les montagnards sont agiles, vifs et ardents. Leurs passions sont vives, ils cherchent à les satisfaire rapidement et avec ardeur. Les fonctions génitales s'exécutent avec énergie. Les facul-

tés intellectuelles sont développées ; leur sensibilité est vive et leurs sens sont actifs et subtils ; enfin leur embonpoint est médiocre. — Chez l'habitant des montagnes, c'est, ainsi que cela a été dit plus haut, le tempérament nerveux et surtout le tempérament nervoso-sanguin qui tend à dominer (1).

Influence sur les maladies. — Les détails précédents peuvent faire prévoir la nature de ces influences. L'air vif et moins dense des montagnes est pernicieux pour les individus atteints de maladies des organes respiratoires ou circulatoires. La nécessité où sont les individus placés dans une telle atmosphère, d'exercer plus éneigiquement ces deux appareils , augmente leur impressionnabililé, fait faire des progrés à la maladie qui existe, ou favorise son développement, s'il n'y a encore qu'une prédisposition morbide. — On explique ainsi le mauvais effet de l'air des localités élevées sur les individus atteints d'affections organiques du cœur, de tubercules, ou d'emphysème des poumons, de bronchites aiguës ou chroniques et l'influence fâcheuse que ces mêmes conditions atmosphériques exercent sur ceux qui sont prédisposés à ces affections ; il n'est pas rare alors de voir ces maladies se développer pour la première fois, sans même qu'une cause occasionnelle soit venue faire éclater la prédisposition.

Règles hygiéniques. — La première règle à observer, c'est précisément de soustraire les individus prédisposés aux affections des organes de la respiration et de la circulation, ou attaqués de ces mêmes maladies , à l'action de l'air vif et moins dense des montagnes.

Le séjour dans des lieux secs et élevés doit au contraire être conseillé comme moyen puissant d'hygiène et comme pouvant

(i) Voici le tableau indiquant les plus hautes localités habitées du globe.

Maison de poste d'Antomarca (habitée quelques mois) 4,712

Tacora (village indien) 4,344

Fotosi (partie la plus élevée) 4,166

Ville de Calamarca 4,161

Métairie d'Antisana 4,101

Micuicampa (Pérou) 3,618

Ville de Quito 2,908

Dans nos climats.

Hospice du Saint-Bernard 2,491

Hospice du Saint-Gothard , 2,075

CHAP. v. —de l'air atmosphérique. 4 41

réformer des constitutions et des tempéraments altérés d'une certaine manière.

Ainsi les individus mous , à constitution faible , à tempérament lymphatique, à fonctions digestives languissantes, mais cependant sans aucune prédisposition aux maladies des organes circulatoires et respiratoires, se trouveront parfaitement bien d'une telle exposition; si on y joint un régime alimentaire convenable et approprié, on pourra être presque certain de modifier leur constitution et souvent de la consolider pour toujours.

Augmentation de pesanteur de Voir. — L'air augmente de pesanteur et de pression à mesure qu'on s'enfonce dans les entrailles de la terre , ou si Ton veut, au-dessous de la surface du niveau de la mer. Les effets de cette augmentation naturelle sont peu connus, attendu qu'on ne s'est jamais enfoncé très-profondément, qu'on pénètre même rarement à 500 ou 600 mètres, et qu'à cette jprofondeur les effets ne sont pas assez considérables pour exercer une action quelconque sur l'homme. Quelques expériences que nous avons faites dans une cloche à condenser l'air, imaginée il y a plusieurs années par M. Tabarié, peuvent donner une idée de ce qui arriverait sous une pression un peu considérable et où probablement on n'atteindra jamais en s'enfonçant sous terre. — Sous une cloche contenant de Fair comprimé à une atmosphère et demie (42 pouces à peu près) , les individus soumis à l'expérience n'ont éprouvé aucun malaise, et n'ont ressenti aucune sensation agréable ou désagréable. La respiration s'est ralentie , le pouls a diminué de quelques pulsations : tels ont été les seuls effets observés chez les personnes placées pendant une demi-heure sous une vaste cloche dans laquelle l'air était condensé à l'aide d'une machine foulante, et renouvelé du reste d'une manière suffisante pour la respiration.

Page 1