‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 31 sur 353 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DES AGES

débats, il est résulté un ensemble de documents dont nous venons donner une rapide analyse.

Une circonstance qui avait déjà été vaguement signalée, mais que 31. le docteur Monot (de Montsauche) a mise dans tout son jour, c’est la mortalité qui pèse sur les enfants dont les mères vont se placer comme nourrices sur lieu. Dans le Morvan on observe, dit M. Monot, que près des deux tiers des femmes accouchées abandonnent leur enfant vers la sixième semaine et vont offrir leur lait dans les grandes villes et surtout à Paris. Ainsi privés des soins maternels, la plupart de ces petits délaissés succombent dans le cours de la première année ; il en est résulté une véritable dépopulation pour la circonscription susdite, et de 13,1 88 habitants que donnait le recensement de 1831 , le chiffre de la population est tombé à 12,628 en 1861. Voilà pour un côté de la question. Vient celui des enfants placés en nourrice, beaucoup plus grave parce qu’il est plus général et porte sur un bien plus grand nombre de jeunes sujets ; c’est à M. Brochard, de Nogent-le-Rotrou, qu’on doit de l’avoir soulevé.

Husson a reconnu que, chez les enfants placés par la direction municipale, la mortalité est de 33,93 p. 100 par an, dont la plus forte part est, comme toujours, fournie par les enfants naturels, 55,88 p. 100. Mais ces chiffres, déjà si effrayants quand on les compare à la mortalité générale des enfants pour toute la France pendant la première année (17 à 1 8 p . 1 00), ne sont rien si l’on examine à quel taux s’élève le chiffre des décès des enfants placés dans certains départements. C’est ce que nous montre le tableau suivant, donné par Husson lui-même et puisé, par conséquent, aux sources les plus incontestables :

Loire-Inférieure 90,50 p. 100

Seine-Inférieure 87,36

Eure 78,12

Calvados 78,09

Aube 70,28

Seine-et-Oise 69,23 p. 100

Côte-d’Or 66,46

Indre-et-Loire 62,16

Manche 58,66

On s’est demandé si cette effroyable mortalité, si générale dans les départements qui appartiennent à l’ancienne Normandie, ne viendrait pas de la détestable habitude de l’allaitement au petit pot usité dans cette région ? Il faut observer d’ailleurs que, dans ces mêmes départements, la dépopulation est manifeste (V. plus bas).

En résumé, à quoi faut-il attribuer des pertes aussi prodigieuses? Cette question a été soigneusement examinée surtout par MM. Guérin et Fauvel, et l’on a reconnu trois causes principales : 1° une faiblesse native remarquable surtout chez les enfants illégitimes ; 2° le défaut de soins ; 3° l’insuffisance, la

mauvaise qualité, ou le défaut d’appropriation de la nourriture avec 1 âge de l’enfant (lait pauvre, en petite quantité, aliments féculents donnés dans les premiers temps, sevrage prématuré, etc.). On peut encore y joindre le transport, par les mauvais temps, dans des localités souvent éloignées, et avec absence des précautions les plus indispensables.

Quel remède opposer à un état de choses aussi déplorable? La commission nommée par l’Académie a proposé un règlement assez compliqué, dans lequel domine surtout la surveillance. Mais, comme l’ajustement fait observer M. Fauvel, ce qu’il faut surtout accuser, c’est la situation des nourrices, qui, vivant dans la pauvreté et la malpropreté, obligées, en outre, de travailler pour compléter la maigre rétribution qu’on leur donne, négligent et nourrissent mal les petits malheureux qui leur sont confiés. Du reste, on paraît d’accord pour reconnaître que, dans le but de combattre cette dépopulation, il faut d’abord : une surveillance active, continue, exercée par des hommes compétents qui adresseront, le plus souvent possible, des rapports sur les résultats de leurs inspections ; — encourager et favoriser l’extension des sociétés protectrices de l’enfance, dont l’intervention officieuse viendra en aide à la surveillance officielle; — des' primes, des encouragements divers accordés aux nourrices qui se distingueront par les soins qu’elles donnent à leurs nourrissons ; — des secours en nature et en argent à celles qui sont dans une situation nécessiteuse ; — des secours aux filles-mères et aux femmes mariées pauvres, qui nourrissent leurs enfants ; — enfin des avertissements reproduits sous toutes les formes, qui fassent connaître aux populations les dangers de l’allaitement artificiel.]

3° Crèches. — Une institution a pris naissance en France dans ces dernières années, c’est celle des crèches. L’extrait suivant du règlement de l’une d’elles en fera connaître le mécanisme : « La crèche reçoit les enfants au-dessous de deux ans, dont les « mères sont pauvres, se conduisent bien, et travaillent hors ci de leur domicile. La mère porte son enfant emmaillotté, vient « l’allaiter aux heures de repas et le reprendre chaque soir. « Elle donne pour les berceuses 20 centimes par jour, et 30 « centimes si elle a deux enfants à la crèche. »

Ajoutons à ces détails que, quand l’enfant est sevré, la mère garnit un petit panier pour la journée ; elle reprend son enfant chaque jour, et le conserve près d’elle toutes les nuits, tous les jours fériés et toutes les fois qu’elle s’en retourne au logis.

Le local affecté ü l’usage d’une crèche se compose, outre le logement de la première berceuse chargée de recevoir, chaque jour, les enfants à leur arrivée, d’une cuisine, d’un vestiaire où

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