CHAP. II. — PROFESSION MILITAIRE
casion de le dire, comme une fièvre typhoïde suraiguë, est une des plus graves maladies qui puissent sévir sur une armée. On le voit fréquemment se produire à la suite des revers ; son développement est alors favorisé par le découragement, la mauvaise alimentation, les privations de tout genre, l’encombrement des hôpitaux et des casernes, et toutes les vicissitudes atmosphériques.
Telles sont les maladies principales qui peuvent exercer une influence puissante sur la santé des soldats. — Il s’agit maintenant d’envisager ce sujet d’une manière un peu plus générale, et d’examiner les questions diverses qui se rattachent à l’état sanitaire et à la mortalité des armées. Ici la statistique est indispensable pour donner la solution de pareilles questions, et nous sommes heureux d’avoir pu faire plusieurs emprunts à T excellent travail de M. Boudin sur ce sujet (Ann. d'hyg.,. t. XXXV).
Maladies et mortalité des troupes servant dans leur pays natal.
Les maladies et la mortalité des troupes ne sont pas les mêmes dans les divers États de l’Europe. On doit à M. Boudin des recherches intéressantes sur ce sujet. Nous allons entrer, à cet égard, dans quelques détails, en prenant pour point de départ la mortalité moyenne de toute la population des cinq grandes puissances, pendant la période quinquennale de 1838 à 1842, et rapportée à 1,000 habitants.
1 0 Mortalité de la population totale dans les cinq principaux Etats de l'Europe.
L’examen des cinq années 1838 à 1842 a donné en moyenne les chiffres suivants :
Mortalité annuelle.
France 23,97
Angleterre 22,07 I
Prusse 26,58 > sur 1,000 habitants.
Autriche 29,98 i
Russie 35,90 )
2° Mortalité de la population militaire.
France. — De 1820 à 1826, sur un effectif moyen de 120,264 hommes d’infanterie (officiers non compris), dont 106,700 de ligne et 13,924 de garde royale, la mortalité a été de 21 sur 1,000. Cette mortalité est à peu près le double de celle de la population civile du même âge, qui n’est guère que
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de 10 sur 1,000. En décomposant celle mortalité, on trouve que celle du simple soldat est de 19,9 sur 1 ,000 ; et celle des caporaux et des sous-officiers, de 10,8 sur 1,000.
Danscettemôme période, en examinant à part la mortalité dans la garde, on voit l’infiuence du bien-être s’exercer sur la santé et la longévité des militaires, — Mortalité générale des sousofficiers, caporaux et soldats, 14,7 sur 1,000 ; mortalité des soldats, 10,7 sur 1,000; mortalité des caporaux et sous-officiers, 9,0 sur 1,000.
Parmi les. jeu nés gens non militaires de 20 à 28 ans, le chiffre de la mortalité annuelle était, en 1840, de 13 sur 1,000. Pour l’armée servant à l’intérieur, le chiffre annuel des décès a été, de 1841 à 1846, de 19 à 20 sur 1,000; — pour l’armée entière (intérieur et Afrique), et dans cette même période, le chiffre de la mortalité était de 28 sur 1,000.
Prusse. — Pendant la période de dix ans, de 1821 à 1830, la mortalité de l'armée a été, à bien peu de chose près, la même que dans la population mâle de tout le royaume, de 20 à 25 ans, c’est-à-dire de 11,7 sur 1,000 hommes d’effectif.
Angleterre. — Les documents statistiques démontrent que, de 1830 à 1836, l’armée anglaise n’a pas été très-favorisée. En effet, les dragons de la garde et de la ligne, sur un effectif de 44,611 hommes, ont eu une mortalité de 14 sur 1,000 — l’infanterie de la garde, sur un effectif de 34,538 hommes, 21,6 mortalité sur 1,000 ; — la cavalerie de la maison royale, sur un effectif de 8,649, a eu une mortalité de 14,5 sur 1,000. Dans l’espace de trente-deux ans, la mortalité de l’armée anglaise servant’en Irlande a été de 15,5 sur 1,000. Les troupes britanniques auxiliaires, servant dans leur pays natal, ont donné des résultats assez variables : la mortalité minima a été celle des Maltais, servant à Malte, ou 9 sur 1.000 : — la plus forte a été de 25,8 sur 1,000 dans l’île de Ceylan, chez les indigènes amis.
3° État sanitaire et mortalité des armées servant hors de leur pays natal.
Parmi les conclusions auxquelles est arrivé M. Boudin, nous en choisirons quelques-unes qui résument parfaitement les résultats de la statistique à cet égard.
Dans les régions tropicales, le nombre annuel des décès oscille dans des limites très-larges d’une année à l’autre, en sorte que la mortalité d’une année ne peut servir de base à l’évaluation de la mortalité moyenne de ces contrées.
Cependant, voici quelques documents qui donneront une idée de l’influence des climats chauds sur la mortalité des armées :