‹ Traité élémentaire d'hygiène, privée et publique (volume 2)Chapitre 47 sur 134 · II. ÉMANATIONS DE VÉGÉTAUX DÉCOMPOSÉS OU EFFLUVES MARÉCAGEUX · texte numérisé non relu

II. ÉMANATIONS DE VÉGÉTAUX DÉCOMPOSÉS OU EFFLUVES MARÉCAGEUX

Pour étudier les effluves marécageux et leur funeste influence, il est indispensable de commencer par l'histoire des eaux stag-

liantes et des marais. C'est ce que nous allons essayer de faire.

Les pluies qui tombent à la surface du sol dans les diverses contrées, ainsi que les eaux qui jaillissent du sein de la terre, n'y restent pas en cet état, et elles tendent à disparaître suivant un des trois modes que voici :

1° Par écoulement naturel,

2° Par évaporation,

38 Par infiltration dans le sol.

La perméabilité du sol, sa déclivité, son état de culture, sa surface plus ou moins boisée , l'inégalité ou la direction des pentes, influent sur ces trois modes.

1° Ainsi, le sol disposé en bassin, avec un terrain imperméable et une surface d'évaporation peu considérable, favorise la stagnation. De là la formation des lacs, des étangs. L'excédant d'eau s'écoulant et une autre partie s'évaporant spontanément dans la saison chaude, on conçoit leur transformation en marécages.

2° Les torrents inondant des pays, et le débordement des fleuves couvrant les champs voisins de leur lit, laissent, les uns et les autres, lorsqu'ils se retirent, des parties alternativement couvertes d'eau et desséchées; tandis que dans d'autres points, ce sont des flaques d'eau permanentes. De là encore, l'origine de nouveaux marécages.

5° Les torrents, en sillonnant les montagnes et entraînant les terres (les défrichements favorisent ces effets), déposent à l'embouchure des fleuves le limon qu'ils ont charrié ; de là des atterrissements qui envahissent la mer, en exhaussent le fond et apparaissent sous forme d'îles. L'embouchure de beaucoup de fleuves présente ainsi un delta composé de terres alternativement sèches, humides et infectées d'eaux croupissantes.

4° Le flux et le reflux , l'agitation des vagues inondent souvent les rivages ; de là production d'eaux stagnantes sur beaucoup de côtes.

5° Le retrait des eaux de la mer, qui quitte certains rivages pour en inonder d'autres , l'abaissement du niveau de plusieurs lacs, sont la cause de la formation de plaines marécageuses.

.6° Les bassins naturels ou artificiels où l'homme est parvenu à contenir les eaux, de même que les canaux, sont des causes fréquentes de la stagnation des eaux.

7° Sur les côtes de l'Océan . l'introduction des eaux douces

dans les marais salants abandonnés agit de la même manière.

Telles sont les causes principales de la formation des eaux stagnantes.

A la surface du globe, les marais sont nombreux : voici quelques-uns des plus redoutables et des plus étendus.

En Asie: lelacElton, à l'est du Volga :1e lac Aral; lelacd'Urmia, en Perse, près de Tauris;la mer Caspienne, entourée de marais. Toute cette partie du monde semble avoir été couverte par une vaste mer intérieure, remplacée aujourd'hui par des lacs et des marais. Le lacAsphaltique, en Tartarie, entouré de beaucoup de marais; dans les Indes, les bords et l'embouchure du Gange; presque tout le Bengale est couvert de rizières ; les rives du golfe Persique ; leTanaïs, prolongeant vers la mer de Crimée les Palus-Méotides si célèbres dans l'histoire; toute la Crimée, la Mésopotamie.

En Afrique : toutes les côtes inondées par les pluies tropicales sont marécageuses ; les lacs de l'intérieur , où tant de rivières vont se perdre, sont dans le même cas; du Sénégal à la Cafrerie, et de l'Abyssinie au Cap existe une ligne de marais. Dans la Basse-Egypte, ce sont les rizières, le delta du Nil.

En Amérique : les bords des grands lacs des Etats-Unis , qui semblent chaque jour diminuer de volume, et dont les rives, ainsi que celles de l'Ohio et du Mohawk, sont couvertes de plages marécageuses ; l'embouchure du Mississipi, tous les grands cours d'eau de l'Amérique du sud, la Guyane, la Colombie, contiennent de vastes marécages.

En Europe : l'Ecosse, la Norwège, l'Irlande, contiennent beaucoup de marais : de Saint-Pétersbourg jusqu'au fond de la Mer- Noire sont de vastes plages marécageuses. Toute l'Europe occidentale, jusqu'au fond de la Baltique et comprenant la Hollande, le Hanovre, le Danemarck, les Poméranies. Plus au centre, la Hongrie et la Pologne; la Suisse et ses vastes lacs. Au midi existent les marais de laSardaigne. En Italie ceux de Sienne, de Toscane, de l'Arno, de Mantoue, les lagunes de Venise et surtout les Marais- Pontins, qui de Cisterna à Terracine, ont 42,000 mètres de long sur 18,000 mètres de large.

La France présente, tout le long de ses rivages , une ceinture de marécages sur l'Océan et la Méditerranée. Le delta du Bhône, dont la surface a 72 lieues carrées ; le département de l'Ain, dont 30 lieues carrées sont couvertes d'étangs et de marais ; le dépar-

tement de l'Indre, qui contient plus de 400 étangs (Brenne); La Sologne, qui, sur une étendue de 250 lieues carrées, présente un sol alumineux, couvert de ruisseaux, parsemé d'étangs et de marais. Les marais de France, les plus importants pour leur étendue, sont : celui des Echets , dans F Ain, 1 ,150 hect. ; celui de la Courche, dans l'Aisne, 5,500 hect.; celui deLeucate, dans l'Aude, 1,881 hect.; celui de Berre, dans les Bouches-du-Rhône, 15,517 hect. ; celui de Marans, dans la Charente-Inférieure, 4,900 hect. ; celui de Mariano, en Corse, 5,000 hect. ; ceux de Blaye, dans la Gironde, 4,600; celui de Sanguinet, dans les Landes, 5,000; celui de Saint-Joachim, dans la Loire-Inférieure, 7,700 (1).

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