‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 136 sur 353 · C II A P • VIII. — DES CLIMATS · texte numérisé non relu

C II A P • VIII. — DES CLIMATS

2° Maladies résultant des habitudes des individus qui séjournent dans les pays chauds. — Ce sont les maladies du tube digestif, dues aux abus des aliments stimulants et excitants (gastrites chroniques, entérocolites, dysenteries, etc.); les maladies dues à l’abus des alcooliques, l’atonie prématurée des organes génitaux, due aux excès vénériens.

3° Maladies résultant des conditions physiques et météorologiques de la contrée (1).

A. La haute température détermine des maladies cérébrales (congestions, hémorrhagies, méningites aiguës et chroniques, etc.) ; certaines maladies de la peau (érythèmes, brûlures, etc.).

B. Les variations du jour et de la nuit , telles que les refroidissements, les brusques changements de température, amènent des tétanos, des convulsions, des plilegmasies aiguës (pneumonie, et surtout dysenterie).

C. La saison des pluies rend plus fréquent le développement de la plupart des maladies propres aux climats chauds.

D. Les effluves marécageux déterminent les fièvres intermittentes, simples et pernicieuses, les dysenteries, la fièvre jaune, le choléra, etc., etc. Il y a, sous ce rapport, du reste, une observation bien curieuse à faire : c’est que le delta de trois grands fleuves est le berceau des trois grandes maladies pestilentielles. Le delta du Nil est le berceau de la peste, celui du Gange fait naître le choléra, et le delta du Mississipi est la source de la fièvre jaune.

(1) Faut-il ranger la colique sèche ou végétale , dite des pays chauds, parmi les affections tropicales? Les auteurs qui ont traité cette question et qui, presque tous, appartiennent à la marine française , sont très-partagés d’opinions à cet égard. Les uns, en plus grand nombre il faut le dire, voient là une maladie spéciale ; pour les autres, c’est une simple intoxication saturnine, dont, à part quelques différences peu notables, elle offre, en effet, tous les caractères, y compris même souvent le liséré gengival. Ces coliques se montrent surtout à bord des navires et plus spécialement des navires à vapeur. On la rencontre à peu près exclusivement entre les tropiques et, de préférence, sur la côte occidentale d'Afrique. (Sénégal, Guinée), aux Antilles, à Cayenne; on l’a vue aussi dans les mers de l’Indo-Chine, à Madagascar. Quelques médecins (M. Lefèvre à leur tête) ont accusé le plomb qui peut se trouver dans divers ustensiles employés à bord des navires, les appareils distillatoires, par exemple. Mais, a-t-on répondu (Rochard, Dutroulau, Fonssagrives), pourquoi cette préférence pour les pays chauds et pour certaines localités? Comment se fait-il que là on l’observe aussi à terre? Pourquoi la maladie se montre-t-elle sur certains individus et non sur d’autres, sur certains vaisseaux et non sur d’autres placés en apparence dans des conditions d’aménagement tout à fait pareilles? Les partisans de la non-identité regardent la colique sèche comme le résultat d’un empoisonnement miasmatique, dont la nature est inconnue, et qui aurait son retentissement sur le système nerveux abdominale, nerfs cérébro-rachidiens et grand sympathique; d’où une névralgie intestinale analogue à celle de l’intoxication saturnine, avec les mêmes conséquences, et n’en différant que par un début plus brusque et une gravité plus grande. E. Bgd.

A. Becquerel, 6e édition.

Une question importante à discuter est celle de savoir si la phthisie est fréquente dans les climats chauds, et quelle est l’influence exercée par ces contrées sur les individus atteints de cette maladie. Cette question en comporte trois autres, que nous allons successivement examiner.

1° La phthisie existe-t-elle dans les pays chauds? — Cela est incontestable, et mille exemples le prouvent. La tendance générale des habitants à la débilité, les excès auxquels un grand nombre d’entre eux se livrent, expliquent suffisamment ce résultat.

*2° La phthisie pulmonaire est-elle fréquente dans les pays chauds ? C’est ce qu’il est d’abord important de décider, les opinions étant très-partagées à cet égard. Les uns la considèrent comme aussi fréquente que dans nos contrées tempérées et variables; les autres, au contraire, la considèrent comme plus rare.

On a invoqué, en faveur de la première opinion, des documents nombreux, dont voici l’esprit et les conclusions :

La phthisie pulmonaire sévit à peu près avec la même intensité sur les troupes européennes placées dans les pays chauds, et sur les troupes indigènes composées d’habitants du pays. Parmi une foule de documents analogues, je me bornerai à citer les résultats qui peuvent se déduire des faits colligés par M. Genest (Gaz. méd., 1843). Aux Antilles, la phthisie pulmonaire atteint le même nombre de soldats européens et africains, t sur 82 ; elle tue 1 sur 155 des premiers, 1 sur 111 des seconds. — Il semblerait ressortir de ces résultats, la plupart obtenus à l’aide de documents anglais, que la phthisie frappe plus d’individus qu’elle n’en tue, et, partant de là, qu’il meurt moins d’individus phthisiques. Un autre résultat peut être déduit des documents également calculés par M. Genest, c’est que les officiers sont proportionnellement beaucoup moins atteints que les soldats.

M. Lévy ( Traité d'hygiène) a donné un tableau relatif à la fréquence de la phthisie dans les différents climats du globe : il semble qu’on puisse en déduire que la phthisie est à peu près aussi fréquente dans tous les points où l’homme vit en société (1).

(1) Sur 1,000 individus, la phthisie atteint :

Angleterre

Gibraltar

Iles Ioniennes

Malte

Canada

Bermudes

Nouvelle-Écosse

Jamaïque

Cap

Sainte-Hélène. .

1 Européens. ...

i Noirs

} Européens.

( Noirs

Ile Maurice

J Européens, ( Noirs

Antilles,

) Noirs. . . .

I Européens,

CIIAP. Mil.

DES CLIMATS

Tous ces documents n’ont pas, je crois, une grande valeur.

Il s’agit, en effet, d’une maladie quisévit sur les troupescomposées de soldats appartenant à une classe peu éclairée, qui se livrent sans réflexion à tous les excès, qui -s’abandonnent, en particulier, à ceux auxquels les conduit naturellement l’habitation dans les pays chauds, et qui en outre n’observent aucune des règles de l’hygiène. Il y a cependant un fait important, c’est la rareté comparative de la phthisie chez les officiers des mêmes troupes.

Il résulte, toutefois, de cette discussion : 1° que la phthisie existe dans les pays chauds; 2° qu’elle y sévit avec un certain degré de fréquence, qui ne saurait cependant être comparée avec celle qu’elle a dans les pays tempérés ; 3° enfin, qu’elle paraît y faire succomber moins facilement les individus qui en sont atteints.

3° Question. — Les climats chauds exercent-ils une influence favorable sur les individus phthisiques qui viennent s’y établir et essayer d’y restaurer leur santé?

Si l’on voulait s’appuyer sur les statistiques publiées, et dont je n’ai donné qu’un bien court résumé, on répondrait de suite par la négative : mais ces documents ne pouvant servir en rien à élucider la question, en raison de la qualité des individus qui ont servi de base aces calculs (soldats), il faudrait, pour décider complètement la question, suivre le développement de la phthisie chez les indigènes des pays chauds qui en sont atteints : étudier ses causes, sa durée, son degré de mortalité; en examiner la marche dans les diverses classes de la société, afin de pouvoir apprécier l’influence des conditions professionnelles ou de l’aisance sur la production de cette maladie ; il faudrait encore suivre le développement et la marche des tubercules chez un certain nombre d’individus de toutes les classes de la société, et qui vont demander leur guérison aux contrées chaudes (J).

(i) D’après M. E. Carrière ( Climat de l’Italie ), les conditions de climat les plus favorables au traitement de la phthisie consistent dans une atmosphère chaude, tempérée par une humidité modérée. L’élévation très-forte de la température et la sécheresse de l’air sont, au contraire, des conditions défavorables. Aussi place-t-il les stations que le médecin doit recommander sur la lisière occidentale de l’Italie, mieux protégée contre les vents du nord et plus ouverte à ceux du sud et du sudouest que la lisière baignée par l’Adriatique. Ces stations s’étendent depuis le golfe de Salerne jusqu’à celui de Gênes, et comprennent Salerne d’abord, puis une partie de la campagne de Naples, et, successivement, en remontant vers le nord, Gaëte, Rome, une partie des Maremmes, Pise, et enfin quelques-uns des points du littoral formé par le golfe de Gênes jusqu’aux frontières de France. Malgré la position du pays lombard, qui est orienté en sens inverse de la lisière méditerranéenne de la Péninsule, M. E. Carrière indique quelques bassins, formés par les lacs les plus importants de cette partie de l’Italie, comme de bonnes stations d’été ; il considère même Venise, qui occupe la région supérieure de l'Adriatique, comme une excellente

En l’absence regrettable de tous ces documents, il faut s’en rapporter à l’observation directe et aux faits particuliers; or, tous deux conduisent à admettre sans hésitation le contraire, et à regarder comme heureuse l influence des climats chauds sur la phthisie. Il faut cependant qu’il y ait pour cela certaines conditions, qui sont les suivantes : — aisance chez l’individu phthisique qui essaye de se rétablir dans les pays chauds ; stricte observation des règles les plus sévères de l’hygiène; sobriété; continence; peu d’occupation ; peu d’exercice; soustraction à toutes les causes physiques capables d’exercer une fâcheuse influence sur les organes respiratoires, telles, par exemple, que les brusques variations de température.

Malgré ces conditions strictement remplies, la maladie pourra continuer de marcher, mais ce ne sera pas le cas le plus commun, car l’amélioration des accidents est la règle.

[Dans un mémoire couronné par l’Académie de médecine qui en avait donné le sujet, M. Rochard a démontré, d’après une foule de documents français et étrangers et d’après ses observations personnelles, que, chez les sujets déjà prédisposés, la maladie se développe et marche avec beaucoup plus de violence et de rapidité dans les régions équatoriales que dans les climats tempérés. Rien de plus commun, dans les pays chauds, que la forme galopante ; la durée totale de la maladie n’est, en général, que de quelques mois. Ce qui paraît encore bien établi par les recherches les plus récentes, c’est que la phthisie cause d’affreux ravages dans des localités salubres en apparence, et où règne un climat délicieux, l’Océanie, le Pérou, etc. Les altitudes et l’extrême Nord seraient, au contraire, les régions exemptes de cette terrible affection.]

Climats tempérés.

Les climats tempérés s’étendent du 30e ou 3oe degré, à peu près, au 50e ou 55e degré de latitude australe et boréale. Ils

station d’hiver, préférable, dans bien des cas, aux stations de la lisière occidentale. Ces opinions sur le caractère climatérique de ces différentes stations, et sur leur influence thérapeutique dans le traitement de la phthisie et d’autres maladies non moins importantes, sont basées sur des démonstrations et des preuves qui leur donnent un rare caractère de précision et de vérité. ,

Nul doute que si de pareilles recherches étaient continuées dans les régions méridionales de la France, elles n’y montrassent des stations très-dignes de figurer à côté des stations les plus justement célèbres de ces régions occidentales de l’Italie. Hyères et Pau ne seraient plus alors considérées comme les seules stations de la bande de territoire qui s’étend depuis les bords du Var jusqu’au golfe de Gascogne, favorables au traitement de la phthisie}

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