‹ Traité élémentaire d'hygiène, privée et publique (volume 2)Chapitre 45 sur 134 · DE L'AIR EN MOUVEMENT, OU DES VENTS · texte numérisé non relu

DE L'AIR EN MOUVEMENT, OU DES VENTS

Les vents sont des courants d'air qui se produisent lorsque ce fluide plus dense ou plus pressé dans un point de l'atmosphère, s'écoule vers une région où l'air est moins dense et moins comprimé. — Les causes des vents sont principalement les suivantes : l'action inégale de la chaleur sur les diverses couches d'air

de l'atmosphère, la condensation ou la formation subite d'une masse de vapeurs, les changements que produit la rotation de la terre dans la vitesse relative des molécules d'air, lorsque ces molécules se déplacent dans le sens des méridiens ; enfin les répulsions et les attractions électriques. On distingue plusieurs espèces de vents :

1° Les vents alises, qui soufflent dans les régions équatoriales, au large des côtes et dans des directions à peu prés constantes pendant tout le cours de l'année. Ils existent de chaque côté de l'équateur, jusqu'à 50° de latitude à peu près. Leur direction est du N.-E. au S.-O. dans l'hémisphère nord, et du S.-E. au N.-O. dans l'hémisphère sud.

2° Les vents périodiques , appelés aussi moussons , brises de mer et de terre, pénétrant à une certaine distance dans l'intérieur des continents. Leur production s'explique par réchauffement plus ou moins considérable des masses d'air atmosphérique, immédiatement en contact avec la surface de la mer ou celle des continents. Ils varient à l'infini suivant la latitude, la disposition réciproque et la configuration des mers et des continents , les chaînes de montagnes, etc.; ils régnent surtout sous les tropiques .

3° Les vents variables. Ce sont les vents régnant des tropiques aux pôles, et qui soufflent tantôt dans une direction, tantôt dans une autre, mais ayant dans chaque localité et dans chaque saison une tendance déterminée.

D'après M. Fournet, la France, sous ce rapport, doit être divisée en trois régions : i° la région atlantique comprise entre N.-E. et S.-O.— Le vent dominant est S.-O. 2° le bassin du Rhône. Le vent dominant est le N. 5° la région méditerranéenne. Elle se divise en région occidentale dans laquelle le vent souffle d'O. à E.; et la région orientale ou les vents soufflent du N.-O.

4° Les vents accidentels , qui comprennent les déplacements d'air dus à une condensation subite de vapeurs, les ouragans et les tempêtes.

Les différents vents ont des températures variables. Ainsi un vent soufflant d'un pays dans un autre y transporte en quelque sorte la température de ce pays. — Les vents qui ont rasé la mer sont humides. — Ceux qui viennent des continents sont secs.

Les saisons peuvent modifier leur température ou leur degré de sécheresse et d'humidité.

Il y a quelques vents spéciaux qu'il est important d'étudier.

4° Au sud des Alpes, des vents du nord très-froids qui viennent des montagnes.

2° Dans la vallée du Rhône, le vent S. -E. nommé mistral, trésfroid et redoutable.

5° Le simoun {Chamsin en Egypte) , vent brûlant du désert, soufflant pendant cinquante jours, de la fin d'avril à juin. Il fait quelquefois monter le thermomètre à l'ombre jusqu'à 50°.

4° Le sirocco d'Italie, vent S. -E. qui vient d'Afrique après avoir traversé la Méditerranée. Il régne aussi en Sicile et à Malte; il est très-chaud et très-humide.

Action des vents sur l'homme. — Les vents agissent sur l'homme de trois manières, mécaniquement et en favorisant l'évaporation des liquides qui se trouvent à la surface de son corps; dans d'autres cas parleur température ou bien par leur humidité; enfin ils peuvent encore agir en transportant au loin des principes morbides.

Action mécanique.

Un vent soufflant avec une certaine intensité, quelles que soient d'ailleurs ses autres qualités, peut favoriser l'évaporation des liquides qui se trouvent accidentellement sur le corps de l'homme, amener le refroidissement de sa surface extérieure et être ainsi le point de départ d'affections plus ou moins graves.

C'est ce qui se présente surtout quand un individu a le corps couvert d'une transpiration abondante , ou bien encore quand ses vêtements imbibés d'eau de pluie viennent à subir le contact d'un vent qui renouvelle rapidement la surface d'évaporation. — Dans ces deux cas, il n'est pas rare de voir se développer quelque phlegmasie aiguë plus ou moins grave. Tels sont un coryza, une angine, un rhumatisme, une bronchite aiguë , une pleurésie ou une pneumonie. Ce sont des faits que la pratique ordinaire présente chaque jour à l'observation du médecin.

Température des vents.

4° Vents chauds. — Les vents chauds dans nos climats modérés n'ont pas de très-grands inconvénients; ils font respirer un

air moins dense, et procurent en conséquence un peu de dyspnée et de malaise que vient encore presque toujours augmenter l'existence simultanée d'une grande quantité d'électricité dans l'air.

Les vents chauds du midi ont plus d'inconvénients et produisent plus de malaise et de dyspnée. Le simoun ou vent brûlant du désert entraîne avec lui une quantité considérable de poussière et de sable très-fin qui obscurcissent l'atmosphère. Quand il souffle, les individus qui sont exposés à son influence ont la peau sèche et rugueuse, leur soif est ardente et leur respiration accélérée. L'action de ce vent et de ce sable ainsi entraîné détermine souvent des ophthalmies très-graves; quelquefois l'asphyxie en est la conséquence. Dans d'autres cas, lorsque ce vent est trèsviolent, on a vu des caravanes entières englouties sous les montagnes de sable qu'il avait soulevées. Les Arabes se couvrent la figure pour que le sable n'entre ni dans la bouche ni dans les yeux ; les Perses s'enduisent le corps de boue humide, et les Africains, dégraisse, afin d'empêcher Févaporation d'être trop rapide.

Le sirocco d'Italie est très-chaud , et a pu tuer des animaux en une demi-heure. Les habitants restent chez eux, les portes et les fenêtres calfeutrées, quand il souffle.

Vents froids. — Ces vents qui viennent du nord, et qui ont traversé les mers septentrionales, peuvent être secs ou humides. Secs, ils amènent par leur action sur les organes respiratoires et la peau, des pneumonies et des pleurésies. Humides, ils déterminent, outre ces deux maladies, des angines, des coryzas, des grippes, des bronchites catarrhales , des entérocolites, etc.

Les vents. froids exercent une influence d'autant plus grande sur la production de ces maladies qu'ils succèdent plus immédiatement à une température ou à un vent chaud. Les emphysémateux, les catarrheux, les tuberculeux voient presque toujours eur état s'aggraver sous l'influence d'un vent en même temps froid et humide.

Les vents simplement humides et à température modérée ont une influence fâcheuse sur la production des catarrhes et des flux; ils peuvent aggraver les diverses maladies de l'appareil respiratoire.

Transmission des principes morbides par les vents.

Les vents peuvent transporter les principes morbitiques qu'ils

trouvent sur leur trajet, et les semer en quelque sorte sur les différents points de leur passage.

, Pour les effluves marécageux cela est incontestable , et la science fourmille de faits qui démontrent la possibilité du transport des effluves paludéens par les vents.

Relativement au transport des miasmes inconnus dans leur nature, et qui constituent l'origine des affections épidémiques, il est généralement admis ; seulement il n'y a pas encore beaucoup d'observations précises qui démontrent la manière dont il s'effectue. Ce n'est qu'à l'aide d'observations météorologiques très-nombreuses, et de descriptions multipliées des caractères et du mode de développement d'épidémies qu'on pourrait tracer cette histoire.

Quant au choléra-morbus, les études météorologiques n'ont rien appris à cet égard, et sa transmission est complètement indépendante de la direction dans laquelle soufflent les vents.

2° ALTÉRATIONS DE COMPOSITION DE l'AIR PAR MODIFICATION DES PRINCIPES CONSTITUANT CE GAZ

L'air atmosphérique contient de l'oxygène, de l'azote, des traces d'acide carbonique et de vapeur d'eau.

En volume, il y a 20,80 oxygène et 79,20 azote.

En poids, il y a 23,10 oxygène et 76,90 azote.

Il y a de 3 à 6 dix-millièmes d'acide carbonique et de 6 à 9 millièmes de vapeur d'eau.

Les expériences de MM. Gay-Lussac, Brunner, Dumas et Boussingault ont toutes conduit à des résultats analogues. Les proportions de l'oxygène et de l'azote ont été les mêmes dans toutes les localités du globe, sur les plus hautes montagnes, comme à Paris, à Rome, à Genève, à Bruxelles, à Copenhague.

On a, toutefois, observé un fait qui pourrait bien se généraliser, c'est qu'à la surface de la mer du Nord, l'air atmosphérique contient 22,6 pour 100 d'oxygène au lieu de 23,1 ; ce que l'on explique par la solubilité plus grande de l'oxygène dans l'eau.

La quantité de vapeur d'eau est très-variable et nous occupera plus tard.

Les recherches de M. Théodore de Saussure ont fait connaître

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les résultats suivants, relatifs à l'acide carbonique. Après une pluie, il y a un peu moins d'acide carbonique dans l'air, ce qui s'explique par la solubilité de ce gaz dans l'eau. En hiver, les gelées et les froids augmentent par la même raison la proportion d'acide carbonique, et le dégel la diminue.

Au-dessus des grands lacs, il y a moins d'acide carbonique, la différence est de 0,5 à peu près sur 10,000 parties d'air. La quantité d'acide carbonique augmente dans les lieux habités. 11 y en a plus également sur les montagnes élevées que dans les plaines, et on n'y observe pas les variations de quantité du jour et de la nuit qu'on constate dans ces dernières.

Dans les plaines, la quantité d'acide carbonique varie. La nuit, elle est plus forte que dans le jour de 0,34 sur 10,000 parties d'air.

D'après Boussingault, il y a plus d'acide carbonique dans les villes que dans les campagnes. A Paris, sur 10,000 parties d'air, il y a 3,190 parties d'acide carbonique; à Andilly, près Montmorency, il n'y a que 2,989 dans la même quantité d'air.

L'air s'altère surtout dans les endroits confinés ; et c'est surtout cette altération qu'il est important d'étudier, car les modifications dont nous venons de rendre compte n'exercent aucune inlluence sur l'homme.

La respiration est une des causes principales d'altération de l'air : elle agit de la manière suivante :

1° Une certaine quantité d'oxygène est absorbée et est brûlée, il ne reste dans l'air expiré que 18 à 19 d'oxygène.

2° L'azote reste en même quantité, et si une partie est absorbée, il faut qu'il y ait un dégagement proportionnel de ce même gaz.

3» L'acide carbonique, produit en grande quantité, sort avec Vair expiré. Il y en a, en général, de 5 à 4 pour 100 au lieu de quelques dix-millièmes. C'est surtout cet acide carbonique, plutôt que la diminution de l'oxygène, qui est la cause des accidents qu'on observe lorsque l'air n'est pas renouvelé d'une manière suffisante.

4° L'air expiré contient une proportion notable de vapeur d'eau, tenant en dissolution une matière animale qui la rend putrescible lorsqu'on abandonne à elle-même cette vapeur condensée.

Lors donc qu'un individu est renfermé dans un lieu trop étroit pour fournir des éléments suffisants à sa respiration, ou bien que cet air n'est pas suffisamment renouvelé, l'asphyxie finit par arriver. Le temps de résistance est variable: il dépend de la force et de la- santé antérieure de l'individu, de l'espace dans lequel il est renfermé , de son âge, du renouvellement plus ou moins difficile de l'air, enfin, de la présence simultanée de plusieurs individus.

Dans les Indes, 146 prisonniers anglais furent renfermés dans un cachot de 20 pieds carrés, où l'air n'arrivait que par deux petites fenêtres donnant sur une galerie étroite, et par lesquelles l'air ne se renouvelait que très-difficilement et lentement. Bientôt, il y eut une chaleur insupportable, puis de la soif vive et de la suffocation. Ils se battirent entre eux pour s'approcher des soupiraux, où pouvaient seuls atteindre les plus robustes. Au bout de 8 heures, il n'y en avait plus que 23 vivants.

Un fait analogue s'est passé en France. Après la bataille d'Austerlitz, 300 prisonniers autrichiens furent enfermés dans une cave; 260 y succombèrent dans un court espace de temps.

Qui ne connaît le fait des assises d'Oxford, dans lesquelles juges, auditeurs et accusés furent frappés d'asphyxie mortelle? Dans tous ces cas , c'est en même temps la diminution successive de la proportion d'oxygène, la quantité croissante d'acide carbonique exerçant une action toxique, enfin le défaut d'arrivée d'air pur, qui ont amené des accidents si terribles.

L'acide carbonique se produit encore dans d'autres circonstances, d'une manière naturelle, et détermine de fâcheux effets sur l'homme. Des feuillages frais, des arbustes laissés pendant la nuit dans une chambre close, peuvent, surtout s'il y a du feu, dégager assez d'acide carbonique pour déterminer , sinon l'asphyxie d'un individu qui serait couché dans cette pièce, du moins des accidents très-graves.

Il en est de même des locaux où s'opère la fermentation du vin. La cuve se remplit d'acide carbonique, ainsi que l'endroit où cette cuve est placée, et il n'est pas d'année ni de pays dans lequel on n'observe des asphyxies ou des accidents dus à cette cause.

Dans le voisinage des volcans, il y a souvent, dans certaines localités, un dégagement assez considérable d'acide carbonique,

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Tout le monde connaît la fameuse grotte du Chien, près de Naples, qui se trouve aux environs de la solfatare.

La combustion du charbon, dans un endroit où l'air n'est pas suffisamment renouvelé , dégage de l'acide carbonique et de l'oxyde de carbone, qui ne tardent pas à déterminer l'asphyxie, s'ils ne sont pas remplacés par de l'air pur.

3me classe. — Altérations de l'air par des principes nouveaux, appréciables par la chimie.

Ces principes nouveaux sont des gaz. Les uns se forment naturellement dans certaines circonstances données, les autres sont le produit de l'art ; il s'agit de les examiner successivement.

1° Hydrogène carboné. — Ce gaz se- produit naturellement dans beaucoup de circonstances, et en particulier dans les suivantes : il se dégage dans les houillères, et dans les endroits où existent des matières végétales en décomposition ; ainsi, dans la vase des marais, Volta en a recueilli suffisamment pour l'étudier; il en est de même dans les mines de bitume asphaltique , et toutes les fois que se produisent et se décomposent des huiles pyrogénées. Ce gaz peut asphyxier en sa qualité d'air non respirable, ou par son action toxique spéciale ; il peut encore arriver, comme cela est fréquent dans les mines , qu'il s'enflamme et détermine des explosions très-graves.

La lampe de Davy est un admirable instrument qui a rendu très-rare la production de semblables explosions.

Souvent il se dégage, des tuyaux de conduite du gaz de l'éclairage, des vapeurs d'hydrogène carboné qui, lorsqu'elles se font jour à travers les fissures des tuyaux, peuvent déterminer des asphyxies ; dans d'autres cas, ce sont des combustions.

2° Hydrogène phosphore. — L'hydrogène phosphore est ordinairement un des produits de la décomposition des substances animales. Aussi le voit-on se dégager dans les cimetières, dans les églises, comme en Italie, où l'on a encore la coutume d'ensevelir les corps dans des caveaux placés sous le sol.

Le dégagement de ce gaz est beaucoup moins fréquent depuis qu'on établit les cimetières à une certaine distance des villes, et surtout depuis qu'on cherche , pour servir de sépulture, des terrains calcaires, sablonneux ou séléniteux , qui jouissent de

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la propriété d'absorber les liquides et de déterminer la décomposition sèche. En deux ans, en général, dans les cimetières de Paris, un corps est réduit à l'état de squelette.

Pour qu'il n'y ait pas dégagement d'hydrogène phosphore, il est utile que le cadavre soit placé à une profondeur suffisante au-dessous du sol ; six pieds sont la mesure prescrite par les règlements. Dans certains caveaux, comme celui de Saint-Michel, à Bordeaux, et celui des Capucins, à Païenne, les corps morts ne dégagent aucun gaz ; ils se desséchent et deviennent inaltérables en quelques semaines.

3° Hydrogène sulfuré. — Ce gaz est le produit de la décomposition de certaines substances végétales isolées, ou mélangées à des matières animales. Le chou , la laitue , les crucifères en produisent une quantité notable. Il se dégage des fosses d'aisance; mais, dans ce dernier cas, il est presque toujours combiné avec l'ammoniaque, et à l'état d'hydrosulfate d'ammoniaque. Presque toujours aussi il est mélangé d'une certaine quantité de carbonate d'ammoniaque et d'acide carbonique. Ces gaz se dégagent, non-seulement dans le cas d'ouverture des fosses d'aisance, mais encore lorsque ces fosses sont mal construites et les conduits mal joints. Les temps chauds et humides paraissent favoriser la production de ce gaz et sa pénétration dans les appartements.

L'influence qu'il exerce sur l'homme est très-fâcheuse. En petite quantité, il produit de la céphalalgie, des étourdissements , des nausées, des vomissements. Un des effets généralement attribués à l'acide sulfhydrique est l'ophthalmie grave des vidangeurs; mais il est plus juste ÏTen assigner la cause aux gaz ammoniacaux qui se dégagent presque toujours simultanément. Lorsque ces derniers se forment en quantité plus considérable, ils peuvent occasionner l'asphyxie.

Les règles hygiéniques à suivre en pareil cas consistent dans la disposition convenable à donner aux fosses d'aisance, lors de la construction des habitations, et dans les précautions qu'il faut prendre lors de leur vidange. Ces précautions, qui consistent dans l'emploi des fourneaux et cheminées d'appel disposés d'une manière convenable et qui , dans ces derniers temps, ont acquis un haut degré, de perfection, seront décrits à l'article Habitations. . Nous ne faisons également que signaler l'usage des chlorures, et

en particulier du chlorure de chaux, du peroxyde1 de fer et du charbon animal, qui sont actuellement les moyens employés avec le plus d'avantage pour décomposer, pour annihiler, ou pour absorber les émanations qui contiennent de l'acide sulfhydrique.

4° Ammoniaque.— Rarement elle se dégage pure, elle est presque toujours combinée avec les acides sulfhydrique, chlorhydrique, carbonique ou acétique. Dans ces divers états de combinaison, elle provient, soit des fosses d'aisance, soit des égouts, soit des endroits où il y a simultanément décomposition des matières végétales et animales.

Les accidents principaux que peuvent déterminer les gaz ammoniacaux sont des phénomènes d'irritation et même d'inflammation. Ainsi , sous cette influence on voit se développer des ophlhalmies graves , des coryzas intenses, des angines , des laryngites aiguës ou chroniques, des bronchites aiguës, souvent même des hémoptysies. C'est, en un mot, une action irritante locale, produite sur les muqueuses oculaire, nasale, buccale et laryngo-bronchique. L'asphyxie peut arriver lorsque les gaz contenant de l'ammoniaque sont en quantité considérable.

Les moyens précédemment indiqués peuvent être employés, soit comme désinfectants directs, soit pour être mélangés avec les matières d'où se dégagent les gaz ammoniacaux, tels sont le chlorure de chaux, le peroxyde de fer ou le noir animal ; pour détruire le gaz une fois produit, on se sert chlore et des chlorures.

Gaz qui sont le produit, de V industrie humaine. — Nous ne nous occuperons ici que des gaz produits dans les grandes industries, et non pas de ces gaz nombreux, intéressants, il est vrai, pour le chimiste, mais qui n'ont d'importance que dans les laboratoires scientifiques.

1° Chlore.— Les fabriques dans lesquelles s'opère la préparation du chlore et des chlorures peuvent laisser dégager ce gaz dans deux circonstances différentes. Ce dégagement a lieu, en effet, soit par suite de l'imperfection des appareils clans lesquels s'opère la combinaison du chlore avec l'eau, la chaux, la potasse ou la soude, soit par suite de la mauvaise disposition des longs . tuyaux destinés à porter au dehors de la fabrique le gaz en excès et devenu inutile.

Le mélange du chlore à l'air atmosphérique détermine dans l'un et l'autre cas, chez l'homme qui le respire, des accidents

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analogues, caractérisés par une violente irritation des voies aériennes. Aussi, en pareille circonstance, voit-on survenir des ophthalmies intenses, des coryzas graves, des laryngobronchites suraignës. Les toux convulsives, les hémoptysies accompagnent fréquemment ces irritations violentes. Les fabriques où du chlore est ainsi dégagé sont nombreuses , et on voit, non pas seulement en pareil cas, des accidents survenir chez les ouvriers et les employés des usines, exposés directement à son action ; mais encore î'influ ence de ce gaz s'exercer sur tout ce qui se trouve dans les endroits où viennent aboutir les tuyaux de conduite destinés à perdre et à mélanger avec Pair le chlore en excès. Les végétaux s'altèrent, leurs feuilles blanchissent, ils dépérissent et ne tardent pas à se flétrir et à périr. Les habitants de ces localités, si toutes les précautions qu'indique l'hygiène publique n'ont pas été prises , peuvent contracter des laryngo-bronchites rebelles, des toux convulsives. De tels accidents ne peuvent être évités qu'à l'aide de lessives alcalines disposées d'une manière convenable, et dans lesquelles on fait perdre tout le chlore qui s'échappe toujours, malgré toutes les précautions.

2° Acide chlorhijchique.—W se dégage également de beaucoup d'usines, et en particulier de celles où se fabrique le sulfate de soude. Ses effets sur les ouvriers aussi bien que sur les habitants des localités qui environnent de telles fabriques sont tout à fait analogues à ceux du chlore, et les précautions hygiéniques à prendre sont exactement les mêmes.

3o Acide nitrique et gaz nitreuœ.— Dans les usines où se fabriquent l'acide sulfurique et l'acide nitrique, le dégagement du gaz nitreux a souvent lieu en grande abondance, et il exerce une fâcheuse influence sur les individus exposés à son action. Cette action du gaz nitreux est aussi irritante et aussi violente pour les voies aériennes que celle du chlore ; ses effets ont avec ceux de ce dernier une grande analogie : ce sont des toux convulsives, des hémoptysies, des laryngo-bronchites, des ophthalmies, des coryzas intenses. Lorsque le gaz nitreux est respiré en grande quantité il peut tuer, et, à l'autopsie on trouve souvent sur la muqueuse buccale, ou laryngo-bronchique, des plaques jaunâtres, véritables escarres tout à fait analogues à celles qu'eût déterminées l'action de l'acide nitrique. Son action s'exerce parfois aussi sur les voies digestives : des vomisse-

ments et des symptômes de gastrite aiguë en sont alors la conséquence.

C'est encore à l'aide de lessives alcalines dans lesquelles on dirige le gaz nitreux en excès, et dans la bonne construction des appareils de manipulation que résident les précautions hygiéniques à prendre contre l'action du gaz nitreux.

4° Acide suif itrique et .acide sulfureux. — L'acide sulfureux, produit naturel du voisinage des volcans, des solfatares et des éruptions volcaniques en activité, ou résultat artificiel d'opérations chimiques particulières, agit, dans l'un et l'autre cas, de la même manière sur l'homme. Parmi les usines dont il est un des produits, c'est surtout dans les blanchisseries et dans les fabriques d'acide sulfurique que les émanations d'acide sulfureux ont le plus d'activité. Son action sur l'homme a pour résultat de déterminer de la toux, de la dyspnée, une soif vive, de l'agitation, et quelquefois aussi des phlegmasies bronchiques plus ou moins graves. Les eaux alcalines pourraient bien absorber l'acide sulfureux et s'opposer à ses effets fâcheux sur les voies aériennes ; mais la combustion directe du soufre dégage une quantité si considérable d'acide sulfureux, qu'une précaution semblable n'aurait aucune utilité, et que le meilleur conseil à donner est de ne pas s'exposer à de semblables émanations, surtout si la combustion du soufre a lieu en plein air.

Les vapeurs d'acide sulfurique ne sont que rarement en contact avec les voies aériennes ; ceci s'explique facilement si on réfléchit à la volatilisation difficile de cet acide et à la facilité avec laquelle il se transforme en acide sulfureux à la température où il entre en ébullition.

5° Gaz phosphores, phosphore en vapeur. — L'homme est exposé à ces influences dans les fabriques de phosphore, et en particulier dans les usines qui se sont tant multipliées ces dernières années et où se fabriquent les allumettes chimiques.

Le grand développement que cette fabrication a pris depuis quelque temps a engagé à étudier les maladies dont pouvaient être atteints les ouvriers qui sont occupés à ce genre de travaux. On a ainsi été conduit à admettre que deux maladies sévissaient de préférence sur ces ouvriers, et qu'elles étaient probablement le résultat de l'action des émanations phosphorées. Ce sont : 1° une bronchite aiguë ou chronique dont l'existence est bien

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réelle , mais qui n'a rien de caractéristique, et qui est tout à fait analogue aux bronchites développées sous l'influence d'une action locale irritante sur la muqueuse des voies aériennes. 2° La seconde maladie est une nécrose de la mâchoire inférieure; un certain nombre de faits ont déjà été publiés ; mais les médecins ne sont pas encore d'accord sur l'étiologie positive de cette nécrose spéciale.

6° Hydrogène arseniqué. — Ce gaz, l'un des plus terribles que l'on connaisse, se produit souvent dans le grillage des minerais d'argent arséniféres. Les ouvriers qui respirent un tel gaz ne tardent pas à succomber à son action toxique.

POUSSIÈRES FINES EN SUSPENSION DANS l'AIR ET ALTÉRANT AINSI

l'atmosphère.

On distingue ces poussières en minérales , végétales et animales. Toutes trois exercent une action particulière sur rhomme.

1° Poussières minérales. — Les poussières en suspension dans l'atmosphère, et capables d'exercer une influence fâcheuse sur l'homme, sont : 4° le plomb, 2° le cuivre, 5° le cobalt, 4° l'antimoine, 5° le mercure, 6° le zinc, qui peuvent déterminer des accidents ou des maladies spéciales dont il sera question plus tard.

La chaux, le plâtre , le silex sont doués tout au plus d'une action irritante. Le charbon de terre ou le charbon de bois exercent une action particulière sur le poumon; il n'est pas rare de trouver à l'autopsie les ganglions lymphatiques des bronches colorés par le carbone qui y a pénétré, et avec lequel leur tissu est combiné.

2° Poussières végétales. — L'action de ces poussières peut tout au plus déterminer sur l'homme de légères conjonctivites, des coryzas de peu d'importance, quelquefois de l'enrouement, une laryngite ou une bronchite légère. Il peut se faire encore que ces phlegmasies de peu d'importance, une fois développées, agissent comme causes occasionnelles et conduisent à des maladies organiques plus graves ; elles ne font alors que hâter la mamanifestation d'une prédisposition morbide spéciale. En dehors de ces cas, les poussières végétales ne peuvent déterminer que

les légers accidents que j'ai mentionnés plus haut. Ces poussières sont les suivantes : 1° la poussière de rhubarbe et des autres purgatifs végétaux pulvérisés, 2° la poussière de pyrèthre, 3° le coton, 4° le tabac en poudre, 5° les pailles dont se servent les natteurs en paille.

3o Poussières animales. — 1° La poudrette en poudre trèsfine étant absorbée détermine la céphalalgie.

La poussière de cantharides a été accusée de produire, lorsqu'elle est respirée, des accidents de violente irritation bronchique.

Les molécules de laine, suspendues dans l'atmosphère des ateliers où cette matière est manipulée et travaillée, le bleu de Prusse, la soie, déterminent quelquefois une légère action irritante sur la muqueuse olfactive et sur celle des voies aériennes.

Je me borne à cette simple énumération des poussières qui, à l'état de suspension, peuvent déterminer sur l'homme une action plus ou moins fâcheuse; il en sera question plus longuement en traitant de l'histoire des professions.

4e classe. — A Itérations de V air atmosphérique par des principes que la chimie ne peut faire découvrir, mais dont on admet V existence d'après leurs effets.

L'étude de ces altérations peut être divisée en plusieurs sections, qui sont les suivantes :

ï. Les miasmes ou émanations provenant des matières animales, et qui sont la cause de beaucoup de maladies ;

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