‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 300 sur 353 · PROFESSION MARITIME · texte numérisé non relu

PROFESSION MARITIME

tent les autres bâtiments, tels que ceux du commerce ou de transporls. — 11 est, sous ce rapport, plusieurs observations importantes à faire. Un navire est construit récemment, ou bien il est ancien ; dans le premier cas, il présente réunies les conditions hygiéniques les plus favorables. Dans le second cas, on peut avoir à redouter un certain nombre d’inconvénients, dont voici les principaux : l’infection du navire par des substances volatiles et dangereuses, ou bien par des matières fétides, comme cela a lieu sur les bâtiments employés à la pôche de la baleine ; — l’altération du navire par une maladie épidémique ou contagieuse qui règne sur son bord ; — l’imprégnation des bois qui ont été employés à la construction du navire par l’humidité ; — leur altération par les vers.

5° Les différentes parties d’un navire ne sont pas sans influence sur la santé des marins qui le montent; et il est, sous ce rapport, plusieurs points à considérer. Ces points sont les suivants :

A. La cale. — C’est, la partie la plus basse, la plus obscure et la plus humide des bâtiments : l’air et l’eau y stagnent sans cesse. L’eau, suintant à travers les pores du bois, l’altérant luimême et agissant sur les objets de nature diverse, et en particulier sur les immondices qui peuvent s’y trouver, il en résulte une odeur souvent insupportable, qui est due à des exhalaisons végétales abondantes, mêlées à une certaine quantité d’acide carbonique (1). Ces altérations diverses sont encore favorisées par la température de l’atmosphère de la cale, qui est, en général, de 3 à 4 degrés plus élevée que celle du reste du bâtiment. Les moyens employés pour purifier l’air contenu dans celte partie du navire sont les suivants : i° les blanchiments fréquents et réguliers à la chaux ; 2° l’ouverture d’un robinet qui laisse accès à volonté à l’eau de la mer, et permet des lavages complets ; 3° la construction en fer des caisses d’arrimage; 4° enfin, une ventilation suffisante, effectuée même, en cas de besoin, avec une machine soufûante.

(1) D’après les recherches de M. Forné ( Arch . de méd. nav., t. I, p. 239, 1874), l’ammoniaque, le gaz hydrogène sulfuré, le sulfh}drate d’ammoniaque, sont, parmi quelques autres, les principaux corps volatils odorants que l’on rencontre dans la cale; 1 auteur croit que le meilleur moyen de la désinfecter, c’est d’y verser une solution de protosulfate de fer, qui forme, avec ces différents gaz, des combinaisons qui les décomposent et neutralisent leur action.

De son côté, M. Le Roy de Méricourt ( même recueil , t. III, p. 201, 1865) propose, pour obtenir l’assainissement définitif des navires gravement contaminés, d’avoir recours à la méthode de M. Lapparent, et qui consiste à carboniser superficiellement les parois intérieures des bâtiments, à l’aide du flambage par un gaz inflammable forcé, et dirigé comme une langue de feu. à l’aide d’un chalumeau.

E. Bgd.

A Bkcquebel, 6e édition.

HYGIÈNE APPLIQUÉE

IL Le faux pont. — Le faux pont vient immédiatement après la cale. On a à y redouter presque également l'humidité, la stagnation de l’air, la chaleur et l’absence de lumière.

C’est cependant le lieu où couche l’équipage, et où il se réunit et s’abrite, la sûrelé de l’équipage exigeant que le faux pont soit fermé la nuit, on doit voir combien la présence de tant d’hommes, couchésdans un lieu fermé, peut être pernicieuse, et combien on doit redouter les accidents qui se développent ordinairement sous l’influence de l’encombrement. L’insalubrifé du faux pont est encore augmentée par la présence des cuisines, du four, de la cambuse, de l’hôpital et des parcs à volailles.

Sur les bâliments de guerre, les batteries remplacent les faux ponts. Elles sont bien plus saines, et la ventilation y est beaucoup mieux organisée.

Le pont du vaisseau est exposé à toutes les intempéries des saisons. Les manœuvres s’y exécutent en plein air, et, quels que soient la température, l’humidité, le vent, etc., il est cependant salubre.

11 est d’autres circonstances de la vie maritime qui ne sont pas sans influence sur la santé, et qui tiennent aux marins euxmômes. Nous citons en particulier les suivantes:

6° Les équipages. — Les matelots sont, en général, choisis avec plus de soin que les soldats de terre à la révision militaire. Les marins ont presque toujours déjà navigué depuis longtemps, et sont familiarisés et acclimatés avec l’atmosphère maritime. C’est pour cette raison qu’ils sont beaucoup moins exposés aux maladies que les passagers ou les troupes que l’on transporte.

7° Les conditions hygiéniques varient encore suivant la destination que les matelots ont sur un bâtiment. C’est ainsi que ceux qui sont employés au service de la cale sont plus exposés aux diverses influences morbides que les gabiers, qui s’occupent du gréement dans les hunes, ou que les timoniers.

8° La nature du travail exerce également une influence. Ainsi, la manœuvre du vaisseau exige surtout l’exercice dans les parlies supérieures. De plus, il faut que le travail soit exécuté le jour et la nuit, ce qui nécessite le partage de l’équipage en deux parlies. M. Kéraudren a proposé de le partager en trois quarts au lieu de deux. On aurait toujours un nombre d’hommes suffisant, et la fatigue serait moindre. J’ignore si cet essai a été tenté.

9° L’alimentation doit être prise en sérieuse considération. A bord, elle se compose de biscuit de mer, sorte de pain à demi levé et desséché par une cuisson prolongée; de salaisons

Cil A P. III. — PROFESSION MARITIME.

et de légumes secs. Le peu de variété nuit à la digestibilité des aliments; il est vrai que l’emploi des condiments, tels que le vinaigre, l’alcool, le citron, contribue à augmenter leur salubrité et à faciliter leur dissolution dans le suc gastrique.

10° La conservation de l’eau nous a déjà occupé ; nous rappellerons seulement qu il est préférable de la conserver dans des vases en tôle, et qu’il est nécessaire d’avoir des appareils distillatoircs à bord de chaque navire, dans le cas où l’eau potable viendrait à manquer.

11° Les affections morales sont capables d’exercer une influence sur le navigateur. Chez les uns, c’est la nostalgie qui est plus forte : chez d’autres, c’est la vue des orages et des tempêtes, l’effroi qu’ils inspirent, ainsi que l’impossibilité de secours en cas de naufrage, qui agissent sur le moral des marins.

Les diverses influences qui viennent d’être passées en revue peuvent causer des maladies spéciales, aggraver celles qui existaient déjà et qui étaient dues à de tout autres causes, enfin augmenter le chiffre de la mortalité des marins. C’est ce que nous allons maintenant examiner.

Maladies qui sévissent sur les marins.

Un certain nombre des maladies qui se développent chez les gens de mer, sont d’une nature analogue à celles qu’on voit chez les soldats de l’armée de terre. L’énumération qui suit le prouve suffisamment.

1° Dysenterie. — Dans tes voyages sur les mers équatoriales, on voit fréquemment la dysenterie se développer chez les marins qui s’exposent à l’humidité et au froid, ou bien qui dorment sur le pont, exposés à la pluie et aux intempéries des saisons.

2° Typhus. — Le typhus ne fait pas moins de ravages sur les bâtiments que dans les armées de terre ; l’encombrement, la malpropreté, le découragement, la présence de prisonniers nombreux ou d’esclaves accumulés, contribuent singulièrement à sa production.

Voici un exemple des ravages que ces deux maladies peuvent exercer : c’est ce qui eut lieu en 1780 sur la flotte anglaise du Canal (Motard). En peu de temps elle envoya à l’hôpital Haslar 11,732 malades, et, dans le nombre, il y avait 1,437 cas de scorbut, 240 cas de dysenterie et 5,539 cas de fièvre continue (typhus). Pringle rend compte de désastres analogues.

3° Nostalgie. — La nostalgie s’observe aussi bien chez le marin que chez le soldat de terre.

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4° Mal de mer. — Le mal de mer, qui atteint presque inévitablement les nouveaux embarqués, et qui n’épargne pas les vieux marins dans les .mers très-grosses et pendant les tempêtes, a été décrit plus haut (v. p. 737), il n’est pas besoin d’y revenir.

5° Constipation. — La constipation est un des états pathologiques qui s’observent le plus fréquemment chez les marins.

6° Scorbut. — Le scorbut est une des maladies qui étaient les plus communes chez les hommes de mer, et qui peut-être en a fait périr le plus grand nombre. A l’époque actuelle, cette fréquence est bien diminuée, et cette maladie peut être considérée comme beaucoup plus rare.

Quelques détails sont indispensables pour expliquer son mode de production.

Le scorbut ne se développe pas seulement sur les bâtiments, on l’observe également sur les côtes habituellement entourées de brumes épaisses et humides. Il paraît endémique dans tous les pays situés au-dessus de 60° de latitude, sur les bords de la Baltique, sur les côtes de l’Islande et du Groënland. Les salaisons dont les habitants de ces contrées font un si fréquent usage ne sont probablement pas sans influence sur son développement.

Autrefois les épidémies de scorbut n’étaient pas rares dans les climats tempérés de l’Europe ; mais, depuis plus d’un siècle, elles ont disparu complètement devant les progrès de l’hygiène et de la civilisalion.

Sur mer, le scorbut, qui était autrefois si fréquent et si terrible, et qui a fait périr tant d’équipages, ne se montre plus que d’une manière exceptionnelle. Malgré cette rareté, il est encore un certain nombre d’influences capables de le déterminer. Parmi ces influences, les unes sont prédisposantes, les autres efficientes. Les circonstances qui peuvent particulièrement déterminer la production du scorbut sont les suivantes : l’humidité, la stagnation de l’air, la privation de la lumière, la mauvaise alimentation, l’ennui, la tristesse, l’encombrement, l’usage d’une proportion un peu trop forte de sel marin, et surtout des viandes sèches et salées, la privation de végétaux frais, les viandes corrompues, l’eau croupie.

Le scorbut consiste non pas, comme on l’a cru longtemps, dans une diminution de proportion de la fibrine, ce qui peut avoir lieu, il est vrai, dans les scorbuts très-avancés ou très-graves, mais dans la diminution de la coagulabilité de ce principe. Cette diminution de coagulabilité de la fibrine, qui a pour effet de rendre le sang plus liquide, est la conséquence d’une augmentation de la proportion de soude contenue dans le sang.

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