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CHAPITRE II. — DES AGLS

loppement et de l’accroissement des divers appareils dans l’enfance et la jeunesse; nous constatons seulement le fait en luimême.

Une autre conséquence de la fin de cette évolution organique et fonctionnelle signale aussi cette dernière période; elle peut être érigée en loi, et n’a pas moins d’importance que les précédentes. A mesure qu’un individu avance en âge, il y a une tendance manifeste à l’oblitération des vaisseaux capillaires, ce qui diminue considérablement la vascularité des tissus. Cette oblitération est tantôt simple, tantôt la conséquence de dépôts cartilagineux ou osseux qui se font dans l’épaisseur des parois des vaisseaux, au-dessous de leur membrane interne. Cette cartilaginification et cette ossification ont lieu aussi bien dans le cœur et les gros vaisseaux que dans les parties moyennes et dans les capillaires.

Ainsi, chez les vieillards, prédominance du mouvement de décomposition, ossification des artères, voilà l’expression résumée des divers phénomènes organiques de la vie arrivée à sa dernière période; dernière période dont la durée et la fin sont variables, et dont la cause première est inconnue aussi bien que la vie elle-même.

Ces deux grands phénomènes expliquent toutes les modifications organiques et fonctionnelles qui se produisent chez les vieillards, et rendent également compte de la nature des maladies qui les atteignent. On voit, en effet, les organes fatigués et même détruits en partie par un long usage, souvent par l’abus ou l’excès, redevenir plus impressionnables à l’action des agents extérieurs et leur offrir moins de résistance. Ce sont des résultats analogues à ceux qui se produisent chez les enfants, mais dus à une cause opposée. Dans le premier cas, ce sont des organes fatigués et usés qui sont plus impressionnables ; dans le second, ce sont des appareils encore faibles, débiles, et dont l’organisation inachevée n’offre point de résistance aux agents extérieurs.

Appareil respiratoire. — Une conséquence des progrès de l’âge est l’atrophie, et par conséquent la raréfaction du tissu pulmonaire. Cette raréfaction amène une activité plus grande des cellules pulmonaires qui restent, les rend plus impressionnables et plus accessibles aux causes des maladies. C’est à cela qu’est due la fréquence des affections pulmonaires chez les vieillards. Les bronchites aiguës et chroniques, les pneumonies sont des maladies communes dans l’âge avancé ; il en est de même des emphysèmes. La raréfaction du tissu pulmonaire d’une part, et de l’autre les efforts de toux qui accompagnent les bronchites, expliquent suffisamment la production de cette maladie.

62 PREMIÈRE PARTIE. — SUJET DE l/lIYGIÈNE.

Appareil circulatoire. — L’ossification tendant à se produire dans le cœur et dans tout le système artériel, il n’est pas étonnant d’observer chez les vieillards un certain nombre de maladies qui sont la conséquence de cette altération, et qui se développent avec d’autant plus de facilité que les individus sont parvenus à un âge plus avancé. Les affections du cœur sont donc fréquentes chez les vieillards, et presque toujours la suite d’ossifications; celte altération prédispose également aux ruptures du cœur, cause assez fréquente de mort subite. La gangrène sénile est encore une maladie propre aux vieillards, et qui est la conséquence d’oblitérations artérielles dues, soit à l’artérite, soit aux ossifications de l’artère principale d’un membre .

Encéphale. — L’encéphale, chez les vieillards, subit une détérioration analogue à celle des autres appareils ; l'intelligence s’affaiblit peu à peu, la mémoire se perd, la sensibilité s’émousse, la myotilité diminue, et les facultés affectives disparaissent progressivement ; un degré de plus, et on arrive à cet état auquel on a donné le nom d’enfance, état qui peut conduire à la démence sénile.

L’ossification des artères du cerveau peut déterminer deux altérations organiques bien distinctes : l’une, qui est la conséquence de l’oblitération artérielle produite par des dépôts osseux, des embolies, etc., est le ramollissement blanc, lequel peut être comparé, dans cette circonstance, à une véritable gangrène sénile ; l’autre, qui est due à la rupture des parois artérielles, est l’hémorrhagie cérébrale. Nous ferons observer toutefois que l’hémorrhagie cérébrale et le ramollissement sont également fréquents chez les vieillards, sans qu’il y ait d’ossification.

La congestion cérébrale s’observe encore assez souvent chez les individus d’un âge avancé.

Organes génitaux. — Les organes génitaux cessent de fonctionner dans la vieillesse, et cependant ils sont une cause fréquente de maladies, et cela de plusieurs manières différentes.

Tantôt on observe des rétrécissements de l’urèthre, des catarrhes de la vessie, des néphrites chroniques, qui sont le résultat d’abus antérieurs des fonctions génitales, ou simplement la répétition de maladies contractées à une époque plus ancienne.

D’autres fois, les accidents qui se développent sont dus aux tentatives faites pour réveiller l’action engourdie des fonctions génératrices, et aux abus qui résultent du succès de ces manœuvres. Il n’est pas rare, en pareil cas, d’observer, comme

CDAPITKE II.

DES AGES

résultat, des congestions ou des hémorrhagies cérébrales. Dans d’autres circonstances, ce sont des ruptures du cœur survenues chez les vieillards pendant l’acte du coït, et qui ont déterminé une mort subite. Dans ces cas divers, la congestion, l’hémorrhagie, la rupture du cœur, sont les conséquences de l’excitation momentanée et violente de cet organe, produite par l’acte même du coït. Son abus y prédispose encore davantage.

Tube digestif. — Le tube digestif, chez les vieillards, n’éprouve pas un affaiblissement aussi considérable que les autres appareils. Ses maladies sont même assez rares ; les indigestions, toutefois, sont assez fréquentes chez les gens âgés, et on a souvent signalé, comme conséquence de cet état, des congestions et des hémorrhagies cérébrales.

Telles sont les maladies principales qui s’observent chez les individus d’un âge avancé; elles s’expliquent parfaitement par la détérioration des divers appareils organiques, par la loi de prédominance du mouvement de décomposition, ainsi que par l’envahissement du phosphate calcaire.

Il arrive enfin un moment où la vieillesse se termine, c’est l’époque de la mort. Ce terme est variable. Rarement, pourtant, la mort a lieu par les seuls progrès de l’âge et par l’affaiblissement progressif de tous les organes. La plupart du temps elle est due à des maladies accidentelles intercurrentes, qui viennent en hâter le moment. Ces affections sévissent avec d’autant plus d’intensité, et elles ont d’autant plus de gravité, que les individus sont plus âgés.

Règles hygiéniques. — 1° Chez les vieillards, il est une règle importante à observer rigoureusement, c’est d’éviter les diverses influences physiques ou morales trop énergiques.

Les organes, fatigués, épuisés par un long exercice, n’en supportent que difficilement l'action, et contractent aisément des maladies qui sont la conséquence de cette fatigue.

2° Les personnes âgées doivent éviter avec soin les variations brusques de température, l’action du froid ou celle d’une chaleur trop intense ; les deux premières causes déterminent des bronchites ou des pneumonies, la dernière produit des congestions cérébrales. Les appartements qui présentent des conditions de chaleur ou de froid exagérées sont donc très-dangereux. Dans l’âge avancé, les vêtements doivent être plus chauds qu’aux autres époques de la vie.

3° Les vieillards doivent éviter les émotions vives, les travaux intellectuels trop assidus, les contentions d’esprit trop prolongées; elles ont pour effet de retentir sur le cerveau ou sur le cœur.

Le coït, pour les personnes ayant dépassé l’âge de soixante à soixante-cinq ans, est en général nuisible, en raison des accidents qu’il peut déterminer vers les principaux organes.

4° Les fonctions digestives seront surtout ménagées; on surveillera le choix et la quantité des aliments, en raison des conséquences fâcheuses qui surviennent souvent à la suite d’indigestions.

Hôpitaux ou maisons de refuge destinés aux vieillards. — Les hospices ou maisons de refuge destinés aux vieillards des deux sexes ont été, dans ces derniers temps, l’objet d’attaques assez vives. On a prétendu que les secours donnés à domicile et équivalant pour chaque individu à la somme qu’il coûte à l’administration étaient bien préférables. On a môme commencé l’essai de ce système. A mon avis, les raisons suivantes doivent le faire rejeter.

1° Un secours, ou plutôt une pension de un franc par jour, car c’est à peu près la quotité, accordé à un individu, ne lui profite guère ; il est la plupart du temps employé aux besoins de sa famille ou des autres personnes qui l’entourent.

2° En supposant ce système adopté complètement et les hospices de vieillards supprimés, l’administration donnerait ainsi un certain nombre de pensions, de 300, 400, 500 francs ou plus à des vieillards; le fonds commun ainsi constitué ne tarderait pas à subir le sort de tous les fonds destinés à être partagés. Les recommandations, les instances de certains demandeurs, la misère des autres, inspireraient aux administrateurs le désir d’y faire participer un plus grand nombre d’individus, et, par conséquent, diminueraient ainsi progressivement la valeur de la pension accordée.

3° Enfin, on ne pourrait jamais supprimer complètement les hospices destinés aux individus totalement infirmes ou atteints d’affections incurables.

C’est donc prendre une mesure mauvaise et fausse que de supprimer les hospices destinés aux vieillards. En les conservant, il faut toutefois apporter une prompte réforme à l’organisation de ceux qui existent, à Paris surtout. Voici de quelle manière une réforme utile et juste pourrait être opérée.

D’abord, le plus grand nombre des admissions à Bicêtre, à la Salpêtrière et aux deux hospices d’incurables, est accordé principalement à la faveur ; les recommandations sont tout, et les infirmités réelles très-peu de chose. Il faudrait donc admettre la règle suivante pour base des droits d’entrée dans ces établissements :

1° Être atteint d’une maladie incurable ou d’une infirmité

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