CHAPITRE II
DES AGES
L’allaitement naturel étant beaucoup plus favorable, et devant par cela même être préféré à l’allaitement artificiel, qui faut-il choisir, de la mère ou d’une nourrice mercenaire? Il y a des distinctions à établir : si la mère a une belle constitution, si les conditions antérieures de santé sont bonnes, si elle n’est pas livrée aux plaisirs du monde, ou si elle y renonce pour s’occuper entièrement de la nourriture de son enfant, oui , le sein de la mère est de beaucoup préférable à celui d’une mercenaire; mais non dans le cas contraire.
Si l’on est consulté sur le choix d’une nourrice, voici les conditions qu’on doit essayer de trouver réunies : une nourrice ne doit pas avoir plus de trente ans; il est préférable de la choisir à l’époque la plus rapprochée que possible de son accouchement; et, lorsque plus de six mois se sont écoulés depuis cette époque, il est plus prudent, à moins que toutes les autres conditions ne soient réunies, de ne pas l’accepter. Les glandes mammaires doivent être suffisamment développées, les mamelons saillants et fermes.
Le lait doit présenter les conditions suivantes : être sans odeur, d’une saveur douce et légèrement sucrée, assez consistant pour se maintenir en gouttelettes sur une surface unie inclinée. Le microscope a été conseillé et employé pour donner des notions sur les qualités du lait d’une nourrice. La valeur des renseignements qu’il fournit a été très-exagérée, et il n’y a peut-être qu’une seule circonstance où il puisse être de quelque utilité, c’est lorsque le lait contient un peu de pus. Ce cas est réellement assez rare. Il existe alors d’autres altérations
biberon, 32 ; sevrage prématuré, 82 ; ensemble des modes d’allaitement artificiel, 263 contre 196.
Ainsi, pour la première èt la seconde quinzaine, on voit que les cas relatifs à l’allaitement au biberon sont en grande majorité, plus du double; puis, à mesure qu’on s'éloigne des premiers jours de la vie, le rapport des enfants élevés au sein devient de plus en plus considérable. Il est évident que tous les sujets débiles nourris au biberon succombent d’inanition pendant les premiers temps. Comme l’a démontré M. Bouchaud, ceux qui sont soumis au régime,) naturel du lait de femme, résistant davantage, ne subissent qu’accidentellement et plus tard les fâcheuses influences qui tendent à décimer les jeunes sujets pendant le cours de la première année.
Ces résultats ont été confirmés par différentes communications faites à l’Académie de médecine, dans la mémorable discussion sur les nourrissons, dont nous allons parler. Ainsi M. Denis-Dumont, du Calvados, a constaté directement et chiffres en main, que sur 100 enfants élevés au sein on en perd [seulement 10 p. 100 ; tandis qu’il meurt 30 p. 100 de ceux qui sont nourris au petit pot. M. Bourdon, à Paris, a reconnu que la mortalité des enfants de 0 à 5 ans allaités par leur mère est de 23 p. 100, et qu’elle est de 62 p. 100 pour ceux élevés au biberon.
On a bien dit que les enfants élevés au biberon avec de bon lait, entourés de soins, etc., réussissent parfaitement. Cela est incontestable, et même avec des soins médiocres, tous ne meurent pas. Exceptio firmat regulam. E. Bgd.
3 4 PllEMIÈRE PARTIE. — SUJET DE i/flYGIÈNE.
palpables dans le tissu glandulaire des mamelles, qui annoncent tout aussi bien la présence du pus et font prévoir qu’il en est passé une certaine quantité dans le lait. Quant aux autres conditions de ce liquide, aux modifications que peuvent subir dans leur quantité et leur qualité le caséum et le sucre, le microscope ne donne que des notions très-incomplètes : bien plus, du lait évidemment mauvais pour un enfant présente au champ de cet instrument un aspect absolument identique à du lait de bonne qualité.
La connaissance de la composition chimique peut seule fournir des renseignements utiles à ce sujet.
Nous renvoyons le lecteur curieux de connaître les résultats que l’analyse chimique a fournis relativement à la composition du lait, et au choix d’une nourrice qui peut en être la conséquence, au mémoire que nous avons publié avec M. le docteur Yernois, dans les Annales d'hygiène (juillet 1853).
Il est encore d’autres conditions à exiger d’une nourrice : c’est ainsi qu’il faut qu’elle soit exempte de tout mal transmissible, syphilis, scrofules, etc.; qu’elle soit bien constituée, d'une santé parfaite ; qu’elle soit intelligente, d’une humeur douce et égale ; enfin, qu’elle ait de bonnes dents, la peau brune, les yeux noirs ou de couleur foncée, les cheveux noirs ou bruns, conditions préférables à la peau blanche, aux yeux de couleur claire et aux cheveux blonds ou roux.
Dans le cas où un enfant est placé chez une nourrice, il est encore d’autres conditions à exiger. Ce sont toutes celles qui concernent l’hygiène des habitations, l’exposition des lieux, la nature du pays (qui ne doit pas être marécageux, par exemple) ; c’est encore la moralité et même l’aisance de la famille, conditions du reste bien difficiles à remplir, et qui sont cependant nécessaires pour inspirer aux parents une sécurité parfaite.
11 est rare de trouver toutes ces conditions réunies, car les femmes qui consentent à prendre des enfants en nourrice le font précisément pour gagner quelque argent et apporter par là un peu d’aisance dans leur ménage, qui, sans cela, serait atteint par la misère. Le placement d’un enfant chez une nourrice est toujours une chose à éviter, et à laquelle sont attachés de sérieux inconvénients dépendant des difficultés ci-dessus mentionnées, et du défaut de surveillance rigoureuse.
L’allaitement naturel ou artificiel étant commencé, on doit y ajouter progressivement quelques matières alimentaires, et en particulier des féculents et plus tard quelques potages.
[Dans l’allaitement artificiel, le choix de l’instrument n’est pas indifférent. L’embout du biberon doit être en matière molle (tétine de vache, ivoire ramolli) et tenu avec beaucoup