‹ Traité élémentaire d'hygiène privée [microforme]Chapitre 30 sur 36 · DOUZIÈME LEÇON LES MALADIES CONTAGIEUSES · texte numérisé non relu

DOUZIÈME LEÇON LES MALADIES CONTAGIEUSES

Ce qu'on entend par les maladies contagieuses.—[Les maladies endémiques.—Les maladies épidémiques,—Les microbes, —La contagion. —Les maladies contagieuses et ce livre. —La diphtérie. —Croup diphtérique,—La fièvre typhoïde,—La variole.—Le vaccin.—La vaccina. tion,—Le choléra. —La scarlatine, —La rougeole, —[a phtisie.—La déclaration obligatoire des cas de maladies contugieuses. — L'isolement des cas de maladies contagieuses,—La désinfection.

CE QU'ON ENTEND PAR LES MALADIES CONTAGIEUSES, —ÆEn considérant les mots “ maladies contagieuses” dans leur valeur intrinsèque, nous avons une idée exacte de leur signification et de leur usage en médecine, Nous cette dénomination nous rangeons toutes les maladies qui peuvent se transmettre d’un individu malade à un individu sain. Elles constituent une grande classe dont le cadre s’élargit tous les jours devant les progrès de la science médicale,

LES MALADIES ENDÉMIQUES.—Il y a des points du Globe qui sont l’unique berceau de certaines maladies contagieuses, Les microbes de ces maladies trouvent les milieux favorables à leur développement dans le sol de ces contrées et sous ces climats. Les maladies endémiques sont nombreuses et variées. Nous citerons les principales : la fièvre jaune dans les pays chauds ;

les fièvres intermittentes dans les pays marécageux ; le choléra sur les bords du Gange, etc.

LES MALADIES ÉPIDÉMIQUES.— Une maladie contagieuse qui fait son apparition dans une partie d’un pays, au sein de toute une nation, frappant pendant un certain temps un grand nombre de personnes, puis disparaissant plus ou moins complètement, prend le nom Jd’épidémie, Les maladies contagieuses qui prennent de temps en temps un caractère épidémique sont: le choléra, la variole, la fièvre typhoïde, le typhus, la scarlatine, la diphtérie, la rougeole, la coqueluche, etc. En général les épidémies sévissent sur tous les âges, les sexes et les tempéraments. Ilen est cependant, comme la scarlatine, la rougeole, la coqueluche, ete., qui frappent particulièrement les enfants ; la fièvre typhoïde atteint surtout les jeunes gens, etc.

LES MICROBES.—On désigne sos le nom de “ microbes ” toute une série de petits êtres vivants, que le microscope seul permet de voir distinctement et d'étudier dans leur organisation. Ce mot ‘“ microbes ” est généralement admis dans la science, excepté chez les Anglais et les Allemands, qui se servent du terme “ bactérie, ” et chez les Italiens, qui ont adopté le nom ‘“ protiste.” Les microbes sont répandus dans toute la nature, où ils exercent une influence bonne on mauvaise. Les uns sont utiles pour transformer les substances organiques putréfiées en éléments chimiques simples, qui sont alors repris par la terre pour être ensuite restitués aux végétaux ; ils sont utiles, parce qu’ils débarrassent la surface terrestre de notre Globe d’une foule de matières mortes, inutiles et nuisibles, qui sont les déchets de la

vie ; ils sont utiles, parce qu'ils relient par un cercle sans fin les animaux et les végétaux. Les microbes nuisibles sont les facteurs des maladies qui frappent l’homme, les animaux et les végétaux. Ce sont les ouvriers invisibles de la mort. Leur rôle physiologique est de produire un grand nombre de maladies qui aitèrent nos substances alimentaires, et qui affigent l'homme et les animaux domestiques, Les germes de ces maladies peuvent se conserver plus ou moins longtemps à l'état des spores ou graines, en attendant un milieu plus favorable pour se developper et se muliiplier. Ces microbes trouvent l'existence dans l’air que nous respirons, dans l'aliment que nous mangeons, dans l’eau que nous buvons, et ils pénètrent ainsi dans l’intérieur de notre corps. On voit combien il importe de s’entourer de toutes les mesures hyyiéniques, surtout en temps d’épidémie, pour se protéger contre leur atteinte.

LA CONTAGION.—Le mot contagion exprime la propriété qu'ont certaines maladies de se transmettre d’un individu à un autre, La contagion, pour s'accomplir, réclame deux conditions : 1, un microbe producteur de maladie ; 2. une prédisposition individuelle pour la réceptivité de l'agent contagieux.

Les microbes atteignent l’homme de plusieurs maniéres : par l'air, par l’eau, par les aliments, par les objets, ete.—Il y a des principes contagieux qui ne sont propres qu'à l'espèce humaine, c’est-à-dire qui ne sont pas transmissibles aux animaux (scarlatine, syphilis, etc.) D'autres qui sont des maladies animales, mais qui se transmettent à l’homme (rage, charbon ou pustule maligne, morve),

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Ene autre considération qu'il est bon de signaler, c’est l’immunité dont jouissent un certain nombre d’individus des atteintes de la contagion, Tous les jours, on en voit qui s’exposent aux maladies contagieuses sans en éprouver les atteintes. Maïs assez souvent ' limmunité peut ne pas être absolue : ainsi, après avoir échappé pendant un certain temps à une maladie contagieuse, on peut en être atteint. De là l'obligation de faire toujours bonne garde contre les maladies contagieuses.

LES MALADIES CONTAGIEUSES ET CE LIVRE, —Le cadre des maladies contagieuses s’élargit encore tous les jours devant les progrès de la science. De telle sorte qu’un livre, comme celui-ci, serait à peine suftisant pour les décrire sommairement au point de vue hygiénique. Nous ne ferons mention que des principales, savoir: la diphtérie (croup, angine couenneuse), la fièvre typhoïde, la variole, le choléra, la scarlatine, la rougeole et la phtisie (consomption).

LA DIPHTÉRIE ET LE CROUP DIPHTÉRITIQUE.— Les mots dipthérie et croup diphtéritique servent à désigner une même maladie, mais qui diffèrent par leur siège d'action. La diphtérie s'attaque d’abord à la gorge, particulièrement aux amygdales, pour envahir plus tard les voies respiratoires, Le croup diphtéritique débute par les voies respiratoires, particulièrement le larynx, pour s'étendre à la gorge. Mais leur nature est identique C’est le même microbe qui les produit.

Eminemment contagieuse, cette maladie est souvent

communiquée à l’homme par les animaux domestiques, surtout par les volailles et les oiseaux, et réciproquement. Les fumiers, les dépôts de paille et de chiffons, | les résidus de balayage, sont les milieux ordinaires où ! fructifie le microbe de la diphtérie ou du croup diph- | téritique, Les poussières émantes des différents milieux infectés, soulevées par les vents, sont alors introduites dans la gorge ou les voies respiratoires de l’enfant, de l'adulte, et produisent cette maladie si redoutable, De Jà l’im- | portance d’un examen minutieux de la gorge chaque | fois qu’on la sent malade.

Enfin une première atteinte ne confère pas l’immunité, * * x FIÈVRE TYPHOÏDE,— Ta fièvre typhoïde est une maladie bien ancienne, Elle sévit sur l'humanité depuis bien des âges, mais elle n’est véritablement bien connue que de ce siècle, Elle sème chaque année sur le monde entier une grande mortalité. En Canada, elle décime incessamment nos rang Elle est d'autant plus redoutable qu’elle frappe de préférence l’homme à l’âge des illusions, et surtout les constitutions robustes. C’est vers la fin de l'été et durant l’automne que le microbe typhoïde se propage avec plus de violence, Sa vitalité diminue durant l'hiver pour disparaître à peu près au printemps.—La science a découvert que le microbe de la fièvre typhoïde conserve toute sa vitalité dans les dé- Jections, et quelquefois dans les urines des malades atteints par cette maladie. L'air, l'eau, les émanations

telluriques, les fosses fixes, un mauvais système d’égouts, les fumiers, les purins, l’agglomération humaine, ete. en sont autant d'agents propagateurs. (Cc qui frappe, dans tout ce qui précède, ce sont les déjections et les ürines ; elles sont les premiers p'incipes de la contamination. De là l'extrême importance de les recevoir dans un liquide contenant un p.issant antiseptique, — Enfin une première atteinte confère généralement l’immunité pour ie reste de la vie,

LA VARIOLE.—La variole est la fièvre éruptive la plus grave, la plus dangereuse et la plus contagieuse. Dans tous les âges du monde, la variole s’est montrée aux yeux de tous les peuples, comme une des plus grandes calamités qui affligent l'espèce humaine. Cette maladie s’obscrve à tous les âges de la vie, et laisse chez ses victimes des traces d’un caractère indélébile, qui ternissent la plupart du temps la peauté et l’expression du visage, (Généralement une première atteinte confère limmunité pour le reste de la vie. Ca été certainement un des plus beaux triomphes de l'hygiène prophylactique, que la découverte du virus cow-poxr de la vache par l'illustre médecin anglais Jenner. A partir de ce jour ont cessé l’inoculation avec le poison varioleux, la repoussante et barbare exposition des enfants en santé au contact des varioliques dans le même lit, et tout cela pour apaiser un ennemi que les lumières de la science médicale d'alors ne pouvaient vaincre. En présence de pareils faits, nous voyons toute la terreur qui s’emparait de tout le monde à chaque épidémie de variole,

Nous apprécions davantage les bienfaits de la vaccination, et nous ne saurions trop prodiguer notre reconnaissance à l’immortel Jenner pour cette admirable découverte,

LE VACCIN —On appelle vaccin le virus de la vaccine. Le vaccin est originaire d’une maladie peu grave qui atteint le pis de la vache et de la jument, appelée chez l’une cow-pox et chez l’autre horse -pox. C’est par l’identité de caractères que cette inaladie animale présente avec la variole chez l’homme, que J'enner et ses adeptes ont été amenés à en rechercher les vertus. De nos jours, l'efficacité du vaccin est incontestable, la science et l'expérience le proclament comme le meilleur préservatif de la variole.

Le vaccin se présente sous l'aspect d’un liquide transparent, jaunâtre, inodore, visqueux, doué d’une saveur âcre et salée. Il existe deux espèces de vaccin : le vaccin animal et le vaccin humain; le premier est recueilli sur une génisse atteinte de cow-pox, ou préalablement inoculée avec le vaccin humanisé ; le second se recueille chez l'enfant, du cinquième au septième jour après la vaccination. Une des premières conditions pour se procurer du bon vaccin, c’est de ne recueillir que le liquide contenu dans la pustule, sans aucun mélange de sang, afin d'éviter la transmission, par la vaccination des maladies contagieuses. C’est pour la même raison qu'il est imprudent et dangereux de se servir du vaccin humain sans s'assurer de la santé de la famille et de l'enfant qui l’a fourni.

LA VAUCINATION—[La vaccination est une petite opération qui consiste à faire pénétrer le vaccin dans

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l’économie, dans le but de préserver de la variole. Cette pratique est universellement répandue. On effectue cette opération sur toutes les parties du corps, mais la partie supérieure du bras est généralement choisie, On vaccine à tous les âges, mais il est préférable de le faire dans les 3 ou 4 mois qui suivent la naissance. La vaccination ne confère qu’une période d’immunité qu’on peut évaluer dix ans environ. D'où l'obligation de vacciner tous les dix ans. Ajoutons ici qu’en temps d’épidémie il faut toujours se faire revacciner, quel que soit le temps écoulé depuis la dernière vaccination, Si la revaccination échoue après plusieurs tentatives, c'est une garantie que l’immunité existe encore.

LE CHOLÉRA.—L’Inde est considérée comme le berceau primitif du choléra, où il règne en permanence. Inconnu en Europe et en Amérique jusqu’au commencement de ce siècle, le choléra a fait depuis plusieurs apparitions successives, semant chaque fois sur son passage la terreur et la désolation; le Canada n’a malheureusement pas été oublié dans sa marche funèbre, A deux ou trois reprises différentes, le pays lui a payé de larges tributs.

C’est au docteur Koch, de l'office sanitaire allemand, que revient l’honneur d’avoir découvert le microbe du choléra. Il lui a donné le nom de ‘‘ bacille à virgule.” Ce médecin allemand a vu le microbe se multiplier très facilement sur le linge humide, dans le lait, le bouillon, les œufs, le pain mouillé, les pommes de terre, les eaux stagnantes, etc. Ce microbe peut franchir des

espaces considérables et conserver toute sa virulence ; il a besoin, pour voyager, d’être empaqueté dans des vêtements, dans des ballots de marchandises, ou encore dans la cale sombre et humide d’un navire. Chez le cholérique le principe contagieux se trouve dans les excrétions.—Ces connaissances ont une valeur hyiénique très grande ; elles nous formulent d'avance les mesures sanitaires propres à se prémunir contre ce fléau, et à en arrêter la marche, quand une fois il à fait son apparition.

LA SCARLATINE.—]La scarlatine semble être une maladie moderne et européenne. (C’est une affection très grave, et il faut en redouter les complications. Elle paraît affectionner les Anglais. Chez nous, Canadiensfrançais, nous n'avons pas trop à nous en plaindre, Comme les autres maladies contagieuses, la scarlatine a son microbe producteur. Le germe contagieux présente une grande ténacité. Tout linge ou autres objets peuvent lui servir de moyens de transport. On rapporte des cas où cette maladie fut transportée par des lettres ; des appartements, des lits évacués depuis trois mois, ont déterminé des infections nouvelles. C’est pendant la période de desquamation que la scarlatine paraît le plus être contagieuse. Mais la réceptivité pour cette affection est loin d’être aussi grande que pour la rougeole, qui semble s'attaquer à tous les humains, La scarlatine règne généralement à l’état épidémique ; mais dans les grandes villes, elle ne disparaît jamais complètement.

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