LES MALADIES CONTAGIEUSES
Ce qu'on entend par les maladies contagieuses. — Les maladies endémiques. — Les maladies épidémiques. — Les microbes — La contagion. — Les maladies contagieuses et ce livre. — La diphtérie. — Croup diphtérique. — La fièvre typhoide. — La variole. — Le vaccin. — La vaccination.— Le choléra. — La scarlatine. — La rougeole. — La phtisie. — La déclaration obligatoire des cas de maladies contagieuses, — L'isolement des cas de maladies contagieuses.— La désinfection.
Ce qu'on entend par les maladies contagieuses. — En considérant les mots " maladies contagieuses " dans leur valeur intrinsèque, nous avons une idée exacte de leur signification et de leur usage en médecine. Sous cette dénomination nous rangeons toutes les maladies qui peuvent se transmettre d'un individu malade à un individu sain. Elles constituent une grande classe dont le cadre s'élargit tous les jours devant les progrès de la science médicale.
Les maladies endémiques. — Il y a des points du Globe qui sont l'unique berceau de certaines maladies contagieuses. Les microbes de ces maladies trouvent les milieux favorables à leur développement dans le sol de ces contrées et sous ces climats. Les maladies endémiques sont nombreuses et variées. Nous citerons les principales : la fièvre jaune dans les pays chauds ;
les fièvres intermittentes dans les pays marécageux ; le choléra sur les bords du Gange, etc.
Les maladies éhdemiques.— Une maladie contagieuse qui fait son apparition dans une partie d'un pays, au sein de toute une nation, frappant pendant un certain temps un grand nombre de personnes, puis disparaissant plus ou moins complètement, prend le nom d'épidémie. Les maladies contagieuses qui prennent de temps en temps un caractère épidémique sont : le choléra, la variole, la lièvre typhoïde, le typhus, la scarlatine, la diphtérie, la rougeole, la coqueluche, etc En général les épidémies sévissent sur tous les âges, les sexes et les tempéraments. Il en est cependant, comme la scarlatine, la rougeole, la coqueluche, etc., qui frappent particulièrement les enfants ; la fièvre typhoïde atteint surtout les jeunes gens, etc.
Les microbes. — On désigne sous le nom de " Microbes " toute une série de petits êtres vivants que le microscope seul permet de voir distinctement et d'étudier dans leur organisation. Ce mot " microbes " est généralement admis dans la science, excepté chez les Anglais et les Allemands, qui se servent du terme " Bactérie ", et chez les Italiens, qui ont adopté le nom " Protiste." Les microbes sont répandus dans toute la nature, où ils exercent une influence bonne ou mauvaise. Les uns sont utiles pour transformer les substances organiques putréfiées en éléments chimiques simples, qui sont alors repris par la terre pour être ensuite restitués aux végétaux ; ils sont utiles, parce qu'ils débarrassent la surface terrestre de notre Globe d'une foule de matières mortes, inutiles et nuisibles, qui sont les déchets de la
vie ; ils sont utiles, parce qu'ils relient par un cercle sans fin les animaux et l^s végétaux. Les microbes nuisibles sont les facteurs des maladies qui frappent l'homme, les animaux et les végétaux. Ce sont les ouvriers invisibles de la mort. Leur rôle physiologique est de produire un grand nombre de maladies qui altèrent nos substances alimentaires, et qui affligent l'homme et les animaux domestiques. Les germes de ces maladies peuvent se conserver plus ou moins longtemps à l'état des spores ou graines, en attendant un milieu plus favorable pour se développer et se multiplier. Ces microbes trouvent l'existence dans l'air que respirons, dans l'aliment que nous mangeons, dans l'eau que nous buvons, et ils pénètrent ainsi dans l'intérieur de notre corps. On voit combien il importe de s'entourer de toutes les mesures hygiéniques, surtout en temps d'épidémie, pour se protéger contre leur atteinte.
La contagion. — Le motcontagion exprime la propriété qu'ont certaines maladies de se transmettre d'un individu à un autre. La contagion, pour s'accomplir, réclame deux conditions : 1, Un microbe producteur de maladie ; 2. Une prédisposition individuelle pour la réceptivité de l'agent contagieux.
Les microbes atteignent l'homme de plusieurs manières : par l'air, par l'eau, par les aliments, par les objets, etc. — Il y a des principes contagieux qui ne sont propres qu'à l'espèce humaine, c'est-à-dire qui ne sont pas transmissibles au~ animaux (scarlatine, syphilis, etc.). D'autres qui sont des maladies animales, mais qui se transmettent à l'homme (rage, charbon ou pustule maligne, morve).
Une autre considération qu'il est bon de signaler, c'est l'immunité dont jouissent un certain nombre d'individas des atteintes delà contagion. Tous les jours on en voit qui s'exposent aux maladies contagieuses sans en éprouver les atteintes. Mais assez souvent l'immunité peut ue'pas être absolue : ainsi, après avoir échappé pendant un certain temps à une maladie contagieuse , on peut en être atteint. De là l'obligation de faire toujours bonne garde contre le« maladies contagieuses.
Les maladies contagieuses et ce livre. — Le cadre des maladies contagieuses s'élargit encore tous les jours devant les progrès de la science. De telle sorte qu'un livre, comme celui-ci, serait à peine suffisant pour les décrire sommairement au point de vue hygiénique. Nous ne ferons mention que des principales, savoir : la diphtérie (croup, angine couuiueuse), la lièvre typhoïde, la variole, le choléra, la scarlatine, la rougeole et la phtisie" (consomption).
Ta DIPHTERIE ET LK CROUP DIPHTÉBITIQUE. — Les mots diphtérie et croup diphtéritique servent à désigner une même maladie, mais qui diffère par Le siège d'action. La diphtérie s'attaque d'abord à la gorge, particulièrement aux amygdales, pour envahir plus tard les voies respiratoires. Le croup diphtéri tique débute pai les voies respiratoires, particulièrement le larynx, pour s'étendre à la gorge. Mais leur nature est identique. C'est le même microbe qui les produit.
Eminemment contagieuse, cette maladie est souvent
communiquée à l'homme par les animaux domestiques, surtout par les volailles et les oiseaux, et réciproquement. Les fumiers, les dépôts de paille et de chiffons, les résidus de balayage, sont les milieux ordinaires où fructifie le microbe de la diphtérie ou du croup diphtéritique.
Les poussières émanées des différents milieux infectés, soulevées par les vents, sont alors introduites dans la gorge ou les voies respiratoires de l'enfant, de l'adulte, et produisent cntte maladie si redoutable. De là l'importance d'un examen minutieux de la gorge chaque fois qu'on la sent malade.
Enfin une première atteinte ne confère pas l'immunité.
Fièvke typhoïde. — La fièvre typhoïde est une malaladie bien ancienne. Elle sévit sur l'humanité depuis bien des âges, mais elle n'est véritablement bien connue que de ce siècle. Elle sème chaque année sur le monde entier une grande mortalité. En Canada, elle décime incessamment nos rangs. Elle est d'autant plus redoutable qu'elle frappe de préférence l'homme à l'âge des illusions, et surtout les constitutions robustes. C'est vers la fin de l'été et durant l'automne que le microbe typhoïde se propage avec plus de violence. Sa vitalité diminue durant l'hiver pour disparaître à peu près au printemps. — La science a découvert que le microbe de la fièvre typhoïde conserve toute sa vitalité dans les déjections, et quelquefois dans les urines des malades atteints par cette maladie. L'air, l'eau, les émanations
telluriques, les fosses fixes, un mauvais système d'égout, les fumiers, les purins, l'agglomération humaine, etc., en sont autant d'agents propagateurs. Ce qui frappe, dans tout ce qui précède, ce sont les déjections et les urines ; elles sont les premiers principes de la contamination. De là l'extrême importance de les recevoir dans un liquide contenant un puissant antiseptique. — Enfin une première atteinte confère généralement l'immunité pour le reste de la vie.
La variole. — La variole est la fièvre éruptive la plus grave, la plus dangereuse et la plus contagieuse. Dans tous les âges du monde, la variole s'est montrée aux yeux de tous les peuples comme une des plus grandes calamités qui affligent l'espèce humaine. Cette maladie s'observe à tous les «âges de la vie, et laisse chez ses victimes des traces d'un caractère indélébile, qui ternissent la plupart du temps la beauté et l'expression du visage. Généralement une piemière atteinte confère l'immunité pour le reste de la vie. C'a été certainement un des plus beaux triomphes de l'hygiène prophylactique, que la découverte du virus du cowpox de la vache par l'illustre médecin anglais Jeûner. A partir de ce jour ont cessé l'inoculation avec le poison varioleux, la repoussante et barbare exposition des enfants en santé au contact des varioliques dans le même lit, et tout cela pour apaiser un 'ennemi que les lumières de la science médicale d'alors ne pouvaient vaincre. Ku présence de pareils faits, nous voyons toute la teneur qui s'emparait de tout le monde cà chaque épidémie de variole.
Nous apprécions davantage les bienfaits de la vaccination, et nous ne saurions trop prodiguer notre reconnaissance à l'immortel Jenner pour cette admirable découverte.
Le vaccin. — On appelle vaccin le virus de la vaccine. Le vaccin est originaire d'une maladie peu grave qui atteint le pis de la vache et de la jument, appelée chez l'une cow-pox et chez l'autre horse-j)ox. C'est par l'identité de caractères que cette maladie animale présente avec la variole chez l'homme, que Jenner et ses adeptes ont été amenés à en rechercher les vertus. De nos jours, l'efficacité du vaccin est incontestable, la science et l'expérience le proclament comme le meilleur préservatif de la variole.
Le vaccin se présente sous l'aspect d'un liquide transparent, jaunâtre, inodore, visqueux, doué d'une saveur acre et salée. 11 existe deux espèces de vaccin : le vaccin animal et le vaccin humain ; le premier est recueilli sur une génisse atteinte de cow-pox, ou préalablement inoculée avec du vaccin humanisé ; le second se recueille chez l'enfant, du cinquième au septième jour après la vaccination. Une des premières conditions pour se procurer du bon vaccin, c'est de ne recueillir que le liquide contenu dans la pustule, sans aucun mélange de sang, afin d'éviter la transmission, par la vaccination, des maladies contagieuses. C'est pour la même raison qu'il est imprudent et dangereux de se servir du vaccin humain sans s'assurer de la santé de la famille et de l'enfant qui l'a fourni.
La vaccination. — La vaccination est une petite opération qui consiste à faire pénétrer le vaccin dans
l'économie, dans le but de préserver de la variole. Cette pratique est universellement répandue. On effectue cette opération sur toutes les parties du corps, mais la partie supérieure du bras est généralement choisie. On vaccine à tous les âges, mais il est préférable de le faire dans les 3 ou 4 mois qui suivent la naissance. La vaccination ne confère qu'une période d'immunité qu'on peut évaluer 10 ans environ. D'où l'obligation de vacciner tous les dix ans. Ajoutons ici qu'en temps d'épidémie il faut toujours se faire revacciner, quel que soit le temps écoulé depuis la dernière vaccination. Si la revaccination échoue après plusieurs tentatives, c'est une garantie que l'immunité existe encore.
Le choléra. — L'Inde est considérée comme le berceau primitif du choléra, où il règne en permanence. Inconnu en Europe et en Amérique jusqu'au commencement de ce siècle, le choléra a fait depuis plusieurs apparitions successives, semant chaque fois sur son passage la terreur et la désolation ; le Canada n'a malheureusement pas été oublié dans sa marche funèbre. A deux ou trois reprises différentes, le pays lui a payé de larges tributs.
C'est au docteur Koch, de l'office sanitaire allemand, que revient l'honneur d'avoir découvert le microbe du choléra. Il lui a donné le nom de " Bacille à virgule. ' Ce médecin allemand a vu le microbe se multiplier très facilement sur le linge humide, dans le lait, le bouillon, les œufs, le | ain mouillé, les pommes de terre, ]es eaux stagnantes, etc. Ce microbe peut franchir des
espaces considérables et conserver toute sa virulence ; il a besoin, pour voyager, d'être empaqueté dans des vêtements, dans des ballots de marchandises, ou encore dans la cale sombre et humide d'un navire. Chez le cholérique le principe contagieux se trouve dans les excrétions — Ces connaissance ont une valeur hygiénique très grande ; elles nous formulent d'avance les mesures sanitaires propres à se prémunir contre es fléau, et à en arrêter la marche, quand une fois il a fait
son apparition.
La scarlatine. — La scarlatine semble être une maladie moderne et européenne. C'est une affection très grave, et il faut en redouter les complications. Elle paraît affectionner les anglais. Chez nous, Canadiensfrançais, nous n'avons pas trop à nous en plaindre. Comme les autres maladies contagieuses, la scarlatine a son microbe producteur. Le germe contagieux présente une grande ténacité. Tout linge ou autres objets peuvent lui servir de moyens de transport. Ou rapporte des cas où cette maladie fut transportée par des lettres ; des appartements, des lits évacués depuis trois mois, ont déterminé des infections nouvelles. C'est pendant la période de desquamation que la scarlatine paraît le plus être contagieuse. Mais la réceptivité pour cette affection est loin d'être aussi grande que pour la rougeole, qui semble s'attaquer à tous les humains. La scarlatine règne généralement à l'état épidémique ; mais dans les grandes villes, elle ne disparaît jamais complètement.
La rougeole. — La rougeole est ]a fièvre éruptive la plus fréquente. C'est une maladie commune, à presque tous les humains. Elle s'observe suitout dans la première et la seconde enfance; l'adulte n'en est pas exempt. Les récidives sont îares. — La rougeole est assez grave, parce qu'elle se complique souvent d'inflammation des poumons, etc. La rougeole est certainement le résultat d'un microbe. Eminemment contagieuse, cette affection est inoculable au moyen du mucus nasal, des crachats, des selles, des urines, des larmes, du sang et de la desquamation de la peau, qui succède l'éruption. Comme toute autre maladie, la rougeole a ses formes légères, graves et mortelles. L'intervention du médecin est toujours nécessaire.
La phtisie OU consomption. — La médecine contemporaine a démontré la nature parasitaire de la tuberculose ou phtisie. Les expériences ont réussi à isoler le microbe, à le cultiver, et à l'inoculer à des animaux, qui sont morts de phtisie. Le microbe de cette affection se trouve dans les poumons, d'où il est rejeté au dehors par l'expiration et les crachats ; dans le sang qui le transporte sur tous les points de l'organisme. On s'explique facilement les faits de contagion directe, qui sont si fréquents entre les personnes qui vivent ensemble, surtout entre frères, entre sœurs, entre mari et femme, couchant dans un même lit. — Il est aussi reconnu que cette affection est fréquente dans l'espèce bovine, surtout chez les vaches stabulées. Et la science prouve que la phtisie peut être transmise à l'homme par le lait
de la vache porumelière et par la viande d'animaux tuberculeux. D'où l'importance de se défier du lait et des rosbifs saignants ! Le porc, le cheval, le lapin, les gallinacés sont comme l'espèce bovine, fréquemment atteints de phtisie, et doivent être l'objet de la plus minutieuse attention de la part des médecins inspecteurs des viandes. D'où l'importance de bien faire cuire les viandes et de bien faire bouillir le lait, afin de tuer le microbe, s'il existe.
La déclaration obligatoire des cas de maladies contagieuses. — La déclaration obligatoire des maladies contagieuses est la base de la prévention de ces maladies. La population d'une paroisse, d'une ville, étant avertie de l'existence d'une maladie contagieuse, cherche à s'en préserver. La famille où sévit la maladie s'entoure des mesures hygiéniques les plus rigoureuses, qui détruiront sur place les microbes infectieux. Dans ces conditions, le malade a plus de chances de guérison, et la famille plus d'espérance d'éviter les atteintes de la contagion. — Le temps n'est plus, où l'on croyait à l'origine spontanée des maladies contagieuses. Elles sont toutes et toujours déterminées par des microbes spécifiques. D'ailleurs la science moderne nous en donne des preuves éclatantes. Ainsi, toutes les fois qu'une maladie infectueuse fait son apparition dans une famille, elle est toujours le résultat d'un microbe spécifique. C'est un parent, un ami, un étranger, un paquet de marchandises, des substances alimentaires, une lettre, etc, qui ont été les facteurs du microbe
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producteur de cette affection. C'est souvent encore votre enfant qui, à l'école, s'est trouvé en contact direct avec un petit camarade qui avait dana sa famille la maladie en question. Enfin les maladies infectueuses ont pour producteurs des microbes qui peuvent conserver bien longtemps, bien des mois, toute leur vitalité, avant d'exercer leurs ravages ; ce qui donne une explication satisfaisante dans bien des circonstances. Noui comprenons, d'après ce qui précède, toute l'importance d'une déclaration obligatoire au Bureau d'Hygiène de la municipalité, afin que les mesures sanitaires les plus rigoureuses soient prises pour détruire tous les principes contagieux, qui ne tarderaient pas de se propager.
L'isolement des cas de maladies contagieuses. — En abordant cette partie de mon travail, sur les maladies contagieuses, je vois se dresser devant moi les sentiments de la plus vive horreur de tout un peuple contre l'hôpital d'isolement et mes convictions comme médecin- Cette nécessité de l'hôpital d'isolement, reconnue par la science, est constamment refusée par la pratique dans tous les pays. Aussi je ne puis pas argumenter scientifiquement contre l'hospitalisation, mais je veux en exposer les inconvénients et les difficultés.
Il importe d'admettre en principe qu'il ne faut jamais froisser les sentiments familiaux d'un peuple, car ces sentiments, qui partent du cœur, exigent le respect. Je dirai plus., il faut éviter de commettre des abus d'autorité au nom de la santé publique. Une pareille loi concernant l'isolement obligatoire à l'hôpital, ne peut
s'appliquer qu'à ceux qui n'ont pas de domicile privé ; mais pour lés autres, quoiqu'ils n'habitent pas des maisous toujours convenablement disposées pour l'isolement, ils trouveront toujours les moyens d'éviter la loi.
Voici encore une autre objection : l'hospitalisation obligatoire suppose une déclaration obligatoire. Fera t-on toujours cette déclaration ? Certainement non. Très souvent le chef de famille ne fera mander le médecin qu'à l'extrémité, alors que la maladie menace la vie, et que les microbes se seront répandus et communiqués à d'autres individus. Dans beaucoup de cas encore, le client aisé forcera le médecin au silence, et payera l'amende pour lui à l'occasion. Nous voyons tout de suite que, dans bien des circonstances.cette loi d'hospitalisation ferait beaucoup de mal, et porterait les plus graves entraves à la pratique de l'hygiène. Mieux vaut laisser le malade à sa famille et isoler l'habitation. Cette dernière mesure est plus acceptable et favorisera plus la déclaration obligatoire. Pour donner plus d'efficacité à la déclaration obligatoire, la loi pourrait ajouter que la famille qui ne ferait pas cette déclaration et ne pratiquerait les mesures sanitaires nécessaires en pareil cas, s'exposerait à voir le malade partir pour l'hôpital.
Un autre point très important en hygiène, et qui n'est malheureusement pas observé, c'est l'isolement du malade dans l'habitation. L'hygiène veut que la chambre du malade suit la meilleure pièce du logis, celle qui reçoit le plus d'air et de lumière solaire. Elle veut aussi l'enlèvement de tout ce qui n'est pas d'absolue nécessité pour le malade. Ainsi meubles super-
flus, tapis, rideaux, oiseaux, etc, sont considérés comme nuisibles, et servant à la conservation des germes. Le personnel doit s'entourer de toutes Les précautions hygiéniques, d'abord pour éviter la maladie, puis pour empêcher la propagation.
La désinfection — C'est une question de très grande valeur hygiénique que celle de la désinfection. Aussi la science lui imprime-t-elle tous les jours des progrès nouveaux. La théorie est très avancée, mais la pratique de la désinfection ne suit pas la théorie d'un pas égal ; cependant elle semble accélérer sa marche chez tous les peuples. Ce mouvement, auquel nous assistous, marque une ère nouvelle, et signale le plus beau triomphe de la science microbienne sur les microbes producteurs des maladies infectieuses. Cette innovation fait époque dans les annales de la science médicale, et nous insistons pour la voir régulariser par une sage législation et une bonne réglementation. Car la pratique de la désinfection, généralisée chez tous les peuples est la plus sûr* garantie de la diminution, de l'extinction des maladies contagieuses. A nos hommes d'Etat de comprendre que nous ne pouvons lutter avec plus d'avantage contre aucune maladie contagieuse qu'avec une désinfection bien conduite. Dans la suite le public mieux éclairé sur ses véritables intérêts comprendrait vite que la désinfection est aussi nécessaire contre les germes infectueux que l'eau l'est contre l'incendie.
Nos ressources en f.iit de désinfectants ne font pas défaut ; la liste déjà longue s'accroît encore tous les ,ours. Mais il faut se méfier du mercantilisme et du
charlatanisme, qui lancent dans le public des préparations sans valeur scientilîqup. A l'Hygiène officielle de se familiariser avec le sujet, et de proclamer les moyens reconnus les plus efficaces sur cette matière.
Dans ce traité, nous ne pouvons parler au long des désinfectants reconnus pur la science. Nous passerons sommairement en revue les plus usités.
Parmi les solutions employées, les plus usités sont:
Le sulfate de fer en solution d'eau, à 1 partie pour 10 ;
Le sulfate de cuivre, le sulfate de zinc, le chlorure de zinc, l'acide sulfurique, l'acide chlorhydrique, en solution dans l'eau, à 1 partie pour 20 ;
L'acide borique en solution saturée dans l'eau ;
Le chlorure de chaux en solution dans l'eau, 1 partie pour 1 6 ;
La solution à l'acide carbolique, à 1 partie pour 20 ou 50 ;
La solution au bichlorure de mercure, à 1 partie pour 1000 jusqu'à 10,000 ;
Les fimigations sulfureuses sont encore pratiquées dans presque tous les pays. Cette désinfection consiste à faire brûler du soufre pour développer un atmosphère de gaz acide sulfureux. M. Vallin demande qu'on brûle un once de soufre par mètre cube d'air. Avant de brûler le soufre, et pour rendre l'acide sulfureux plus actif, il est préférable d'y dégager do la vapeur au préalable. Il y a encore d'autres moyens de désinfection qui figurent en tête, et qui ont révolutionné la technique de la désinfection ; ce sont les systèmes d'étuves à air chaud, à vapeur sans pression, à vapeur surchauffée ou à vapeur sous pression. Ces trois classes d'étuves sont
en gnmle faveur en Europe, et paraissent donner de très bons résultats, surtout l'étuve à vapeur sous pression, qui semble l'emporter sur les autres.
Nous terminerons par les propositions suivantes, qui nous serviront de résumé et de conclusion. Nous les empruntons du Congrès de Vienne, tenu en septembre
1 Pour que la désinfection produise tous ses fruits, il faut qu'une loi générale, liant tout le pays, la rende obligatoire dans les cas de maladies contagieuses graves (parmi lesquelles devrait figurer la tuberculose) : la même loi devra imposer aux médecins traitants la déclaration obligatoire de ces maladies.
2. La désinfection ne mérite confiance que lorsqu'elle est faite par un personnel dresse spécialement à cet effet, et purveillée par des personnes compétentes.
3. Au point de vue fiscal, le sentiment dominant semble être la gratuité pour les indigents seulement.
4. Il faut plutôt encourager que décourager les tentatives de désinfection entreprises par l'industrie privée, tout en souhaitant de voir créer partout des établissements publics de désinfection.
5. La désinfection des vêtements, meubles, objets de literie s'obtient aujourd'hui d'une manière suffisante avec les étuves à vapeur.
6. La désinfection des locaux n'est pis facile à obtenir d'une façon sûre avec les moyens dont nous disposons ; nos efforts devront tendre à faire disparaître cette lacune, la. plus sérieuse qui exi te dans la pratique actuelle de la désinfection.
Dans les latrines et égouts, le seul bon moyen consiste dans une installation irréprochable au point de vue technique et dans un entretien soigneux.