CHAT. X. — DE L’IMMINENCE MORBIDE
mais ne l’est pas encore. C’est un état encore physiologique, bien qu’exagéré ; mais un degré de plus et il deviendra pathologique.
L’imminence morbide doit être nettement distinguée des prodromes. Dans ce dernier cas, la maladie existe déjà ; elle ne s’est pas encore produite, il est vrai, avec tout son cortège caractéristique de lésions et de symptômes, mais elle annonce son début, son invasion dans l’organisme par des phénomènes nouveaux, quelquefois peu dessinés, mais souvent aussi trèsévidents. Ces phénomènes nouveaux, tantôt vagues, tantôt prononcés fortement, constituent alors les prodromes. Pour l'imminence morbide, il n’en est pas ainsi et il n’y a qu’une simple exagération des actes et des types physiologiques ; exagération voisine, il est vrai, de la maladie.
C’est donc dans ces types et ces actes physiologiques qu’on doit chercher les imminences morbides ; on le comprendra facilement, si l’on veut se rappeler que la cause d’un certain nombre de maladies réside plutôt dans les conditions de l’organisme individuel que dans les influences du dehors.
Les imminences morbides généralement admises peuvent être rattachées aux sections suivantes :
1° L’exagération de certains tempéraments ;
2° L'exagération des phénomènes particuliers liés à la présence de l’utérus chez la femme ;
3° La transmission de certaines prédispositions morbides par hérédité ;
4° Certaines habitudes, vicieuses ou non ;
5° La faiblesse de la constitution;
6° L’obésité ;
7° La maigreur.
On doit supposer dans tous ces cas que la santé existe encore et qu’aucun phénomène morbide ne s’est manifesté. Il y a encore état physiologique, mais il est sur le point de se transformer en état pathologique.
1° Exagération de certains tempéraments.
Les tempéraments portés accidentellement à un état d’exagération, qui n’a cependant rien de pathologique, constituent une imminence morbide, c’est-à-dire que si on ne prend des précautions, la maladie éclatera.
Tel est, par exemple, le tempérament sanguin, exagéré spontanément ou sous l’influence d’une cause accidentelle. Cette exagération peut être, par exemple, la suite d’une série de repas copieux et stimulants aussi bien que d’une inaction physique et inaccoutumée : il survient, en pareil cas, tantôt une pléthore accidentelle, d’autres fois une congestion sanguine
1 3 4 PREMIÈRE PARTIE. — SUJET DE L’flYGIÈNE.
d’un organe quelconque, ou bien encore une lièvre continue simple. Si, à l’aide d’un régime approprié, ou, s’il y a urgence, en pratiquant une saignée, on ne parvient à modifier cet état de l’organisme, qui est une véritable imminence morbide, les prodromes d’une maladie ne tarderont pas à se manifester.
Le tempérament nerveux, également exagéré par suite d’émotions vives répétées, de travaux opiniâtres, constitue une imminence morbide ; car l’individu est menacé de névroses plus ou moins graves, si l’on ne parvient à modifier les influences qui agissent sur lui. La substitution momentanée d’une vie mécanique à la vie intellectuelle, le. repos moral, un régime convenable, des bains, etc.; tels sont les moyens d’arriver à ce résultat.
L’exagération du tempérament lymphatique primitif, sous l’influence de mauvaises conditions hygiéniques, de l’habitation dans un lieu humide, d’une alimentation insuffisante, constitue une imminence morbide, et pour peu qu’une cause occasionnelle, même légère, vienne à agir, une des affections organiques propres à cette espèce de tempérament pourra se développer. Il est donc urgent de soustraire l’individu aux influences qui ont exagéré les mauvaises conditions du tempérament lymphatique, et de les combattre par un régime, une habitation, des exercices convenables, ainsi que par l’emploi de toniques appropriés.
L’exagération accidentelle du tempérament bilieux constitue également une imminence morbide; un degré de plus, et il conduit à l’embarras gastrique, à la fièvre bilieuse ou à l’ictère .
L’emploi des bains, des acidulés, quelquefois des laxatifs légers, souvent aussi le seul usage d’un régime doux et convenable, détruisent l’exagération de ce tempérament et le ramènent à son type physiologique.
2° Exagération des 'phénomènes dus à la présence de V utérus.
On doit signaler comme constituant de véritables imminences morbides : l’établissement pénible des menstrues, les règles trop abondantes ou trop peu considérables, avec un certain degré d’irrégularité dans leur retour ; la grossesse ; l’accouchement. Tous ces phénomènes, encore physiologiques, sont cependant tout à fait sur la limite de la maladie, que des causes très-légères peuvent faire éclater.
3° Transmission de certaines prédispositions morbides héréditaires .
Elles n’agissent qu’en produisant des constitutions, des idiosyncrasies ou des tempéraments exagérés ; il en a été question plus haut.