‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 38 sur 353 · CHAPITRE II. — DES AGES · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — DES AGES

ments. C’est un usage qu’on devrait adopter partout, mais que la charité privée peut seule propager. Cet usage rendrait beaucoup meilleures les conditions hygiéniques des enfants et des asiles qui les contiennent.

Externats. — Les devoirs et les fonctions des médecins qui y sont attachés sont de môme nature que ceux qu’ils remplissent auprès des salles d’asile, et la surveillance de leur part n’est pas moins importante. Une autre question se présente ici, c’est celle de savoir à quel âge on doit placer les enfants dans un externat. Je crois la réponse facile : il faut attendre que les enfants aient au moins cinq ans, époque à laquelle on cesse de les recevoir dans les salles d’asile. La durée moyenne du temps qu’ils passent dans les externats est d’environ quatre ou cinq ans, c’està-dire qu’elle se prolonge jusqu’à neuf ou dix ans. C’est à peu près à cet âge en effet, que les enfants commencent à n’avoir plus besoin d’une surveillance aussi active, et qu’il n’est plus nécessaire de mettre autant de choix et de mesure dans leurs aliments.

Pensionnats, maisons d'éducation avec internes. — - Ainsi qu’il vient d’être dit, c’est vers l’âge de neuf à dix ans environ que la plupart des enfants sont placés comme internes dans les pensions ou les collèges. C’est l’âge où les jeunes sujets commencent à être impressionnés d’une manière moins énergique par les agents extérieurs, où la fréquence des maladies diminue; c’est enfin l’époque où leur intelligence commence à prendre son essor et peut être appliquée au travail d’une manière plus suivie et avec plus de fruit. Le médecin est souvent appelé à donner des conseils pour le choix d’une maison d’éducation ; il est indispensable, en conséquence, d’entrer dans quelques détails relatifs à l’hygiène de ces maisons et aux conditions qu’elles doivent présenter. Ces conditions sont physiques ou matérielles, et morales.

Conditions physiques et matérielles. — La plupart de ces conditions étant développées dans les chapitres qui les concernent, on peut se borner à les énumérer sous forme de propositions.

1° Les pensionnats doivent être placés au milieu de cours ou de jardins suffisamment aérés.

2° Les salles d’étude doivent être vastes, bien chauffées en hiver, et les enfants ne doivent pas y être accumulés en trop grand nombre.

3° Ces deux conditions sont encore plus nécessaires pour les dortoirs.

Relativement aux salles d’étude et aux dortoirs des internats et des externats des grandes villes, et particulièrement de Paris, il est une observation que je crois devoir faire dans l’espoir

52 PREMIÈRE PARTIE. — SUJET DE L’ilYGlENE.

qu’elle attirera peut-être l’attention de l’autorité. Dans un grand’ nombre de ces maisons, les locaux qui sont consacrés à ces deux objets sont beaucoup trop petits; on y accumule un nombre d’enfants beaucoup trop considérable. Le résultat de cet encombrement est la vicialion de l’air et toutes ses conséquences,, telles que nous les exposerons en traitant de l’air confiné.

Il serait nécessaire que les inspecteurs de l’Université s’occupassent de la surveillance matérielle des établissements qu’ils sont chargés d’inspecter. Le font- ils ? Je l’ignore ; mais je pourrais désigner un certain nombre d’établissements, et môme d’établissements en vogue, dans lesquels existent tous les inconvénients de cet encombrement.

4U Les enfants de différents âges doivent être séparés dans des cours spéciales, et tout contact entre les uns et les autres, doit être formellement interdit.

Ces cours doivent, autant que possible, être larges, espacées, et l’air doit s’y renouveler facilement. Les observations que je viens de faire pour les salles d’étude et les dortoirs s’appliquent aux cours ou aux jardins. Beaucoup de maisons sont dans ce cas : les cours et les jardins sont dans des conditions très-mauvaises de salubrité ; quelques-unes même en manquent complètement.

o° Enfin, une nourriture saine, azotée en partie et facilement assimilable, est de rigueur (1).

[La question des écoles a été l’objet, depuis quelques années, d’un grand nombre de recherches publiées en Allemagne ; les médecins de ce pays se sont surtout occupés de la disposition des bancs et des tables, et des conséquences qui en résultent sous le rapport de la myopie et des déviations de la taille. Virchow a fait voir que, dans l’instruction secondaire, à mesure qu’on s’élève dans les classes, la myopie devient de plus en plus fréquente. Pour obvier à ces graves inconvénients, Falk voudrait que les bancs fussent peu élevés, de la hauteur de la jambe de l’enfant, et munis d’un dossier bas. La table ne devrait pas dépasser de 2 centim. et demi la hauteur du coude pendant le long du corps et présenter une légère inclinaison. Le bord antérieur du banc, le bord postérieur de la table doivent être au même niveau. De la sorte, l’enfant peut écrire le corps droit. Cette disposition gêne la sortie, mais on peut y remédier en faisant glisser le banc en arrière sur une planchette ou en le faisant basculer, comme cela a lieu pour les stalles, dans les théâtres. Il faut dans une même classe avoir des bancs et des

(1) Y. plus bas : du Régime , le règlement imposé dans les lycées d’après 1crapport de P. Bérard.

CLT APITUE II.

DES AGES

tables de différentes hauteurs, afin que les enfants de différentes tailles soient toujours commodément placés. De son côté, le docteur Lion a beaucoup insisté, en outre des conditions matérielles ci-dessus exposées, sur divers points également importants. Il ne voudrait pas qu’il y eût plus de huit à dix heures de travail par jour, pour les enfants âgés de plus de dix ans; au-dessous, trois ou quatre heures doivent suffire. Pendant les grandes •chaleurs, il ne devrait pas y avoir de classes dans le milieu de la journée. On fait faire aux enfants trop d’écritures, de copies, de mises au net, c’est là une cause de myopie ; il faudrait bannir les livres écrits en caractères trop fins ; surveiller très-scrupuleusement l’attitude des enfants, et surtout des jeunes filles, pour éviter les déviations de la taille. Relativement aux récréations et aux congés, M. Lion pense que deux heures de travail doivent être suivies d’une récréation. Il accorde qu’à Noël, à Pâques, à la Pentecôte, on donne huit à dix jours de congé ; mais il blâme les grandes vacances d’automne, qui sont beaucoup trop longues, à ce point que l’élève lui-même finit par s’en fatiguer. Elles interrompent trop longtemps le cours des études, et, à la rentrée, il faut plus d’une semaine pour reprendre l’habitude du travail. On ne saurait, dit-il, trop approuver et encourager les maîtres qui s’occupent de leurs élèves dans l’intervalle des heures d’étude, de manière à les instruire en les amusant. Il recommande comme très-favorables à la santé, et devant être obligatoires, le chant et la gymnastique.]

Conditions morales et intellectuelles. — Celles que l’on doit rechercher sont les suivantes :

1° Capacité et moralité des chefs et des maîtres d’étude;

2° Les heures de repas, de travail, de récréation, établies de manière à ce qu’elles se succèdent chaque jour avec régularité ;

3° Surveillance sévère des enfants, pour empêcher qu’ils ne contractent de mauvaises habitudes.

Hôpitaux destinés aux enfants.

La première question qui se présente est assez difficile à résoudre : faut-il, dans chaque hôpital, consacrer une ou deux «ailes aux enfants, ou bien établir pour eux des hôpitaux spéciaux?

Cette question ne peut en être une pour les villes de population moyenne ou faible, et qui n’ont qu’un seul hôpital ou deux tout au plus. Évidemment on ne peut songer à y établir des maisons spéciales, et on doit encore s’estimer heureux quand une salle particulière est réservée aux jeunes sujets.

La question se présente donc seulement pour les grandes villes. A mon avis, on doit y établir des hôpitaux spéciaux pour les enfants, et môme il est nécessaire d’avoir dans ces hôpitaux des sections particulières pour certaines maladies.

Voici, en pareille matière, quelques principes qu’il est important de ne pas perdre de vue.

1° Un hôpital d’enfants doit être placé, autant que possible, dans un vaste espace, au milieu de cours et de jardins séparant les divers corps de bâtiment qui le composent.

2° Il faut y établir des divisions particulières pour un certain nombre de maladies. L’hôpital des Enfants malades de Paris offre quelques-unes de ces divisions, mais elles sont insuffisantes. Voici celles qui nous paraîtraient nécessaires :

1° Maladies chirurgicales;

2° Maladies aiguës, proprement tfites, non contagieuses;

3“ Maladies aiguës, contagieuses (fièvres éruptives);

4° Maladies nerveuses (chorée, épilepsie);

5° Maladies de la peau ;

6° Ophthalmies ;

7° Scrofules et tubercules.

3° 11 est indispensable que les salles soient multipliées, peu tendues, et ne contiennent chacune qu’un petit nombre d’enants, dix ou douze tout au plus ; il faut encore qu elles soient uffisamment aérées et chauffées.

4° Enfin on devrait y mettre des infirmiers en nombre beaucoup plus considérable qu’on ne le fait dans les hôpitaux destinés aux adultes.

L’hôpital des Enfants malades de Paris offre la réunion d’un certain nombre de ces conditions hygiéniques.

L’espace est vaste; des locaux particuliers sont affectés aux maladies principales, scrofules, ophthalmies, maladies de la peau, teigne, maladies aiguës. Plusieurs salles sont belles, suffisamment aérées et saines. Mais, à côté de ces améliorations qui ont été successivement introduites, il y a encore de sérieux inconvénients, parmi lesquels on peut signaler les suivants :

1° L’existence de quelques salles encore peu salubres, basses, dans lesquelles on place trop de malades ;

2° La présence d’un nombre de lits trop considérable dans les salles de maladies aiguës, surtout dans la division des filles ;

3° Le mélange des maladies éruptives dans les salles destinées aux autres maladies;

4° L’encombrement de certaines salles donne une physionomie particulière aux maladies que l’on y traite; elles y prennent rapidement un caractère de gravité insolite ; les enfants

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