C11AP. VIII. — DES CLIMATS
yeux, sont des attributs des habitants des climats chauds. Les Maures, les Arabes, les Espagnols, les Italiens, sont remarquables par la teinte basanée de leur peau.
Le tissu musculaire est peu développé, la force physique peu considérable.
Caractères. — Les peuples du Midi sont remarquables par leur mollesse, leur inertie, leur paresse. La débilité de leur système musculaire les pousse au repos et à la nonchalance. Les exercices physiques violents leur déplaisent, à moins que l’état nomade ne les ait habitués, comme cela arrive aux Arabes, à maîtriser et à annuler ces dispositions.
Les Méridionaux sont, en général, peu belliqueux, et parfois môme peu courageux; ils ont peu de disposition à secouer le joug d’un maître, qu’il soit indigène ou étranger; aussi le gouvernement despotique a-t-il souvent trouvé, sinon faveur, du moins soumission et indifférence parmi eux. L’Asie, depuis les temps historiques connus, a été conquise treize fois, et chaque fois les conquérants, amollis par le climat et par les habitudes des peuples qu’ils avaient vaincus, n’ont pu résister à de nouveaux envahisseurs, et ont été soumis à leur tour.
L’imagination vive, mobile et impressionnable des Méridionaux les pousse à la contemplation et à l’amour du merveilleux, de la fiction. C’est là que la doctrine du fatalisme a pris naissance, et règne encore dans toute sa vigueur : leur amour du repos et de l’inaction les pousse, du reste, à recevoir avec soumission tout ce qui leur arrive d’heureux comme de malheureux, sans chercher à y résister (1).
(1) Cette doctrine de l’influence du climat sur le caractère, les mœurs et le gouvernement des peuples, déjà énoncée par Hippocrate, avait été acceptée et développée par le savant Bodin ( Methodus ad facilem historiarum cognitionem,¥&v\s , 1566, in-4®, et De la République , Paris, 1576, in-fol.), mais Montesquieu se l’est en quelque sorte appropriée par l’importance qu’il a su lui donner ( De l’Esprit des lois, liv. XIV). Cette opinion a cependant été vivement combattue dès le siècle dernier et notamment par Voltaire ( Dict . philos., art. Climat), et Volney ( Voyage en Syrie). Ils ont fait voir qu’un même peuple a passé par des phases diverses et des alternatives d’activité et d’indolence ; que, dans une même zone, à côté les unes des autres, on trouve des nations pleines d’énergie et de courage, et des nations végétant au sein de la mollesse et de la lâcheté. « Étaient-ce des peuples indolents, s’écrie Volney, que ces Assyriens qui, pendant cinq cents ans, troublèrent l’Asie par leur ambition et leurs guerres; que ces Mèdes qui rejetèrent leur joug et les dépossédèrent; que ces Perses de Cyrus qui, dans un espace de trente ans, conquirent depuis l’Indus jusqu’à la Méditerranée? Étaient-ce des peuples sans activité que ces Phéniciens qui, pendant tant de siècles, embrassèrent Je commerce de tout l’ancien monde?... Si les hommes de ces États furent des hommes inertes, qu'est-ce que l’activité ?... s’ils furent actifs, où est l’influence du climat? si l’indolence est propre aux zones méridionales, pourquoi a-t-on vu Carthage en Afrique, Rome en Italie, les flibustiers à Saint-Domingue?... Pourquoi, dans un même temps, sous un même ciel, Sybaris près de Crotone, Capoue auprès de Rome, Sardes près de Milet? » ( Voyage en
C’est dans le Midi que se sont formulées la plupart des religions. En Perse, Zoraastre ; Confucius, en Chine ; Bouddha, dans l’Inde ; le paganisme, en Grèce ; le christianisme, en Syrie ; le mahométisme, en Arabie.
L’amour physique est porté au suprême degré, et il conduit ù la polygamie. La jalousie, aussi bien que la corruption des femmes, qui se produirait sans cela, entraîne leur séquestration ; c’est également à ces deux circonstances qu’on attribue le grand nombre d’eunuques que l’on fait dans ces contrées.
Maladies des pays chauds.
Les maladies qui sévissent sur les habitants des pays chauds sont la conséquence :
1° Des modifications organiques que les principaux appareils ont éprouvées;
2° Des habitudes et des usages auxquels ils ont été assujettis, pour y satisfaire ou y résister ;
3° Des conditions physiques et météorologiques du climat. L’Européen non acclimaté est exposé à ces conditions diverses, en subit l’influence avec plus d’énergie, et subit beaucoup plus facilement les causes diverses de maladies.
1° Maladies résultant des modifications que les principaux appareils ont subies. — Ce sont les affections de la peau, qui sont presque toutes communes et graves dans les climats chauds (lichen, lèpre, éléphantiasis des Arabes, pian, — formes diverses et graves de la syphilis) ; les maladies du foie (hépatites, abcès, dégénérescences diverses) ; les maladies du système nerveux (convulsions, tétanos, etc.). Devons-nous citer comme maladie la vieillesse prématurée des principaux peuples de ces contrées ?
Egypte et en Syrie. — Etat politique de la Syrie , chap. xix.) A ces exemples de l’énergie et du courage de certains peuples du Midi, on peut encore ajouter celui que nous présentent les Arabes de Mahomet et de ses successeurs, qui ont étendu si loin et si rapidement leurs conquêtes. Remarquons d’ailleurs que c'est particulièrement sur les accusations des Grecs et des Romains (des Méridionaux!) que ce jugement s’est établi ; mais que sont devenus eux-mêmes ces Grecs et ces Romains depuis plus de vingt siècles ? Et quant au despotisme, pourquoi, ainsi que le fait judicieusement observer Volnev, pourquoi les tyrans auraient-ils, dans les climats méridionaux, plus d’énergie pour opprimer que les peuples pour se défendre? Pour notre part, nous ne voyons pas que les Persans ou les Indiens aient beaucoup à envier le sort des Russes. Concluons donc avec Voltaire ( Dict . philos ., art Climat) : « Le climat a quelque puissance, le gouvernement cent fois plus; la religion, jointe ■au gouvernement, encore davantage. » Ajoutons-y l’influence de la race, et nous verrons qu’il y a là une question complexe dans laquelle le climat joue un rôle beaucoup moindre qu’on ne l’avait pensé d’après Montesquieu. E. Bgd.