CONFIGURATION DU SOL
La surface terrestre présente de nombreuses inégalités. Ce sont d'abord des montagnes plus ou moins escarpées et plus ou moins élevées qui agissent en modifiant complètement une localité par l'exposition nouvelle qu'elles lui créent, par les abris qu'elles lui forment, par les climats particuliers qu'elles lui constituent au sein d'un autre climat, et enfin par l'action spéciale et souvent constante de certains vents.
Les montagnes elles-mêmes constituent, également, suivant la hauteur à laquelle on les considère, autant de climats particuliers. Au sommet, c'est la température et le climat des régions polaires; au milieu, les conditions des régions tempérées; à la base, celles des climats chauds. C'est ainsi que Tournefort a trouvé, au sommet du mont Ararat, les plantes de la Laponie, puis successivement, et en descendant, celles de l'Allemagne, de la France et de l'Italie. Enfin, à la base, les plantes indigènes, c'est-à-dire celles de l'Arménie.
D'après M. de Humboldt, les Cordilières, naturellement divisées en plusieurs étages de plateaux, offrent à l'étage supérieur, qui correspond aux régions polaires , des maladies inflammatoires ; l'étage immédiatement au-dessous, représenté par Quito, Santa- Fé-de-Bogota, et remarquable par les vicissitudes continuelles de sa température, produit, à l'exemple de la zone tempérée, des affections catarrhales ; enfin l'étage inférieur, véritable zone équa-
toriale, offre aussi la pathologie réelle des régions des tropiques, c'est-à-dire des affections bilieuses tantôt franches, tantôt plus ou moins unies avec l'intoxication des marais, suivant la nature sèche ou paludéenne du sol.
L'élévation du sol exerce une influence sur le développement des maladies dues aux effluves marécageux. La fièvre jaune a pour limites, ainsi que nous l'avons vu, dans les environs de la Vera- Cruz, une hauteur de 928 m.; cette limite est moindre dans d'autres points.
La peste n'atteint pas les hauteurs, et la citadelle du Caire, qui est trés-élevée, en a toujours été exempte. Le choléra, dans l'Inde, ne frappe pas les localités élevées.
Le sommet des montagnes expose l'homme aux influences combinées de la diminution de densité de l'air et du froid.
Voici, à cet égard, d'après M. Boudin, quelques mesures approximatives. Un exhaussement du terrain de cent mètres détermine, en général, le même abaissement de température que provoquerait le rapprochement vers les pôles de un à deux degrés. Un degré de froid correspond, sous la ligne, aune élévation de 219 mètres; dans les régions tempérées, à moins de 190 mètres, et en hiver à 70 mètres de moins qu'en été. Ainsi, par 46° de latitude, une élévation de 2,000 mètres détermine la température de la Laponie.
Les plateaux élevés par étages successifs et provenant d'une superposition de montagnes élevées et inclinées en pente douce, produisent des effets analogues.
Ce sont encore les volcans qui, déterminés par des éruptions provenant du foyer central de la terre qui a perforé la croûte terrestre, modifient une contrée par l'apparition des nouveaux éléments qu'elle y introduit : telles sont les cendres, les laves, les scories, les émanations sulfureuses qui , répandues à la surface du sol, modifient plus ou moins profondément la végétation et ne sont pas sans exercer une influence sur l'homme.
Ce sont encore les vallées, les bassins, les gorges des montagnes qui, chacune, ont des caractères particuliers dont l'homme ressent l'influence, qui peuvent modifier sa constitution, son tempérament et créer, en quelque sorte, autant de spécialités morbides (crétinisme, goitre).
La configuration du sol est donc importante à considérer pour
l'établissement du caractère des climats et, en même temps, pour le choix que l'homme doit faire de son habitation et du séjour habituel de son travail.