‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 266 sur 353 · C11A1'. XXV. — DES FACULTÉS INTELLECTUELLES, ETC · texte numérisé non relu

C11A1'. XXV. — DES FACULTÉS INTELLECTUELLES, ETC

calculateur. Le génie, c’est-à dire la faculté de concevoir, de deviner des idées nouvelles, ou de suivre des rapports inconnus jusque-là ; le génie, qui arrive à des conséquences inaperçues, est la plus noble comme la plus rare des attributions cérébrales, et souvent elle est un gage de malheurs et de souffrances pour ceux qui ont reçu ce don brillant. Les hommes de génie sont fort excentriques, le monde réel n’est pas fait pour eux : ils y sont mal à l’aise, et de là les écarts auxquels ils se livrent : de là leur misanthropie, leur tristesse habituelle, et cette éclipse presque complète de raison, qui, bien fréquemment, est leur apanage presque assuré. C’est que la raison et le génie ne peuvent pas habiter souvent le môme esprit ; c’est que la première, qui juge rigoureusement et voit avec précision, ne peut permettre les écarts du second, et que ce conflit entraîne alors une séparation violente.

5° Intelligence en activité . — L’application des facultés diverses qui viennent d’ôtre analysées, leur développement, les modifications qu’on leur fait subir, constituent le travail de l’intelligence. — Dans l’enfance et l’adolescence, ce travail, c’est l’éducation. Plus tard, s’il est régulier et contenu dans de justes limites, il forme un des plus beaux apanages de l’homme et une de ses plus douces occupations.

Mais peut-on, par l’exercice, développer ces diverses facultés qui composent l’intelligence ? Sans doute, il est possible d’augmenter la masse des idées par les expériences et l’observation des faits; sans doute il est possible d’agrandir le domaine de l’esprit, en lui prodiguant des connaissances variées, mais ou ne pourra donner la faculté de bien juger à ceux qui n’ont pas reçu les éléments de cette puissance. Il y a des personnes qui voient mal, qui entendent mal, chez qui les sensations n’ont pas la même valeur que pour d’autres : et celles-là ne peuvent jamais apprécier aussi juste au moyen d’éléments qui manquent eux-mêmes de justesse. De même, aussi, on ne pourra pas donner d’imagination à ceux qui ne possèdent pas les bases de cette faculté, et toute culture restera stérile. Il y a donc des facultés limitées et en rapport avec une organisation plus ou moins parfaite. L’instrument influe beaucoup sur la nature et la forme des produits; et le médecin qui partagerait les croyances de ceux qui ont voulu créer l’art de produire des grands hommes, celui-là se tromperait grandement. Beaucoup d’individus naissent avec une capacité intellectuelle fort inférieure à celle qui est l’apanage de tout le monde, et rien n’est moins fondé que l’opinion de beaucoup de gens, que chaque homme peut également comprendre et juger. Toutes les facultés de l’homme sont limitées, et les différences extrêmes que

l’on constate dans l’organisation, entraînent une différence semblable dans les facultés de l’esprit.

Lors donc qu’on veut franchir cette limite, et faire produire aux instruments ce qu’ils ne sont pas capables de produire, lorsqu’on veut donner aux facultés intellectuelles une application, des modifications et un développement dont elles ne sont pas susceptibles, en les livrant à des travaux intellectuels exagérés, il arrive souvent que ces travaux modifient l’organisme, et sont le point de départ de maladies nombreuses.

0° Conséquences du travail exagéré de V intelligence» — Chez l’enfant et l’adolescent, alors que tous les appareils organiques concourent à faire prédominer le mouvement de composition interstitiel sur le mouvement de décomposition, et à produire l’accroissement du corps, l’application trop grande et trop soutenue de l’intelligence, surtout si elle a trait à des matières ardues et abstraites, constitue un des vices de l’éducation et peut avoir de sérieux inconvénients. Ce travail anormal et disproportionné de l’intelligence détermine des troubles dans les diverses fonctions. L’appétit diminue, les digestions sont moins faciles, la constipation est habituelle; des palpitations nerveuses se montrent fréquemment, la résistance au froid est moins facile, l’exercice plus pénible et plus fatigant ; en même temps l’embonpoint est peu considérable, la peau est pâle, les (rails sérieux et l’aspect sév ère. — Ces caractères varient d’intensité, suivant le degré et l’importance des travaux intellectuels auxquels on astreint les enfants et les adolescents.

Celte constitution ainsi affaiblie par des travaux intellectuels opiniâtres, ou trop relevés, prédispose à un certain nombre de maladies et favorise la manifestation des affections héréditaires; d’autres fois, celte débilité, persistant une partie de la vie, conduit les victimes de cette fatigue cérébrale à donner, plus tard, le jour à des enfants d’une constitution frôle et délicate. Chez d’autres, elle développe des céphalalgies nerveuses, des névralgies de diverses espèces, et, enfin, conduit bien souvent à des méningites aiguës mortelles.

Règles hygiéniques applicables au travail de l’intelligence. — 1° Enfance et adolescence. — Chez les enfants et les adolescents, quel que soit le système d’éducation que l’on veuille adopter, et le genre d’occupation que l’on préfère, chaque jour, le temps qui n’est pas consacré au sommeil doit être partagé entre les travaux physiques et les travaux intellectuels, espacés et mélangés d’une manière convenable.

On doit éviter d’appliquer longtemps de suite les jeunes sujets au môme travail : — trois heures consécutives sont déjà beau-

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