ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL
La surface du sol peut être complètement nue, couverte d'une végétation spontanée, ou bien d'une culture plus ou moins riche.
4° Sol dénudé. — Cet état est dû à l'absence de végétation, et il en est ainsi dans beaucoup de points du globe, et en particulier dans les régions équatoriales. La conséquence de ce fait est d'augmenter la température du sol et par conséquent celle de la contrée où il en est ainsi. La dénudation du sol peut être la conséquence de la composition même des terrains, de son état sablonneux, ou des rochers qui le constituent et surtout de l'absence de cours d'eau. Dans les régions les plus chaudes de l'Afrique, là où une source jaillit de terre et suffît pour établir un ruisseau même peu considérable, il y a des oasis où la végétation est luxuriante et où F homme s'empresse d'habiter. L'action directe des rayons solaires dans les contrées tropicales, contribue encore à l'absence d'eau et à la nudité du sol ; l'inlluence qui en résulte pour l'homme est celle
que nous avons exposée en nous occupant de la chaleur des climats.
Végétation spontanée. — Un grand nombre de localités du globe sont couvertes de végétaux plus ou moins nombreux et qui occupent d'immenses étendues de pays.
Les uns sont des plantes herbacées (légumineuses et composées) qui couvrent les vastes étendues de terrains appelés savanes, et plus particulièrement prairies, entre le Missouri et le Mississipi; pampas, dans l'Amérique du Sud; steppes, dans la Russie méridionale et la Tartarie; makis, en Corse, etc.
La plupart de ces immenses plaines n'ont pas été défrichées, et ne sont pas habitées par l'homme ; il n'y a donc rien de particulier à dire touchant leur influence.
Dans une grande partie du globe, il existe une végétation spontanée, et les travaux des botanistes ont conduit à admettre que le nombre des espèces végétales allait en augmentant des pôles àréquateur. Parmi ces végétaux, il en est qui doivent nous occuper quelques instants; ce sont ceux qui, par leur nature et leur accroissement, constituent les forêts et les grands bois.
Le résultat de la présence des bois et des grands végétaux dans une localité est d'empêcher la terre de s'échauffer, et d'abaisser la température moyenne du lieu. Il en résulte en même temps la conservation, à la surface du sol, d'une certaine quantité d'humidité.
Trois raisons rendent compte de l'obstacle que les grands végétaux mettent à réchauffement du sol :
4° Les rayons solaires ne peuvent pénétrer à la surface du sol.
2° Il se fait, par la surface des feuilles, une évaporation continuelle de vapeur aqueuse.
3° Les feuilles présentent une grande surface au refroidissement qui s'opère par le rayonnement des espaces célestes.
La présence des forêts et des bois maintient donc la fraîcheur d'un pays; lorsqu'ils sont placés au sommet des montagnes, ils y conservent les eaux et empêchent la formation des torrents dévastateurs, qui inonderaient les plaines situées au-dessous.
L'existence des forêts a encore l'avantage de purifier l'air par le dégagement d'oxygène et la destruction de l'acide carbonique; de s'opposer souvent à la pénétration, dans une localité, des éma-
nations miasmatiques ou des effluves marécageux, et quelquefois même de s'opposer à l'extension des épidémies.
La présence d'une certaine quantité de grands végétaux et de bois est donc une circonstance favorable et utile pour l'homme. L'habitation dans leur voisinage constitue un des principaux bienfaits du séjour à la campagne; elle . contribue souvent à modifier la constitution ou le tempérament, ou bien à accélérer une convalescence.
Une autre espèce de végétation spontanée est celle des marécages : il en a été question précédemment, et il est inutile d'y revenir ici.
Culture, défrichement, reboisement. — La culture change considérablement la surface du sol et modifie les conditions physiques qui agissent sur l'homme.
Les défrichements d'une terre neuve et vierge constituent la première influence à étudier, influence qui joue un grand rôle dans la production des maladies, et, en particulier, dans le développement de fièvres intermittentes. Toutes lesfois,en effet, qu'un défrichement de terres neuves a lieu, on peut être à peu prés certain de voir ces maladies sedévelopper souventavecune grande fréquence. La raison en est facile à saisir. Les défrichements ne portent en général que sur des terres qui contiennent une certaine quantité d'humus, formé par la mort successive des végétaux qui couvrent chaque année ce sol vierge. Cette couche d'humus, presque toujours assez considérable, est constituée par des matières végétales en décomposition, accompagnées d'un certain degré d'humidité. Pour peu donc que la température du climat ou celle de la saison soit élevée, on trouve réunies toutes les conditions sous l'influence desquelles se produisent des effluves marécageux, et par conséquent des fièvres intermittentes.
Le déboisement ou la disparition des grands végétaux arborescents exerce un autre ordre d'influence. Quand il est modéré, il assainit une contrée, diminue la proportion des eaux qui s'y trouvent, et atténue l'humidité de l'atmosphère ; mais qu'on l'exagère et qu'on le pousse jusqu'à la disparition complète des forêts, le sol est alors trop desséché.
Le déboisement des hauteurs a d'autres inconvénients; les forêts qui couvrent les montagnes n'y retenant plus les eaux, elles se précipitent en courants torrentiels, vont grossir d'une manière
démesurée les rivières et les fleuves , inondent les vallées et causent ainsi de terribles ravages. Telles sont les causes, en France, des récents débordements de la Loire , du Rhône, de l'Allier, etc., etc. (1).
La culture bien entendue d'un pays , la disposition des eaux qui s'y trouvent, de manière à ce qu'elles soient distribuées convenablement et qu'elles irriguent d'une manière avantageuse pour la culture, font en général disparaître les causes d'insalubrité d'une contrée, et réduisent au minimum , si même elles ne détruisent complètement les effluves marécageux. La diminution des maladies dans un pays cultivé tient aussi, du reste, à l'aisance que la culture procure aux habitants , et ne doit pas être attribuée au seul fait du changement d'état de la surface du sol.
Si la culture, considérée d'une manière générale, assainit un pays, améliore la condition de ses habitants et en diminue les maladies, il est cependant certaines cultures exceptionnelles qui ont quelques inconvénients.
La culture du riz exigeant que les pieds de ces plantes soient une partie de l'année dans l'eau, détermine la formation d'une quantité considérable d'effluves marécageux, et produit des fièvres intermittentes souvent graves.
On attribue à la culture du chanvre, et surtout à l'odeur pénétrante et vireuse qu'elle exhale ta l'époque delà floraison, des ac-
(1) Voici les conclusions intéressantes d'un travail de M. Boussingault, touchant l'influence du défrichement et du déboisement :
1° Les grands défrichements diminuent la quantité des eaux vives qui coulent dans un pays ;
2° Il n'est pas possible de décider si cette diminution doit être attribuée à une moindre quantité annuelle de pluie, ou à une plus grande évaporation des eaux, ou à ces deux causes combinées ;
3° Dans les contrées qui n'ont éprouvé aucun changement dans la culture, la quantité d'eaux vives ne paraît pas avoir changé ;j
4° Les forêts, tout en ménageant les eaux vives, ménagent aussi et régularisent leur écoulement;
5° La culture établie dans un pays aride et découvert dissipe une partie des eaux courantes ;
6° Des sources peuvent disparaître par suite des déboisements, sans qu'on puisse en conclure que la quantité annuelle de pluie ait diminué ;
7° Les faits météorologiques recueillis dans les contrées équinoxiales tendent à démontrer que les grands défrichements diminuent la quantité de pluie qui tombe annuellement. .
cidents nerveux, tels que céphalalgie, vertiges et vomissements. Enfin , dans les pays où on cultive le maïs ^ et où en même temps on en fait usage, on a souvent accusé cette céréale de déterminer la maladie à laquelle on a donné le nom de pellagre. Telle est surtout l'opinion que M. Théophile Roussel a développée dans un travail récent, opinion qui, du reste, a trouvé beaucoup de contradicteurs et n'est pas encore éelaircie. Nous y reviendrons en traitant de l'usage interne du maïs.