‹ Traité élémentaire d'ophtalmologieChapitre 183 sur 443 · CHAPITRE LXVII ENTOZOAIRES DU CORPS VITRÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVII ENTOZOAIRES DU CORPS VITRÉ

Le plus fréquent des parasites du corps vitré est le scolex du ténia , le cysticercus cellulosœ ; exceptionnellement on y trouve la ftlaire et le trichosomum.

Très rare en France, le cysticerque du corps vitré s'observe surtout dans les pays ou règne l'habitude de consommer la viande crue ou incomplètement cuite (Allemagne). Parvenu dans l'œil, où d'ordinaire il est seul, le parasite, à l'examen au miroir ou à l'ophtalmoscope, s'y présente dans la vitrine comme un corps sphérique blanchâtre, à bords irisés, mobile ou fixe, dont le diamètre apparent varie suivant qu'il siège plus ou moins près du cristallin. Parfois le cysticerque se montre animé de mouvements ; c'est ainsi que d'un point de la vésicule, siège d'un reflet brillant mal délimité, on peut saisir l'émergence d'un prolongement, qui se termine par une tête carrée munie de crochets. Outre les mouvements propres du col du parasite, l'on constate parfois un déplacement de toute la vésicule, indépendant de tout mouvement oculaire ; alors, pour éviter toute erreur, il faut, l'œil étant immobile, examiner les positions réciproques du cysticerque et d'un point précis du bord pupillaire ou du fond de l'œil. Rarement les conditions de l'examen sont assez favorables pour permettre de constater ces particularités; l'irruption du parasite cause, en effet, des lésions qui peuvent masquer sa présence. Tout d'abord, dans certains cas, on voit sur la rétine une plaque brillante blanc bleuâtre ou jaunâtre, avec quelques amas pigmentaires au pourtour. Cette tache, qui indique le point d'entrée du cysticerque, est souvent cachée par des opacités du vitré, lesquelles s'étendent vers le point où s'est arrêté le parasite. Ce dernier aussi se trouve englobé par elles, et alors il s'en distingue par son coloris plus blanc, plus brillant, par l'irisation de ses bords et surtout par les mouvements de son col. Parfois enfin le développement progressif des opacités empêche de voir le cysticerque et amène une diminution de la vision, puis sa disparition souvent brusque par suite d'un décollement étendu de la rétine. Ce dernier provoque une irido-choroïdite traînante avec poussées glaucomateuses et aboutit à la phtisie de l'œil. Quelquefois aussi l'œil

malade expose son congénère à des accidents sympathiques. Exceptionnels enfin sont les cas où le cysticerque s'enkyste et laisse au malade un certain degré de vision.

Comme la présence d'un cysticerque dans le vitré entraîne, de règle, en quelques mois, la perte de la vision avec phtisie plus ou moins complète de l'œil, il est indiqué d'extraire le parasite. Plus tôt l'opération est pratiquée, moins la nutrition de l'œil a eu le temps de souffrir et par suite plus les chances de succès s'en trouvent accrues. Avant d'agir il est indispensable de bien préciser le point où se trouve l'animalcule, s'il reste fixé près de la coque oculaire. Certains conseillent de l'aspirer (Chibret), ou de le toucher avec la pointe du galvano-cautère afin de le tuer, ce qui favorise son enkystement. Mais, comme en cas de succès, par sa seule présence il expose encore aux dangers habituels des corps étrangers du vitré, mieux vaut d'emblée tenter son extraction. A cet effet, on a pratiqué une large iridectomie, suivie au bout de quelques semaines de l'extraction du cristallin, puis, après disparition de toute réaction oculaire, le cysticerque fut saisi avec une fine pince. Peut-être Krâce aux précautions antiseptiques ces divers temps opératoires pourraient-ils être exécutés en une seule séance.

Le procédé précédent est surtout indiqué quand le cysticerque siège près du cristallin ; s'il se trouve au voisinage du pôle postérieur, alors on procède par incision de la sclérotique, de la choroïde et de la rétine, sarrélanl à cette membrane si l'on se trouve en présence d'un parasite sous-rétinien. L'incision doit mesurer 8 millimètres au plus, être parall' i l'un des méridiens du globe oculaire et habituellement située entre les muscles droits externe et inférieur. Aussitôt la plaie béante, le corps vitré s'y précipite et dans les cas heureux entraîne le parasite; si pareil fait ne se produit pas, il faut alors avec la pince aller saisir le cysticerque en se servant de l'éclairage au miroir. Il est inutile d'insister sur les dangers immédiats et consécutifs auxquels expose l'issue du vitré. Quelques cas heureux (Haltenhoff) autorisent cette intervention, d'autant mieux que l'œil habité par un cysticerque peut être considéré comme voué à la phtisie et que son énucléation s'impose à la moindre alerte de phénomènes sympatiques.

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