DES CONDITIONS INDIVIDUELLES
Les conditions individuelles. — Des âges : — l'enfance ; la jeunesse ; l'âge viril ; la vieillesse. —Constitution et tempérament.— H y a quatre tempéraments types. — Tempérament sanguin ; règles hygiéniques. — Tempérament lymphatique ; règles hygiéniques, — Tempérament nerveux ; règles hygiéniques. — Tempérament bilieux; règles hygiéniques. — Tempéraments composés. — Des habitudes.— De l'hérédité- — Conclusion.
LES CONDITIONS INDIVIDUELLES. — Dans la présente leçon, nous considérons les conditions inhérentes à chaque individualité dans la lutte pour l'existence. Comme tous les êtres vivants, l'homme est soumis à un travail incessant de destruction, qui est partout une suite nécessaire de la vie. Mais le terme de la vie relève exactement de la nature des types individuels. C'est pourquoi nous exposerons quelques notions sur l'ào-e, la constitution, le tempérament, les habitudes, l'hérédité, qui constituent la force de vitalité chez chacun de nous.
Dis .vis. — La vie de l'homme, par rapport à ses quatre principales périodes, qui sont : l'enfance, la jeunesse, l'âge viril et la vieillesse, a souvent été comparée aux quatre saisons de l'année. Mais en réalité les ûo-es ne se limitent pas d'une façon aussi tranchée que
cette division pourrait le faire croire : l'existence de l'homme passe d'un âge à un autre sans transition bien appréciable. Cependant, l'organisme humain présente successivement quatre ordres de phénomènes :
l'enfance, qui dure depuis la naissance jusqu'à 12, 13 ou 14 ans;
LA jeunesse, qui se prolonge jusqu'à l'époque où l'individu a atteint son complet développement, ce qui a lieu vers trente ans. C'est durant cette période que le cerveau est le mieux disposé pour profiter de l'instruction ;
l'âge viril, qui est la période de la vie dont il est le plus difficile de déterminer la durée ; elle se prolonge généralement jusqu'à 60 ans, quelquefois jusqu'à 65 ans. Durant cet âge, l'homme jouit de toute la plénitude de 3es facultés physiques et intellectuelles. C'est alors que son tempérament prend un caractère décisif;
LA vieillesse, qui est la période du déclin de la vie. L'homme qui abuse de la vie vieillit de bonne heure et arrive rapidement à la caducité. Une vie régulièrement suivie conduit à une heureuse vieillesse. Mais enfin on voit alors se perdre la force et la verdeur ; le teint, resté rose, devient blafard ; les chairs, jusqu'alors fermes, s'affaissent, et le visage se ride. C'est alors que la fin est proche, que la loi fatale de la vie s'exerce dans toute sa rigueur.
L'âge le plus en proie aux maladies est l'enfance ; puis les chances de mort vont diminuant dans la jeunesse et l'âge viril, pour reparaître dans la vieillesse, aussi nombreuses que terribles.
Constitution et tempérament. — La constitution
et le tempérament sont deux choses distinctes. La constitution est une manière d'être, un état général de l'individu, d'où résultent son degré de force physique, la régularité plus ou moins grande de ses fonctions, la force de résistance qu'il oppose aux maladies, enfin le plus ou moins de chance de vie qu'il possède. D'après Halle, " les tempéraments ont entre les hommes des différences constantes, compatibles avec la conservation de la santé et de la vie, dues à une diversité de proportion et d'activité entre les diverses parties du corps, et assez importantes pour modifier l'économie." La constitution est donc la formule de l'organisation particulière de chaque individu ; elle est enfin le fond de la nature individuelle. Le tempérament est la manière d'être de chaque individu, déterminée par un système d'organes qui prédomine sur tous les autres. Le tempérament enfin, c'est la forme plus ou moins durable de la nature individuelle.
Il y a quatre tempjêraments types. — Dans, l'état actuel de la science, on distingue quatre tempéraments types: 1. tempérament sanguin ; 2. tempérament lymphatique ; 3. tempérament nerveux ; 4. tempérament bilieux. Nous retracerons ici les principaux traits de chacun de ces tempéraments.
TEMPÉRAMENT SANGUIN. — Le tempérament sanguin est le plus favorable à l'harmonie des fonctions de notre organisme. On le reconnaît, au physique, par l'activité prédominante de la circulation du sang, par un visage coloré, un teint vermeil, une physionomie animée, des yeux ordinairement bleus, des cheveux châtains, un embonpoint modéré, un col court. L'individu à tempo
rament sanguin est généralement doué d'une force musculaire développée. Il est caractérisé, au moral par une imagination vive et riante, une mémoire heureuse des passions violentes.
Les personnes sanguines sont prédisposées aux maladies inflammatoires et fébriles, aux hémorrhagies et à l'apoplexie.
Règles hygiéniques. — L'hygiène recommande aux tempéraments sanguins une alimentation saine, peu abondante, peu excitante, plutôt végétale qu'animale, et particulièrement l'absiinence des liqueurs spiritueuses. L'exercice fréquent leur est nécessaire pour activer, dépenser le plus de sang possible, de ce sang qui, chez eux surtout, se répare avec tant de facilité. La chaleur leur est contraire, parce qu'elle prédispose davantage à l'afflux du sang au cerveau ; le sang, se portant en Quantité trop considérable, peut constituer l'apoplexie.
Tempérament lymphatique. — Les attributs physiques de ce tempérament sont: taille assez avantatageuse, corps assez volumineux et replet, chairs molles, physionomie peu animée, visage pâle ou légèrement coloré, mais assez souvent plein, système pileux peu développé, cheveux rouges ou blonds, yeux le plus souvent bleus et ternes, regard langoureux, volume exagéré du nez, des lèvres et des oreilles, dents altérées» démarche nonchalente. On observe, au moral, une intelligence faible, une mémoire infidèle, une imagination froide, des passions tranquilles. En revanche, le jugement est droit et sûr.
Les personnes lympathiques sont portées à la bonne chère, aux liqueurs alcooliques, à l'oisivité. Par tem-
pérarnent, elles sont prédisposées aux troubles d'organes, à l'anémie, à la scrofule; elles offrent un faible dpgré de résistance à l'action des agents physiques et aux causes de maladies. Chez elles, les maladies sont rebelles au traitement, et ont une tendance à passer à l'état chronique.
Règles hygiéniques. — Les règles hygiéniques sont ici de surveiller l'état de santé, de combattre de bonne heure le moindre symptôme de maladie, d'éviter l'humidité, surtout l'humidité froide, et en général toutes les causes morbides. L'alimentation doit être abondante, essentiellement azotée. Autant que possible vivre à la campagne.
Tempérament nerveux. — Il est très difficile de donner au tempérament nerveux des caractères précis. Il est évident, cependant, que c'est le système nerveux qui domine et règle l'action des autres organes. Les sujets nerveux sont maigres, secs, vifs, alertes, presque toujours en mouvement ; leurs cheveux sont bruns ou noirs, leur barbe précoce est bien fournie. L'impressionabilité extraordinaire des personnes nerveuses les empêche de se livrer à un travail qui exige une grande contention d'esprit. Elles sont douées d'une imagination ardente, d'un esprit vif, et sujettes aux affections névrosiques. Leur vie est des plus accidentées, si de bonue heure on n'a pas cherché à paralyser la prédominance de l'élément nerveux par la force de la volonté, si on n'a pas appris au jugement à dominer l'imagination.
Le tempérament nerveux exerce une influence considérable sur la plupart des maladies ; il réveille des
troubles d'énervation qui revêtent une gravité plus apparente que réelle.
Règles hygiéniques. — Eviter tout ce qui peut augmenter les émotions, comme la lecture des romans, les veilles prolongées ; éviter aussi le régime excitant ; insister sur l'usage fréquent des bains, et prendre beaucoup d'exercice ; substituer autant que possible l'activité physique et musculaire à l'activité cérébrale ; habiter, s'il se peut, la campagne, par rapport au bon air et à la tranquillité.
Tempérament bilieux. — Le tempérament bilieux présente, au physique, les caractères que voici : la taille est médiocre, la charpente osseuse forte ; il y a maigreur ou très peu d'embonpoint, les formes sont rudes ou durement exprimées, les chairs fermes ; les muscles sont vigoureux et saillants, les veines très apparentes ; le visage est sec, avec un teint brun-jaunâtre ; les yeux sont vifs et étincelants, quelquefois nuancés de jaune ; les cheveux sont noirs, parfois crépus, et tombent de bonne heure. — Au moral, les bilieux ont une intelligence développée, un caractère ferme, décidé, persévérant, des passions violentes et tenaces ; ambition et opiniâtreté. On dit que les individus de ce tempérament sont tout bons ou tout mauvais, et sont capables des plus grandes choses.
Règles hygiéniques. — Les personnes bilieuses doivent user de sobriété dans le boire et le manger, prendre beaucoup d'exercice, fuir les émotions, surtout la colère, éviter la constipation.
Les tempérament composés. - Les quatre types de tempéraments que nous venons de décrire existent
quelquefois pure et Bans mélange, mais très souvent aussi ils aonc associés deux à d^ux, pour former des tempéraments composés.
Les principaux tempéraments composés sont : le tempérament nerveux-sanguin, le tempérament nerveuxlymphatique, et le tempérament sanguin-lymphatique.
Tous les tempéraments sont susceptibles d'être modifiés, améliorés et changés même, par l'observation des règles de l'hygiène, par l'âge, les habitudes et le climat.
I )k L'HABITUDE — L'habitude est cette faculté acquise par l'homme de répéter certains actes qu'il a déjà faits. La plupart des actes de la vie matérielle, morale, intellectuelle et affective, ont plus ou moins de tendance à devenir habituels. L'éducation de l'homme, qui dis] de la santé et de la vie, n'est au fond qu'une habitude contractée ; ce qui a fait dire que l'habitude est une seconde nature.
L'habitude peut faire accepter à notre organique des choses qui paraissent être contraires à son bon fonctionnement. Il y a donc de bonnes et de mauvaises habitudes: les premières exercent une influence favorable sur la santé, et sont, en général, le résultat d'une hygiène bien entendue, et reposent sur l'exercice modéré et régulier des principales fonctions delà vie matérielle et intellectuelle ; les mauvaise- habitudes compromettent notre santé et notre moral.
Les habitudes se contractent atout âge, mais surtout
dans la jeunesse. Il est donc d'une extrême importance
de veiller aux premières habitudes. Heureux ceux
qui ont eu soin de n'en contracter que de bonnes ! En
( flot, l'habitude finit par prendre un tel empire sur
nous, qu'elle nous domine, et nous rend malheureux s'il devient impossible d'obéir à tel penchant.
La ténacité des habitudes est en proportion de leur durée : à peine est-on né que les habitudes se contractent ; leur force s'accroît avec les années, et leur domination finit par devenir toute-puissante.
Cependant, nous dirons ici que l'habitude, quelque tyrannique qu'elle soit, peut se perdre ; elle peut être dominée chez l'homme encore jeune et maître de lui ; elle peut être combattue par l'habitude contraire, aidée d'une volonté énergique et d'une persistance soutenue.
Ainsi, dès les plus tendres années, il faut s'habituer à régulariser les principales fonctions de la vie matérielle, intellectuelle et morale ; aux parents de faire un choix judicieux des moyens qui jouent un si grand rôle dans l'art si difficile d'élever les enfants. " La seule habitude qu'on doive laisser prendre aux enfants, a dit J.-J. Rousseau, est de n'en laisser prendre aucune.'' " Une habitude du berceau, dit le proverbe allemand, dure jusqu'au tombeau." Klle devient parfois tellement inhérente à notre organisation que, quand ou l'arrache brusquement, la santé et la vie s'en vont souvent avec elle.
Un moyen efficace pour arriver à bien diriger une jeunesse, c'est d'étudier avec soin son âge, son tempérament, ses goûts, ses instincts et ses passions; c'est alors qu'on pourra donner avec fruit un conseil, pour la conservation ou la suppression d'une habitude.
A l'hygiène revient la noble et délicate mission de veiller sur les individualités, les familles, les sociétés et les peuples.
I »i l'hÊBÉDITÉ. — U est une loi profondément inscrite dans les entrailles de l'humanité, cette loi, terrible et mystérieuse, s'appelle "l'hérédité." L'hérédité est la
transmission, pur les parents aux enfants, de leurs attributs physiques, moraux et morbides. Elle s'accuse dans L'expression des traits du visage, dans la stature, dans la force musculaire, dans le tempérament, daus les mêmes facultés intellectuelles, et souvent dans les mêmes dispositions morales. Elle se reconnaît encore par un grand nombre de maladies qui passent aussi des parents aux enfants ; telles sont : la scrofule, le cancer, la phtisie, l'épilepsie, le rhumatisme, la paralysie, etc. Cette transmission héréditaire des caractères physiques est un fait très fréquent, mais qui n'est pas constant. Il en est de même de l'hérédité des aptitudes morales et intellectuelles. Les passions, les sentiments, les particularités de caractère subissent l'influence de l'hérédité ; aussi voit-on souvent le goût de l'alcool, la passion du jeu, les penchants vicieux, se transmettre aux enfants.
Comment modifier cette hérédité mystérieuse ? Il ne rentre pas dans le cadre de cet ouvrage de retracer ici tous les moyens que la science hygiénique suggère pour améliorer la constitution individuelle. Hâtons-nous de dire que l'éducation, dont le but est de développer les facultés utiles et de réprimer les mauvaises, modifie très heureusement la loi de l'hérédité ; c'est elle qui donne à l'enfant surtout les habitudes qu'il aura toute sa vie, en même temps que les connaissances indispensables daus l'exercice de son état de vie.
Conclusion. — Enfin la santé, c'est l'exercice facile et
régulier de toutes les fonctiuns de l'économie. L'habitude est une des conditions de la nature humaine ; elle exerce une influence considérable sur la santé ; elle est aussi la conséquence de l'éducation, car l'éducation est pour l'esprit et le cœur ce que les aliments sont pour le corps. L'hygiène de l'âme et du cœur doit donc être l'objet de toute notre sollicitude ; elle nous enseigne nos devoirs envers la famille, envers la société, envers notre pays. Notre bonheur ou notre malheur et la longévité de notre existence, reposent entièrement sur nos bonnes ou mauvaises habitudes.