HYGIÈNE DE APPAREIL DIGESÏIF
i pruneaux, sont desséchés, y séjournent plus long-temps que les autres, et sont par con- ! séquent plus nourrissaûs. Les fruits en géi néral conviennent à tous les individus, à ■ tous les tempéramens , quelles que soient les conditions physiologiques dans lesquelles ils t se trouvent placés, mais non pas au même ;j degré. Dans ce cas notre goût est en général un guide certain. Ainsi les hommes d’un }■ tempérament lymphatique répugnent aux i fruits mucilagineux fades ; les tempéramens : bilieux savourent les fruits acides qui inn coramodent les tempéramens nerveux et ir- [| ritables, qui à leur tour préfèrent les mucin lagineux sucrés. Cette classe d’alimens ne U! peut jamais former la base de l’alimentation t des habitans du Nord , non plus que des
0 hommes obligés de supporter de grandes fatigues. Aussi la diète pythagoricienne, qui convenait si bien aux habitans des beaux
n climats de la Grèce et de l’Inde, ne pourrait « être supportée un seul instant par le Lapon i 1 et même par l’habitant de la Russie. Tant
1 il est vrai que l’importante question des cli- ' mats, si intéressante et si peu connue, est
une des conditions qu’il ne faut jamais per-
58 FOMCTIOKS DE NUTRITIOJV.
dre de vue lorsqu’il s’agit d’établir des lois
générales en hygiène.
Les usages établis dans nos sociétés civilisées nous ont portés à faire subir aux fruits divers genres de préparation qui modifient plus ou moins leurs propriétés. Au moyen de la simple coction dans l’eau, on parvient à ramollir leur parenchyme, et l’addition du sucre les rend plus faciles à digérer, et fait perdre le goût acerbe à ceux qui en sont doués. Ceux que l’on incorpore à l’eau glacée pour faire des glaces et sorbets , sont on ne peut plus dangereux , surtout lorsqu’on en fait usage alors que la peau est le siège d’une abondante transpiration, ce qui a lieu le plus ordinairement. Nous avons été témoins à plusieurs reprises des pernicieux effets des glaces et sorbets. En i8a5 et 1826, où l’été fut très-chaud, nous vîmes les jours de plusieurs malades gravement compromis par ce genre d’alimens , et les accidens que nous observâmes étaient ceux d’un choléra-morbus fort intense, qui simulait tellement les accidens résultant d’un violent empoisonnement, que les malades se croyaient victimes d’une funeste méprise. L’action fâcheuse
! hygiène de l'appareil digestif. 5g
des glaces ne va pas toujours aussi loin, il faut en convenir, mais elles amènent constamment, surtout chez les individus irritables, des gastrites quelquefois aiguës, souvent chroniques, maladies qui entraînent après elles des dépravations plus ou moins considérables dans' les digestions. Si les i glaces sont toujours nuisibles , il n’en est pas de même des gelées de fruits. Comme, dans ce cas , ces derniers ont été soumis à la coction et qu’on y a ajouté du sucre, ces préparations sont saines, agréables et légères.
Graines huileuses. L’huile qui forme la base de ces aiimens y est le plus souvent unie à la fécule. Les amandes douces, les faînes, les ) noisettes, les noix, la noix du cocotier et le cacao , sont celles dont on fait le plus généi râlement usage. Elles sont en général nutritives et peu excitantes dans leur état de fraîcheur, et jouiraient absolument des mêmes propriétés que les aiimens féculens si elles ne se trouvaient unies à l’huile qui les rend un peu lourdes. Quelques-unes d’entre elles contiennent un principe amer, l’acide prussique , qui facilite leur digestion, mais irrite l’estomac des personnes irrita-
fio FONCTIONS Dfe NUTRITION,
blés; et même les amandes douces, les noi» settes et les noix, déterminent une légère irritation du gosier qui est due à la présence de la pellicule que l’on doit toujours avoir soin d’enlever. La noix du cocotier contient une substance mucoso-sucrée, qui en fait un aliment très - rafraîchissant dont font un grand usage les habitans de l’Asie et de l’Amérique. L’amande de cacao se digère très-difficilement à l’état naturel ; mais lorsqu’elle est unie au sucre, ainsi que cela a lieu dans la préparation du chocolat, elle devient de facile digestion. Néanmoins, comme elle exige peu d’action de la part de l’estomac, on y introduit le plus souvent la cannelle et la vanille dans une certaine proportion, et alors cet aliment acquiert encore une plus grande digestibilité. Hâtons-nous de le dire, cependant, le chocolat est un pauvre aliment, il est une foule d’individus qui ne peuvent supporter sa présence, et pour peu que l’estomac ne soit pas parfaitement sain , il est lourd et peu convenable.
Substances animales. — Lait. Les laits de vache , de femme, de chèvre, de jument et d’ânesse, sont ceux dont on fait usage. Cha-
HYGIÈNE DE l'aPPAREIL DIGESTIE 6 t
cun d’eux offre des différences plus ou moins tranchées, qui sont le résultat des divers 1 principes immédiats qui entrent dans leur
I composition. Fourcroy et M. Vauquelin, M. Deyeux et Parmentier, se sont occupés de l’analyse des différentes espèces de lait, et comme les résultats auxquels chacun d’eux est arrivé ne sont pas parfaitement identiques, il nous serait impossible de nous en servir pour asseoir un jugement. Depuis eux , M. Berzélius s’est occupé de la même
i matière, et il a trouvé que le lait de vache est n formé de beurre, de caséum, de sucre, de lait, É d’eau, d’un acide libre et de plusieurs sels, i Fourcroy, MM. Vauquelin et Thénard re- I gardent l’acide libre (lactique) comme n’étant que de l’acide acétique. Le lait de brebis, qui sert à la confection des fromages de Roquefort, est plus dense que le précédent, et contient plus de crème et de beurre;
I I son caséum est plus gras et plus visqueux , et ■ son sérum par conséquent moins abondant; < il contient des hydrochlorates de chaux et
|(J d’ammoniaque. Le lait de chèvre est moins dense que celui de brebis; la crème qu’il fournit est épaisse , et le beurre ferme , blanc
Gu FONCTIONS DE NUTRITION,
et moins abondant que dans les espèces précédentes; il contient plus de sérum. Le lait de femme est encore moins dense ; Breslau l’ayant examiné quatre mois après l’accouchement, a vu qu’il contenait beaucoup de sucre de lait, peu de caséum très - mou ; il est visqueux et tremblant, offre beaucoup de crème, et contient des hydrochlorates de soude, de chaux, une partie volatile odorante à peine sensible, et peut-être du soufre. Le colostrum ne diffère du lait que par la grande quantité de sérum , et le peu de beurre qui s’y trouve. Le lait d’ânesse offre la consistance, l’odeur et la saveur du lait de femme; il contient une crème peu épaisse, et fournit, lorsqu’on l’agite pendant long-temps, un beurre blanc, fade et peu consistant. Le caséum du lait d’ànesse est mou, peu abondant, et se sépare facilement du sérum. Le iait de jument contient en très-petite quantité une matière butireuse fluide, dans laquelle il n’y a que très-peu de beurre , que l’on sépare avec beaucoup de difficulté ; il contient beaucoup ‘de sérum, peu de caséum, de l’hydrochlorate d’ammoniaque et du sulfate de chaux. $
HYGIENE DE e’aPPAUEIL DIGESTIF. 63 Les Tartares l’emploient à la préparation d’une liqueur à laquelle ils donnent le nom de komniss , qui résulte du mélange de ce lait avec du sang , ce qui fait une liqueur enivrante dont ils usent à défaut de vin.
Le lait se digère avec la plus grande facilité, et doit former la nourriture habituelle de l’enfance, ainsi que nous le dirons à l’article Allaitement. Peu de temps après son ingestiou , cet aliment se caille dans l’estomac et se sépare en deux parties, le sérum et le caséum, dont la première est absorbée dans l’estomac ou l’intestin grêle; tandis que la seconde parcourt toute la longueur du tube digestif. 11 active peu la circulation, n’accélère aucune fonction, si ce n’est la sécrétion urinaire; ses effets généraux sont fort analogues à ceux des végétaux mucilagineux, c’est- à - dire qu’il communique de l’embonpoint à ceux qui en font habituellement usage. Il convient parfaitement aux individus nerveux, à ceux dont les digestions sont pénibles, et les organes chargés d’accomplir cette importante fonction fortement irrités. Dans une foule de
64 FOKCTIOKS DE MUTEITION.
maladies chroniques on l’emploie avec avai.
. tage.
Le beurre, les fromages, les crèmes participent des propriétés du lait ; mais les préparations qu’on leur fait subir, les substances avec lesquelles on les mélange, finissent par changer complètement leur mode d’action.
Néanmoins toutes ces préparations sont d’autant plus adoucissantes qu’elles sont plus fraîches et qu’elles ont moins fermenté.
Comme, ainsi que nous l’avons vu, le lait présente d’importantes différences selon l’animal qui l’a fourni, il est bon de dire que le lait de femme est le plus avantageux de tous , mais que souvent il varie dans ses propriétés ; que le lait d’ânesse est aussi léger que celui de femme, et qu’il est moins sujet à varier ; que le lait de jument offre beaucoup d’analogie avec les deux précédens ; que celui de vache est d’une digestion plus difficile; enfin, que ceux de chèvre et de brebis, contenant une grande quantité de caséum et de beurre, sont les plus nourrissans.
Poissons. Cette classe d’alimens ne diffère de la chair des animaux, que parce qu’on n’y rencontre pas d’osmazome. Les modifi-
HYGIÈïfE UE e’ APPAREIL DIGESTIF. 65 cations qu’ils impriment à l’organisation' varient selon les espèces dont on fait usage. Ainsi les poissons dont les tissus sont denses et serrés , comme le saumon , exigent de la part de l’estomac une action beaucoup plus considérable que Ceux dont les fibres sont lâches, comme la raie et les limandes. Ces derniers sont moins excitans, par cela seul qu’ils contiennent moins de gélatine. Les poissons développent en général peu de chaleur pendant les digestions et nourrissent sans exciter. On leur a attribué une action aphrodisiaque qu’ils ne possèdent qu’autant qu’ils ne sont pas frais. Cette espèce d’alimeDs convient parfaitement à ceux qui ont esoin d’étre nourris sans être stimulés, ’est-à-dire à ceux dont les organes digesifs ont besoin de repos.
Alimens albumineux. Ils tirent leur nom e l’albumine qui leur sert de base. Le sang, e blanc d’œuf et diverses parties des aniaux, l’offrent au plus haut degré. Ces albumens sont d’autant plus facilement digérés par l’estomac, qu’ils y séjournent moins ong-temps. Ceux dont nous faisons le plus jénéralement usage sont les œufs des gal- HYGIÈNE. 5
linacées,les moules, les huîtres, le cerveau# v le sang et le thymus de quelques mammifères. Les moules et les huîtres se digèrent très-facilement lorsqu’ils sont peu cuits, surtout les huîtres, vu l’eau qu’elles contiennent et qui facilite singulièrement leur dissolution. Cependant les moules sont quelquefois dangereuses, car on a observé des empoisonnemens qui résultaient de leur ingestion (voyez Résumé de Médecine légale et Hygiène publique ). Les œufs se digèrent d’autant plus facilement qu’ils sont plus à l’état laiteux, c’est-à-dire lorsqu’ils sont mollets ; car tontes les fois qu’on les fait durcir, ils deviennent lourds. Le cerveau, le foie, le sang des animaux et les ris jouissent des mêmes propriétés que les alimens précédens, et comme ils sont dépourvus de toute action stimulante, ils conviennent parfaitement aux convalescens , aux estomacs irritables, aux vieillards, aux femmes et aux gens de cabinet, enfin à tous ceux qui font peu d’exercice et ont besoin de peu réparer.
Alimens fibrineux. On les a ainsi dénommés à cause de la fibrine qu’ils contiennent , base que l’on rencontre en grande quantité
HYGIÈNE DE L’APPAREIL DIGESTIE— 67 dans la chair musculaire des animaux adultes, et qui s’y trouve associée à la gélatine, * à l’osmazone, à l’albumine, etc. Cette dernière classe d’alimens est celle qui séjourne le plus long-temps dans l’estomac, qui développe le plus de chaleur, active davantage la circulation , et détermine la sécrétion la plus abondante des sucs digestifs. Elle fournit à tous les organes la plus grande somme de forces, et lorsqu’on en abuse elle devient une des causes les plus fréquentes des maladies inflammatoires, des hémorragies, en un mot de toutes les affections qui reconnaissent pour cause une trop grande abondance d’excitation vitale ; lorsqu’au conraire on abandonne complètement cette spèce d’alimentation , les forces diminuent les fonctions digestives deviennent moins nergiques. Ces alimens conviennent surtout ux constitutions faibles, aux individus lymphatiques, aux hommes qui exercent des proessions pénibles, et qui nécessitent de grands fforts musculaires , enfin aux habitans des climats froids. Cependant les habitudes que nous avons contractées dans nos sociétés civilisées nous rendent nécessaire l’usage de
la chair des animaux; n’écoutant en cela que nos appétits , nous en faisons généralement un trop grand usage. Il convient d’en manger plus dans l’hiver que dans l’été, et surtout de faire usage plutôt des viandesde bœuf, mouton et veau , que des viandes de gibier. Ceux que leurs occupations forcent t à manger au dehors devront s’en abstenir souvent, et être fort réservés dans leur emploi; ils devront surtout être très-circons- pects dans les préparations qu’ils feront subir aux viandes qu’ils mangeront. Ainsi ils éviteront les ragoûts et les sauces, et se contenteront des préparations les plus sim-pies, comme, par exemple, des viandes rôties ou bouillies. Les bouillons de viande sont également très-substantiels , puisqu’ils se composent des parties les plus nutritives ■ qui sont tenues en suspension dans l’eau.
j Des assaisonnernens. Toutes ces substances • sont employées dans le but d’augmenter la digestibilité de alimens, et tel est leur effet lorsqu’on en fait un usage modéré; mais si . au contraire on en abuse, ils amènent une excitation plus ou moins vive des organes digestifs, d’où résulte d’abord un surcroît
HYGIÈNE DE l’aPPAREIL DIGESTIF. 69
I d’appétit auquel succède à la longue de l’inactivité et de la langueur dans les foncjtions digestives et dans l’ensemble de tous lies actes vitaux. En général, les assaisonnemens conviennent aux tempéramens lymjphatiques, aux vieillards , à ceux qui mènent lune vie active, et sont contraires aux tem- [péramens sanguins , bilieux , aux femmes Iqui allaitent et aux individus jeunes. Ou [doit d’autant plus se méfier de l’action de [ces moyens, que, lorsqu’on y est habitué, les assaisonnemens deviennent presqu’aussi îécessaires que les alimens. Il est bien rare jue la langueur dans les digestions ne se lie ias à l’existence d’une gastrite chronique. )n conçoit dès lors combien il serait iniarudent d’avoir recours à des épices ou ïutres assaisonnemens, dans le but d’activer [es fonctions digestives; car, dans ce cas , in ne ferait qu’augmenter le mal au lieu l’y remédier. Le sucre est de tous les asbaisonnemens le plus convenable. Dans tous [es climats, à tous les âges et dans toutes tes conditions, il est utile pour augmenter |a digestibilité des alimens ; il est même ta seule substance dont les convalescens de
maladies aiguës ou chroniques, et les sujets irritables, puissent faire un emploi utile pour assaisonner leurs alimens et leurs boissons. Le miel offre les mêmes avantages , surtout lorsqu’il est bien épuré; car sans cela il est souvent de difficile digestion. L’huile n’ayant que des propriétés émollientes, et étant même purgative si on l’emploie à haute dose, ne peut qu’être utile. Si cependant on élève sa température, ainsi que cela a lieu dans les roux et la friture, alors elle devient irritante. Le sel et le vinaigre pris en quantité modérée, et mêlés avec les alimens, n’ont qu’une action purement locale, qui consiste à exciter la sécrétion des glandes salivaires, des cryptes muqueux de la bouche et des sucs digestifs. L’ail , l’ognon, la civette, le poireau et les ciboules, , sont fort excitans lorsqu’on les mange crus J si on les fait cuire , ils perdent de leur1 énergie, mais sont encore du nombre des assaisonnemens sur lesquels on doit être très-réservé. Le poivre, le gingembre, le piment, le girofle, la vanille, la muscade et la cannelle, sont toujours nuisibles, et amènent infailliblement des irritations des
HYGIÈNE DE e’ APPAREIL DIGESTIF. 71
organes digestifs, qui ne tardent pas à dégénérer en inflammations chroniques , le tî plus souvent mortelles. Il en est de même i des plantes de la famille des crucifères,
, qui sont très-stimulantes et conviennent à i| peu de personnes, si ce n’est aux scrofuj leux , et encore en a'-t-on fait souvent abus. B II en est de même des truffes , mets très-
i recherché, qui contient de la fécule et * est stimulant et nutritif. Les truffes exigent 3 un grand travail de la part dè l’estomac I pour être digérées , et on ne doit en manger
que peu. Les champignons, dont on se sert t comme aliment dans certaines contrées ,
ii et dont on n’use que comme assaisonnefi ment dans d’autres pays, sont très-azotés,
In tiennent beaucoup de la nature des chairs ,
I sont très-nutritifs et d’une digestion fort pénible pour certains individus. Plusieurs I espèces sont vénéneuses. Il appartient au Résumé de médecine légale de les faire 1 connaître et de donner les moyens de les i distinguer des espèces comestibles.
§ III. — Des boissons.
On a défini les boissons des liquides ali-
mentaires destinés à étancher la soif. Dans ce sens l’eau serait la boisson par excellence ; car c’est presque à .elle seule qu’appartient cette propriété.
Un grand nombre d’individus ne boivent
que de l’eau, et c’est peut-être même le seul moyen de jouir d’une santé parfaite ; en effet, il est d’observation que dans les pays du Midi, où les hommes sont forts, on fait beaucoup moins d’usage, et surtout moins d’abus du vin que dans ceux du Nord.
L’eau, disaient les anciens médecins partisans de cette boisson, est le dissolvant universel; elle délaie les alimens dans l’estomac et les dispose singulièrement à la digestion; mais elle doit posséder certaines qualités. La meilleure n’est pas le simple composé d’hydrogène et d’oxigène, l’eau distillée par exemple ; il faut qu’elle contienne quelques sels calcaires en petite quantité, et de l’air atmosphérique. Celle des fleuves, et surtout des fleuves rapides, tels que le Rhône, le Rhin, réunit ces qualités au suprême degré; vient ensuite celle des sources ; celle des puits est ordinairement trop chargée de sélénite; elle ne peut
DES BOISSONS. i JÔ
convenir aux usages domestiques; elle est pesante à l’estomac, et les légumes y cuisent ii difficilement ; l’eau de pluie contient presque toujours des animalcules qui en trouijblent la transparence et la disposent à se Icorrompre. Celle qui provient de la fonte de
■ la neige 'ou de la glace est trop peu aérée al et de difficile digestion; la glace qui proîivient de la mer donne par sa fonte une eau
■ douce potable; l’eau stagnante, telle que celle des étangs, des marais, etc., contient toujours dès principes étrangers résultant de la décomposition de substances végéta-
1 les et animales : son usage n’est pas sans danger.
L’eau, comme toutes les espèces de boissons, quelles que soient leurs qualités, doit
y être prise modérément et pendant les repas;
hors ce temps, elle a une influence debiliffltante sur l’estomac; cet effet est encore plus llmarquési elle est prise chaude, à moins que 9 ce ne soit un estomac débile dans lequel la ! réaction ne puisse pas s’opérer; car dans le cas contraire il faut la prendre froide. Lorsqu’on y fait dissoudre du sucre , elle < active la digestion, soit en augmentant la
sécrétion muqueuse de l’estomac , soit en la remplaçant.
On charge souvent l’eau de principes aromatiques ; je ne parlerai pas ici des tisanes , je m’arrêterai au thé et au café, qui sont d’un usage journalier. Ces substances sont essentiellement toniques et excitantes ; elles ont , le café surtout, une action prononcée sur le cerveau, action que tout le monde connaît; elles peuvent être utiles dans quelques cas pour aider la digestion , mais il faut s’en passer autant que possible. Le café et le thé sont généralement nuisibles aux individus irritables, à ceux qui ont le système nerveux très -développé, qui sont d’un tempérament bilieux ou sanguin, qui mènent une vie oisive et sont eu proie à quelque affection chronique.
On charge l’eau des principes acides du citron, de l 'orange , de la groseille, ou quelquefois on y ajoute du 'vinaigre ; ces substances la rendent plus sédative, elles étanchent mieux la soif, et sont très-convenables en été. D’autres fois l’eau sert à extraire l’huile et le mucilage des amandes pilées, et constitue les émulsions, Y orgeat, lorsqu’on
i) y mêle du sucre; cette boisson est tempei rante et a une propriété analogue à celle de la limonade; mais, de même que celle-ci, elle ne peut pas être supportée par tous les K estomacs , et on ne peut pas établir de règles pour leur emploi.
Parmi les boissons fermentées , le vin est sans contredit celle qui doit tenir le premier ; rang, et par ses qualités, et par l’usage général que l’on en fait. Il y a un grand nombre d’es- . pèces de vin ; ils agissent en raison des prin- ! cipes qu’ils contiennent, mais surtout par ; l’alcool, auquel ils doivent leur principale propriété; leurs qualités dépendent de l’âge qu’ils ont, d’un bouquet particulier qui proi vient du terroir dans lequel le raisin a été > récolté, et dont la nature est inconnue.
Les vins contiennent une portion aqueuse très-considérable, des sels parmi lesquels le : surtartrate de potasse domine, un principe 0 colorant et de l’alcool. Ces principes sont dans des proportions variables, ce qui permet de diviser naturellement les vins , selon que l’un ou l’autre domine. Nous allons dire un mot de chacun d’eux en particulier. i° Les vins où le principe aqueux do-?
j6 FONCTIONS DE NUTRITION,
mine sont ordinairement paillés ; ils sont peu nourrissans, très-salubres , et d’une facile digestion; ils tiennent beaucoup des vins blancs : ceux-ci sont encore plus apéritifs.
2° Les vins dans lesquels les sels sont en grande quantité sont toujours acides ; ils sont âpres, acerbes, peu alcooliques, conviennent dans les grandes chaleurs; mais pris en trop grande quantité , ils donnent des coliques et la diarrhée.
3° On appelle gros vins ceux qui contiennent beaucoup de principes colorans; ils proviennent ordinairement des pays méridionaux; ils sont souvent doux, très-alcooliques, nourrissans, âpres, toniques et astringens. Lorsqu’ils ont déposé leur principe colorant, ils sont paillés et très -recherchés : on ne doit pas en faire un usage habituel.
4° Il est encore d’autres qualités de vins que l’on sert habituellement au dessert : ce sont les vins doux sucrés, tels que ceux d’Alicante, de Lunel, etc.; ils doivent leur douceur ou leur liqueur, comme on dit vulgairement, à un rapprochement que l’on a fait subir aux principes sucrés du moût par l’ébullition ou
i à la qualité des raisins ; la fermentation est i alors incomplète, et une partie seulement du sucre est convertie en alcool. Ces vins doivent • être pris avec modération; ils augmentent la t soif au lieu de l’apaiser, et sont très-n ourrissans et très-capiteux.
Si on enferme le vin dans des bouteilles bien bouchées avant que la fermentation soit achevée , l’acide carbonique cpii se dégage ne trouvant aucune issue, se mêle au ) vin et tend à s’en échapper lorsqu’on débouche la bouteille : c’est ce qui constitue , les vins mousseux, tels que celui de Cliann pagne : il est peu alcoolique et jouit de la I propriété de porter à l’hilarité.
Les vins au sortir de la cuve ne sont pas encore parfaitement faits, ils continuent à il fermenter dans les tonneaux; il ne faut pas iles boire dans cet état; ce n’est guère qu’a* près un an, lorsqu’ils ont déposé leur excé- ' dant de tartre et que tout le principe sucré s’est converti en alcool, qu’ils sont potables.
Les autres boissons enivrantes, telles que
!1 e. cidre , le poiré, la bière , etc., doivent leur propriété à l’alcool qu’elles contiennent ; icette dernière est tonique eu raison du hou-
j8 FONCTIONS UE NUTRITION.
blon qui entre dans sa composition 5 on l’a accusée de retarder la digestion, sans doute parce qu’elle est très-nutritive et qu’elle ajoute ses principes digestibles aux alimens. Elle occasione chez quelques personnes qui ont la fibre lâche, un écoulement par les parties génitales, qui cède facilement par la cessation de cette boisson et par un usage modéré des alcooliques.
Nous ne parlerons pas des falsifications que l’on fait éprouver au vin et aux autres boissons fermentées, elles ont presque toutes des effets pernicieux et sont du domaine de la Médecine légale et de I’Hygiène publique.
L 'alcool s’obtient de toutes les liqueurs fermentées qui le contiennent, par la distillation ; il passe d’abord avec une certaine quantité d’eau ; il faut le rectifier pour l’avoir pur. C’est l’excitant par excellence; il entre dans la composition de toutes les liqueurs de table, ou, pour mieux dire, celles-ci ne sont que de l’alcool affaibli ou eau-de-vie , auquel on ajoute du sucre et quelques principes amers ou aromatiques des végétaux.
Les liqueurs sont en général toniques, mais
leur usage est pernicieux, surtout prises a jeun : on doit en proscrire l’usage.
L’effet de toutes les boissons alcooliques est le même; elles produisent l’ébriété, et anéantissent momentanément le plus bel attribut de l’homme, la raison. On ne doit attendre aucun sentiment généreux d’un ivrogne; toutes ses facultés sont abruties; il est sujet à des tremblemens , à des indispositions plus ou moins graves; enfin, une mort prématurée vient lui enlever le dernier souffle d’une vie usée par les excès.
§ IV. — De la diététique.
Dans ce paragraphe, nous comprenons les règles générales que l’on doit suivre dans l’administration des alimens et des boissons selon les individus. D’après ce que nous avons déjà dit, nous ne nous arrêterons pas sur la nature des alimens qui conviennent aux différentes constitutions ; les règles générales que nous avons établies suppléeront facilement à ce que nous omettons. Nous dirons seulement ici un mot du nombre des repas, des heures auxquelles on doit les pren-
dre, et de la quantité d’alimens que l’on doit ingérer.
Le nombre des repas doit varier selon les individus, d’après le degré d’énergie du système digestif: deux, trois, au plus quatre, doivent suffire aux adultes ; les enfans en font ordinairement un plus grand nombre, surtout dans les pays méridionaux et les climats où l’air est vif ; mais on ne peut pas établir de principes fixes à cet égard.
Les heures des repas varient selon les temps , les lieux et la mode. Manger à des heures fixes est un asservissement que nous imposons à la nature, et auquel elle s’accommode volontiers , en sorte que dès que l’on a contracté l’habitude de manger à une certaine heure , la faim se fait sentir dès que cette heure approche, et elle se dissipe dès qu’elle est passée, même sans qu’on l’ait satisfaite.
On peut fixer l’heure des repas selon ses affaires ; on doit seulement observer de ne manger qu’ environ trois heures après être levé, afin que l’estomac ait le temps de se débarrasser des alimens pris la veille.On ne doit se coucher que quatre à cinq heures après.
DK LA DIÉTÉTIQUE 8r
avoir mangé, sans cela on risque de troubler la digestion. L’habitude de souper est mauvaise : elle peut donner lieu à des embarras saburraux de l’estomac , que l’on observe moins fréquemment de nos jours depuis que le souper est passé de mode.
La quantité d’alimens que l’on doit prendre est relative aux individus et aux pertes qu’ils éprouvent. En général, on mange moins dans les villes où l’air est épais, chargé de molécules animales, qu’à la campagne. Les personnes qui agissent beaucoup, mangent davantage que celles qui mènent une vie sédentaire. C’est peut-être pour cette raison que les femmes mangent moins que les hommes; car dans les campagnes, où elles partagent leurs travaux , il leur faut presque autant de nourriture.
§ V. — De la défécation.
Nous avons vu que tout n’est pas assimilable dans les alimens dont nous usons. Des boissons prises par les absorbans de l’est o-
Bmac et des intestins pour fournir aux diverses sécrétions dont nous allons nous occu-
HYGIÈNE. 6
Sa FONCTIONS UE NUTRITION.
per, une partie sert à dissoudre les alimens, a délayer le chyle qui en résulte. Ce chyle absorbé, il reste un résidu, des fèces qui, impropres à être digérées, doivent être rejetées de l’économie où elles ne séjourneraient pas sans danger. Leur expulsion a lieu ordinairement toutes les vingt -quatre heures , plus souvent chez les enfans , plus rarement chez les personnes âgées. Leur rétention pouvant avoir des suites fâcheuses, on doit se présenter tous les jours à la garderobe : la fiature s’habitue à se débarrasser comme à recevoir des alimens à une certaine heure de la journée. Si ce moyen ne suffît pas, on pourra faire usage de lavemens , soit simples, soit avec de l’huile ou deux à trois onces de miel commun. Il faut faire en sorte de ne pas s’y habituer et les discontinuer de temps en temps pour laisser agir la nature.