EXTRACTION DU CRISTALLIN LUXÉ
Nous avons dit qu'il y avait trois ordres de luxation : Tune sous-conjonctivale, l'autre dans la chambre antérieure et la troisième dans le corps vitré.
Pour la première, il suffit d'inciser la conjonctive au niveau où siège le cristallin qui se libère aussitôt. Un point de suture au catgut réunit ensuite les bords de l'incision.
Quand le cristallin est tombé dans la chambre antérieure, c'est dans la partie inférieure qu'il se place, comprimant là l'angle irido-cornéen et produisant par suite souvent de violents phénomènes réactionnels. Pour l'extraire, on instille plusieurs fois de l'ésérine qui contracte la pupille, de sorte qu'il sera difficile à la lentille de repasser en arrière de l'iris. Puis au niveau de sa position, on fait un lambeau cornéen périphérique avec le couteau de Graefe. Parfois môme, et sans inconvénient, le couteau embroche le cristallin qui, sitôt la section achevée, sort avec la plus grande facilité.
Dans la luxation postérieure, lorsque, sans accidents inflammatoires, le cristallin n'est pas suffisamment déplacé et obstrue encore une partie de la pupille on peut, surtout s'il est cataracte, pratiquer une iridectomie optique au point le plus avantageux. Dans le cas contraire, il est de règle de n'intervenir que lorsque la lentille, faisant l'office de corps étranger, provoque des symptômes inflammatoires, qui conduisent fatalement à la perte de l'œil et à Ténucléation. Aussi, dès leur apparition, faut-il se hâter d'intervenir par son extraction.
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Plusieurs procédés ont été préconisés à cet effet. L'un consiste à faire une petite plaie périphérique par où Ton passe un crochet pointu qui sert à aller harponner le cristallin et à l'attirer vers le segment antérieur de l'œil, puis introduisant de nouveau le couteau de Graefe par la petite boutonnière cornéenne, on pratique un lambeau par où l'on ramène le cristallin au bout du crochet. Ce procédé présente de sérieuses difficultés pratiques, car rien n'est moins commode que de piquer le crochet dans le cristallin, qui est extrêmement mobile dans le corps vitré.
Agnew a imaginé, avant d'ouvrir la cornée, de fixer le cristallin dans le segment antérieur de l'œil. Pour cela, il place convenablement l'opéré de façon à amener le cristallin contre l'iris. Puis il pénètre en arrière de la région ciliaire avec une pique bivalve, qui fixe la lentille dans la position qu'il lui a donnée. 11 fait alors la section de la cornée et obtient une extraction facile. Pas plus que le précédent, ce procédé ne nous semble facile et comme lui, il est loin de nous paraître sans dangers.
L'un de nous1 a préconisé l'extraction du cristallin, absolument dans les mêmes conditions que s'il s'agissait d'une cataracte ordinaire, avec eette différence qu'ici il faut toujours pratiquer l'iridectomie pour manœuvrer plus à l'aise. Mieux, il sera plus sage, pour éviter de faire en une seule fois, sur un œil désorganisé, un trop grand traumatisme, de faire l'iridectomie quatre ou cinq semaines auparavant. On la fera supérieure. Puis le jour de l'extraction, on fait à la cornée une large plaie intéressant les 2/5 de la membrane. Aussitôt, l'écarteur enlevé à l'aide d'une curette large et plate, ou d'une anse de Taylor (Trousseau), on pénètre verticalement dans l'intérieur du corps vitré, dans la direction de la lentille, de façon à dépasser de quelques millimètres son bord postérieur. Cette manœuvre est rendue d'autant plus facile, que le cristallin, entraîné par le courant liquide, qui se fait de l'intérieur de l'œil vers l'extérieur par la plaie cornéenne, est porté vers elle. Sitôt que la curette est ainsi placée, en abaissant la main on la relève pour la porter contre la lentille. Opérant alors un mouvement de sortie, celle-ci se trouve prise entre la cornée et l'instrument. On continue le mouvement commencé vers l'extérieur et le cristallin glissant contre la cornée, maintenu toujours par la curette, sort sans la moindre difficulté. Il y a naturellement issue du corps vitré, mais l'opération est si rapide, qu'elle n'est pas dangereuse. D'ailleurs, sitôt le cristallin dehors, on rabat la paupière qui, d'elle-même, assure l'occlusion. C'est pour cela que nous préférons l'extraction supérieure. Inutile de dire que dans cette opération, il faut redoubler de précautions antiseptiques. Une compression de deux à trois semaines est nécessaire pour obtenir la réunion de la plaie et le sphacèle de la hernie du vitré.
(1) Dbspagnet, Société cF ophtalmologie de Paris, 1889.