‹ Traité élémentaire d'hygiène, privée et publique (volume 2)Chapitre 63 sur 134 · CLIMATS CHAUDS · texte numérisé non relu

CLIMATS CHAUDS

Les pays chauds s'étendent de l'équateuraux tropiques, et des tropiques au 30e ou 35e degré de latitude australe et boréale. Ils comprennent la plus grande partie de l'Afrique et les îles quil'avoisinent : Madagascar,. les Séchelles, Bourbon, Maurice, etc.; le midi de l'Asie et en particulier la Syrie , l'Arabie , la Perse y l'Inde, la Cochinchine, le sud de la Chine, — les îles de Ceylan, les Maldives, etc.; presque toute la Nouvelle-Hollande et les îles nombreuses del'Océanie; la partie de l'Amérique septentrionnale comprise entre le golfe de Californie et l'isthme de Panama ; et dans l'Amérique du Sud, la Colombie, les Guyanes, le Paraguay, le nord de la Plata , les Antilles.

Les régions tropicales de l'ancien monde paraissent s'échauffer plus que celles du nouveau, —pourquoi? On l'ignore. La température du jour aux diverses époques de l'année varie peu. A peine si elle atteint 8 à 9° dans l'ancien continent. — Elle varie moins encore dans le nouveau et près des côtes , que dans l'intérieur des continents. La chaleur moyenne de l'année varie en général de + 18 à 20°.

La différence entre la température du jour et de la nuit est en général très-considérable , ce qui est dû à la pureté de l'atmosphère qui permet un rayonnement considérable dans les espaces célestes; cette différence va quelquefois jusqu'à 20°.

L'évaporation considérable de l'eau sous l'influence de la chaleur est la cause des pluies abondantes qui régnent à certaines époques de l'année. On distingue en général deux saisons : la saison d'été et la saison d'hiver. Cette dernière est remplacée par des pluies abondantes. M. Levacher et d'autres auteurs ont * admis quatre saisons dans les pays chauds : ce sont les suivantes :

Novembre à février (hiver tropical) analogue aux deux derniers mois de printemps en Europe;

Février à mai (saison sèche) ;

Mai à juillet (saison intermédiaire), brusques variations de température mêlées d'orages;

Juillet à novembre (saison des pluies) , averses continuelles et coups de vent. Chaleur considérable.

Les vents qui régnent dans ces climats sont : 1° les brises qu'on distingue en brises du soir et du matin ; 2° les moussons, qui soufflent dans l'hémisphère le plus échauffé et par conséquent changent de direction avec le soleil ; 3° les vents alises, régnant en mer, au large des côtes. — 4° Le simoun d'Afrique (chamsin d'Egypte) , vent brûlant du désert.

On observe, déplus, des vents accidentels violents, nommés typhons dans la mer des Indes, et ouragans dans l'archipel des Antilles, qui existent surtout dans la saison intermédiaire entre l'hiver et l'été, c'est-à-dire en mai et juin.

Ajoutons, pour terminer ce qui est relatif aux conditions climatériques des pays chauds, les nombreux marécages, origine d'effluves marécageux si pernicieux et qui sont la source de tant de fléaux. C'est surtout à l'embouchure des fleuves qu'ils se trouvent, et sous ce rapport les trois grands deltas du Nil, du Gange et du Mississipi en présentent le type le plus caractéristique.

Influence des climats chauds sur l'homme.

L'étude de l'action des climats chauds sur l'homme doit se composer :

1° Des modifications que les pays chauds impriment aux principales fonctions organiques des individus qui les habitent;

2° Des influences spéciales qui résultent de l'action des prin-

cipaux agents physiques qui entourent l'homme et en particulier des suivants :

a. La température élevée;

6. Les pluies torrentielles qui alternent avec les chaleurs ;

c. Les variations de température du jour et de la nuit;

d. L'influence des effluves marécageux.

1° Modifications imprimées à l'organisme. —Cette question ayant déjà été traitée à l'article Chaleur, je me bornerai à en présenter ici le résumé.

Chez l'habitant des pays chauds, le phénomène saillant et capital consiste dans l'activité extrême des exhalations pulmonaire et cutanée, activité sous l'influence delaquelle se produisent les modifications suivantes :

I ° Le ralentissement de l'activité respiratoire et la 'production d'une moindre quantité de chaleur animale , et par conséquent d'une moindre proportion d'acide carbonique; le carbone fourni par les aliments dits respiratoires et qui est destiné à être brûlé dans les poumons ne l'étant plus qu'en partie , doit être éliminé par une autre voie. Cette autre voie, c'est le foie. De là l'activité fonctionnelle de cet appareil. 2° Une activité plus grande delà sécrétion spermatique.

II y a donc, chez l'habitant des pays chauds, accroissement des exhalations pulmonaire et cutanée; — augmentation des sécrétions biliaire et spermatique : d'où résulte un allanguissement de la vie organique considérée d'une manière générale; on observe également une diminution des autres sécrétions et en particulier de la salive, du suc pancréatique , des liquides intestinaux, des urines; il y a de plus une débilité musculaire, une tendance à l'atonie génitale, favorisée par les abus fréquents du coït; enfin une facile excitabilité du système nerveux qu'un rien est capable de mettre en jeu. — Les constitutions débiles, les tempéraments lymphatiques ou nerveux tendent à prédominer; il en est de même des tempéraments bilieux et lymphaticobilieux. — Enfin, signalons encore comme phénomène physiologique important le désir d'une alimentation substantielle et excitante, désir qui résulte des causes nombreuses d'affaiblissement dues à la chaleur du climat.

Mortalité. — La mortalité est manifestement plus considérable dans les pays chauds. Ainsi, dans la présidence de Bombay, il

y a un mort sur vingt habitants, plus de la moitié qu'en France. Il est d'observation, du reste, que la mortalité va en croissant du simple au double, des pôles à l'équateur.

En France, la comparaison de dix départements très-chauds et de dix départements froids a donné

\ décès sur 37,95 habitants dans les 40dép. les plus chauds. \ — sur 41,44 — dans les lOdép. septentrionaux.

(Motard).

On peut bien trouver par exception dans les climats chauds quelques centenaires, mais ils y sont très-rares; la population y meurt plus jeune, et elle s'abâtardit plus vite que partout ailleurs.

En Italie, la durée moyenne de la vie est de trente ans. C'est le même chiffre qu'autrefois ; en effet, DomitiusUlpianus, d'après des calculs basés sur les registres tenus à Rome par les censeurs depuis Sexlus Tullius jusqu'à Justinien, a fixé la durée moyenne de la vie humaine à trente ans. C'est à peu prés comme à l'époque actuelle.

La fécondité paraît beaucoup plus considérable dans les climats chauds que partout ailleurs, et c'est là seulement ce qui permet aux habitants de lutter contre les causes incessantes de dépopulation qui résultent des conditions du climat. M. Motard rapporte que, sur la côte de Guinée, des voyageurs trouvèrent un individu père de deux cents enfants.— Dans l'antiquité, en Perse, à Rome, à Sparte, en Phénicie, à Carthage, l'infanticide était, sinon permis, du moins. toléré sous forme de sacrifices particuliers aux dieux. — En Chine, on sacrifie les enfants nouveau-nés par milliers.

La taille , dans les climats chauds et humides, se développe et s'accroît. Les Caraïbes, les Patagons en sont la preuve. On trouve également cette grande stature dans les squelettes consacrés des anciens Guanches. — Sous l'influence de la chaleur sèche, la taille tend au contraire à diminuer; tel est ce qui arrive en Arabie.

La coloration de la peau, la teinte brune des cheveux, des yeux, sont des attributs des 'habitants des climats chauds. Les Maures, les Arabes, les Espagnols, les Italiens, sont remarquables par la teinte basanée de leur peau.

Le tissu musculaire est peu développé, la force physique peu considérable.

Caractères. — Les peuples du Midi sont remarquables par leur mollesse, leur inertie, leur paresse. La débilité de leur système musculaire les pousse au repos et à la nonchalance. Les exercices physiques violents leur déplaisent, à moins que l'état nomade ne les ait habitués, comme cela arrive aux Arabes, à maîtriser et à annuler ces dispositions.

Les Méridionaux sont, en général, peu belliqueux, et parfois même peu courageux; ils ont peu de disposition à secouer le joug d'un maître, qu'il soit indigène ou étranger; aussi le gouvernement despotique a-t-il souvent trouvé, sinon faveur, du moins soumission et indifférence parmi eux. L'Asie, depuis les temps historiques connus, a été conquise treize fois, et chaque fois les conquérants, amollis à leur tour par le climat et par les habitudes des peuples qu'ils avaient vaincus, n'ont pu résister à de nouveaux envahisseurs et ont été soumis à leur tour.

L'imagination vive, mobile et impressionnable des Méridionaux les pousse à la contemplation et à l'amour du merveilleux, de la fiction. C'est là que la doctrine du fatalisme a pris naissance, et régne encore dans toute sa vigueur ; leur amour du repos et de l'inaclion les pousse du reste a recevoir avec soumission tout ce qui leur arrive d'heureux comme de malheureux, sans chercher à y résister.

C'est dans le Midi que se sont formulées la plupart des religions. En Perse, Zoroastre; Confucius en Chine, Boudha dans l'Inde : le paganisme en Grèce, le christianisme en Syrie, le mahométisme en Arabie.

L'amour physique est porté au suprême degré, et il conduit à la polygamie. La jalousie, aussi bien que la corruption des femmes, qui se produirait sans cela, conduit à leur séquestration; c'est également à ces deux circonstances qu'on attribue le grand nombre d'eunuques que l'on fait dans ces contrées.

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