‹ Traité élémentaire d'hygiène privée et publiqueChapitre 98 sur 353 · CHAI*. I. — DE LA CHALEUR · texte numérisé non relu

CHAI*. I. — DE LA CHALEUR

1” Les individus dans une position aisée et au sein d’une civilisation avancée, comme dans plusieurs de nos colonies, s’habituent et se plient simplement à ces modifications organiques ; aussi ne tardent-ils pas à voir leur constitution s’amollir; ils craignent l’exercice, qui les épuise facilement. Leur appétit faible et languissant a besoin d’être réveillé par des excitants énergiques; ils sont maigres, se livrent longtemps au sommeil, plusieurs fois môme par jour. Chez eux, les fonctions génitales s’exécutent avec énergie, presque avec fureur, et contribuent encore à leur affaiblissement et à leur épuisement.

Tels sont les caractères de beaucoup d’individus habitant les pays chauds civilisés.

2° Dans une autre classe, les indigènes des pays à température élevée sont nomades et obligés, comme les Arabes, par exemple, de mener une vie active. Ceux-là ne se prêtent pas aux modifications déterminées dans leurs actes organiques, par le climat. Ils habituent au contraire leurs organes à lutter contre elles et à les dompter. Dans ce cas, leur constitution s’harmonise avec cette activité nécessaire de leur existence. Alors, toute trace d’embonpoint disparaît, leur peau devient sèche, parcheminée, et la transpiration cutanée, moins facile, est moins abondante; ils sont souvent d’une maigreur squelettique, leur activité est extrême, leur vivacité grande; ils se fatiguent difficilement, et ils se contentent pour vivre d’aliments peu abondants et peu nourrissants. On voit des Arabes du désert ne prendre par jour que sept à huit dattes et un peu de lait doux ou caillé, ce qui représente en tout 6 onces (180 grammes) de matières alimentaires. Leurs facultés intellectuelles sont vives, actives, pénétrantes; leurs fonctions génitales, énergiques.

Les individus habitant des localités à température élevée sont disposés à contracter des maladies dont peuvent rendre compte les modifications déterminées dans leur organisation par ta chaleur.

Ainsi, Dusage habituel et fréquent des aliments et des boissons stimulantes détermine souvent des gastrites aiguës, et surtout chroniques, des entéro-côlites et des diarrhées rebelles, des dysenteries interminables. Le foie, stimulé par la chaleur, ou bien par les aliments et les liquides excitants, quelquefois aussi par des maladies antérieures des voies digestives, s’altère bien souvent : on sait combien les maladies aiguës et chroniques de cet organe sont fréquentes dans les pays chauds.

On peut en dire autant des affections de la peau, qui se présentent avec un haut degré de gravité dans ces pays. Telles sont les affections lépreuses (Candie, Chine, archipel Indien), l'éléphantiasis des Arabes, le pian des nègres, et bien d’autres

sur lesquelles nous ne possédons que des notions incomplètes ou inexactes; toutes ces affections sont endémiques dans ces conlrées.

La chaleur détermine des modes particuliers de manifestation de la syphilis constitutionnelle. Cette maladie se traduit à la peau par des altérations plus intenses et plus caractérisées.

Dans un grand nombre de pays chauds, comme à la Jamaïque, par exemple, les Européens sont pris, dès leur arrivée, d’une éruption papuleuse de la peau, caractérisée par de petites élevures rouges, solides, accompagnées d’une démangeaison extrême ; elle diminue vers le soir, ou lorsque les Européens gagnent les montagnes et vont se soumettre à l’action d’une température moins élevée. Les indigènes estiment heureux les Européens qui sont atteints de cette éruption, qu’ils considèrent comme pouvant les préserver de la fièvre jaune et des autres maladies graves de ces contrées.

Les affections du système nerveux y sont également fréquentes et sont la conséquence de la facilité avec laquelle les facultés cérébrales s’exaltent sous Finfluence de la chaleur ; aussi, voit-on se développer des maladies dans lesquelles les phénomènes de surexcitation nerveuse prédominent. Le béribéri, les crampes, les convulsions, le tétanos, sont plus communs là que dans nos climats : on sait avec quelle facilité cette dernière affection se développe dans les pays chauds.

La folie, l’hypocondrie, la monomanie du suicide, sont-elles favorisées par la température élevée d’un climat? Ce sont encore des questions qui ne sont pas résolues d’une manière définitive. Pour la folie, rien de moins prouvé ; car sur 930 cas d’aliénation mentale relevés par Esquirol, 21 seulement sont attribués à la chaleur. Sur 907 suicides relevés par Prévost, Casper et Esquirol, 534 ont eu lieu pendant les deuxième et troisième trimestres de l’année, et 373 seulement pendant les premier et quatrième. Louis Fleury rapporte qu’en Russie, suivant Marshall, on observe un suicide sur 38,882 habitants entre le 42e et le 54e degré de latitude, et 1 suicide sur 55,777 habitants entre le 54e et le 64e degré (1).

La maladie singulière à laquelle on a donné le nom de calenlure a encore été attribuée à la chaleur. On ne possède pas de relevés statistiques à cet égard.

La chaleur élevée favorise quelquefois le développement de l’érysipèle et de la pourriture d’hôpital, mais elle ne peut seule les produire.

Quant à l’influence de la chaleur sur la dysenterie, les fiè-

(1) Voir plus bas Saisons.

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