‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 164 sur 353 · CHAT. X. — DES VÊTEMENTS · texte numérisé non relu

CHAT. X. — DES VÊTEMENTS

M. Bouvier donne la liste suivante, incomplète suivant lui, des accidents que peuvent déterminer les corsets.

« Excoriations au voisinage des aisselles. Gène de la circulation veineuse des membres supérieurs. Accidents résultant delà compression du plexus brachial; aplatissement, froissement des seins et maladies diverses des glandes lymphatiques et des glandes mammaires ; affaissement, déformation et excoriation des mamelons; difficulté extrême de certains mouvements; affaissement et atrophie des muscles comprimés et inactifs, abaissement et rapprochement permanent des côtes inférieures; rétrécissement de la base du thorax; réduction des cavités de la poitrine et de l’abdomen; refoulement du diaphragme; compression des poumons, du cœur, de l’estomac, du foie et des autres viscères abdominaux, surtout après les repas, d’où gêne plus ou moins grande de la respiration et de la parole; aggravation des moindres affections pulmonaires, disposition à l’hémoptysie; palpitations de cœur, syncopes, difficulté de retour du sang veineux au cœur; embarras dans la circulation de la tête et du cœur; congestions fréquentes aux parties supérieures; efforts musculaires difficiles ou dangereux; lésions des fonctions digestives, gastralgie, nausées, vomissements, réduction du volume de l’estomac, lenteur et interruption facile du cours des matières dans l’intestin rétréci ; déformation, déplacement du foie, augmenté dans son diamètre vertical et repoussé vers la fosse iliaque, réduit dans les autres sens et déprimé, en outre, à sa surface par les côtes, qui s’impriment, en quelque sorte, dans sa substance; gêne de la circulation abdominale ; abaissement de l’utérus, troubles de la menstruation, et, dans l’état de grossesse, disposition à l’avortement, au développement imparfait du fœtus, aux déplacements de la matrice, aux hémorrhagies utérines, etc. » Tout ceci me semble exagéré.

Quelles sont, cependant, les circonstances qui militent en faveur du corset? Les voici :

A mesure que la femme se développe, les seins s’accroissent, prennent du volume et ont besoin d’être soutenus. De plus, lorsqu’une grossesse et un accouchement, et, à plus forte raison, plusieurs, sont venus déformer la taille, les seins et l’abdomen de la femme, il y a nécessité indispensable d’y remédier par quelque moyen artificiel, afin de ramener ces parties à un état aussi semblable que possible à celui dans lequel elles étaient auparavant. Devons-nous encore ajouter qu’il faut tenir un peu compte des idées répandues et admises sur la beauté des formes de la femme. Il est enfin une. autre considération non moins importante, c’est que les femmes, dans notre état social actuel, menant une existence sédentaire et exerçant peu

leur système musculaire, sont, en général, débiles et ne peuvent rester longtemps debout ou faire de longues courses sans se fatiguer. Toutes ces raisons réunies expliquent pourquoi on a imaginé d’établir autour du corps de la femme un lien circulaire et résistant, au-dessus et au-dessous duquel on a disposé, sous forme d'étui solide, un système de baleines et de lames métalliques minces, dont la partie supérieure sert de soutien aux seins et au thorax, et la partie inférieure couvre la partie supérieure de l’abdomen. C’est cet appui solide, auquel on a donné le nom de corset, qui sert à soutenir le tronc et le corps de la femme, l'empêche de s’affaisser et s’oppose à ce qu’elle ressente aussi aisément la fatigue.

Voici maintenant ce qu’en bonne hygiène il faut admettre ou rejeter du corset.

Avant l’établissement de la puberté, le corset doit être formellement proscrit; ce n’est que lorsque le développement delà jeune fille est à peu près complètement achevé qu’on peut commencer à y avoir recours.

Les corsets qu’on doit employer ne doivent pas comprimer,, mais contenir et soutenir; il faut donc défendre vivement et empêcher ces moyens qu’emploient tant de jeunes personnes pour avoir des tailles minces et fines.

Le corset doit permettre la liberté des mouvements et ne s’opposer en rien à la plénitude de la respiration. L’étoffe qui le constitue doit être souple et résistante, et seulement garnie de baleines. Les lames métalliques ne doivent pas y trouver place. Les épaulettes doivent être complètement rejetées. Devons-nous encore ajouter qu’il ne faut pas de corset pendant la grossesse et l’allaitement ?

Dans le système actuel d’habillement de la femme, les jupes s’attachent au-dessus des hanches, dont la largeur et le volume leur servent de soutien : ce point d’attache a presque toujours lieu au corset, qui, s’il est bien fait, s’oppose à ce que ce nouveau lien comprime la base du thorax.

Il est une dernière particularité du costume de la femme, à l’égard de laquelle l’hygiène doit intervenir, et qu’on ne saurait blâmer d’une manière trop sévère : cette particularité, c’est l’habitude qu’ont tant de femmes de se découvrir, même dans la saison rigoureuse, le cou, la partie supérieure de la poitrine et les épaules : je dis qu’on ne saurait s’élever trop sévèrement contre cette déplorable habitude, qui engendre chez la femme plus d’angines, de laryngites, de bronchites, de pneumonies et de pleurésies que toutes les autres causes réunies peut-être, et qui est souvent la cause occasionnelle du développement de la phthisie pulmonaire. On doit donc conseiller, le plus possi-

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ble, l’usage des robes montantes, des pèlerines et, si l’on ne peut l’obtenir, les fichus et les châles doivent être recommandés avec soin.

Influence «lu climat, des saisons et des professions sur les Tctemenls.

Les modes françaises ont envahi la plupart des contrées du monde civilisé, et les formes dernières de nos vêtements ont été successivement adoptées partout, et partout en même temps disparaissait le costume national, qui prêtait tant à la physionomie des peuples de chaque contrée. Il y a cependant des nations, et, parmi elles, les Orientaux et les habitants du nord de l’Afrique, chez lesquelles les exigences d’une température élevée ont maintenu l’ancien costume, qui préserve de l’intensité de la chaleur. Le costume militaire seul a varié dans ces contrées et a subi la conséquence de l’importation de nos habitudes. Les vêtements des Orientaux sont larges, amples, et donnent un libre et facile accès à l’air. La tête est couverte, et le moindre fellah porte une calotte de laine blanche ou noire. Les gens plus aisés ont d’abord sur la tête une calotte de toile, recouverte elle-même d’une seconde calotte de laine rouge : par-dessus et autour est placé le châle de laine ou de coton formant le turban ( hemma).Te\s sont les Turcs. Chez eux, le cou est nu, le tronc est couvert d’une large blouse de laine ou de coton qui est l’unique vêtement des classes pauvres. Ceux qui sont plus à leur aise ont une chemise de toile, un caleçon, puis un kaftan ou robe de soie ou de coton broché : par-dessus est une espèce de redingote à manches, appelée gebba, puis le burnous ou léger manteau en laine blanche. Les pauvres marchent pieds nus; les gens plus aisés ont une espèce de soulier grossier, appelé marcoub. Ceux qui sont riches ont d’abord des bas de laine ou de coton, puis le mazde , espèce de brodequin léger, par-dessus lequel se met le marcoub . La plupart des Turcs aisés qui ont adopté la réforme, ont un vêtement qui se rapproche singulièrement de ceux des peuples occidentaux.

Les Arabes ont des vêtements différents : les Bédouins portent encore l’antique kamise fendue par devant : ils ont encore la grande couverture ( keram ), qui s’attache autour delà tête, et de là enveloppe le corps entier. Les plus aisés portent de plus le burnous. Les gens riches ont d’abord des bas ( tharal ), une espèce de culotte courte ( cherail ), une petite ( souderi ), puis une autre veste à manches ( demi-coubram ), le turban, le burnous, puis une large ceinture ( hezcim ), ils ont bien souvent, en outre,

le grand manteau d’hiver (habaia); tous ces vêtements sont en laine blanche, souple, légère, et leur ensemble forme un poids qui est loin d’égaler celui des vêtements des habitants de nos contrées.

Dans les parties chaudes de l’Amérique, dans les Antilles, au Mexique, au Pérou, etc., etc., le costume est composé des mômes pièces que les nôtres, mais il est plus simple, plus léger, de couleur plus claire, et, au lieu d’être confectionné en drap, il est fait avec des étoffes de toile, de fil ou de coton, ou mieux encore avec un tissu fin de laine.

Les habitants de ces contrées ont, du reste, moins besoin de ces dernières étoffes que les Arabes du désert, car ils ne cherchent pas comme eux à braver les ardeurs du soleil ; leur but unique, au contraire, est de s’y soustraire, et de consacrer au repos et à la tranquillité les instants de la journée où la chaleur est le plus considérable.

Dans les Indes, les vêtements présentent le reflet des coutumes britanniques, mêlées aux modés indigènes.

Une règle hygiénique importante à établir, c’est de conseiller, dans les pays chauds, l’emploi de vêtements de laine, légers, souples et moelleux, pour qu’ils isolent le corps et qu’ils le soustraient à la température élevée de l’atmosphère ambiante. Ils servent, en même temps, ci préserver l'homme des différences considérables de température qui existent entre le jour et la nuit, et du froid assez intense qui règne pendant celte dernière.

Dans les pays froids, les indigènes ont disposé leurs vêtements de manière à pouvoir résister à l’abaissement considérable de la température. Ces vêtements se composent de fourrures épaisses, superposées les unes aux autres, et dont on augmente ou diminue le nombre selon la rigueur du froid ou la douceur de la saison. Une autre condition que les habitants des pays froids ne manquent pas de remplir, c’est l’étroitesse des vêtements, combinée à une forme qui leur permet de s’appliquer exactement à la surface du corps, et de ne laisser en aucun point accès à l’air.

Dans les climats tempérés, la nature, la forme, la couleur et l’épaisseur des vêtements varient avec la saison ; il est cependant un certain nombre d’hygiénistes, et M. Ménière est de ce nombre, qui pensent que, dans nos contrées, les vêtements doivent être toute l’année de même espèce, c’est-à-dire en laine ou en drap, ce qui permet de mieux résister aux variations de température, qui sont le caractère de ces contrées ; ils s’appuient sur ce fait, que, depuis que cet usage a été appliqué à l'armée, la mortalité y a notablement diminué.

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! /influence des saisons se fait plus particulièrement sentir sur la classe ouvrière, qui ne jouit pas d’une aisance assez grande pour modifier ses vêtements aussi fréquemment qucl’indiqueraient les variations des saisons. C’est seulement, en effet, en s’habillant de telle façon que les variations atmosphériques ne puissent agir sur le corps, et que lesvôlemenls employés contre-balancent leur influence, que l’on peut espérer obtenir ce résultat.

Je regarde comme d’une bonne et saine hygiène de changer la nature des vêtements l’hiver et l’été, et de les adapter à la température de la saison dans laquelle on se trouve. — Ainsi, dans la saison froide et rigoureuse, les vêtements doivent, beaucoup se rapprocher de ceux des habitants des climats froids. De même, dans la saison des chaleurs, ils doivent se rapprocher beaucoup de ceux qui sont en usage dans les climats chauds. 11 est bien entendu que ces changements n’auront pas lieu brusquement, mais par des transitions qui sont elles-mêmes.en rapport avec les conditions des deux saisons intermédiaires, le printemps et l’automne.

Professions. — Les professions exercent une influence sur la qualité des vêtements. Les ouvriers qui travaillent exposés à une température élevée, tels que les verriers, les fondeurs et même les boulangers, n’en tiennent pas assez généralement compte : ils se découvrent bien en présence de la chaleur dégagée dans les foyers devant lesquels ils. sont placés, mais, en quittant cette atmosphère, ils ne prennent pas le soin de se couvrir de vêtements plus chauds qui les empêchent d’être impressionnés par le contraste de température.

Les ouvriers qui travaillent en plein air, exposés à toutes les intempéries de l’atmosphère, devraient être couverts de vêtements plus chauds, plus secs et moins hygrométriques, afin de ne pas être impressionnés par elles. C’est un soin qu’ils ne prennent cependant généralement pas. On peut dire la même chose des ouvriers mineurs, qui sont toutefois un peu plus soigneux du choix, de la qualité et de la disposition de leurs vêtements.

Les marins ont, en général, des vêtements appropriés aux conditions hygrométriques de l’air dans lequel ils séjournent continuellement : l’étoffe est en grosse laine, et le tissu assez épais pour les préserver de l’humidité.

Il est des professions spéciales dans lesquelles un vêtement particulier est de règle. L’habit des religieux, observé dans toute sa rigueur, n’est nullement en rapport avec les conditions climatériques de nos contrées; il n’esi pas assez chaud pour l’hiver, trop chaud pourl’été. La discipline ecclésiastique tolère

heureusement certains relâchements dans la sévérité du costume, et permet des modifications heureuses qui ont été adoptées depuis le commencement de ce siècle. On doit signaler, en particulier, l’usage habituel du pantalon.

L’habit militaire a subi et subit chaque jour encore de nombreuses modifications, qui sont plutôt le résultat de la variation des idées des administrateurs que la conséquence des conseils de l’hygiène. En prenant le costume de nos troupes tel qu’il existe actuellement, examinons rapidement ses qualités et ses inconvénients. — Le shako, déjà bien amélioré et plus léger qu’il n’était autrefois, est cependant encore trop lourd ; il devrait être remplacé par l’espèce de casquette appelée képi, et qui nous est importée d’Afrique. Cette coiffure, légèrement modifiée, remplirait toutes les conditions hygiéniques désirables.

Le col est, en général, trop dur, trop raide, et détermine souvent des adénites aiguës et chroniques des ganglions du cou.

La grande capote chaude, qui permet une grande liberté des mouvements et ne gêne ni le thorax ni l’abdomen, est bien préférable à la tunique, plus gracieuse cependant.

Dans la cavalerie, les casques et les cuirasses, dont l’usage ne semble plus en rapport avec nos mœurs et nos habitudes militaires actuelles, comptent, parmi leurs nombreux inconvénients, la raideur, la dureté, le poids, la bonne conductibilité du calorique, réchauffement facile ; nous ne pouvons que signaler d’une manière générale la fatigue qu’ils produisent chez les cavaliers.

Influence de l'état de santé ou de maladie sur les vêtements. —

L'usage de vêtements convenables peut modifier certaines prédispositions morbides. Ainsi, chez les enfants nés de parents scrofuleux ou tuberculeux et présentant les attributs du tempérament lymphatique, l’usage de vêtements chauds et secs sert à les préserver du froid et de l’humidité, et peut, aidé des autres moyens hygiéniques, modifier leur tempérament et empêcher le développement des maladies auxquelles ils sont prédisposés. Chez les enfants placés encoredanslesmêmes conditions, l’usage de vêtements trop rudes, trop grossiers, favorise quelquefois le développement des affections de la peau ; l’irritation continuelle produite par le frottement rude du tissu qui sert à les former en est la cause. L’insuffisance de ces mêmes vêtements, la malpropreté, qui est la conséquence de leur renouvellement trop peu fréquent, contribuent encore à augmenter ces irritations, à les entretenir et à les faire passer à l’état chronique. C’est en modifiant de tels vêtements qu’onpeut prévenir des maladies chroniques de la peau.

Avant l’invention du linge de corps, le frottement habituel et

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