CHAI». XXVI. — DES PASSIONS
suivant le mode d’action de la cause déterminante. Un grand nombre d’altérations de tissus surviennent lentement, et entraînent de fâcheuses dégénérescences. Les cancers de l’utérus peuvent aussi bien être le résultat de l’abus du coït que celui de la privation de cet acte.
Chez les femmes qui nourrissent, la sécrétion du lait est soumise à l'action continue de toutes les impressions morales fortes. On voit, en effet, sous de pareilles influences, ce liquide changer de nature, prendre des qualités fâcheuses, et provoquer, chez l’enfant, des accidents graves. On voit donc combien il importe de soustraire les nourrices à l’influence de passions un peu vives. La colère, l’amour exalté, des jouissances profondes, entraînent ou la suspension de la sécrétion lactée, ou l’altération du liquide lui-même.
La peau est souvent le siège de changements notables, sous l’influence des passions. La pâleur et la rougeur, qui se manifestent au visage pour la moindre émotion morale, sont une preuve de celte action.
La chair de poule, éprouvée dans la frayeur, appartient à un phénomène nerveux de resserrement fibrillaire. Dans certains cas, la peau se recouvre de sueur, ou bien elle devient sèche, aride ; elle se colore en brun chez les personnes que frappe une grande tristesse. Le cercle brun des yeux et des ailes du nez n’est que le premier degré de ce phénomène. Chez les iypémaniaques, on voit cette couleur être portée au point de rendre leur visage méconnaissable. Elle pâlit et disparaît à. mesure que l’esprit reprend sa sérénité première.
Influences de l’âge et du sexe sur les passions.
Ages. — On sait que certaines passions sont réservées à certaines époques de la vie. Chaque âge a ses plaisirs et ses goûts et ses mœurs, a dit le poète ; et Horace avait donné, il y a longtemps, un tableau fidèle de ces particularités.
L’enfance est assez calme et les impressions sont alors trop nombreuses pour être durables : les dernières effacent les précédentes; et, si l’on observe quelques cas graves de jalousie ou de fureur, ils sont très-rares. Plus tard, les passions se développent en raison des besoins ; et, chez l’adolescent, elles ont toujours le caractère de sensations nécessaires, et dont la satisfaction entraîne le plaisir que l’on cherche surlout à cette époque de la vie. Chez les adultes, apparaissent les passions individuelles, l’ambition, l’orgueil ; le moi prédomine, il entraîne à sa suite tous les actes de l’économie, et ce temps des
A. Becquerel, 6* édition. î>l2
grandes pensées d’avonir est aussi l’époque des grands orages, des déceptions profondes, et, par conséquent, des grands troubles dans les principaux organes. Enfin, dans la vieillesse, les sens se calment, les passions expansives disparaissent, et il ne reste plus de place que pour l’avarice, l’ambition, 1 humeur chagrine, etc., etc.
Sexe. — Il y a des différences générales tenant à une plus grande dose de sensibilité chez les femmes. Les impressions sont plus vives, les habitudes plus molles; et, par conséquent, il y a moins d’énergie pour résister aux causes morales qui nous affectent sans cesse. Aussi voit-on beaucoup plus de désordres nerveux chez les femmes, et ces accidents ont toujours de plus fâcheux résultats que chez les hommes. L’appareil génital joue chez elles un bien plus grand rôle que chez nous, et les aberrations de sensibilité qui se manifestent de ce côté entraînent une foule de lésions qui nous sont entièrement inconnues.
Règles hygiéniques. — En bonne hygiène, l’art de modérer les passions est un des points les plus importants de la pratique médicale. La médecine du cœur a été l’objet de bien des écrits éloquents, profonds, et où excellent les plus beaux sentiments de philanthropie. Mais, à l’expérience, les préceptes de ces hommes de bien sont d’un usage difficile, et peu de médecins peuvent obtenir quelques résultats heureux. C’est qu’il est difficile de connaître le cœur de l’homme, plus difficile encore de faire entendre le langage de la raison à ceux que pousse une passion quelconque : il faut cependant tenter quelques efforts dans ce genre, et ce n’est que par l’éducation qu’on pourra y parvenir. On agira sur l’encéphale par les sens, en ayant soin de soustraire les personnes prédisposées à tel ou tel penchant, aux impressions capables d’exciter les organes qui prédominent. If éducation morale a des résultats non moins heureux, et les préceptes et les exemples entraînent au bien ceux qui ne sont pas poussés en sens contraire par des appétits organiques trop énergiques; et puis, l’on modifiera d’ailleurs cet organisme par des soins de régime. Le séjour dans un lieu froid ou chaud, ou humide, modifiera les appareils; l’exercice du corps, la fatigue, les aliments choisis parmi les excitants ou les calmants, pourront diminuer la vigueur de certains viscères ; et l’homme ainsi instruit, élevé, conduit, nourri, vêtu, arrivera à cet état moyen qui convient le mieux à la plupart des individus. C’est dans ces agents hygiéniques que se trouvent les modificateurs les plus puissants de l’économie, ceux qui servent avec efficacité au traitement des passions portées au point de constituer presque des genres de folie. On peut aussi arriver à des guéri-