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CHAPITRE X

Des Vêtements (1).

L’homme, dès les premiers temps de la création, a éprouvé le besoin de garantir la surface de son corps des influences physiques nombreuses auxquelles il pouvait être exposé. Telle fut l’origine des vêtements, qui, d’abord simples et grossiers, se perfectionnèrent à mesure que la civilisation fit des progrès.

On peut définir les vêtements, les substances diverses que l’homme emploie pour se couvrir, dans le but de modifier l’influence des agents extérieurs.

Nous commencerons par examiner les principales substances qui servent à former les vêtements.

On a beaucoup discuté la question de savoirsi, dans l’origine des sociétés, les premiers vêtements avaient été faits avec des matières végétales ou avec des matières animales, telles que les peaux, les fourrures, que l’homme trouvait, pour ainsi dire, toutes préparées.

Cette question, intéressante peut-être sous d’autres rapports que sous celui de l’hygiène, importe peu ici.

Il est probable que l’homme habita, dans les premiers temps, les climats de l’Orient, et que, n’ayant pas besoin de vêtements bien chauds pour se préserver des influences climatériques d’un pays à température élevée, il fit d’abord usage des substances végétales (2).

Les matières employées pour la confection des vêtements proviennent des trois règnes de la nature, c’est-à-dire qu’elles peuvent être de nature minérale, végétale ou animale.

Le règne minéral ne fournit guère qu’une substance, l’as-

(1) Nous sommes heureux d’avoir pu emprunter une partie des détails relatifs aux vêtements et aux cosmétiques à l’excellente thèse de M. Ménière.

(2) La tradition biblique nous montre l’homme d’abord vêtu de peaux de bêtes.

Après l’expulsion du paradis terrestre, « Dieu fît à Adam et à sa femme des tuniques de peaux et les en revêtit ( Genèse , m, v. 21). » C’est ce que l’on voit chez les peuples surpris au berceau de la civilisation, dans les pays ou ils peuvent se procurer des peaux assez grandes pour s’en couvrir, soit seules, soit plusieurs cousues ensemble. E. Bgd.

MATIERE DK L HYGIÈNE.

'i 86 DEUXIÈME PARTIE. —

beste, amphibole de Huüy, linum vivurri de Pline, qui paraît avoir servi dans l’antiquité à beaucoup plus d’usages que de notre temps, et. qui, aujourd’hui, est d’un emploi excessivement restreint.

Substances végétales. ■ — On y trouve des matières extrêmement importantes pour les vêtements : l’écorce du chanvre, celle du lin. — On emploie encore, mais moins souvent, celle du phormium tenax et celle du bois à dentelle. Le règne végétal fournit encore le coton, ou bourre végétale qui entoure le fruit du gossypium arboreum.

Quelques substances végétales sontd’un usage plus restreint. Ainsi, on emploie, pour faire des chapeaux, la paille de quelques graminées, telles que le triticum}Y oryza , les stipes des cypéracées, des joncées, des typhacées. — Des chaussures ont également été faites avec ces derniers.

Substances animales. — C’est d’abord la laine fournie par les moutons, et qui est maintenant d’un usage à peu près général chez les diverses nations du globe : — c’est encore le poil de la chèvre, et celui du chameau, dont l’emploi est moins répandu. — Toutes ces substances, du reste, peuvent être travaillées, et, avant d’entrer dans la confection des étoffes, être réduites en fil. — Le crin du cheval, le poil du bœuf ont aussi été employés quelquefois dans les vêtements. — Le poil fin et soyeuxde quelques animaux rongeurs, comme le lièvre, le lapin, est encore mis à profit. La peau de beaucoup d’animaux sert presque exclusivement à la confection des gants, des chaussures, etc.

La soie fournie parla chenille du bombyxmori, presque inconnue des anciens, et dont l’usage est aujourd’hui si répandu, ne remonte pas au delà de quelques siècles; le duvet de certains oiseaux ; le byssus fourni par plusieurs mollusques, entrent aussi dans la confection de quelques vêtements.

Pouvoir conducteur de ces substances.

Les substances diverses qui viennent d’être passées en revue ne se comportent pas toutes de la même manière à l’égard du calorique. Les unes reçoivent et perdent la chaleur rapidement, les autres avec lenteur ; les premières sont dites bons conducteurs, et les secondes mauvais conducteurs. Ces dernières, quand elles entrent dans la confection des vêtements, emprisonnent, pour ainsi dire, la chaleur animale et garantissent bien du froid. Les premières, au contraire, c’est-à dire les corps bons conducteurs, la laissent échapper.

Voici l’ordre de conductibilité, du plus au moins, des substances le plus généralement employées dans la confection des vêtements : 1° le lin ; 2° le coton ; 3° la soie; 4° la laine. Tout ce qui est de laine, comme le drap, le mérinos, tient donc plus

Cil AP. X. — DES VÊTEMENTS.

chaudementque ce qui est de soie; les vêtements desoie, plus que les calicots et les indiennes qui sont de coton ; et ceux de coton, plus que les toiles et les batistes, qui sont de lin.

La plume, et à fortiori le duvet, sont de mauvais conducteurs du calorique. Une courte-pointe de duvet est, par son extrême légèreté et sa très-faible conductibilité, un objet précieux pour les malades.

Les poils, lorsqu’ils entrent dans le tissage d’une étoffe, sont plutôt de bons conducteurs que lorsqu'ils sont à l’état de fourrure. Le bois, le liège, sont des corps essentiellement mauvais conducteurs.

Le cuir et les peaux parées sont de très-mauvais conducteurs, et, sous ce rapport, ils viennent après la laine.

Texture des matières qui servent de vêtements.

On sait depuis longtemps que les corps en même temps trèslégers et très-épais donnent la sensation de chaleur, tandis que les corps à tissu très-serré, mais très-mince, donnent celle de froid.

Les expériences de Rumford permirent d’établir, comme fait positif, que le refroidissement a lieu d’autant moins vite que les tissus servant d’enveloppe offrent plus de laxité, de mollesse et d’épaisseur. Ainsi, la laine, largement tissée et disposée de manière à contenir une certaine quantité d’air dans les interstices de ses mailles, est peut-être l’étoffe qui conduit le moins bien la chaleur, isole le mieux l’homme et s’oppose le plus au refroidissement de la surface de son corps. Le lin, au contraire, tissé en fil et servant à former des toiles fines et serrées, est un tissu très-bon conducteur et qui tend à mettre l’homme en équilibre de température avec le milieu qui l’entoure.

Couleur des vètem,ents.

La couleur des vêtements n’est pas sans influence, et des expériences nombreuses ont été tentées pour en apprécier la valeur. — Ces expériences ont prouvé que les substances diversement colorées s’échauffent et se refroidissent d’une manière différente sous l’influence des rayons solaires. Franklin, Davy, s’étaient déjà livrés à des expériences intéressantes sur ce sujet; mais c’est à Stark que l’on doit les recherches les plus nombreuses et les plus susceptibles d’applications immédiates auxvêtements.

Dans une série d’expériences, et pour laisser monter, de 10° à 70°, la liqueur d’un thermomètre dont elle entourait la boule, la laine noire a mis 4 minutes \6 secondes ; la laine vert foncé, 5 minutes ; la laine écarlate, 5 minutes 30 secondes; la laine blanche, 8 minutes.

Dans une autre série d’expériences, et avec un thermomètre à air, gradué de 1/10 de pouce en série descendante, et dont la boule a été successivement teintée de nuances différentes, Stark a constaté que, dans le môme espace de temps, la boule du thermomètre colorée d’une nuance diverse se refroidissait d’une manière essentiellement différente. Ainsi, dans le meme espace de temps,

J. a houle colorée eu noir est descendue de 1 à 83

en brun foncé, de 1 à 71

en rouge-orange, de 1 à 58

en jaune, de 1 à 53

en blanc, de 1 ù 13

Il résulte de ces expériences que la laine colorée est bien plus perméable au calorique que la laine blanche.

La conclusion générale à tirer de tout ce qui précède, touchant la nature du pouvoir conducteur, du tissage et de la couleur des substances employées dans la confection des vêtements, c’est que les vêtements de laine blanche, faits avec une étoffe souple, moelleuse, légère et en même temps épaisse, et contenant beaucoup d’air dans ses mailles, sont les plus mauvais conducteurs du calorique, ceux qui isolent le mieux le corps de l’influence des agents extérieurs, et qui, enfin, conservent le mieux la caloricité du corps.

[Propriétés hygrométriques des différents tissus. — Plus un tissu est apte à se charger d’humidité, moins il est chaud : promptement imprégné d’humidité, il tend à s’en débarrasser par l’évaporation, d’où un refroidissement très-rapide. M. Coulier s’est livré, à cet égard, à d’intéressantes recherches. Il a constaté que l’eau absorbée par les différentes étoffes se partage en deux parties : l’une, véritablement hygrométrique , imprègne le tissu sans se laisser reconnaître parle toucher, sans se laisser chasser par l’expression ; l’autre, ou eau d’interposition , obstrue les pores ; elle est perceptible à la main, elle est expulsée par l’expression . La puissance hygrométrique varie suivant la matière dont est formée chaque étoffe. Elle va en augmentant dans l’ordre suivant : l°le coton; 2° la toile de chanvre; 3° la laine. Cette dernière pouvant soustraire au corps une forte proportion de liquide sans perdre de sa souplesse, de sa conductibilité, sans la rendre par évaporation de manière à produire un refroidissement brusque, est donc une excellente substance vestimentaire. M. Coulier, dans ses expérimentations, a constaté un fait fort singulier et très-important à noter, c’est que l'eau d’un corps humide est soustraite bien plus rapidement à l’état d’eau

hygrométrique par une étoffe, qu’à l’étal de vapeur d’eau par l’air.]

Des circonstances d’âge et de sexe qui modifient l'emploi des vêtements. — L’homme produit d’autant moins de calorique qu’il est plus jeune : il est alors plus incapable de résister aux abaissements de température. Ce défaut de résistance est très-considérable chez l’enfant qui vient de naître ; il est donné au jeune être, il est vrai, de se réchauffer facilement : mais aussi la mort est souvent la conséquence de son exposition au froid. Il est donc nécessaire de couvrir d’une manière suffisamment chaude un jeune enfant qui vient de naître. On emploiera à cet effet des vêtements souples, moelleux et mauvais conducteurs du calorique. — Tels sont les langes chauds, fréquemment renouvelés, et ne l’entourant que d’une manière lâche. On ne saurait trop s'élever contre l’usage ancien, et que quelques familles conservent encore, des maillots étroits dans lesquels on emprisonnait les enfants. Leurs inconvénients consistent à obliger les membres à se tenir dans une extension continue, sans pouvoir exécuter aucun mouvement. Ils les condamnent de plus à une immobilité absolue, compriment leur thorax et leur abdomen, et empêchent, leur développement à un âge où il est si indispensable qu’il se fasse en toute liberté.

A un âge plus avancé, au collège, l’enfant résiste mieux aux abaissements de température, et l’on voit souvent les mouvements qu’il exécute, en raison de la vivacité qui lui est propre, développer assez de calorique pour lui permettre de mettre habit bas dans la saison la plus froide, afin de se livrer à ses jeux en toute liberté. A cet âge, cè qu’il y a de mieux, ce sont les vêtements en laine, moelleux et assez souples pour ne pas gêner les mouvements; ils doivent être maintenus propres et secs.

Dans l’âge adulte, les vêtements de l’homme doivent être en rapport avec ses sensations et ses besoins. Malheureusement, celui qui travaille exposé au froid et à l’humidité, et qui a le plus besoin de vêtements chauds qui lui permettent d’y résister, ne peut se les procurer; il est heureux que, chez lui, l’habitude supplée au défaut de précautions hygiéniques que son peu d’aisance l’empêche de prendre.

Les vieillards se rapprochent des enfants, leur caloricité esl diminuée, et ils sont vivement impressionnés par les brusques variations de température; il est donc utile de conseiller aux personnes avancées en âge des vêlements chauds, et qui les mettent suffisamment à l’abri du froid.

Le sexe modifie profondément la forme des vêtements, et la différence qu’il détermine dans leur disposition, chez l’homme

et chez la femme, est un fait bien général, car il se trouve dans tous les temps et dans tous les pays.

Ces différences tiennent à la faiblesse de la femme, à son moindre degré de résistance au froid, à sa caloricité plus faible. Dans l’enfance, ces différences se font déjà sentir dans les deux sexes, et il est nécessaire de couvrir les petites filles de vêtements plus chauds et plus mauvais conducteurs du calorique. On emploie surtout pour elles des étoffes soyeuses, pourvues de poils, ou des fourrures, des étoffes de tricot de laine ou de bourre de soie, et on préférera la couleur blanche. A la puberté et pendant toute l’époque de la virilité, ces différences, qu’il eût peut-être été nécessaire de conserver, disparaissent complètement devant l’empire de la mode que les femmes reconnaissent seul et qui, seul, règle leur conduite. Les femmes âgées, qui n’obéissent plus à cet empire avec la même soumission, chez lesquelles l’impressionnabilité au froid est, de même que dans l’enfance, plus caractéristique, sont conduites à se couvrir de vêtements plus chauds : souvent même ces vêtements sont insuffisants, et elles sont obligées d’avoir recours à l’usage des chaufferettes et des poêles pour maintenir la température de leur corps à un degré convenable.

Rapports entre la forme des vêtements et les diverses parties du corps.

A. Tête. — Les Grecs et les Romains ne se couvraient la tête que dans des circonstances exceptionnelles : à la guerre, en voyage, ou bien quand ils étaient malades ; il en était de même des Gaulois. C’est au règne de Charles VIII que l’on fait généralement remonter l’usage des couvre-chef (1) qui, d’abord uniquement employés à la guerre et pour se garantir des violences extérieures, s’introduisirent peu à peu dans la vie civile. On comprend qu’à une époque de troubles et de guerres presque continuelles, et où l’on avait tout à redouter, même au sein d’une paix apparente, l’usage de se préserver la tête par des moyens spéciaux soit devenu général.

Dans l’enfance, il est de toute nécessité de préserver la tête des jeunes sujets contre les violences extérieures et contre les chutes presque continuelles que détermine le^ur marche encore incertaine. L’usage des bourrelets, mais surtout de bourrelets

(1) Ceci doit être appliqué seulement au chapeau proprement dit, transformation du heaume de fer ; car, de tout temps, les peuples des zones froides et tempérées ont porté des coiffures, capuchons, chaperons, etc, E. Berd.

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