CIIAP. XV. — TRAVAIL DANS LES MANUFACTURES
ouvriers de ces fabriques, à moins que leurs fonctions ne les obligent à passer alternativement de ces ateliers chauds dans des courants d’eau froide, avec laquelle ils doivent se mettre en contact pour le lavage des étoffes; c’est là ce qui est surtout à redouter l’hiver.
Ateliers de construction. — Il en existe en France plus de cent cinquante, dans lesquels on fabrique les machines à vapeur et l’outillage nécessaire aux manufactures. Ces usines sont saines, vastes, aérées; les ouvriers gagnent de forts salaires; mais aussi il faut qu’ils déploient beaucoup de force. Aucune maladie spéciale n’est la conséquence de ce travail.
Raffineries de sucre . — Elles occupent, pendant le cours de l’année, un certain nombre d’hommes robustes. La chaleur humide des ateliers ne paraît pas avoir une influence fâcheuse sur la santé des ouvriers.
J’ai déjà présenté quelques résultats statistiques destinés à prouver d’une manière positive le dépérissement des populations industrielles, c’est le nombre de conscrits réformés dans les villes manufacturières. Il restait un autre résultat important à donner, c’est la durée de la vie moyenne dans les villes de manufactures, comparée à ce qu’elle est ailleurs. Ces calculs n’ont pas été faits d’une manière complète, et ils ne portent pas sur des nombres assez considérables : en voici cependant quelques-uns extraits du travail de M. Panat, professeur de chimie à Mulhouse, et relatifs à la durée probable et à la durée moyenne de la vie humaine dans cette ville. D’après cet auteur :
1° A Mulhouse, la moitié des enfants n’atteint pas la dixième année ;
2° La durée de la vie moyenne a beaucoup diminué à Mulhouse pendant la période des observations ; or c’est pendant celte période que sont nées la plupart des manufactures de cette ville. La durée de la vie moyenne a été trouvée :
En 1812 25 ans 9 mois 12 jours.
Si l’on prend la moyenne des seize années de 1812 à 1827, on a pour durée de la vie moyenne :
Hommes
ans 11 mois
4 jours,
Femmes
Deux sexes réunis
Ces résultats sont loin de ceux que l’on a pour la France en-
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tière, dans laquelle la durée moyenne de la vie est plus élevée de près de dix années.
Dans un tableau donné par M. Villermé, et touchant la mortalité suivant les professions, dans la môme ville, de 1823 à i 834, ce sont toujours les manufacturiers, les fabricants, les négociants, qui, avec les boulangers, les meuniers et les imprimeurs d’indienne, offrent, à tous les âges, la plus faible mortalité; ce sont les simples tisserands, et surtout les simples ouvriers des filatures, qui offrent la plus forte.
L’influence directe des manufactures sur la santé des ouvriers qui y sont employés vient d’être examinée avec soin. Or, on a pu voir qu’à un petit nombre d'exceptions près, ce n’est pas ce travail qui est la cause de la dégradation et de l’abâtardissement des populations industrielles : il faut donc en chercher la source ailleurs. Or celte source est dans la corruption qui existe dans la plupart des centres de population industrielle, et provient aussi de quelques abus, tels que le travail des enfants dans les manufactures. Ces questions méritent un examen spécial.
Les causes de la dégradation des ouvriers des manufactures se trouvent dans les circonstances suivantes :
1° Les habitations. Elles sont, dans presque toutes les villes manufacturières, petites, malsaines, insalubres, obscures et humides. Souvent une famille entière est entassée dans un bouge ou dans une des caves comme on en voit encore un si grand nombre à Lille (Villermé, Thouvenin). Dans beaucoup de villes manufacturières, comme à Mulhouse (1) par exemple, la cherté des loyers oblige les ouvriers à se loger dans les villages environnants, souvent éloignés d’une lieue, d’une lieue et de- ' mie, des manufactures où ils travaillent ; il en résulte pour eux, pour leurs femmes et leurs enfants, l’obligation d’ajouter à leur travail, déjà si pénible, deux ou trois lieues à pied par jour, et cela par tous les temps et malgré toutes les intempéries de l’atmosphère.
2° Les vêtements insuffisants, trop froids en hiver, et que les ouvriers gardent souvent alors qu’ils sont imprégnés d’humidité; l’absence de lits, de couvertures suffisantes, viennent encore contribuer à augmenter cette insalubrité.
(1) Depuis quelques années, Mulhouse est entrée dans une excellente voie; la société industrielle des patrons a fait construire des cités ouvrières formant de véritables villages, et composées de maisons de petites dimensions avec jardins, etc., dont les ouvriers, moyennant une redevance annuelle, peuvent, en dix ans, devenir propriétaires. Cette entreprise, si essentiellement humanitaire, qui devrait servir de modèle aux villes industrielles, a donné d’excellents résultats et amené de grands changements dans les mœurs et la conduite des ouvriers. E. Bgd.