‹ Traité élémentaire d'hygiène, privée et publique (volume 2)Chapitre 64 sur 134 · MALADIES DES PAYS CHAUDS · texte numérisé non relu

MALADIES DES PAYS CHAUDS

Les maladies qui sévissent sur les habitants [des pays chauds sont la conséquence :

1° Des modifications organiques que les principaux appareils ont éprouvées ;

2° Des habitudes et des usages auxquels ils ont été assujettis pour y satisfaire ou y résister;

5° Des conditions physiques et météorologiques du climat. L'Européen non acclimaté est exposé à ces conditions diverses , en subit l'influence avec plus d'énergie, et contracte beaucoup plus facilement les causes diverses de maladies.

1 o Maladies résultant des modifications que les principaux appareils ont subies. — Ce sont les affections de la peau, qui sont presque toutes communes et graves dans les climats chauds (lichen, lèpre, éléphantiasis des Arabes, pian, — formes diverses et graves de la syphilis); les maladies du foie (hépatites, abcès, dégénérescences diverses); les maladies du système nerveux (convulsions, tétanos, etc.). Devons-nous citer comme maladie la vieillesse prématurée des principaux peuples de ces contrées?

2° Maladies résultant des habitudes des individus qui séjournent dans les pays chauds. — Ce sont les maladies du tube digestif, dues aux abus des aliments stimulants et excitants (gastrites chroniques, entéro-colites, dyssenteries, etc.); les maladies dues à l'abus des alcooliques, l'atonie prématurée des organes génitaux due aux excès vénériens.

3o Maladies résultant des conditions physiques et météorologiques de la contrée.

A. La haute température détermine des maladies cérébrales (congestions, hémorrhagies, méningites aiguës etchroniques, etc.); certaines maladies de la peau (érythèmes, brûlures, etc.).

B. Les variations du pur et de la nuit, telles que le refroidissement, les brusques changements de température, amènent des tétanos, des convulsions, des phlegmasies aiguës (pneumonies, et surtout dyssenteries).

C. La saison des pluies rend plus fréquent le développement de la plupart des maladies propres aux climats chauds.

D. Les effluves marécageux déterminent les fièvres inter-

mittentes, simples et pernicieuses, les dyssenteries, la fièvre jaune, le choléra, etc., etc. Il y a sous ce rapport, du reste, une observation bien curieuse à faire, c'est que le Delta de trois grands fleuves est le berceau des trois grandes maladies pestilentielles. Le Delta du Nil est le berceau de la peste ; celui du Gange fait naître le choléra ; et le Delta du Mississipi est la source de la fièvre jaune.

Une question importante cà discuter est celle de savoir si la phthisie est fréquente dans les climats chauds, et quelle est l'influence exercée par ces contrées sur les individus atteints de cette maladie. Cette question en comporte trois autres que nous allons successivement examiner.

1o La phthisie existe-t-elle dans les pays chauds? — Cela est incontestable, et mille exemples le prouvent. La tendance générale des habitants à la débilité, les excès nombreux auxquels un grand nombre se livrent, expliquent suffisamment ce résultat.

2° La phthisie pulmonaire est-elle fréquente dans les pays chauds ? C'est ce qu'il est d'abord important de décider, les opinions étant très-partagées à cet égard. Les uns la considèrent comme aussi fréquente que dans nos contrées tempérées et variables; les autres, au contraire, la considèrent comme plus rare.

On a invoqué, en faveur de la première opinion, des documents nombreux, dont voici l'esprit et les conclusions :

La phthisie pulmonaire sévit à peu près avec la même intensité sur les troupes européennes placées dans les pays chauds et sur les troupes indigènes composées d'habitants du pays. Parmi une foule de documents analogues, je me bornerai à citer les résultats qui peuvent se déduire des faits colligés par M. Genest (Gaz.méd. 1845). Aux Antilles, la phthisie pulmonaire atteint le même nombre de soldats européens et africains, 1 sur 82 ; elle tuel sur 155 des premiers; 1 sur 111 des seconds. — Il semblerait ressortir de ces résultats, la plupart obtenus à l'aide de documents anglais, que la phthisie frappe plus d'individus quelle n'en tue, et partant de là, qu'il meurt moins d'individus phthisiques. — Un autre résultat peut être déduit des documents également calculés par M. Genest, c'est que les officiers sont proportionnellement beaucoup moins atteints que les soldats.

MM. Lévy [Traité d'hygiène) a donné un tableau relatif à la fréquence de la phthisie dans les différents climats du globe; il semble qu'on peut en déduire que la phthisie est à peu près aussi fréquente dans tous les points où l'homme vit en société (4).

Tous ces documents n'ont pas, je crois, une grande valeur.

Il s'agit , en effet, d'une maladie qui sévit sur les troupes composées de soldats, appartenant à une classe peu éclairée, qui se livrent sans réilexion à tous les excès, qui s'abandonnent en particulier à ceux auxquels les conduit naturellement l'habitation dans les pays chauds, et qui, en outre, n'observent aucune des régies de l'hygiène. Il y a cependant un fait important, c'est la rareté comparative de la phthisie chez les officiers des mêmes troupes :

Il résulte, toutefois, de cette discussion, 1° que la phthisie existe dans les pays chauds, 2° qu'elle y sévit avec un certain degré de fréquence qui ne saurait cependant être comparé avec celle qu'elle a dans les pays tempérés, 3° enfin qu'elle paraît y faire succomber moins facilement les individus qui en sont atteints.

3o Question. Les climats chauds exercent-ils une influence favorable sur les individus phthisiques qui viennent s'y établir et essayer d'y restaurer leur santé ?

Si on voulait s'appuyer sur les statistiques publiées, et dont je n'ai donné qu'un bien court résumé, on répondrait de suite par la négative; mais ces documents ne pouvant servir en rien à élucider la question, en raison de la qualité des individus qui ont servi de base à ces calculs (soldats); pour décider complètement la question, il faudrait suivre le développement de la phthisie chez les indigènes des pays chauds qui en sont atteints ; étudier ses causes, sa durée, son degré de mortalité ; en examiner la

(i) Sur 1,000 individus, la phthisie atteint

Angleterre

Gibraltar

Iles Ioniennes

Malte

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Nouvelle-Ecosse 7

ïimnïmiP (Européens. . 13

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Cap 5,5

Sainte-Hélène. {^lfr0gPéens; ;• \

\ Européens . . 7,7

(Noirs 3,5

Ile Maurice

marche dans les diverses classes de la société, afin de pouvoir apprécier l'influence des conditions professionnelles ou de l'aisance sur la production de cette maladie; il faudrait encore suivre le développement et la marche des tubercules chez un certain nombre d'individus de toutes les classes de la société, et qui vont demander leur guérison aux contrées chaudes (4).

En l'absence regrettable de tous ces documents , il faut s'en rapporter à l'observation directe et aux faits particuliers; or, tous deux conduisent à admettre sans hésitation le contraire , et à regarder comme heureuse l'influence des climats chauds sur la phthisie. Il faut cependant qu'il y ait pour cela certaines conditions, qui sont les suivantes : — Aisance chez l'individu phthisique qui essaye de se rétablir dans les pays chauds ; stricte observation des règles les plus sévères de l'hygiène; sobriété, continence, peu d'occupations ; peu d'exercice; soustraction à toutes les causes physiques capables d'exercer une fâcheuse influence sur les organes respiratoires, telles, par exemple, que les brusques variations de température.

Malgré ces conditions strictement remplies, la maladie pourra continuer de marcher ; mais ce ne sera certes pas le cas le plus commun, car l'amélioration des accidents est la règle.

(i) D'après M. E. Carrière {Climat de l'Italie), les conditions de climat les plus favorables au traitement de la phthisie consistent dans une atmosphère chaude, tempérée par une humidité modérée. L'élévation très-forte de la température et la sécheresse de l'air sont, au contraire, des conditions défavorables. Aussi il place les stations que le médecin doit recommander dans la lisière occidentale de l'Italie, mieux protégée contre les vents du Nord et plus ouverte à ceux du Sud et du Sud-Ouest que la lisière baignée par l'Adriatique. Ces stations s'étendent depuis le golfe de Salerne jusqu'à celui de Gênes, et comprennent Salerne d'abord, puis une partie de la campagne de Naples, et successivement, en remontant vers le nord, Gaëte, Rome, une partie des Maremmes , Pise, et, enfin, quelques-uns des points du littoral formé par le golfe de Gênes jusqu'aux frontières de France. Malgré la position du pays lombard, qui est orienté en sens inverse de la lisière méditerranéenne de la Péninsule, M. E. Carrière indique quelques bassins, formés par les lacs les plus importants de cette partie de l'Italie, comme de bonnes stations d'été ; il considère même Venise, qui occupe la région supérieure de l'Adriatique, comme une excellente station d'hiver, préférable, dans bien des cas, aux stations de la lisière occidentale. Ces opinions sur le caractère climatérique de ces différentes stations et sur leur influence thé-

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