L'HOMME ET L'HYGIENE
Le rùle de l'homme dans la création. — L'influence réciproque du corps et de l'âme. — L'art de bien vivre.— Les phénomènes de la vie chez l'homme. - De la digestion. — De la mastication. — De l'insalivation. — De la déglutition — De la chymification ou digestion stomacale. — De la chylification ou digestion intestinale. — De l'absorption.— Dé la circulation — De la respiration — De la respiration de la peau. — Des sécrétions. — Le système nerveux est le siège de nos fonctions de relation. — Le cerveau est le siège de nos facultés.
DU RÔLE DE L'HOMME DANS LA CRÉATION. — L'homme
est un animal, mais doué de raison. Il naît, il se nourrit et meurt comme les autres animaux. Il reproduit dans son organisme toutes les conditions fondamentales réalisées par les vertébrés. Mais l'homme, c'est la nature ayant conscience d'elle-même. La perfection de son être, la grandeur de son intelligence, la beauté de son langage articulé, la sublimité de sa destinée, le mettent, absolument à part du reste delà création. Avec toutes ces prérogatives, l'homme peut souvent lutter avec avantage contre la nature, se faire des auxiliaires des éléments naturels, et les utiliser à son profit. L'homme a l'univers pour patrie, et son industrie pourvoit partout à son existence. Il jouit d'une entière liberté, et peut n'obéir qu'à sa raison. Ses sentiments sont solidaires
de son intelligence, et sa volonté seule les contrôle. Enfin, l'homme u une connaissance parfaite «le lui-même, il a aussi l'idée de Dieu, par conséquent l'idée absolue du bien et du mal. Seul entre tous les êtres créés il se préoccupe «lu passé al de l'avenir, et partant dirige sa destinée. Il est le roi de la création.
L'influence réciproque du corps et de l'amk. — L'homme est un être composé d'un corps et d'une âme, >i intimement unis qu'ils nt, à chaque instant,
l'un sur l'autre. Et quiconque refuse de reconnaître l'immense utilité de cet accord harmonique dans sa création, brise son existence : car toute dégradation physique s'accompagne d'une déchéance intellectuelle et morale, et via versa.
L'hygiène devient donc le complément indispensable de toute éducation : la vie de l'homme est subordonnée à l'éducation qu'il a reçue, et l'homme est responsable, à certains égards, de sa vie et de sa sauté. De là, pour tous les instituteurs, l'obligation d'inculquer dans l'esprit de la jeunesse les règles de I'HygiÈne PHYSIQUE el de I'HYGIÈNE MORAXE. La devise de cette science i «' M> ns sana wj corpore sano" un esprit sain dans un corps sain.
L'art DE BIEN vivre. — Vivre est bon, et l'appétit de la vie est universel. Conserver la santé, c'est un art complexe, fait de prudence, de retranchements, de modération, de bon gouvernement de sa vie, comme de ses passions et de son activité. La connaissance du mouvement de la vie chez l'homme n'a pas seulement pour but i dre le besoin de Bavoir qui se développe à
mesure que l'intelligence grandit; mais elle est émi-
nemment propre à donner au jugement cette rectitude précieuse, sans laquelle les vertus civiques les plus belles sont souvent insuffisantes pour diriger sûrement dans le cours de la vie. De là l'importance pratique d'avoir une idée exacte du mécanisme à l'aide duquel se manifeste le mystérieux principe de la vie : c'est de la dernière évidence.
La vie chez l'homme se compose d'un certain nombre de phénomènes ou fonctions qui s'accomplissent dans autant de systèmes dJorganes qu'il y a de fonctions différentes. Les unes consistent dans la formation et la transformation incessante des parties de notre corps ; les autres regardent nos rapporta avec le monde extérieur. Leur activité est permanente et continu^, depuis le moment de la naissance jusqu'à celui de la mort. Ces fonctions se divisent en fonctions de nutrition et eu fonctions de relation. Les fonctions de nutrition comprennent la digestion, l'absorption, la circulation, la respiration ; les fonctions de relation s'exercent au moyen des sens, qui sont sous la dépendance immédiate du système nerveux cérébral.
De la digestion. — La digestion est la fonction qui a pour but de transformer les substances alimentaires en deux parties : l'une nutritive, le chyle, qui renouvelle le sang, et par suite reconstitue nos organes ; l'autre, résidu de la digestion, impropre à la nutrition, qui est expulsée au dehors.
Les aliments subissent diverses transformations depuis leur entrée dans l'organisme jusqu'à leur sortie. Les actes de la digestion sont : la préhension des aliments, la mastication, l'insalivation, la déglutition, la
chymification on digestion stomacale, la chyiification ou digestion intestinale, la digestion dans le intestin et la défécation.
De la mastication. — La mastication des aliments s'effectue au moyen des dents, par suite des contractions de certains muscles de la face. Les incisives coupent, les canines déchirent, et les molaires hroyenl dents font l'office de la meule du moulin. L'insuffisance de la mastication est une cause fréquente de maladie de l'estomac.
De l'insalivation. — L'insalivation joue un rôle important dans la digestion des aliments. La ] tyaline (fermeul contenu dans la salive) a le pouvoir de di rer h s aliments féculents. ,
De la déglutition. — La déglutition est l'ensemble des phénomènes qui accompagnent le passage des aliments «le la bouche dans l'estomac.
De la chymification ou digestion stomacale. — La masse alimentaire, arrivée dans l'estomac, est pétrie par les fibres muscul lires de cet organe, mis en mouvement durant la digestion stomacale, et subit l'influence chimique du suc gastrique (pepsine, ferment digestif de do l'estomac), qui la transforme en chyme. Les aliments azotés OU albuminoïdes sont seuls attaqués par le ferment digestif (pepsine) de L'estomac, et son: convertis en peptone, substance soluble et assimilable. La durée moyenne du séjour des aliments dans l'estomac est de quatre heures ; mais la digestion stomacale est surtout active pendant les deux heures qui suivent l'ingestion des aliments ; aussi os doit-on pas prendre de bain avant ce premier temps écoulé.
De la chylification ou digestion intestinale.
La digestion stomacale terminée, les aliments chyniifiés s'engagent à travers l'orifice pylorique, et passent dans le duodénum, qui est la première partie de l'intestin grêle. Là, le chyme se trouve en contact avec la bile (venant du foie) et le suc pancréatique venant d'une glande, le pancréas, située en arrière de l'estomac), qui ont pour effet de compléter l'action de la salive sur les féculents, et celle du suc gastrique sur les aliments azotés. De plus, ils agissent sur les graisses, qu'ils divisent en particules très fines, susceptibles d'être absorbées par les parois de l'intestin. Lorsque la masse alimentaire a subi l'action de tous ces liquides, elle est transformée en chyle ; le chyle chemine dans l'intestin grêle, où il est absorbé par les vaisseaux chylifère3 et les veines, qui le transportent dans le torrent circulatoire, où il se mélange au sang et contribue à sa formation. Les aliments solides qui n'ont pas servi à la nutrition, parcourent tout l'intestin pour être expulsés à la garde- robe. Les parties liquides qui ne doivent pas servir à la nutrition, sont éliminées au dehors sous le nom d'urine ; l'urine est formée dans les reins.
De l'absorption. — L'absorption est la pénétration dans l'organisme de substances venues du dehors. C'est un phénomène d'une importance capitale : la vie ne s'entretient que par un échange incessant des matériaux liquides ou gazeux, puisés dans le milieu ambiant, et qui sont introduits dans nos tissus par absorption. L'absorption n'est pas, à proprement parler, une fonction ; c'est une propriété qu'ont tous les tissus, et qui
plus ou moins développée suivant leur nature. Elle a un caractère important ; pendant qu'elle s'exécute «huis un tissu, ce tissu emprunte à la matière absorbée quelques-uns île ses principes ou lui cède des siens ; de Borte qu'après avoir traversé le tissu absorbant, la matière absorbée jouit de propriétés nouvelles.
De la CIRCULATION. — La circulation consiste dans le transport continu du sang dans l'intérieur de nos organes, au moyen d'un système de canaux ramifiés. Le cœur et les nombreux vaisseaux qui en dépendent constituent l'appaieil de la circulation. Le cœur est L'organe moteur de la circulation; les artères sont les canaux de distribution dans les organes ;les capillaires, vaisseaux extrêmement petits, font communiquer les artères aux veines, et les veines ramènent le sang au cœur. Le sang des artères est rouge, et a une direction centrifuge; il est chargé des principes nutritifs, qu'il abandonne dans son trajet à travers l'économie. Le sang veineux est noir, suit une direction centripète, et, dépouillé de ses qualités vivifiantes, retourne au cœur. — Le cœur est divisé en deux parties entièrement distinctes, l'une appelée cœur droit, l'autre cœur gauche. Le cceui droit reçoit le sang «les veines et le lance dans les poumons, où il est revivifié au contact de l'air atmosphérique. Le sang revient des poumons au cœur gauche, qui le lance, à son tour, dans les artères à travers tous les orgaues. La durée d'un tour complet de la circulation est de 25 à 30 secondes environ. La régularité et la perfection caractérisent la circulation normale. Le mouvement alternatif du sang dans les artères et les veines nous
permet de compter le nombre de pulsations du cœur dans un temps donné. Ainsi, par le pouls, on constate la fréquence, la régularité ou l'irrégularité de la circulation. lia respiration et la circulation ont un rapport sensiblement constant entre elles. Le cœur bat quatre pulsations pour une respiration. On comprend l'importance de ces données physiologiques pour l'étude des maladies.
De la kespiration. — L'acte respiratoire a pour but de transformer le sang veineux en sang artériel au moyen de l'air atmostphérique. Les poumons en sont le siège principal. L'air, en pénétrant dans les poumons, vient en contact avec le sang, qui s'empare de l'oxygène et dégage de l'acide carbonique et des vapeurs d'eau. Mais le phénomène essentiel de la respiration se passe dans l'intérieur de nos organes ; il consiste dans une sorte de combustion aux dépens de l'oxygène du sang, qui produit de l'acide carbonique. Ici, pour l'intelligence du lecteur, nous ajouterons qu'un phénomène analogue à celui de la respiration dans nos organes, se passe quand on fait brûler du charbon dans un vase rempli d;air; on voit l'oxygène de l'air disparaître et être remplacé par de l'acide carbonique ; il se dégage en même temps dans les deux cas de la chaleur.
Il ressort de ce qui précède que les actes chimiques de la respiration comprennent : 1. les modifications éprouvées par l'air introduit dans les poumons ; 2. celles que subit le sang qui traverse nos organes. La respiration se compose de deux mouvements alternatifs qu'on appelle l'inspiration et l'expiration. L'inspiration consiste dans l'introduction et la circulation de l'air dans es poumons, et l'expiration dans son expulsion. La
respiration se reproduit 18 fois à la minute, et offre cette particularité que le temps de l'expiration est toujours un peu plus Ion» que celui de l'inspiration.
La BESPIEATIOH DE LA PEAU. — La peau est aussi un organe de respiration, mais à un degré beaucoup moindre que les poumons. Cette fonction de la peau est caractérisée par un dégagement plus considérable de vapeur d'eau que d'acide carbonique ; elle éprouve des modifications importantes en rapport avec la température et l'état hygrométrique de l'air. Elle ne peut, en aucun cas, remplacer la respiration pulmonaire
( ÎHALEUB animale. — La chaleur animale est le résultat des combustions qui s'opèrent dans l'économie, anx dépens de l'oxygène de l'air dans le sang ; la formation de l'acide carbonique et celle de l'eau en sont les deux principales sources. Il n'y a pas de foyer central et unique préposé à la production de la chaleur animale : tous les tissus, à des degrés divers, participent ù cette fonction. Ce phénomène de la chaleur animale constitue la température propre de l'homme, température qu'il conserve au milieu des variations même brusques de la température extérieure. Le température de l'homme en santé est de 37A degrés centigrades. Elle augmente dans la maladie; et son accroissement est eu rapport avec l'accélération du pouls.
DES BÊCRÉTIONS. — La sécrétion est une fonction de nutrition, à laquelle président les glandes. Elle s'entretient aux dépens des matériaux venus du sang et élaborés par les glandes. Le Liquide sécrété est expulsé «le l'économie ou résorbé par elle. Les sécrétions sont de deux ordres : 1. d'après la manière dont le liquide
est sécrété ; 2. d'après sa destination. Les sécrétions jouent un rôle indispensable dans la fonction de nutrition. Il y a des sécrétions qui enlèvent de l'économie ce que le mouvement de la vie a rendu inutile, ou même nuisible. Exemple : la sécrétion urinaire, la sécrétion cutanée. H y a des sécrétions intermittentes séparées par des intervalles de repos complet. Exemple : la sécrétion du suc gastrique, qui n'a lieu qu'au moment de la digestion stomacale, ou sous l'action de certain? médicaments ; cette sécrétion est résorbée. D'autres sécrétions enfin, telles que la salive, la bile, sont en parties rejetées au dehors et en partie reprises par absorption. Bref, la vie ne s'entretient que par un état continuel de métamorphose du sang, qui se régénère à chaque instant par la digestion ; c'est lui qui reçoit, pour les conduire vers les organes d'expulsion, les matériaux usés par le mouvement de la vie.
Le système nerveux est le siège de nos FONC- TIONS de relation. — Nous avons étudié précédemment la manière dont nos différents organes accomplissent chacun leur fonction. Nous allons maintenant établir la solidarité qu'ont tous ces organes entre eux, et montrer comment ils sont amenés à agir enharmonie les uÙ3 avec les autres, pour l'avantage et la conservation de la santé. Disons tout de suite que cette harmonie dans l'action des différents organes est assurée au moyen du système nerveux. Le système nerveux est composé de trois parties, le cerveau, la moelle épinière et les nerfs. Le cerveau est le siège de la sensibilité générale, des perceptions sensoriales, des facultés intellectuelles et affectives ; il préside au mouvement. La moelle
épinière est une tige nerveuse qui émane~du cerveau, laquelle viennent aboutir la plupart des nerfs répandus dans toutes les parties de notre organisme. Ainsi, aucune action physiologique ne se passe dans l'intérieur d'un organe sans la participation obligée du
terne nerveux cérébral; aucun mouvement volontaire ue peut être accompli, à moins que le stimulant nerveux, partant du cerveau, n'arrive au nerf moteur par la moelle épinière.
Le cerveau est le siège de nos facultés.— Le cerveau est l'instrument indispensable à l'exercice de nos facultés, et la condition essentielle de leur fonctionnement régulier. L-îs facultés principales de l'homme, au point de vue physiologique, sont au nombre de cinq :1a sensibilité, la contractilité, la volonté, L'intelligence, L'expression. La sensibilité est la faculté qu'a l'homme de recevoir les impressions par l'influence des objets extérieurs, et d'en avoir conscience ; la contractilité consiste dans l'exécution de mouvements spontanés, et la volonté a le pouvoir d'exciter cette contractilité, et d'en varier les effets dans la vue d'arriver à un résultat prévu par l'homme. Enfin, les facultés intellectuelles servent à (les phénomènes qui rappellent à l'esprit Les idées produites par les sensations, et permettent de les comparer, d'eu tirer des idées générales et d'en déduire des motifs de conduite.
Enfin, toutes les connaissances de l'homme sont le résultai de ses sensations, de ses observations. * La voix, ce merveilleux instrument lui sert pour se mettre en relation avec ses semblables, pour leur communiquer ses sensations, ses pe usées, ses volontés. On comprend
que les sens (la vue, l'odorat, le goût, l'ouïe et le toucher) jouent un grand rôle dans l'acquisition de nos connaissances. Les sensations qu'ils donnent sont des phénomènes purement passifs, et le résultat d'une cause interne ou externe, que le nerf sensorial transmet au cerveau. La connaissance de cette sensation constitue la perception; c'est alors seulement que la volonté intervient, et détermine des actes que l'homme accomplit dans toute la plénitude de son intelligence.
En terminant, nous répéterons que, pour bien comprendre l'utilité de l'hygiène, il faut avoir une idée d'ensemble de l'entretien et du mouvement de la vie chez l'homme.
Ainsi se montrent la raison et l'importance de notre première leçon.