DU GOUT
été récoltés ; mais si l’on ne fait pas un usage modéré de ce sens, il se blase bientôt ; non-seulement il ne peut plus distinguer les saveurs , mais encore il faut des substances très-fortes pour l’exciter. En général, le goût se perfectionne avec l’âge, et il vient une époque de la vie où les plaisirs de la table sont les seuls dont un grand nombre d’hommes sachent jouir; on dirait que la sensibilité qui abandonne ordinairement les yeux et les oreilles se concentre sur la langue ; l’homme devient gourmet; manger est’pour lui une passion qui le précipite bientôt au tombeau; car ses organes digestifs n’ont plus la force d’assimiler tous les alimens qu’il y engloutit ; il éprouve des indigestions qui se répètent et amènent des résultats funestes.
Pour que le goût puisse s’exercer avec intégrité, il faut non-seulement que la substance que l’on se propose de goûter soit dissoute ou susceptible de l’être, mais encore qu’elle soit à une température moyenne : les corps froids ne sont goûtés que lorsqu’ils sont parvenus à la température de la langue; les corps trop chauds la brûlent et en détruisent la sensibilité.
FONCTIONS DE KEtATTON.
§ II I. — De l’odorat.
Les corps odorans doivent-ils cette propriété à une dispersion de leurs molécules qui, dissoutes par l’air, sont portées sur la membrane interne des fosses nasales qui les perçoit, les palpe pour ainsi dire? ou bien est-ce à la vibration d’un fluide particulier qui porterait son impulsion sur le nerf olfactif, de la même manière que les vibrations de l’air nous font entendre les sons ? La première opinion paraît la plus probable. Quoi qu’il en soit, les odeurs ont quelquefois une action si forte sur la membrane olfactive, que l’on a vu des accidens funestes et même la mort survenir tout-à-coup. On dit que le pape Clément VII fut tué par la fumée d’une torclie que l’on portait devant lui.
L’organe de l’odorat est, de même que celui du goût, avec lequel il a des connexions intimes, sujet à des aberrations sans nombre. Telle odeur qui est suaAre et agréable pour une personne est insupportable pour d’autres. L ' Assa fœtida , qui, à cause de son odeur repoussante, a été nommé par les Al-