SIXIÈME LEÇON ‘ DU RÉGIME
Définition du régime.—L'influence du régime sur la santé, — 11 y a deux appétits.—L'appétit de l'estomac, la faim et la fringale.—L'appétit du palais.—La ration, — Les repas.—Du régime suivant les âges.—Du régime suivant les saisons, —Du régime chez les convalescents.— L'abus des aliments azotés.—L’abus des féculents ou des sucres.—L’abus des graisses, —Il faut préparer la digestion. —Il faut respecter la digestion,
DÉFINITION DU RÉGIME.—Te mot régime veut dire bon gouvenerment de la vie physique, moral et intellectuelle. Mais il sert aussi à désigner l’ensemble des règles hygiéniques qui président à l'alimentation de l’homme; c'est la définition que nous lui consacrons dans cette lecon.
L'INFLUENCE DU RÉGIME SUR LA SANTf,——Parmi les excès auxquels l’homme se livre, il n’en est pas de plus redoutable pour la santé que l'abus des plaisirs de la table, En effet, l'hygiène place la gastronomie au premier rang parmi les ennemis les plus cruels et les plus implacables de notre existence, Ce mot “ la table tue plus de monde que la guerre ” exprime une réalité très
certaine, Aussi le médecin constate-t-il tous les jours que l'estomac est le laboratoire de lapoplexie, de la goutte, des affections du foie, des reins, ete. Et la dyspepsie n'est-elle pas l'apanage du gastronome ? Enfin nous ne
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croyons pouvoir mieux rendre notre pensée qu’en disant : les plaisirs de la table entraînent l’usure rapide de l'organisme, comme les abus que l’on fait d’une machine ruinent sûrement son mécanisme, et lui enlèvent toute sa valeur.—La gourmandise est donc funeste à la santé, C’est pourquoi l'hygiène nous dit de manger modérément. Elle nous répète sans cesse: “il faut manger pour vivre et non vivre pour manger.” Cet aphorisme exprime une vérité autant hygiénique que morale.
IL y A DEUX APPfrirs.—1[l y a deux appétits chez l'homme : l’un réel, qui règle, à la façon d’un balancier, les besoins de la nutrition de l’organisme ; l’autre, factice, illégitime, qui demande à être contenté. Ce sont l'appétit de l'estomac et l'appétit du palais. I importe de bien établir une distinction de ces deux appétits.
L'APPÉTIT DE L'ESTOMAC, LA FAIM ET LA FRINGALE,— Notre crganisme est soumis à un travail physique, mécanique ou intellectuel constant, qui entraîne l'usure incessante de la vitalité même. Cette déperdition conduirait à l’inanition, à la mort, si nous n’avions en nous ce que Brillat-Savarin appelle “la sonnette d'alarme,” l'appétit de l’estomac, ce désir de manger. Les animaux obéissent À l'appétit de l'estomac; l'instinct leur tient lieu de sagesse, et leur appétit va s’éteindre dans une satisfaction modérée, Mais l’homme confond facilement l'appétit de l'estomac avec l'appétit du palais. Erreur
rave, qui exerce une influence des plus funestes sur la
santé, La distinction entre ces deux appétits, est diffieile, il est vrai, mais surtout quand une fois on l’a perdue, Pour mareher plus sûrement dans la voie de la
sobriété, nous ne croyons rien de mieux que de pratiquer les préceptes suivants, que nous empruntons au P. Jésuite hollandais Lessius, et qui conviennent à tout monde : 1. pouvoir, au sortir de la table, se livrer sans fatigue aux exercices intellectuels ; 2, ne sentir nulle langueur corporelle pendant la digestion; 3. passer, par une transition ménagée, de fn vie owdinaire à la vie sobre : 4. adapter la formule du régime sobre aux diversités des conditions d'âge, de sexe, d’haïitudes, ete, ; 5. n’user que des aliments sains ; 6. ne varier que très peu les mets, et se servir avec discrétion de condiments ; 7. ne pas prendre l'envie Ce manger pour mesure de son appétit.
Ce code de sobriété est très sage, à chacun de le mettre en pratique.
L’appétit constitue un désir de manger; la faim exprime un besoin ; la fringale n’est que la faim poussée à son plus haut degré. L’appétit se fait sentir aussitôt que la digestion du dernier repas est terminée ; retardons-nous alors de prendre des aliments, ce besoin devient impérieux, c’est la faim. La fringale est une faim vive et subite, mais accidentelle ; elle est le symptôme de vers intestinaux, le résultat de quelques médicaments, ou l’exagération maladive de la sensibilité de l'estomac. Il faut done bien se garder de la fringale, qui n’exprime nullement un besoin. Le médecin lui reconnaît une mudication.
L’APPÉTIT DU PALAIS OU LA GOURMANDISE.— L'homme est toujours enclin à obéir aux sollicitations du désir sensuel. La gastronomie, en érigeant l'alimentation en art, s'efforce tous les jours de flatter davantage le goût: